Chapitre 12 : Le cycle des vies

Le cours de la matinée se passa tranquillement, Laurianne donnant même un coup de main à Severus pour corriger les erreurs des élèves. Elle était très appréciée de ceux-ci et certains lui demandèrent si elle serait d'accord pour leur faire quelques cours de chimie moldue. Elle accepta, avec l'accord de Severus, qui était aussi intrigué que ses élèves. Ils organiseraient ça pour la rentrée, après les vacances de Noël. Et puis vint la sonnerie et les élèves de quatrième année Serdaigle-Serpentard sortirent rapidement. Le cours suivant aurait lieu avec des élèves venant de divination, ils avaient donc un peu de temps pour discuter. Severus commençait à ouvrir la bouche quand Laurianne le fit taire de la main.

« -S'il vous plait, Severus, laissez-moi parler. Je me doute que vous avez beaucoup de questions à me poser, mais je ne peux pas vous répondre tout de suite. Dumbledore vient d'être mis au courant de certaines choses me concernant et je dois lui en parler avant de mettre d'autres personnes au courant. Mais je vous dirai tout, dans très peu de temps je vous le promets.

-Même la raison pour laquelle je n'arrive pas à percevoir la moindre de vos pensées ?

-Vous avez déjà essayé ?!!

-Vous savez ce que je fais, Laurianne. C'est un réflexe pour moi de vérifier les intentions de mes interlocuteurs.

-Je vois... Et je comprends, même si j'aime que mes pensées restent privées. Et oui, tout est lié. Je vous promets que vous saurez, je n'ai pas l'intention de garder le secret pour vous. Mais comme je vous ai dit, je dois d'abord en parler avec le directeur.

-Je comprends, Laurianne. Je patienterai, j'ai l'habitude. Maintenant, dites-moi pourquoi vous teniez tant à me parler ? »

Laurianne rougit comme une belle tomate bien mure et demanda d'une toute petite voix, sans respirer, ce qu'elle voulait de Severus.

« -Vousvoulezbienmefaireunparfumpersonnalisé ?

-Laurianne, je comprendrais mieux si vous parliez plus fort et, surtout, en articulant. »

La jeune femme avait l'air très gênée et il se demandait sincèrement ce qu'elle avait de si honteux à lui demander.

« -Voilà, j'aimerais beaucoup que vous fassiez un parfum spécialement pour moi, je sais que vous travaillez sur les essences de plantes pour vos potions... Et vous avez un vrai génie pour les arômes. Mais si vous n'êtes pas d'accord, je comprendrai !

-Est-ce que cette demande a un lien avec un certain professeur de DCFM de ma connaissance ?

-Maispasdutoutc'estpascequevouscroyez !!!

-Ne cherchez pas à protester, je ne comprends rien à ce que vous dites. Et puis, j'ai bien remarqué comment vous le regardiez. Je ne saisis pas ce que vous lui trouver mais ce genre de choses ne se contrôle pas vraiment. Par contre, je ne sais pas trop si je vais… Ah non ! Par pitié, Laurianne, ne me regardez pas avec ces yeux là ! On dirait un chaton abandonné…

-S'il vous plaît…

-Vous êtes terrible dans votre genre. Je plaindrais presque Lupin. Bon, je vous ferais ce parfum mais par pitié, n'allez pas en parler à toute l'école, je tiens à ma réputation! »

Laurianne sourit et remercia chaleureusement Severus. Impulsivement, elle s'approcha pour déposer un léger baiser sur sa joue, faisant rougir le sévère professeur. Elle-même avait toujours les joues rouges ; l'espion avait bien sûr tout de suite compris pourquoi elle voulait un parfum spécial. Est-ce que tout le monde savait ce qu'elle éprouvait ? Remus était-il au courant et se moquait-il d'elle ? Par la Dame, elle espérait que non ou elle en mourrait. Severus vit son trouble et lui posa une main réconfortante sur l'épaule. Cela seul sortit Laurianne de ses pensées sombres ; le Maître des Potions de Poudlard ne touchait jamais personne, encore moins pour réconforter. Elle lui fit un sourire un peu triste et posa sa main sur la sienne.

« -Merci, Severus… Je… Je ne sais pas trop où j'en suis, avec… quelqu'un…

-Ne vous inquiétez pas, je suis sûr que tout ira bien. Il serait vraiment encore plus imbécile que je le pensais sinon. »

Après cet échange des plus inhabituels, ils firent comme si de rien n'était et le professeur Rogue fit entrer les élèves.

Neville attendait Luna devant la classe du professeur d'Arithmancie. Depuis le soir d'Halloween, il s'était vraiment attaché à la rêveuse Serdaigle. Ils passaient beaucoup de temps ensemble, apprenant à se connaître en se dévoilant leurs rêves et leurs espoirs pour l'avenir. Il était sorcier, il avait vécu dans le monde magique depuis sa naissance mais Luna le surprenait toujours par son comportement si… mystérieux. Comme si elle voyait des choses qu'elle était seule à percevoir. Il sortit brutalement de ses pensées en manquant de se prendre la porte de la salle, ouverte par un élève pressé de partir. S'écartant un peu de la foule qui sortait en discutant et riant bruyamment, il repéra enfin une chevelure blonde ébouriffée.

« -Alors, comment était le cours ?

-Très intéressant. J'ai vu un vol nuptial de sombrals par la fenêtre.

-Ah. Et vous avez appris quelque chose d'intéressant aujourd'hui avec votre professeur ?

-Le calcul des dérives de l'espace-temps lors des voyages par retourneur de temps. Je connaissais déjà. Tu as vu que le calmar avait encore fait des siennes ? Il a … »

Neville marchait à coté de Luna, l'écoutant parler d'une oreille. Ils arriveraient bientôt à la bibliothèque et il aurait aimé pouvoir lui demander sans avoir Mme Pince sur le dos. Depuis qu'il avait réussi à faire tomber trois étagères de livres en une seule fois, elle se méfiait de lui. Rassemblant son courage de Gryffondor, il se lança enfin.

« -… ensuite il a même essayé d'attraper une chouette qui volait au-dessus du lac. A croire qu'il est perturbé par quelque chose.

-Luna ? Je peux te demander quelque chose ?

-Bien sûr.

-Est-ce que tu as déjà un cavalier pour le bal de Noël ?

-Bien évidemment ! Pourquoi cette question ?

-J'avais espéré qu'on pourrait y aller ensemble… Mais c'est pas grave. »

La jeune fille le fixa quelques longues secondes de ses immenses yeux bleus.

« -Mais on y va ensemble. C'est toi mon cavalier. Tu me l'avais déjà demandé, non ?

-Je crois que non…

-Oh. Ca m'arrive sans arrêt. J'ai l'impression qu'on m'a dit quelque chose qu'on ne m'a pas encore dit. Je n'y fais plus attention. Au fait, tu savais qu'on allait bientôt avoir plein de visites ? »

Padma était installée dans la bibliothèque, lisant un épais livre sur la mythologie moldue. Elle préparait un devoir compliqué, un mémoire sur les grandes similitudes entre les traditions des deux mondes. Elle avait du mal à se concentrer, ses pensées étant occupées par le visage d'un de ses camarades de classe. Elle était tellement habituée à l'imaginer dans son champ de vision qu'elle ne réalisa pas immédiatement qu'il était tout près d'elle. Drago était debout face à une des étagères, regardant sans les voir les titres des ouvrages anciens de magie animiste. Ses poings étaient serrés, ses épaules crispées comme s'il tentait de se maîtriser à grand-peine. Le soleil couchant dardait ses rayons à travers les vitres, illuminant de ses ors chatoyants les mèches du jeune homme. Padma retint une envie soudaine de se lever pour passer les doigts dans ses cheveux, fascinée par les reflets qui y couraient. Elle souriait sans s'en rendre compte. Perdue dans son fantasme, elle sursauta violemment lorsqu'il frappa dans le bois du rayonnage en jurant entre ses dents. Son livre lui échappa des mains et tomba au sol dans un bruit sourd. Le Serpentard se retourna vivement et la regarda un instant avec l'air de vouloir commettre un meurtre. Il s'approcha finalement d'elle en quelques enjambées et lui coupa toute retraite.

« -Décidément, Patil, je te retrouve toujours dans mes pas. A croire que tu le fais exprès.

-Sans vouloir te vexer, Malfoy, je suis ici depuis un bon moment. C'est toi qui finis toujours par venir à moi. »

L'adolescent ouvrit la bouche pour répondre méchamment mais sembla changer d'avis. Il la regarda quelques instants dans les yeux avant de quitter la bibliothèque en coup de vent, sous les protestations de Mme Pince. Padma soupira, déçue sans qu'elle sache pourquoi et rassembla ses affaires. Sans y penser, elle ramassa un morceau de parchemin au sol, pensant qu'il s'était échappé de ses notes.

Drago arpentait les couloirs du château avec une expression qui aurait effrayé un détraqueur. Il en voulait à la Serdaigle de l'avoir vu dans une situation où il avait relâché sa garde. Gregory et Vincent ne lui adressaient plus la parole depuis qu'il avait officiellement rejeté Vous-Savez-Qui. Certes cela changeait peu de d'habitude, les deux complices n'étant pas du genre bavard, mais Drago avait remarqué qu'ils le fuyaient depuis quelque temps, l'observant parfois longuement devant leurs salles de classe, le mettant mal à l'aise. Pire, ils les avaient entendus chuchoter comme des comploteurs avant de s'interrompre brutalement à son approche. Ils préparaient quelque chose contre lui, il le savait. Malheureusement, il n'avait pas réussi à découvrir de quoi il s'agissait et avait les nerfs à vif. Pour couronner le tout, il avait reçu une lettre du Ministère de la Magie. Il était toujours mineur. Sa mère était morte. Son père était recherché et serait soumis au baiser du détraqueur dès qu'il serait retrouvé. Tous ses biens avaient donc été saisis et le Ministère n'envisageait de les lui rendre qu'à sa majorité et après le procès de son cher paternel. Drago n'avait plus que l'héritage de sa mère comme source de revenus. Seulement, comme dans tous les mariages sorciers entre sang-purs, tous les biens de sa mère avaient été donnés à son père à l'exception d'une rente annuelle provenant du compte des Black. Et, comble de l'ironie, le dernier héritier des Black ayant mystérieusement disparu, tous ses biens étaient bloqués également. Drago se demandait comment réagiraient les Gryffondor lorsqu'ils sauraient qu'il était quasiment à la rue ? Qu'il n'avait même plus de quoi s'acheter une chocogrenouille ? S'ils apprenaient cela, il mourrait de honte. Drago referma la main sur la poche de sa cape où se trouvait la lettre maudite. Son cœur eut un violent sursaut quand il se rendit compte qu'elle n'y était plus. Il pâlit à faire peur. Quelques minutes plus tard il constata que la lettre n'était plus à la bibliothèque, où elle était tombée. Quelqu'un l'avait déjà ramassée.

Parvati était perchée sur un des murets, pratiquement recouverte par les couches de vêtements qu'elle avait mises pour sortir dans le froid de l'hiver écossais. Sa jumelle était assise sur le banc de pierre à coté, faisant semblant de lire. Elle savait que Padma lui cachait quelque chose. Elle n'était plus vraiment elle-même ses derniers temps, manquant de concentration et sursautant fréquemment quand on l'appelait, perdue dans ses pensées. Parvati n'était pas bête. Elle savait pourquoi sa sœur agissait comme ça. Elle était amoureuse. Ce qui la rendait dingue c'est qu'elle ignorait de qui. Elle avait été chercher la Serdaigle jusque dans l'antre de Mme Pince pour la cuisiner tranquillement. Elle l'avait trouvé étrangement perturbée et elle l'avait entraînée dans le jardin d'hiver pour être au calme avec elle. Seulement Padma restait muette comme une tombe.

« -Allez, dis-le moi !

-

-Padma, ne fais pas ta tête de mule. On s'est toujours tout dit, tu peux bien me dire sur qui tu as craqué. »

La Serdaigle daigna enfin lever le regard de son grimoire. Elle jeta un regard peu amène à sa sœur aînée – d'exactement sept minutes – et envisagea quelques secondes de lui lancer un silencio rien que pour avoir la paix. Comment pourrait-elle lui dire de qui elle était amoureuse puisqu'elle ne l'était pas ?

« -Parvi'… Ecoute-moi bien, pour la dernière fois. Je… ne… suis… pas… AMOUREUSE ! »

Elle avait littéralement hurlé le dernier mot, faisant se retourner toutes les personnes présentes dans les environs. Quelques ricanements se firent entendre, apportant quelques couleurs sur les joues mates de l'Indienne, de naturel timide. Pour la discrétion c'était raté. Peut-être allait-elle au moins être tranquille avec sa sœur ?

« -D'accord. Tu n'es pas amoureuse. Mais tu peux quand même me dire qui c'est ? »

Padma poussa un soupir à fendre l'âme. Raté.

Laurianne demanda à parler au directeur après le repas. Remus eut l'air un peu déçu, il avait aimé retrouver ces soirées où ils discutaient dans les appartements de l'un ou l'autre pendant des heures. Severus regarda un long moment Laurianne, le visage inexpressif, sachant qu'elle allait demander la permission au directeur de lui révéler ses secrets. Les autres professeurs paraissaient intéressés, mais sans plus. Le repas se déroula sans incident et Dumbledore fit signe à la jeune femme de le suivre. Il lui tint galamment la porte et ils se dirigèrent dans le plus grand silence vers son bureau. Laurianne prit place sur un des confortables fauteuils, tandis que le directeur de Poudlard prenait place derrière l'imposant meuble. Fumseck apparut subitement au-dessus d'elle et vint se poser sur l'accoudoir de son fauteuil. Laurianne restait bouche bée de voir l'animal mythique venir quémander son attention.

« -Et bien, Laurianne, si j'avais encore des doutes à votre sujet, je crois que je serais fixé. Pour qu'un phœnix vous laisse le toucher, c'est que vous êtes digne de confiance.

-J'avais entendu parler de lui par les élèves mais je ne l'avais encore jamais vu. Il est magnifique. »

Le phoenix regarda la jeune femme qui lui caressait délicatement le jabot du dos de la main, la tête penchée de coté, avant de s'envoler en chantant pour retrouver son perchoir. Laurianne sourit, le cœur apaisé avant de se tourner vers Dumbledore.

« -Je dois vous parler de plusieurs choses. Tout d'abord, je vous ai dit rapidement qui je suis mais je suppose que vous avez des questions concernant les autres prêtresses, ce que nous faisons, nos capacités…

-En effet, j'ai de nombreuses questions. J'aimerais savoir un peu comment vous fonctionnez et, surtout, si toutes les prêtresses ont les mêmes dons que vous. »

Laurianne prit la peine de réfléchir avant de répondre. Le sujet était assez complexe.

« -Déjà, concernant nos capacités. Toutes les prêtresses sont capables d'un minimum de télépathie, parfois juste assez pour se projeter dans le Surmonde et rejoindre le Temple. Ensuite, les dons sont variés. Les prêtresses ayant les dons d'empathie, de guérison par l'esprit et qui maîtrisent le vent sont associées à l'élément de l'Air comme moi. Celles qui maîtrisent la télékinésie, la téléportation et le feu sont associées à cet élément. Pour l'Eau, ce sont les dons de guérison physique et de prémonition. Pour la Terre, les prêtresses concernées ont les dons de vision à distance et la capacité de se faire comprendre et de parler aux animaux. L'intensité des dons est très variable et on ne possède pas toujours tous les dons de son élément…

-J'ai cru voir que vous possédiez des dons d'empathie et de guérison par l'esprit très puissants, est-ce exceptionnel ? »

Laurianne semblait assez gênée.

« -En fait, je ne vous ai pas tout dit. Je ne suis pas seulement une prêtresse. Je veux dire, il y a plusieurs niveaux. Il y a les Apprenties qui sont formées, souvent par une parente ; leurs dons sont souvent mal maîtrisés et on voit de tout chez elles. Le don n'apparaît qu'au début de l'adolescence… Il y a ensuite les Aspirantes. Ce sont des Apprenties qui ont presque terminé leur formation ; elles la finissent avec une Prêtresse de leur élément. Quand leur formation est complète, elles deviennent des Prêtresses. Nous travaillons par quatre, en Cercle, une pour chaque élément, et les Cercles sont présents dans le monde entier. »

Dumbledore resta silencieux quelques minutes, pour intégrer ce qu'elle avait dit. C'était beaucoup à apprendre d'un coup. Il releva ce que Laurianne avait dit.

« -Et vous n'êtes pas seulement une Prêtresse ?

-Non. Je fais partie du Premier Cercle, le tout premier qui fut formé, il y a plusieurs milliers d'années. En fait, le Premier Cercle fut fondé lors de la construction de Stonehenge… Je descends en ligne directe d'une des premières Prêtresses de Dana. Je suis une Haute Prêtresse, la Gardienne de l'Est et de l'Air. »

Le directeur eut un mouvement de surprise. Il ne put s'empêcher de regarder dans l'esprit de la jeune femme pour avoir confirmation de ses dires.

« -Veuillez m'excuser, mais c'est un peu comme si vous me disiez que vous descendez de Merlin…

-Euh… À vrai dire, ce n'est pas impossible. Je ne connais pas vraiment mon lignage du coté masculin mais il a passé beaucoup de temps avec mes ancêtres et celles des autres Hautes Prêtresses, et il était plutôt bon vivant, alors… C'est peu de temps après la disparition de Merlin que nous sommes passées dans le secret. Il y a une chose que je ne vous ai pas dite. Nous sommes toutes capables, à un niveau ou un autre, de capter la magie, mais nous ne pouvons l'utiliser. Nous pouvons la transmettre à un sorcier, doublant ainsi sa puissance magique. Nous avons décidé de nous cacher au monde à cause de ça, par sécurité.

-Et vous avez décidé de briser le secret ?

-Dana en personne me l'a demandé. Je ne pourrais jamais m'opposer à Elle. Elle a Ses raisons. Vous m'y faites penser, je n'ai pas bien compris mais Elle voudrait savoir si vous n'auriez pas du terrain de disponible, près de l'école. Je me demande si Elle ne veut pas… Non, Elle ne ferait pas ça…

-Qu'y a-t-il, Laurianne ?

-Le Temple de Gwen Ystrat n'existe plus que dans le Surmonde depuis des siècles. Je me demandais si Elle ne souhaitait pas le reconstruire. Sinon, pourquoi demander si vous avez de la place ? »

Dumbledore eut un sourire un peu las. Il devait remettre en question toutes ses certitudes et, même s'il était souple d'esprit, cela faisait beaucoup.

« -Je crois que j'aurais bien besoin de parler à votre Dana.

-Il vous suffit de vider votre esprit et de l'appeler. Elle vous répondra, je ne vois pas pourquoi elle ne le ferait pas. Elle est très proche de nous, même si elle n'apparaît que rarement. »

Laurianne soupira, avant de continuer.

« -Je vais vous laisser seul pour ça, ce sera mieux. Je voulais vous dire deux autres choses. La première, j'ai promis à Severus de lui expliquer la vérité. Vous n'y voyez pas d'inconvénient ?

-Pas du tout, j'ai toute confiance en lui et c'est votre droit de lui en parler. Ne devriez-vous pas en parler également avec Remus ?

-Je lui en parlerai. Mais pas maintenant, pas tout de suite. Je dois d'abord régler certaines choses.

-Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien.

-Mais vous êtes tous au courant ou quoi ?!!

-Hum, vous n'êtes pas très discrets…

-Ooohhhh…. »

Laurianne devint encore rouge vif ; elle commençait à envisager de se recycler en feu de signalisation. Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits

« -Enfin… L'autre chose, c'est Harry. J'ai remarqué tout à l'heure que ses boucliers mentaux étaient complètement troués. Voldemort pourra facilement les passer s'il s'en rend compte.

-Vraiment ? Merci de m'en parler, Laurianne, il faudra que je voie ça avec lui, c'est dangereux. »

Laurianne se leva, il se faisait tard. Le directeur la salua, après qu'elle lui eut certifié qu'elle resterait à a disposition s'il avait d'autres questions. Il la confia à Fumseck pour l'escorter à ses appartements ; à cette heure-là, elle ne risquait pas grand-chose. Alors qu'elle allait passer la porte du bureau, le Choixpeau s'adressa à elle.

« -Je suis bien content que vous ne soyez pas une sorcière, jeune fille…

-Pourquoi donc ?

-Je n'aurais jamais su où vous placer, vous avez des qualités et des défauts de toutes les Maisons. Vous auriez été un vrai casse-tête.

-Et bien, remerciez la Dame que je n'en sois pas une. Quoique j'aurais bien aimé être à Serpentard, pour tenter d'y faire changer les mentalités. J'aime les défis. »

Saluant le directeur et le Choixpeau qui riait de sa répartie, elle retourna dans ses appartements. Le phœnix volait devant elle, illuminant la scène de ses plumes de feu, et elle marchait rapidement. Elle avait hâte de rentrer chez elle. Oui, maintenant, ces pièces, le château tout entier, c'était chez elle, et elle ne voudrait le quitter pour rien au monde. Sur une dernière mélodie de Fumseck, elle se prépara pour la nuit et se coucha en pensant que dans une semaine, elle danserait avec Remus. Son sommeil fut terriblement agité. Immédiatement après avoir fermé les yeux, elle plongea dans une série de songes étranges.

Elle était allongée dans l'herbe, dans les bras de Remus. La lune était ronde dans le ciel. Tout était flou et elle n'arrivait pas à comprendre ce dont ils parlaient. Soudain, sans qu'elle en comprenne la raison, ils furent attaqués. Remus devint loup et défit leur assaillant sans difficulté. Mais alors qu'elle voulait le consoler, il se retourna contre elle et lui trancha la gorge de ses crocs acérés. Aussitôt, il reprit forme humaine et elle vit son expression horrifiée alors que la vie la quittait. Sa dernière vision fut Remus, levant le nez vers la lune en hurlant un prénom. Anéa... Un tourbillon l'emporta et elle se retrouva alors dans une immense salle éclairée par des chandelles, pendant un grand festin. Elle était assise, dans une robe luxueuse et brodée de joyaux, auprès d'un homme qui buvait et riait bruyamment. Il se leva et porta sa coupe de vin vers le ciel, portant un toast à sa jeune épousée. Il fit une plaisanterie vulgaire et la souleva brutalement vers lui pour lui arracher un baiser. Lui tenant fermement le bras, il l'entraîna ensuite vers un petit balcon donnant sur la cour, où un billot attendait, un homme agenouillé à son pied, auprès du bourreau. L'homme à ses cotés lui glissa quelques mots à l'oreille.

« -Regardez-le. Vous m'appartenez et personne ne vous volera à moi. Je briserai votre volonté et vous me donnerez tous les héritiers que je voudrais… Regardez votre amant mourir. »

Il fit un geste, donna un ordre et le bourreau leva sa hache. Sa future victime tourna les yeux vers le balcon, croisant son regard. Elle n'eut que le temps de reconnaître Remus avant que la lame ne heurte le billot.

Alors qu'elle criait dans son sommeil, se débattant dans les draps, elle fut de nouveau emportée vers des songes semblables. Toujours, elle et Remus… Toujours, la perte… Elle portait des vêtements en loques. Un tablier de lin blanc tâché de sauce grasse et d'autres choses non identifiables ceignait sa taille trop fine. Elle portait un lourd plateau de bœuf juteux, donc l'odeur lui donnait l'eau à la bouche. Elle espérait qu'il en resterait un peu après le repas, cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas mangé de viande. Elle avançait vers la table principale, évitant tant bien que mal les invités. L'un d'eux la bouscula en plaisantant avec un ami et elle évita de justesse de tout renverser sur le sol couvert de paille. Le chevalier l'aida à se reprendre son équilibre et elle leva des yeux apeurés vers lui. Il était fort bien fait de sa personne, ses cheveux noirs mettant en valeur son regard gris argent. A sa grande surprise, il lui sourit chaleureusement, la détaillant des pieds à la tête. Elle se sentit nue sous son regard inquisiteur.

« -Quelle charmante fillette ! Si nous avions eu plus de temps, j'aurais volontiers fait ta connaissance, mignonne. »

Elle déglutit péniblement. Malgré le bel aspect de l'homme, elle craignait toujours les coups et la brutalité. Alors qu'il donnait une petite tape sur ses jupes, riant et se détournant déjà d'elle, elle rencontra les yeux de son compagnon. Il la regardait silencieusement, une lueur étrange dansant dans ses prunelles dorées. Une promesse. Elle reprit son service avec le cœur battant, plein d'un étrange espoir. Mais ni le chevalier aux yeux d'or ni son ami brun ne revinrent jamais.

Les songes s'enchaînaient, semblables, et pourtant si différents. Souvent, ils ne faisaient que se croiser dans la rue ou ailleurs, leurs regards s'accrochant quelques secondes avant de se séparer pour toujours, sans qu'ils puissent oublier cette rencontre furtive. D'autres fois, ils s'étaient retrouvés et pouvaient s'aimer mais la maladie ou le destin les arrachaient l'un à l'autre, laissant le survivant désespéré. Un homme en uniforme anglais de la seconde guerre mondiale vint frapper à sa porte, une lettre à la main. Elle ne savait que trop ce que cela signifiait. Elle prit la lettre et s'effondra au sol, détruite, alors que l'homme repartait. Ils s'étaient mariés juste avant son départ sous le drapeau. Il était si fier en partant, il allait défendre la liberté à laquelle ils tenaient tant tous les deux. Il le faisait pour elle, pour leurs futurs enfants. Ils n'en auraient jamais. Elle se laissa dépérir en espérant le rejoindre enfin… Le tourbillon l'emporta de nouveau et elle se retrouva cette fois-ci dans le noir total, sans aucun repère. Elle se réveilla à moitié, sanglotant dans son lit dévasté, les émotions provoquées par ses cauchemars toujours présentes dans son esprit alors que le souvenir de ceux-ci s'estompait déjà. Laurianne mit un très long moment avant que le calme ne se fasse en partie dans ses pensées, ne comprenant pas ce qui l'avait mise dans cet état. Elle finit par se rendormir, vers le milieu de la nuit.

Fin du douzième chapitre.