Chapitre 11 : Apparition

Albus avait rappelé à Remus que son prochain cours commençait bientôt. Ce dernier s'était empressé de regagner sa salle de classe, de bien meilleure humeur que ces derniers temps maintenant que Laurianne allait mieux. Albus se dirigea calmement vers l'infirmerie, réfléchissant en marchant, les sourcils imperceptiblement froncés. Il avait mis ses principes de coté et était entré dans les appartements de Laurianne. Il était allé jusqu'à fouiller ses affaires, ce qu'il n'aurait jamais fait en temps normal. Mais il ne voulait prendre aucun risque. Ces dernières années, des personnes qu'il pensait au-dessus de tout soupçon s'étaient révélées être animées de mauvaises intentions et trop de précautions valaient mieux que trop peu. Il avait trouvé des choses étranges. Albus ne connaissait pas parfaitement les moldus, mais l'encens, les bougies gravées de runes anciennes et les athamés sculptés ne faisait pas vraiment partie de leur monde. Ce qui l'intriguait le plus, c'était la ressemblance frappante des runes gravées sur ces objets avec celles du vieux texte où il avait appris l'existence des autres pouvoirs magiques. Malheureusement, elles en différaient suffisamment pour qu'il ne les comprenne pas.

Il accéléra le pas vers l'infirmerie. Il devait savoir qui était réellement cette jeune femme. Et surtout, qui était cet être qui l'avait empêché de voir directement les secrets de l'esprit de Laurianne, et qui lui avait ensuite parlé. Il se demandait s'il ne s'agissait pas de… Non, cela était impossible, il s'agissait d'un mythe, une légende à laquelle personne ne croyait plus depuis l'époque de Merlin lui-même… Pourtant, une grande partie des ouvrages de magie ancienne parlait d'Elle. Il arriva finalement devant la chambre de Laurianne à l'infirmerie et entra. Elle le regarda, ses pensées indéchiffrables.

« -Bonjour, monsieur. Je… je suppose que vous aimeriez quelques explications ?

-En effet, mademoiselle La Source.

-Ah. Vous ne m'appelez plus par mon prénom ?

-Quand je saurai si je peux vous faire confiance, je le ferai, mademoiselle. Mais pour l'instant, je ne crois pas vous connaître assez pour ça.

-Et bien, demandez-moi ce que vous voulez savoir, j'essaierai de vous répondre… »

Albus regardait Laurianne, bien conscient de la tournure de sa phrase. Elle essaierait de lui répondre.

« - Je ne vous mentirai pas, je me suis permis de lire dans votre esprit pendant votre malaise. J'ai compris qu'il était du à une rupture de votre contrôle sur vos dons, mademoiselle. Hors, je crois savoir que les moldus n'ont habituellement pas ce genre de capacités ?

-Vous avez raison, j'ai bien des 'dons', comme vous dites et, à cause de ma condition physique et morale, j'en ai bien perdu le contrôle. Entre autres, je suis empathe, télépathe et guérisseuse par l'esprit. Savez-vous de quoi il s'agit ?

-Parfaitement. Vous percevez donc les émotions et les pensées de gens et vous êtes capables de guérir les esprits malades, c'est cela ?

-Oui, mais je suis aussi capable de projeter mes émotions et mes pensées ; c'est d'ailleurs comme ça que j'ai fait fuir les détraqueurs à Pré-au-Lard. J'ai directement attaqué leurs esprits. »

La jeune femme grimaça, c'était encore un souvenir pénible pour elle.

« -Quant à la guérison par l'esprit… Je pense qu'on peut me comparer à un psychologue qui saurait exactement ce qui perturbe son patient. Je sais d'où viennent ses angoisses et j'arrive ainsi à les apaiser. Comment dire… Je peux faire revenir certaines angoisses à un niveau raisonnable et non plus déraisonné.

-C'est un don précieux. Mais j'aimerais savoir comment une moldue comme vous, si vous êtes bien moldue, peut posséder ce genre de capacités.

-Je ne vous mentirai pas en vous disant que ce sont des dons qui sont dans ma famille maternelle depuis très, très longtemps. Je sais par contre que je serais incapable de lancer le moindre sortilège, donc je pense que je peux toujours être qualifiée de moldue… »

Albus hocha la tête, il voulait bien la croire. Et il pensait qu'il se serait rendu compte si elle avait été sorcière en lisant son esprit.

« -J'ai une question à vous poser ; même si je suis quasiment certain de la réponse, je ne peux prendre de risque. Et si vous pouvez désormais me cacher vos pensées, je saurais tout de même si vous me mentez. Etes-vous à la solde de Voldemort ? »

Laurianne eut un violent sursaut dans son lit, empoignant le drap avec force et foudroyant le directeur du regard.

« -Plutôt mourir que de servir ce fou dangereux !!! Ce machin albinos qui se prend pour le centre du monde !!! Ah non ! Je ne m'abaisserais jamais à ça !!! »

Albus sourit légèrement, Laurianne avait tellement serré son drap dans la main en disant cela, qu'on aurait dit qu'elle étranglait quelqu'un ; et elle maugréait toute seule sur le Cinglé-Albinos-Aux-Yeux-Rouges. Au moins, il avait la certitude qu'elle ne travaillait pas pour son ennemi. Il se reprit et plongea ses yeux dans ceux de Laurianne. Il remarqua qu'elle ne semblait pas très à l'aise mais posa tout de même sa question.

« -Laurianne, quand j'ai sondé vos pensées, j'ai senti une chose étrange, comme un lien entre vous et autre chose. Mais quand j'ai voulu comprendre ce dont il s'agissait, j'ai été éjecté de votre esprit. Et ce n'était pas vous, ni moi… Une femme, assurément non humaine, m'est apparue Et elle m'a dit mot pour mot : Ai confiance, tu sauras nos secrets en temps utile, enfant de Mon autre Moi-Même… »

Il s'interrompit. Si elle avait eu un regard reconnaissant quand il l'avait de nouveau appelée par son prénom, elle avait dangereusement pâli au fil de sa phrase.

Elle leva la main pour l'interrompre.

« -Je ne peux pas répondre à vos interrogations sur ce sujet maintenant, monsieur. Cela ne dépend pas que de moi. Je dois faire quelque chose avant et j'ai besoin d'être seule pour cela. Laissez-moi cette nuit et je pense que je pourrai répondre à toutes vos questions me concernant demain. Mais pour l'instant, c'est impossible, je regrette. »

Il la regarda longuement. Elle avait l'air déterminé et ne cèderait visiblement pas.

« -Pouvez-vous au moins me dire qui était cette femme ?

-Je suis navrée mais je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant. Demain, si tout ce passe bien… »

Albus finit par accepter sa demande car, à moins de lui faire boire du veritaserum, il ne pourrait pas la faire parler ce soir. Il la quitta en disant à Pomfresh de laisser Laurianne retourner à ses appartements pour se reposer tranquillement. Malgré ses hauts cris, elle l'y accompagna, après sa promesse de manger le plus possible.

Parvenue à son appartement, Laurianne se reposa quelques instants. Elle devait contacter Maelys, la plus âgée des Hautes prêtresses et, en dehors des rituels normaux, cela était compliqué. Elle se prépara soigneusement et lança l'Appel. Elle attendit que l'ombre de Maelys la rejoigne, pour lui demander conseil. Une silhouette commença à apparaître dans le cercle qu'elle avait préparé mais il ne s'agissait pas de Maelys. Une femme radieuse, aux cheveux noirs comme la nuit et à la peau aussi blanche et lumineuse que le clair de lune avait pris place devant elle. Si elle semblait normale, ses yeux auraient révélé à n'importe qui sa nature non humaine car ils contenaient la nuit étoilée… La Dame en personne avait répondu à son appel.

Laurianne tomba à genoux devant Celle à qui elle avait consacré sa vie, baignée dans la lumière qui émanait d'Elle. Elle se perdit dans les yeux qui sondaient son âme et elle sut au sourire de la Dame qu'elle n'avait pas démérité. Sa voix qui était aussi une musique mélodieuse résonna alors dans son esprit.

« -Relève-toi, Ma prêtresse, point ne Me sieds que l'on s'agenouille devant Moi…

-Ma Dame…

-Doutais-tu autant de toi que tu pensais que Je ne répondrais point en personne à tes questions ?

-Vous connaissez mon cœur, ma Dame, et Vous savez pourquoi je suis ici devant Vous. Dois-je révéler notre existence à cet homme ?

-Il est digne de confiance, Mon élue. Tu ne dois pas craindre de nous révéler à lui. Il est temps que le Temple reprenne la place qui lui est due dans le monde ; et l'alliance de Mes prêtresses avec les sorciers est nécessaire. Parle-lui, n'ai nulle crainte, explique lui tout ce qu'il voudra savoir. Assure-le de notre aide ; son ennemi est aussi le nôtre car il rompt l'équilibre du monde. »

Laurianne prit le temps d'assimiler Ses paroles. Elle venait de lui dire que les prêtresses, non seulement elle, mais toutes, allaient devoir aider les sorciers à se débarrasser de Voldemort. Elles allaient donc reprendre leur rôle auprès des sorciers, pour leur servir de soutien en les alimentant en énergie.

Laurianne leva la tête vers sa Déesse, le visage résolu.

« -Alors le temps est venu pour nous de revenir dans le monde magique…

-Ai-Je répondu à tes questions, Mon enfant ?

-Oui, ma Dame, mon cœur est plus serein ; je répugnais à mentir à cet homme qui m'a accueillie sans rien me demander. »

Laurianne regardait sa Dame et elle vit Son visage devenir plus sérieux avant qu'Elle ne reprenne la parole.

« -Ecoute-Moi bien, Ma prêtresse, ton cœur souffre de ne pas avoir ce qu'il désire. Mais sache que tu retrouveras ce qui est tien, et jamais plus on ne pourra te l'enlever. Ce qui a commencé avec vous se finira par vous aussi pour que le cercle soit enfin terminé. L'amour et le devoir guideront ta vie, ainsi qu'il est écrit. Ton destin est maintenant lié à ces gens, et ton rôle sera majeur. Tu enseigneras à l'Elu, et tu seras le lien entre nous et nos alliés. Ne doute pas de toi, laisse toi guider par ton cœur… »

Elle sourit à Sa prêtresse, un sourire qui illumina la pièce.

« -Et demande à Albus Dumbledore s'il n'aurait pas une place disponible sur les terres de son école. Nous en aurons bientôt besoin… »

Avant que Laurianne n'ait pu demander de plus amples explications, Dana s'effaça du cercle, sur une dernière phrase énigmatique, comme pour elle-même.

« -J'ai toujours aimé les loups. Bientôt ils redeviendront ce qu'ils auraient toujours du être… »

La Dame laissa échapper un petit rire avant de disparaître pour de bon. Laurianne resta un moment sonnée par cet entretien. C'était la première fois qu'elle voyait sa déesse Dana en personne ; elle n'avait eu jusque là affaire qu'à Ses manifestations. Puis elle se secoua. Ce qu'elle avait appris était trop important ; elle devait en parler au directeur immédiatement.

Elle rejoignit rapidement le bureau du professeur Dumbledore qui lui avait donné le mot de passe et lui raconta tout, excepté la partie la concernant en particulier et qu'elle n'arrivait pas encore à comprendre. Albus resta un moment incrédule devant ses aveux. Mais comme elle avait baissé ses boucliers mentaux et l'avait laissé voir en elle, il ne pouvait réfuter ses paroles. Il allait avoir besoin de temps pour réfléchir à toutes les implications de cela. Il laissa repartir Laurianne chez elle, seule, aussi pensive que lui. Sur le chemin du retour, elle eut la peur de sa vie. Quelqu'un l'attrapa pour l'entraîner dans une classe vide, en lui disant qu'il n'était pas prudent pour elle de se promener seule dans les couloirs, surtout dans l'état de faiblesse dans lequel elle était. Son cœur se calma en reconnaissant la voix de Remus, avant de s'emballer aussitôt de se trouver dans ses bras. Il la lâcha pour se placer devant elle en souriant. Un sourire tel qu'elle avait l'impression que son cœur allait éclater. Il lui demanda de ses nouvelles et voulut savoir comment s'était passé l'entretien avec Albus. Elle le rassura en lui disant quelle avait tout expliqué au directeur.

Il ne répondit pas ; il semblait très gêné et hésitait à reprendre la parole. Il avait la tête baissée et des mèches de cheveux lui cachaient le regard. Laurianne retint une envie folle de les remettre en place, pour contempler à son aise le regard doré qui avait hanté ses rêves. Il finit par se décider, relavant la tête et plongeant son regard droit dans celui de Laurianne, réveillant certains papillons… Il lui demanda s'il pouvait se faire pardonner la peine qu'il lui avait causée en l'accompagnant au bal de Noël. Laurianne sentit son cœur manquer un battement, émue et folle de joie d'aller à cette soirée avec lui et accepta sa proposition. Remus la raccompagna à ses appartements par sécurité, se décidant à lui faire la bise pour lui souhaiter une bonne nuit, cédant à la mode française. Laurianne le regarda ensuite partir, la main posée sur la joue, comme pour retenir le baiser qu'il y avait déposé. Elle ne savait pas pourquoi il était si gentil d'un seul coup mais ne s'en plaignait pas. Elle partit se coucher avec le cœur en liesse et fit des rêves qui la firent rougir furieusement au réveil.

Remus rentra dans ses appartements avec l'impression de n'avoir jamais été aussi heureux. Il ne savait pas trop ce que Laurianne ressentait pour lui mais elle l'appréciait visiblement beaucoup. Il commençait à se demander s'il ne devait pas tenter sa chance avec elle. Il s'était déjà avoué qu'il était complètement obsédé par la jeune femme, au point de guetter ses moindres sourires, de sans arrêt se demander où elle était. Autant le lui avouer à elle. Avec un peu de chance… Remus sourit rêveusement devant son miroir, les yeux dans le vague. Son reflet lui demanda s'il avait enfin déclaré sa flamme à son amoureuse pour être aussi heureux. Et pour une fois, Remus ne lui ordonna pas de se taire, mais lui répondit avec des étincelles dans les yeux.

« -Bientôt. J'espère que je ne fais pas une bêtise…

-Si c'est la jeune femme qui venait travailler avec vous, mon vieux, j'espère que ça marchera… »

Le sourire de Remus s'accentua, lui donnant un air étonnement juvénile. Il ne savait vraiment pas comment elle allait le prendre mais il devait lui dire. Il en avait assez de s'empêcher de vivre ; il voulait profiter un peu de sa vie. Et puis, James et Sirius lui en auraient voulu s'il ne tentait rien. Il eut un léger moment de panique en se demandant comment il allait faire pour se déclarer ; cela faisait si longtemps qu'il n'avait eu de relation durable avec une femme. En fait, à part ses quelques petites amies pendant ses études, il s'était contenté de relations faciles, sans lendemain. Et puis il décida de ne pas s'en faire, de laisser marcher son intuition. Il voulait vivre au jour le jour, sans se rendre malade pour ce qui risquait d'arriver. Sinon, il ne tenterait rien. Remus finit par s'installer sur son lit pour lire tranquillement avant de dormir mais, avant qu'il l'ait même ouvert, son livre retombait à ses cotés. Il dormit d'un sommeil lourd, peuplé de rêves étranges qui le laissèrent perplexe.

Une grande plaine couverte d'herbe grasse, quelques arbres au loin, et la présence du cercle de pierre, plein de magie, intact comme il ne l'avait jamais vu. Et une silhouette qu'il adorait se trouvait dans le cercle. Et elle l'appelait.

« -Remus… Remus… Viens…

-Je risque de te blesser et je ne le supporterais pas.

-Je ne crains rien, tu ne me feras jamais de mal, j'ai confiance en toi, quelque soit ta forme… »

Remus se rendit compte à cet instant que la lune était pleine, éclairant la scène d'une lueur fantomatique. Il regarda ses mains et, étrangement, il était toujours humain.

« -C'est toi qui décide de ta forme, pas la lune. Tu peux devenir loup quand tu le veux et redevenir humain dès que tu le souhaites… La lycanthropie n'est pas une malédiction mais un cadeau que les hommes ont mal interprété. Tu peux maîtriser ta transformation, tu ne fais qu'un avec ta forme de loup, comme un animagus avec sa forme animale. Tu dois l'accepter et il t'acceptera, cessant de chercher à te faire du tort…

-Laurianne, je ne peux pas, je ne peux pas. Je risquerais de te faire du mal…

-Jamais tu ne pourras jamais me faire du mal, n'ai aucune crainte. Ai confiance en toi, tu as le temps, tu dois juste me promettre d'y penser, tu peux y arriver…

-Je ne peux pas !!! »

Remus se sentit partir, il se réveillait. Alors qu'il se retrouvait dans cet instant étrange, entre le sommeil et le réveil, inconscient de tout, la silhouette changea, ses cheveux de flamme devinrent ébène, ses yeux gris vert devinrent le reflet de la nuit étoilée et son teint d'ivoire devint lumineux. La femme qui n'était pas humaine soupira.

« -Mais qu'est ce qu'il est têtu… Je vais avoir du travail avec lui… Ma fille, si Je fais ça, c'est bien par amour pour toi ; celui que ton cœur à choisi est un véritable cas social… Et voilà que Je parle comme les humains, maintenant, Je passe trop de temps à M'occuper d'eux… »

Laurianne venait de prendre une grande décision. Elle avait tellement souffert de l'attitude de Remus ces dernières semaines qu'elle avait décidé de lui avouer ce qu'elle ressentait pour lui. Le soir du bal, elle lui dirait tout ce qu'il représentait pour elle. Il la rejetterait peut-être mais, au moins, elle ne se rendrait plus malade de ne pas savoir. Et puis, la bise qu'il lui avait faite, alors qu'il n'en faisait à personne, devait bien signifier qu'il tenait un peu à elle ? Elle l'espérait de tout cœur. Elle se prenait à rêver que ce dont sa Dame lui avait parlé concernant ce qu'elle trouverait, c'était l'amour de Remus. Elle s'imaginait dans ses bras, repensant à ses rêves de la nuit précédente, tant et si bien qu'elle dut se faire de l'air avec un exemplaire de la Gazette du Sorcier pour reprendre contenance. Rien que d'imaginer ses mains sur elle, même pour une simple danse… La soirée risquait d'être éprouvante pour ses nerfs. Et puis, un cœur brisé, on pouvait vivre avec, Severus en était l'exemple même. D'un seul coup, elle pâlit. Et s'il la rejetait ? Qu'il ne voulait plus d'elle, ne serait-ce que comme amie ? Et bien elle serait fixée, même si son cœur serait en ruine.

Laurianne décida ne plus penser à ce qui arriverait si Remus ne ressentait rien d'autre que de l'amitié pour elle et elle mit son plan de bataille en route. Sortant la robe de bal qu'elle avait achetée à Pré-au-Lard, elle l'étendit devant elle pour juger de l'effet qu'elle aurait. Oui, cette robe ferait parfaitement son affaire, et elle veillerait à ce que Remus ne puisse détacher son regard d'elle. Elle rangea la robe avec un sourire presque démoniaque et se décida à demander un service à Severus. Il ferait bien ça pour elle ; il le lui devait bien. Le Maître des Potions avait un don avec les mélanges délicats des arômes de fleurs et de plantes. Elle lui faisait confiance pour lui fabriquer un parfum personnalisé dont l'odeur enivrerait et obsèderait Remus. Elle sortit ensuite ses vêtements pour la journée, pensive, et s'habilla, se tenant prête pour attendre le professeur Flitwick. Elle aimait bien ce petit bonhomme, plein d'humour et d'enthousiasme pour son métier. Elle aurait bien aimé avoir un professeur comme lui pour certains de ses cours à la fac…

Dans les couloirs, la tristesse ambiante causée par les récents événements se dissipait lentement. Le bal de Noël se rapprochait et les couples se formaient rapidement. Les filles ne parlaient plus que de leurs cavaliers, et les garçons se demandaient qui inviter. Bref, Poudlard reprenait vie. Ginny Weasley n'y était pas pour rien, elle avait décidé de ne pas se laisser abattre par la mort de Percy. Et elle avait repris le flambeau de ses frères jumeaux… Il n'était pas rare de croiser des animaux portant des cartables dans les couloirs ou d'entendre des explosions assourdissantes suivies d'effets parfois étranges, comme le lierre blagueur qui était apparu au premier étage. Il résistait à toute tentative pour être enlevé et adorait chatouiller de ses vrilles les élèves obligés de passer par-là. Il n'y avait aucune preuve contre elle mais tout le monde, y compris les professeurs, savait qui était responsable de ces actions. Et comme elle ne perturbait pas les cours et que ses blagues n'étaient ni dangereuses, ni vraiment humiliantes, ils ne pouvaient rien faire.

En plus, elle était bien plus efficace à elle seule que ses prédécesseurs car elle profitait de leur expérience, de la connaissance des passages secrets du château grâce à Harry et, surtout, elle était approvisionnée régulièrement par ses frères. Elle était une équipe commando des farces à elle seule. Rogue, énervé, glissa avec mauvaise humeur à Lupin au cours d'un repas qu'elle était pire que lui et sa bande de maraudeurs. A la fin de sa phrase, alors qu'il goûtait sa part de tarte au citron, il se retrouva avec des superbes cheveux blonds et bouclés comme les poupées de petites filles, ainsi que tous les professeurs qui avaient goûté la leur. Ce qui fit évidement bien rire Remus et s'énerver Severus. Il maudissait cette gamine mais s'arrêta quand Dumbledore lui dit que ça lui allait à merveille. Le directeur avait la même coiffure que le Maître des Potions, mais sa barbe avait subie le même sort, et l'effet était vraiment saisissant. La vie à Poudlard redevenait vraiment intéressante.

Laurianne s'était retrouvée avec de beaux cheveux blonds à anglaises soyeuses et elle se demandait si elle n'allait pas les garder. Mais quand Remus lui dit avec son adorable sourire en coin qu'il regrettait ses cheveux de flammes, elle se décida à chercher Ginny pour qu'elle lui lance le contre-sort. Elle la trouva à la table des Gryffondor en compagnie de Harry, ainsi que de Ron et Hermione, qui se tenaient par la main. Toute l'école savait désormais qu'ils formaient un couple et ils commençaient à oser se tenir ensemble en public. Ginny et Harry les contemplaient avec satisfaction et, parfois une lueur malicieuse dans le regard. Ginny accepta rapidement de lui rendre sa chevelure, surtout quand elle vit le regard brillant de Remus posé sur Laurianne. Il ne la quittait pas des yeux depuis le malaise qui l'avait conduite à l'infirmerie. La jeune Gryffondor nota mentalement sur son petit carnet de marieuse qu'elle devrait peut-être faire quelque chose pour ces deux-là. Elle attendrait que le bal ait eu lieu et, s'il ne se passait rien, elle agirait.

La rouquine soupira en songeant qu'elle avait vraiment le chic pour repérer tous les couples amoureux et les mettre ensemble, mais qu'elle était incapable de séduire Harry. Et le problème, c'est qu'elle passait tout son temps libre avec lui, souvent en tête-à-tête, et elle avait parfois du mal de se retenir de lui sauter dessus. Elle avait quinze ans, un tempérament de feu qu'elle tenait de sa mère, et ses hormones étaient plus qu'agitées quand elle était avec lui. Elle mourait parfois d'envie de passer ses mains dans ses cheveux pour tenter de les recoiffer ou de lui tenir simplement la main, comme Hermione faisait avec Ron en ce moment même. Oh Merlin ! Mais qu'est ce que faisait la main de son frère sur la jambe d'Hermione ? Et aussi haut, en plus ? Et bien, ils ne perdaient pas de temps, ces deux là. Elle devrait avoir une petite conversation avec Hermione, elle voulait tout savoir… Et qui sait, ça lui servirait peut-être dans son offensive sur Harry. Elle devait essayer de lui faire voir qu'elle était plus que sa petite sœur, comme il disait. Elle profiterait du week-end pour modifier sa robe de bal. Avec ce qu'elle comptait mettre, s'il ne la regardait pas, c'est que Malfoy avait plus de chance qu'elle avec Harry.

Laurianne resta un petit moment à leur table avec eux, avant de retourner à celle des professeurs près de Remus. Elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de les voir ces derniers temps et elle savait que les deux Weasley avaient besoin de distraction. Elle baissa un peu ses barrières mentales pour vérifier qu'ils surmontaient bien cette épreuve. Si leur chagrin était toujours aussi fort, ils passaient outre et continuaient à vivre. Mais Laurianne perçut une chose étrange. Depuis la rentrée, Harry prenait des cours d'occlumancie avec Dumbledore et elle ne pouvait sentir ses émotions qu'en se concentrant très fort. Il fermait avec efficacité son esprit. Mais, là, elle percevait ses pensées et ses émotions très facilement. Elle sentait ses barrières aussi trouées que des passoires et, si elle l'avait voulu, elle aurait pu sans effort s'introduire dans ses pensées les plus secrètes. Elle devrait impérativement en toucher un mot à Dumbledore.

Maintenant qu'il savait qui elle était, et surtout qui elle servait, elle se devait de lui dire, c'était très important. Dana lui avait bien dit qu'elle devrait s'allier avec les sorciers contre Voldemort, et contre tout ce qu'il représentait. Elle devait impérativement reparler avec le directeur. De toute façon, il avait sûrement encore plein de question à lui poser. Si Voldemort s'apercevait que le Survivant avait l'esprit grand ouvert, il risquait de prendre l'avantage sur eux. Elle hésita à proposer son aide dans ce domaine mais elle devait être capable de protéger Harry le temps qu'il retrouve ses protections. Cela serait fatigant, mais elle l'avait déjà fait, avec une novice du Temple qui n'arrivait pas à maîtriser ses pensées. En attendant, elle demanda à Severus si elle pouvait passer la journée avec lui, à suivre ses cours. Elle rassura tout de suite Filius Flitwick qui pensait qu'elle n'appréciait pas son enseignement, elle voulait seulement voir les potions que les élèves devaient étudier aujourd'hui.

Le Maître des Potions haussa un sourcil ; les cours d'aujourd'hui concernaient des potions inscrites au programme par le ministère, et pas particulièrement intéressantes. Sauf si Laurianne avait une invasion de doxys dans ses appartements. Il devina qu'elle voulait lui demander quelque chose et fit comme si de rien n'était. Par contre, il ne se priverait pas pour la taquiner sur les regards qu'elle lançait à Lupin ; on aurait dit une collégienne en mal d'amour. Il voyait aussi les regards en coin du loup-garou, quand il pensait que personne ne pouvait le voir, mais elle ne le croirait pas s'il lui en parlait. Il se demandait seulement comment elle faisait pour ne pas s'en rendre compte. Remus la regardait parfois comme s'il allait se jeter sur elle. Severus envisagea d'ajouter un peu de potion calmante à la potion tue-loup que son collègue devrait bientôt prendre sinon, il allait finir par sauter sur Laurianne en plein repas. Même si ça aurait le mérite de débloquer les choses entre eux.

Il avait parfois envie de les enfermer dans la fameuse salle sur demande, en ne les laissant sortir que quand ils se seraient avoué leur attirance. Severus pinça les narines. Il devenait bêtement sentimental, c'était catastrophique. Où allait le monde s'il envisageait de jouer au marieur, surtout pour assortir Laurianne avec le loup-garou, cette erreur de la nature. En tout cas, les cours d'aujourd'hui avec Laurianne, ou plus précisément les intercours, lui permettraient de lui poser quelques questions. Il n'avait pas oublié que Dumbledore lui avait demandé de la liqueur de kirseth pour elle, ce qui était plus qu'étrange pour une moldue. De plus, il avait tenté de sonder ses pensées mais s'était heurté à une barrière si puissante que son esprit avait glissé dessus sans aucune prise. Les seules personnes qui possédaient des protections mentales aussi puissantes étaient le directeur de Poudlard et le Seigneur des Ténèbres. Laurianne lui devait des réponses.

Fin du onzième chapitre.