Chapitre 9 : Nos choix

Harry se réveilla de bonne humeur, il avait dormi comme un loir. Depuis quelques temps, il ne faisait plus aucun cauchemar et il rattrapait tout son sommeil en retard. Il avait repris ses cours d'occlumancie mais avec Dumbledore et il arrivait à maintenir Voldemort loin de son esprit, la plupart du temps. Ce n'était pas encore parfait, mais il y travaillait. L'AD fonctionnait bien, surtout maintenant qu'ils avaient l'aide du professeur Lupin. Ron et Hermione se rapprochaient de plus en plus et, à la grande joie de tous, plus ils se rapprochaient, plus la salle commune des Gryffondor était calme. Et puis, il avait trouvé une nouvelle amie proche en la personne de Ginny. Du début d'année où il se renfermait sur lui-même, il avait gardé un bon rythme de travail, progressant dans de nombreuses matières. Bon, d'accord, sauf en potion, mais sinon, ses résultats scolaires étaient loin d'être mauvais. Oui, il commençait à reprendre goût à la vie, à avoir espoir en l'avenir, au moins un peu. Il s'habilla rapidement et rejoignit ses amis dans la salle commune, pour prendre leur petit-déjeuner ensemble. Ron et Ginny se chamaillaient gentiment et Hermione, pour une fois, défendait Ron. Une matinée parfaite ; en plus, il n'avait pas potion aujourd'hui, que demander de plus ?

En arrivant dans la grande salle, il remarqua bien que Rogue avait l'air plus sombre qu'à l'habitude et que Dumbledore était absent. Mais il ne s'inquiéta pas, cela arrivait parfois, des missions pour l'Ordre à organiser. Il ne commença à prendre peur que lorsqu'il vit le regard de pitié que le Maître des Potions de Poudlard lança sur les deux Weasley. Avant qu'il ait pu réfléchir à ce qui se passait, le courrier du matin arriva, le distrayant. Hermione détacha son exemplaire et déroula le journal. Elle poussa une exclamation étranglée, à laquelle firent écho tous les élèves abonnés au journal sorcier. La gazette titrait en première page : Attaque meurtrière de Vous-Savez-Qui au Ministère ! Hermione se dépêcha de lire, blêmissant de plus en plus au fil de sa lecture.

« -Hermione, que s'est-il passé ?

-Il… Il a… essayé de prendre le Ministère… Quelques aurors étaient sur les lieux et une réunion avait lieu tardivement dans un des services ; ceux du Ministère se sont tous battus… Les renforts sont arrivés rapidement mais il y a eu… Oh mon Dieu ! Trente-deux morts, une quinzaine de blessés légers et sept blessés graves… Oh mon dieu ! »

Un silence entrecoupé d'exclamations d'horreur régnait dans la grande salle.

Harry leva la tête et regarda autour de lui. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que, s'il avait oublié ses exercices d'occlumancie, pour une fois, il aurait pu prévenir cette attaque. Trente-deux morts… A cause de lui ? Il vit Rogue les yeux dans le vague. Il était évidement au courant de ce qui était arrivé, il connaissait peut-être certaines victimes… Vers la table des Serpentard, la réaction était mitigée. Remarquant l'absence de Drago, il se demanda vaguement où il pouvait être. La plupart des vert et argent ne savaient pas comment réagir, tant qu'il s'agissait d'attaques isolées, ils pouvaient pavoiser, mais là, c'était trop d'un coup. De plus, le journal ne donnait pas la liste des victimes et de nombreux proches des Serpentard travaillaient au Ministère ; ils ne savaient pas s'ils avaient été touchés. Comme répondant à ses pensées, des hiboux porteurs des couleurs du Ministère arrivèrent, apportant des enveloppes noires, sinistres. Les élèves levèrent avec angoisse leurs yeux vers les oiseaux, sachant que ceux qui recevraient une de ces lettres auraient perdu un être aimé cette nuit. Les messagers se posèrent l'un après l'autre, déclenchant des sanglots et des cris de la part de leurs destinataires. Et l'un d'eux se posa devant Ginny et Ron, sous leurs regards incrédules.

Ron était pétrifié, et Ginny se retenait de ne pas éclater en sanglot. Harry n'osait rien faire, et se fut finalement Hermione qui saisit la lettre et l'ouvrit. Elle ne murmura qu'un seul mot.

« -Percy… »

Ginny fit entendre un gémissement d'animal blessé et se jeta dans les bras de Harry pour étouffer ses sanglots. Ron resta immobile ; il avait du mal à respirer et il refusait de laisser ses larmes couler librement sur ses joues. Hermione lui mit un bras autour des épaules et il s'effondra. Il se mit à pleurer dans son cou sans pouvoir s'arrêter. Harry frictionnait le dos de Ginny, la serrant dans ses bras, et il regardait les tables autour de lui. Tout le monde avait été touché. Pansy était effondrée dans les bras de ses amies, tout comme Gregory Goyle ; Théodore Nott tentait de garder une attitude digne mais ses mains tremblaient violemment. Hannah Abbott pleurait toutes les larmes de son corps la tête dans les bras, sur la table des Poufsouffle, Ernie MacMillan restait figé avec sa lettre ouverte dans les mains et, chez les Serdaigle, Terry Boot, Anthony Goldstein et Marietta Edgecombe avaient eux aussi reçu des lettres noires. Harry osa enfin regarder à sa propre table. En plus de Ginny et Ron, Katie Bell se faisait consoler par Angelina. Onze élèves de Poudlard avaient perdu un membre de leur famille cette nuit et lui n'avait pas su l'empêcher ! Et où était le directeur ?!! Allait-on laisser les élèves comme ça, rejoindre leurs salles de cours comme si de rien n'était ?

Harry jeta un regard plein d'animosité vers la table des professeurs. Rogue avait les deux mains devant son visage, les autres affichaient des visages catastrophés, et Minerva McGonagall finit par se lever et prendre la parole.

« -S'il vous plait ! Je tiens, au nom de toute l'équipe de Poudlard à présenter mes condoléances à tous ceux qui ont perdu un être cher. J'annule tous les cours de la journée et je conseille aux préfets d'emmener les étudiants dans leurs maisons respectives. Si vous souhaitez parler à un professeur, l'un de nous se tiendra à votre disposition à la salle des professeurs. Nous vous informerons des mesures prises pour… les obsèques… dès que nous en saurons plus. »

La voie du strict professeur de métamorphose se brisa.

« -Je vous demanderai de respecter une minute de silence pour les victimes de l'attaque de cette nuit… »

Le silence se fit dans la grande salle, pesant, brisé parfois par un sanglot étouffé. Harry laissa glisser son regard sur la table des professeurs et vit quelque chose qui lui avait échappé jusque là. Laurianne avait le teint blafard, ses mains étaient crispées sur le bord de la table, et elle regardait dans le vide, en tremblant comme une feuille dans une tempête automnale. On avait l'impression qu'elle allait avoir un malaise. Il fronça les sourcils mais cessa d'y penser quand Ginny s'effondra au sol, en s'étouffant presque dans ses sanglots.

Remus était comme anesthésié par les derniers évènements. Il avait l'impression de revivre ses dernières années d'école quand, tous les matins, un ou plusieurs élèves recevaient des lettres noires du Ministère. Il se rappela quand James avait reçu la lettre lui annonçant que la Marque flottait au-dessus de sa maison, et que ses parents et sa petite sœur de dix ans Mary étaient morts. Il avait juré à ce moment de causer la chute de Voldemort. En quelque sorte, il avait réussi. Grâce à son fils, la communauté magique avait vécu en paix pendant presque treize ans. Remus fut tiré de ses pensées morbides par Laurianne. A la fin de la minute de silence, elle s'excusa rapidement, blanche comme un linge, et fila de la grande salle par la porte des professeurs. Elle partait seule mais ce qui inquiétait surtout Remus était son état. Elle titubait presque en partant, plus comme une personne blessée qu'en état d'ivresse. Il se précipita à sa suite, oubliant immédiatement toutes ses idées de se tenir loin d'elle. Il ne pouvait pas la laisser souffrir comme ça, sans savoir ce qu'elle avait.

Drago était resté assis sur son lit, pour réfléchir à ce qu'il devait faire. Ce matin il avait été réveillé très tôt par un rapace qui frappait à la fenêtre. Il avait vite ouvert et pris la lettre que portait le hibou. Le courrier venait de son père, il en reconnaissait l'écriture. Le message était court et, bien qu'il s'y attendait depuis un bon moment, il lui fit froid dans le dos.

Tu ne seras plus en sécurité nulle part... Les traîtres payent toujours… Le Monde Sorcier sera bientôt purifié et tu n'y auras pas ta place. Profite de tes derniers jours…

Drago ne savait pas s'il devait aller en parler à Dumbledore. Cela ne changeait pas grand-chose. Ceux de sa Maison qui suivaient aveuglement les directives de leurs parents Mangemorts lui menaient déjà la vie dure. Et il était certain qu'ils n'hésiteraient pas à le tuer s'ils en avaient l'occasion. Il devrait se tenir sur ses gardes, comme d'habitude. Drago se décida à sortir pour rejoindre la grande salle. En arrivant à destination, il eut l'impression d'être suivi. Ses nerfs à vif et sa méfiance le firent réagir au quart de tour. Il se cacha dans un recoin derrière une statue et attendit que la personne arrive à sa hauteur. Il l'attrapa alors violemment et la plaqua contre le mur. Il reconnut le visage de la petite indienne de Gryffondor.

« -Parvati ? Qu'est que tu fiches ici ? Pourquoi est-ce que tu me suivais ? Parle ! »

Il lui tordit un peu les bras, persuadée qu'elle comptait l'attaquer.

« -Te suivre ? Mais tu prends tes désirs pour des réalités ! Va te faire voir, Malfoy.

-Si tu ne me suivais pas, qu'est ce qu'une Gryffondor comme toi faisait dans ce coin du château ? Seuls les Serpentard et les Serdaigle passent par-là…

-Je te savais stupide mais je ne savais pas que tu étais daltonien, Malfoy. Si tu ne sais plus distinguer du rouge et du bleu… »

Drago baissa les yeux sur le badge de la jeune fille, pour constater qu'effectivement, c'était celui de la maison de Serdaigle. Et comme il ne se refaisait pas, il admira aussi le support du badge en question, particulièrement mis en valeur par le fait qu'il lui tenait les bras en arrière. Il resta un instant sans réagir, avant de se souvenir que Parvati avait une sœur jumelle. Il relâcha un peu sa prise.

« -Et qu'est ce que tu faisais à cette heure-ci dans les couloirs ? Tu n'es pas à la Grande Salle ?

-Ca ne te regarde pas. Je n'ai pas à me justifier devant toi, Drago. »

Avant que Drago ait eu le temps de réagir, Padma se dégagea en lui envoyant un coup de genou plutôt mal placé.

« -Ne t'avise plus jamais d'agir comme ça avec moi, Malfoy, surtout en me confondant avec ma sœur. Et ce n'est pas la première fois, en plus. A croire qu'en plus d'être impoli et arrogant, tu as vraiment des problèmes de vue. »

Elle partit comme si de rien n'était, laissant Drago fou de rage et de douleur au milieu du couloir. Quand il eut reprit un peu ses esprits, il se demanda quand il avait bien pu la confondre avec sa sœur. La seule fois où il avait adressé la parole à celle-ci, c'était au bal d'Halloween… Il eut un sourire sardonique. Il fallait croire qu'en fait, il n'avait jamais adressé la parole à Parvati…

Remus finit par rattraper Laurianne qui s'était mise à courir dans le château, sans regarder où elle allait. Il n'eut aucun mal pour parvenir à sa hauteur, il courait bien plus vite que la plupart des autres personnes. Elle pleurait sans se cacher, ses larmes coulaient librement sur ses joues blafardes. Remus la prit doucement dans ses bras, aussi délicatement que s'il tenait un oiseau d'un jour.

« -Laurianne, qu'est ce qui se passe ? Vous connaissiez quelqu'un au Ministère… ?

-Remus… ? Ils ont si mal, tous ; j'ai l'impression de devenir folle, je ne sais plus si c'est moi qui ai mal à cause de vous, ou si c'est eux à cause des morts de cette nuit… Je les sens dans ma tête, je n'arrive plus à empêcher les émotions de passer… J'ai si mal… Et eux aussi…

-Laurianne, calmez-vous. Je vous emmène à l'infirmerie. »

Il n'avait rien compris à ce qu'elle disait, juste qu'elle n'allait pas bien du tout. Il ne chercha pas à comprendre, se pencha pour la soulever et partit au pas de course dans les couloirs de Poudlard pour se rendre à l'infirmerie. Il remarqua à peine qu'il venait de croiser une élève qui avait l'air furieuse mais qui ouvrit de grands yeux surpris en le voyant passer en courant avec son précieux fardeau.

Parvenu à destination, il appela Mme Pomfresh en hurlant presque. Laurianne venait de perdre connaissance. L'infirmière se précipita et demanda à Remus ce qui s'était passé. Il lui expliqua ce qu'il avait vu et compris et Pomfresh fronça fortement les sourcils. Elle mit Remus dehors de force, en lui demandant de ramener le directeur dès que possible. Elle devait absolument en parler avec Dumbledore. Pomfresh se consacra ensuite à sa patiente, cherchant dans ses manuels ce qui pourrait l'aider. Elle lui fit avaler une potion calmante, l'installa dans un des lits et la surveilla aussi souvent que possible. Elle devait aussi s'occuper de quelques élèves qui avaient perdu un membre de leur famille et avaient craqué. Elle leur avait également donné de la potion calmante et, étrangement, Laurianne sembla se détendre dans son sommeil dès qu'ils furent endormis. Pomfresh devait reconnaître qu'elle était impuissante pour soigner Laurianne et elle attendait le directeur avec impatience. Elle espérait qu'il saurait ce qui lui arrivait. Elle en venait à se demander si on ne lui avait pas lancé un sort inconnu ou fait prendre une potion. Même si elle ignorait le moyen qui aurait pu être utilisé.

Remus partit en courant au bureau de Dumbledore. Il était complètement paniqué par l'inquiétude de l'infirmière. Parvenu à destination, il cria le mot de passe et il se précipita dans l'escalier. Dumbledore était en pleine communication par cheminette avec l'un des membres de l'Ordre travaillant au Ministère. Il vit entrer en coup de vent son professeur de DCFM qui ne prit même pas la peine de frapper.

« -Remus ! Qu'est ce qui vous arrive ?

-J'ai emmené Laurianne à l'infirmerie. Elle ne va pas bien du tout et Pomfresh vous a demandé le plus vite possible. »

Dumbledore fronça les sourcils et se tourna vers son interlocuteur pour remettre leur discussion à plus tard. Il fit ensuite face à Remus qui s'était effondré dans un fauteuil et se rongeait les ongles. S'il n'avait pas paru aussi inquiet, Dumbledore aurait pu trouver amusant de voir un des hommes les plus matures qu'il connaissait se ronger les ongles comme un étudiant avant ses examens.

« -Remus, expliquez moi ce qui c'est passé en route, s'il vous plait. »

Au fur et à mesure que Remus lui racontait les derniers évènements, il fut pris d'un énorme doute. Mais c'était extrêmement rare et plus encore chez les moldus ; il n'existait qu'une petite dizaine d'empathes dans toute l'Europe … Et Laurianne n'en avait jamais montré signe. Sauf le jour où ils avaient été attaqués à Pré-au-Lard, elle avait dû se défendre des détraqueurs en attaquant leurs esprits… Si ce qu'il pensait était vrai, alors Laurianne n'était pas une moldue comme les autres et elle faisait preuve d'une maîtrise extraordinaire de ses capacités. Il devrait avoir une bonne discussion avec elle dès qu'elle serait remise…

Albus se dépêcha vers l'infirmerie. Remus avait filé en avant dès qu'il avait fini son explication et devait déjà être auprès de Laurianne. Ce loup-garou courait vraiment vite, quand il le voulait. Parvenu à proximité de sa destination, Albus laissa ses perceptions plus affinées par la légilimencie agir pour ressentir l'ambiance de la pièce. Il perçut sans problème le trouble des quelques élèves en deuil présents à l'infirmerie mais ce qui manqua de le renverser était la véritable tempête émotionnelle qui émanait de Laurianne. Il n'y avait plus de doute, Laurianne était bien empathe. Il se précipita à son chevet, dans une des chambres privées de l'infirmerie, sous le regard angoissé de Remus et celui à la fois inquiet et perplexe de Pomfresh.

« -Pompom, que lui avez-vous donné pour l'instant ?

-Je n'arrivais pas à déterminer ce qui n'allait pas, alors je lui ai juste donné une potion calmante et reconstituante. Cette petite à la peau sur les os et je me demande bien grâce à qui… »

L'infirmière de Poudlard lança un regard incendiaire sur le professeur Lupin mais s'attendrit un peu en le voyant si bouleversé.

« -Je crois savoir ce qui se passe ; cela a sûrement un lien avec l'attaque des détraqueurs.

-Albus, jamais une attaque de détraqueurs n'a de telles conséquences…

-Elle n'est pas sorcière, alors qui sait ? Je vais essayer de voir ce qui ne va pas, si vous voulez bien sortir, Remus, Pompom.

-Il n'en est pas question ! Je ne laisserai pas une de mes patientes dans un tel état, Albus !

-Ce n'était pas une suggestion, il faut que vous sortiez tous les deux. Je dois rester seul avec elle.

-Comme vous voulez, Albus, mais je vous tiendrai pour personnellement responsable si son état empire… »

Albus envoya Remus chercher une potion spéciale auprès de Severus, pour l'occuper et parce qu'il ne connaissait pas son usage.

Remus repartit en courant en direction des cachots. Severus avait déjà du finir son repas et devait être dans ses appartements privés. Il n'eut pas l'air ravi de voir débarquer Remus chez lui, sans même frapper. Severus se leva et s'apprêtait à lancer une de ses piques quand il vit le regard de Lupin.

« -Que vous arrive-t-il, Lupin, pour que vous oubliiez jusqu'à votre savoir-vivre ?

-Laurianne est à l'infirmerie. Dumbledore est à son chevet, et il a besoin d'une dose de liqueur de kirseth.

-Quoi ?!!! Vous devez faire erreur, il n'a pas pu me demander de liqueur de kirseth !

-Je n'ai aucune idée de ce dont il s'agit mais je suis certain du nom. Et décidez-vous, bon sang, Severus ! Pendant que vous tergiversez, Laurianne est inconsciente à l'infirmerie. »

Severus se dirigea rapidement vers sa réserve et en sortit une minuscule fiole remplie d'un liquide bleuté, transparent comme de l'eau, mais qui tourbillonnait comme de la brume. Il saisit la fiole avec une certaine répugnance, avant de se décider à la placer dans une petite boîte capitonnée, puis à l'entourer d'un linge et à la ranger dans une bourse.

« -Toutes ses simagrées sont-elles vraiment utiles ?

-Si cette fiole se casse dans les couloirs du château, je ne veux même pas envisager les conséquences, Remus. »

Le simple fait que Severus l'appelle par son prénom persuada Remus qu'il disait vrai. Mais en même temps, cela l'angoissa encore plus. Pourquoi Dumbledore voulait-il donner ce produit si dangereux à Laurianne ?

Albus était en train d'explorer l'esprit de Laurianne. Et comme son esprit était complètement ouvert, il put percevoir à la fois ses souvenirs et l'essence même de son être. Cette jeune femme cachait effectivement un grand mystère. Elle était bien empathe, mais apparemment aussi télépathe, et capable de guérir les blessures de l'esprit. Severus était persuadé que la télépathie était un mythe moldu, qu'il ne s'agissait que de légilimencie, mais elle existait vraiment. Albus avait trouvé la trace de ces dons mentaux dans un manuscrit très abîmé, antérieur à l'époque de Merlin, où il était question d'une Dame, et des quatre éléments. Il y avait trouvé mention d'autres dons que celui de sorcellerie, avec leur liste, mais même lui ne savait pas comment ils fonctionnaient. Le parchemin était trop effacé pour permettre de comprendre la suite du texte. Il poursuivit son exploration. Elle n'était pas tournée vers le mal, ça, il en était désormais certain. C'était même plutôt le contraire. Il y avait une soif de paix et de justice en elle, une volonté de comprendre, et de guérir les blessures des gens... Oh, elle n'était pas exempte de défauts, elle connaissait la haine, la jalousie, la peur et la colère. Mais son âme était entièrement tournée vers une chose, un absolu qui faisait penser à une vocation religieuse, un lien dans son âme même.

Quand il tentait de s'en approcher dans son esprit, il ressentait le désir étrange de s'arrêter, qu'il ne voulait pas savoir. Cette zone de l'esprit de Laurianne était fait de lumière pure et Albus était trop curieux pour renoncer à connaître un secret lorsqu'on tentait de l'en détourner. Il combattit sa répulsion à aller plus loin dans sa recherche et atteignit presque ce qu'il voulait. Mais il se retrouva hors des pensées de la jeune femme aussitôt après avoir effleuré son secret. Et cela ne venait pas d'elle, il en était sûr. Il commençait à se demander s'il avait bien fait d'accueillir Laurianne avec autant de confiance, lorsqu'une voix parla directement à son esprit.

« - Ai confiance, tu sauras nos secrets en temps utile, enfant de Mon autre Moi-Même… »

La voix était une musique, une mélodie qu'on ne pouvait oublier, qui touchait et exaltait l'âme. Il eut la vision d'un regard, assurément non-humain, deux yeux sans iris ni pupille, noirs comme la nuit et piquetés de points de lumière semblables à des étoiles. Albus ne put faire autrement que de l'écouter et de lui faire confiance. Il devrait vraiment discuter sérieusement avec Laurianne à son réveil ; enfin, dès qu'il aurait réussi à éloigner Remus d'elle. Albus eut un léger sourire en pensant qu'ils étaient les deux seuls à ne pas se rendre compte qu'ils étaient amoureux l'un de l'autre. Il crut entendre un rire amusé au loin, qui résonnait comme la voix qui lui avait parlé, mais il n'aurait pu en jurer. Quel que soit cet être, il partageait visiblement son point de vue sur Laurianne et Remus.

Après avoir passé un bon moment à maudire Padma pour le coup qu'elle lui avait donné, Drago était reparti en direction de la grande salle. Perdu dans ses pensées, il avait relâché sa garde et s'était fait avoir comme un débutant. Si Padma ne le suivait pas, ses chers camarades de classe si. Et ils ne le loupèrent pas. Drago entendit un léger murmure derrière lui qui attira son attention. Il eut juste le temps de saisir sa baguette avant que le sort de stupéfixion ne l'atteigne.

« -Protego ! Devrais-je être flatté que vous m'attaquiez à cinq contre un ? Expelliarmus !

-Tu crois pouvoir te mesurer à nous ? Si ce n'est pas nous, ça sera les autres. Ton père a promis que celui qui te tuerait aurait droit à sa Marque dès cette année…

-Je suis ravi de votre intérêt pour moi mais j'ai un petit-déjeuner à aller prendre, si ça ne vous dérange pas »

Cinq Serpentard, dont trois de dernière année, se tenaient devant lui. Il ne ferait pas le poids. Pas contre eux tous en même temps. Mais rien ne l'empêchait de les amocher suffisamment pour leur passer l'envie de recommencer, même si ça ne l'avançait pas à grand-chose. Il enchaîna les sorts de protection et d'attaque, usa même une fois d'un sort de magie noire assez avancé. Son père avait bien fait son éducation là-dessus, et son camarade partit en hurlant qu'il était aveugle. Drago le trouva méprisable. N'importe quel abruti aurait su que le sort qu'il avait utilisé était juste une illusion. Très complète et qui durerait plusieurs semaines, mais juste une illusion.

Drago n'eut bientôt plus le temps de mépriser ses camarades. Il espérait juste que quelqu'un passe dans le couloir, qui était pourtant un des plus fréquenté. Il avait réussi à atteindre tous ses adversaires et ils ne s'en sortiraient pas sans dommages, mais l'un d'eux avait réussi à le désarmer, alors qu'il lançait un sort sur un autre. Et maintenant, Drago subissait les doloris de ses imbéciles qui voulaient lui montrer qu'ils connaissaient les impardonnables. Bien qu'il en ait l'habitudeson père lui en faisait subir de bien pires depuis ses cinq ans, pour lui forger le caractèreil commençait à perdre conscience. Juste avant de perdre pied avec la réalité, il entendit des éclats de voix près de lui et des sorts qui pleuvaient tout autour. Il ne reconnut pas la voix qui s'adressa à lui après avoir juré quelques minutes de la fuite des agresseurs.

« -Eh bien, Malfoy, tes amis ne t'ont pas raté… On t'emmène à l'infirmerie, tu fais désordre au milieu du couloir… »

Severus et Remus atteignirent l'infirmerie et entrèrent immédiatement. Severus était plus que perplexe. Il tendit la liqueur à Dumbledore mais ne la lâcha que lorsque celui-ci rencontra son regard. La liqueur de kirseth était excessivement dangereuse. Elle était souvent utilisée quand un élève en occlumancie avait trop forcé son entraînement, blessant son esprit. Elle isolait la conscience du reste du monde jusqu'à guérison de l'esprit. Mais une dose trop forte pouvait induire le coma et ses vapeurs, respirées en petites quantités par des sorciers, leur enlevaient tout contrôle sur leurs capacités magiques et avaient déjà causé des drames. Une langue-de-plomb qui travaillait sur ce produit s'était foudroyée elle-même, après avoir détruit son laboratoire et tué ses onze collaborateurs avec ses pouvoirs déchaînés. Et elle ne travaillait que sur une goutte du produit... Sur une moldue, personne ne savait quels effets la liqueur pouvait avoir. Albus rassura son Maître des potions du regard, même s'il ne lui donna aucune explication. Remus ne saisit pas cet échange mais Severus hocha la tête et sortit en entraînant Remus. Il voulait juste être sûr que le directeur savait ce qu'il faisait. Maintenant, alors que Remus faisait les cents pas devant l'infirmerie, Severus se demandait la raison pour laquelle Dumbledore voulait faire prendre de la liqueur de kirseth à Laurianne. Elle n'était pourtant pas sorcière… Il était patient, il aurait certainement les réponses en temps utile. Severus soupira d'exaspération. Lupin allait le rendre fou à faire des allers et venues comme ça.

Fin du neuvième chapitre.