Chapitre 14 : Assumer ses choix
Sirius était traumatisé. Il avait voulu parler à Laurianne d'une chose qu'il avait découverte : l'esprit de Harry était de nouveau accessible, ce qui était dangereux. Elle était chez elle et son esprit n'était pas fermé mais étrangement ouvert. Alors il avait pris l'initiative du contact, ignorant ce qui se passait. C'est là qu'il avait subi le plus grand choc de sa vie. Il ne pourrait plus jamais penser à Remus comme à quelqu'un de timide ou coincé avec les filles. Laurianne ne s'était pas rendu compte de sa présence et, même sous la torture, il n'avouerait jamais. Il n'était pas resté longtemps mais il devait reconnaître que son ami savait y faire. Son petit Lunard était devenu grand… Pour se calmer, il décida d'aller voir son filleul, pour tenter de le protéger en cas d'attaque de Voldemort. En arrivant près de son esprit, il faillit s'étouffer. Harry était en train de s'entraîner méthodiquement avec la petite Ginny, s'il ne se trompait pas, dans la salle commune des Gryffondor, à l'art du baiser. Sirius réfléchit un instant. Qui pourrait-il aller voir pour se changer les idées et qui ne risquait pas de faire quoi que ce soit de gênant pour lui… ? Il pourrait aller voir Rogue mais il se passait très bien de lui. Qui d'autre ? Hermione ! La jeune préfète devait être calmement en train de dormir, à la rigueur de lire, et il pourrait se calmer tranquillement en sa présence. Il chercha la jeune fille et trouva effectivement son esprit endormi. Il se demandait de quoi elle pouvait bien rêver… Il choisit de faire un tour rapide dans son rêve et entra doucement dans l'esprit de la jeune fille. Pour se rendre compte qu'elle avait une imagination très fertile et qu'il n'avait aucune envie de savoir comment Ronald Weasley était fait. Il retourna dans le Surmonde, presque en fuyant, et se reprit avec difficulté. Il ronchonna un long moment. Poudlard était peuplé d'obsédés…
Hermione se leva avec un sourire rougissant. Elle avait rêvé de Ron toute la nuit et elle ignorait qu'elle était capable de faire ce genre de rêve. Elle s'habilla rapidement après une toilette rapide et descendit dans la salle commune de Gryffondor. Elle était sûrement la première levée. Elle en profiterait pour ouvrir ses cadeaux en paix, sans avoir toute la tour de Gryffondor sur le dos. En arrivant en bas, elle constata qu'elle n'était pas seule. Harry était endormi dans un des fauteuils, la bouche ouverte, un livre tombé à ses pieds. Elle sourit en voyant son ami dans cet état et se pencha pour ramasser le livre tombé à terre. Pour s'immobiliser d'un coup en voyant le titre. Il n'avait quand même pas osé commencer ça sans eux ? Elle allait en toucher un mot aux autres, et ils coinceraient Harry quelque part pour discuter sérieusement avec lui. Franchement, oser faire ça sans leur en parler… Hermione secoua la tête et se tourna enfin vers la pile de cadeaux dans la salle commune. Elle retrouva le sourire en ouvrant les siens et en trouvant celui que Ron lui avait fait. Elle se demandait où il avait trouvé l'argent mais elle était surtout terriblement touchée. Il lui avait offert une broche en argent étonnante de vérité, en forme de loutre, comme son Patronus. Elle espérait que son cadeau lui plairait tout autant. Hermione tourna la tête en entendant un bâillement particulièrement discret, qui faisait penser au rugissement d'un lion. Harry se réveillait en s'étirant.
Laurianne se sentait très bien, elle venait de se réveiller pour contempler le visage de Remus penché sur elle.
« -Bonjour (1), Remus.
-Bonjour, Laurianne. »
Ces simples mots l'émurent terriblement. Ils avaient fait battre son cœur à toute vitesse, à moins que le sourire en coin de Remus, une lueur de tendresse dans le regard, n'y soit pour quelque chose. Elle sourit quand il lui enleva une mèche de cheveux qui s'obstinait à se mettre dans sa bouche. Elle aimait bien ses boucles de cheveux mais elle aimait moins les manger.
« -Tu as bien dormi ?
-Merveilleusement. Je crois que je pourrais rester très longtemps blottie dans tes bras.
-Je pense que je pourrais te tenir contre moi tout aussi longtemps, mais je commence vraiment à avoir faim, pas toi ? »
Remus ne put s'empêcher d'éclater de rire en voyant les yeux de Laurianne s'agrandir et ses joues prendre une jolie couleur rosée.
« -Je parlais de nourriture, amour, bien que l'autre solution soit également attirante. Mais je pense qu'on devrait au moins faire un passage dans la Grande Salle
-Oh… Tu as raison. Il est quelle heure ?
-Presque midi. »
Laurianne sauta du lit après un baiser sur les lèvres de Remus.
« -Je vais prendre une douche ! »
Remus était heureux, tout simplement. Il se tourna sur le dos, les bras étendus et un sourire aux lèvres. Et il eut le malheur de penser à Laurianne dans sa douche. A l'eau qui coulait sur elle. Il résista courageusement deux bonnes minutes avant d'aller la rejoindre, un peu gêné quand même.
Quand ils furent prêts tous les deux, Remus prit la main de Laurianne, prêt à lui rendre à la moindre demande. Mais elle sourit et se rapprocha de lui.
« -Si on arrive comme ça, ça va faire très officiel…
-Tu… tu préfères que ça reste secret, Remus ?
-A vrai dire… J'aimerais plutôt mettre une bannière dans la Grande Salle pour le dire à tout le monde.
-Serais-tu un peu possessif ? »
Le loup-garou se contenta d'un léger grognement en réponse, qui devait signifier 'oui, mais je ne l'avouerait jamais, même sous doloris'. Laurianne retint un léger rire et suivit son amant vers la Grande Salle de Poudlard. Quand ils arrivèrent, le moins qu'on puissent dire c'est qu'ils ne passèrent pas inaperçus. Ils eurent droit aux sifflements, aux applaudissements et, bien sûr à quelques commentaires vaseux sur les mœurs des professeurs. Remus était de plus en plus gêné, surtout que Laurianne finit par répondre à ces élèves pour leur clouer le bec. Une Serpentard de dernière année demandait à son amie si elle pensait que le professeur Lupin valait le coup. Laurianne lui sortit calmement en passant près d'elle qu'elle était très satisfaite et que la jeune fille aurait de la chance de trouver quelqu'un d'aussi prévenant. Si les commentaires cessèrent, les trois-quarts des jeunes filles de la salle se mirent à soupirer en cœur en regardant le professeur de DCFM.
Ginny était écroulée de rire sur la table et Hermione était en train de prendre sur elle pour ne pas l'imiter. Ron et Harry regardaient le couple qui venait d'entrer avec une expression ahurie. Harry se reprit le premier et demanda à l'oreille d'Hermione si elle avait deviné qu'il se passait quelque chose entre Remus et Laurianne. La brune le regarda un instant, incrédule, avant de céder et de plonger la tête entre ses bras croisés sur la table. Ses épaules étaient secouées de soubresauts et elle semblait avoir des difficultés à respirer. Ginny leva la tête, aperçut Hermione et repartit dans un fou rire monumental. Ron et Harry se regardèrent, impuissants.
« -Tu crois qu'elles sont dans leurs mauvaises périodes, Harry ?
-Je crois pas ; ça donne plutôt mauvaise humeur, je crois, non ? »
Ils renoncèrent temporairement à tenter de comprendre les tréfonds de l'âme féminine, préférant se concentrer sur leurs repas. Ron effleura la gourmette à son nom qu'il avait reçue d'Hermione lorsqu'il vit briller l'éclat de la broche en argent sur le pull de sa Mione. S'il ne comprenait pas son comportement actuel, il savait que sa broche lui avait fait plaisir ; elle l'avait remercié en se jetant dans ses bras plus tôt dans la journée. Il surveillait aussi discrètement le comportement de son meilleur ami et de sa toute petite sœur. Il lui faudrait du temps pour admettre qu'elle puisse avoir… Gloups… être réellement avec des garçons. Mais Harry était le meilleur pour sa petite sœur, il s'occuperait bien d'elle, il en était sûr. Au moins, il pourrait comprendre la menace que représentait le conseil des frères Weasley au grand complet, s'il lui prenait l'idée de la rendre malheureuse. Ron cessa de penser à tout ça et se concentra pour de bon sur son repas.
La table des Serdaigle était étrangement silencieuse. Ils souffraient tous des conséquences de leur petite fête de la veille, pour prolonger le bal de Noël. Ils avaient peut-être une réputation de sérieux et de rigueur parfois exagérés mais c'était uniquement parce qu'ils ne se dévoilaient qu'entre eux. Et pour ne pas se faire prendre, ils plaçaient toujours divers sorts d'insonorisation et d'alarme sur leur Salle Commune. Les organisateurs avaient cette fois-ci proposé plusieurs alcools moldus assez forts et tout le monde avait goûté un peu de chaque. Le mélange avait été détonnant. Padma était penchée sur son bol de café avec le même air que tous ses camarades. Une expression hagarde et douloureuse illuminait leurs jeunes visages. La jeune fille se massait lentement le crâne, les mains plongées dans ses cheveux noirs. Elle maudissait les autres élèves qui s'amusaient à faire un bruit infernal. Elle ne buvait jamais autant d'habitude, même quand des fêtes avaient lieu. Mais la veille avait été différente. Elle avait refusé presque toutes les invitations à danser, attendant Merlin seul savait quoi, et décourageant même son cavalier. Elle avait fini par quitter le bal très tôt et retourné dans son dortoir pour étudier. Et c'est là qu'elle avait trouvé le parchemin, coincé entre deux pages de son livre de runes. Elle avait lu la lettre du Ministère, choquée par son contenu. Malfoy était laissé volontairement sans le sou par les autorités sorcières. Un moyen comme un autre de se venger des humiliations perpétrées pas sa famille… Pour elle, personne ne méritait ça, pas même lui. Surtout lui. Elle commençait à penser que sa sœur avait raison. Il y avait bien un garçon qui hantait ses pensées jours et nuits. Seulement, il était inaccessible. Elle avait rangé la lettre dans ses affaires, protégées par plusieurs sorts, en se demandant comment la lui rendre. Elle redescendait s'installer dans un des fauteuils devant la cheminée quand les autres étaient revenus, riant et l'étourdissant de leur gaîté. Pour noyer ses pensées sombres, elle avait bu bien plus que de raison. Si Malfoy savait dans quel état elle se mettait pour lui…
Quand Remus et Laurianne atteignirent la table des professeurs, le directeur se pencha vers eux en souriant. Il avait toujours su que ça finirait comme ça. Remus demanda si tout le château était au courant, et se rembrunit un peu quand Albus lui répondit que oui, presque tout le château l'était. Minerva gardait un visage impassible et avait foudroyé du regard les élèves qui s'étaient permis des remarques douteuses. Mais quand elle posait les yeux sur le couple, une étonnante étincelle de malice brillait dans son regard. Flitwick se contenta d'applaudir avec les élèves et de leur dire qu'ils formaient un très beau couple, tandis que le professeur Chourave les couvait avec l'air d'une mère poule. C'était à la fois réconfortant de savoir que leur relation soit acceptée et terriblement gênant. Les autres professeurs eurent à peu près tous la même réaction. Remus prit son déjeuner auprès de Laurianne, remarquant pour la première fois leur complicité muette. Sans avoir besoin de demander, si l'un avait besoin du sel, l'autre lui tendait et ils se passaient les plats qu'ils aimaient sans se poser de question. Bon sang, il n'arrivait toujours pas à croire qu'elle voulait bien de lui. Il avait toujours pensé que le bonheur n'était pas pour lui, qu'il n'y aurait jamais droit. Le mariage, les enfants, il en avait envie mais il s'était dit que jamais il ne les aurait. Il sursauta imperceptiblement. Il connaissait très mal les moldus. Est-ce qu'ils étaient plutôt libres ou puritains ? Après cette nuit, devait-il demander Laurianne en mariage ? Il l'aimait, cela ne faisait aucun doute, mais le mariage… Chez les sorciers, il était définitif ; et il ne se sentait pas près à sauter le pas. Il devrait lui en parler ou se renseigner discrètement auprès d'Hermione ou d'Harry. Il allait répondre à une question de Minerva quand le professeur Dumbledore se leva d'un coup. Un personnage de tableau fit irruption dans le paysage peint de la Grande Salle pour réclamer le directeur et l'infirmière de toute urgence, dans un des couloirs.
Severus se dirigeait vers la Grande Salle et il ne croisait pas âme qui vive. Se rappelant subitement qu'il avait promis un livre à Laurianne, il repartit vers ses appartements et les cachots. Plongé dans ses pensés, il ne se rendit compte qu'au dernier moment des bruits de lutte qui se faisait entendre. Il se précipita pour interrompre le combat et enlever des points aux élèves fautifs. Non que Severus prête tellement attention à ce genre de chose mais qu'ils recommencent le jour de Noël... Il y avait de quoi devenir dingue. La scène qu'il surprit lui glaça le sang. Les anciens gorilles de Malfoy avaient réussi à le stupéfixer et s'acharnaient sur lui à coups de poings. Drago était couvert de sang, écroulé par terre, sous les yeux hilares de Crabbe et Goyle. Les deux compères ne l'avaient pas vu arriver. Severus ne perdit pas de temps en vaine discussion. Il pétrifia ses deux élèves, les ligotant magiquement pour plus de sûreté et se pencha avec appréhension sur son filleul. Celui-ci respirait avec un peu de difficulté mais ne semblait pas en danger immédiat. Retournant dans le couloir précédent, il réveilla un tableau et l'envoya chercher le directeur et l'infirmière de toute urgence. Malgré l'apparente stabilité de l'état de Drago, il préférait ne pas le bouger seul. Il n'imaginait que trop les dégâts que les coups de Crabbe et de Goyle avaient pu lui causer. Il regarda les coupables avec un air de dégoût plus souvent réservé à Harry et aux Gryffondor qu'à des Serpentards. Il allait les faire expulser de l'école, cette fois ; il ne laisserait pas ces futurs assassins s'en sortir. Il ne les ferait pas envoyer à Azkaban mais leurs pères se chargeraient de leur faire regretter cette humiliation pour leur sang.
Alors que l'infirmière se chargeait de soigner Malfoy, le directeur de l'école discutait gravement avec son Maître des Potions. Il convoqua sur le champ une réunion des professeurs pour discuter du problème et chargea Rogue d'aller chercher ses collègues. Sur une impulsion, il demanda à Severus de faire venir Laurianne également. Dumbledore rejoignit la salle de conseil en faisant léviter les deux coupables toujours immobilisés devant lui. Et Rogue revint à la Grande Salle pour prévenir les autres professeurs. Il ne se demanda même pas pourquoi Laurianne devrait venir ; il savait qu'elle allait bientôt tout lui dire. Il lui faisait confiance, presque autant qu'à Dumbledore. Le départ précipité du directeur et de l'infirmière avait inquiété les élèves mais ils conclurent vite qu'il devait s'agir d'un élève blessé. Des paris furent même lancés pour savoir de qui il s'agissait. Personne ne se doutait qu'il y avait plus qu'une chute dans les escaliers ou qu'un duel qui aurait un peu mal tourné. Lorsque Severus entra dans la grande salle, son expression alerta tout le monde. Sa grande cape noire flottant derrière lui, il avança rapidement jusqu'à la table des professeurs. Minerva se leva, demanda aux préfets de veiller à ce que leurs camarades restent calmes et leur donna exceptionnellement le droit d'enlever des points à ceux qui feraient du chahut. Dès qu'elle eut finit, tous les enseignants quittèrent les lieux précipitamment, Laurianne avec eux. Un silence extraordinaire régnait dans la Grande Salle, les élèves ayant totalement perdu l'appétit et se posant mille questions. Puis le niveau sonore explosa d'un seul coup, les suppositions les plus folles étant avancées, d'une invasion de Trolls à l'attaque de Vous-Savez-Qui. De nombreux regards se tournèrent vers Harry qui dut prendre sur lui pour rester impassible. Son attitude calma un peu le jeu mais les préfets, dont Hermione et Ron, durent se lever pour faire régner le calme dans la Grande Salle.
Dans la salle du conseil, les visages étaient graves. Tous les professeurs savaient que s'ils étaient ici, c'est qu'il s'était passé une chose très sérieuse. Laurianne avait à peine pris le temps de regarder cette salle où elle entrait pour la première fois. C'était une salle avec cinq murs, une table en forme d'étoile à cinq branches en son centre et des fauteuils confortables autour. Quatre des murs étaient chacun orné d'un tableau associant le blason d'une Maison avec le portrait de son fondateur, et la pointe de la table tournée vers le mur portait également le blason de la Maison en question. C'était évidement la place des directeurs de Maisons. Les autres professeurs s'installaient comme ils le souhaitaient autour de la table. Le cinquième mur portait l'emblème de Poudlard, sa devise inscrite en lettres d'or. Dumbledore prit place à la pointe de la table qui portait le blason de l'école et fit asseoir Laurianne, plutôt intimidée, près de lui, à sa gauche. Remus ne réfléchit même pas et prit place de l'autre coté de sa bien-aimée. Dumbledore resta silencieux quelques instants, le visage penché, paraissant porter un lourd fardeau sur ses épaules. Severus semblait quant à lui prêt à exploser. Le directeur finit par lui faire signe pour d'exposer les faits et il expliqua la scène qu'il avait surprise. Le visage des autres professeurs allait de la stupeur au dégoût, de la colère à l'indignation. Quand Rogue se tut, plusieurs demandèrent des nouvelles de Drago. Le directeur fit un geste et le centre de la table prit l'aspect d'un miroir, dans lequel on voyait l'infirmerie. Il appela doucement Pomfresh. L'infirmière vint leur faire savoir que Drago avait plusieurs hémorragies internes qui seraient facilement soignées par des potions mais qui auraient pu lui coûter la vie. Il dormait pour l'instant, avec plusieurs remèdes pour calmer la douleur. Il n'avait pas repris conscience depuis qu'il avait été trouvé. L'infirmière retourna au chevet de son patient et le directeur fit disparaître le miroir.
Le directeur se leva lentement, pour prendre la parole.
« -J'avais espéré ne jamais devoir faire cela. Mais les évènements d'aujourd'hui ne me laissent pas le choix. Nous allons devoir renvoyer de l'école Messieurs Crabbe et Goyle. Le fait que Severus ait été témoin direct ne laisse aucun autre choix.
-Albus, si nous les rendons à leurs parents, ils iront directement grossir les rangs des Mangemorts, vous le savez?
-Nous n'avons pas le choix, Minerva. La seule autre alternative est de les envoyer à Azkaban. Sans parler que cette prison n'est presque plus gardée et que ça ne servirait à rien ; pour parler franchement, je ne peux me résoudre à envoyer des enfants là-bas. Surtout que, connaissant ces deux élèves, je doute qu'ils se soient rendus compte de la gravité de leur acte.
-Monsieur le directeur, je ne suis pas certain que l'exclusion de ces deux messieurs assure vraiment la sécurité de Drago Malfoy. Il sera toujours la cible de certains de ses camarades de classe.
-Vous avez raison, Remus, mais je compte sur la punition réservée à Gregory et Vincent pour dissuader un peu les autres élèves. Surtout que le Ministère demandera à briser leurs baguettes, avec interdiction d'en acheter une autre et de pratiquer une quelconque magie. Pas de permis de transplanage, pas de métier nécessitant le moindre acte magique. De par la loi, ils devront agir comme des cracmols. Je pense que personne ne trouve quoi que ce soit à redire sur la sanction que nous appliquerons ? »
Voyant qu'il n'y avait pas d'autre protestation, il reprit la parole.
« -Bien. Avez-vous une idée pour assurer un peu plus la sécurité de Drago ?
-Hum… Euh… Excusez-moi mais… pourquoi ne pas donner à monsieur Malfoy des quartiers comme les miens, dont personne sauf les professeurs ne connaîtrait l'existence ? Il aurait moins de risque d'être surpris pendant ses trajets.
-C'est une très bonne idée, Laurianne ; vraiment une excellente idée. »
Le directeur de Poudlard avait bizarrement retrouvé l'étincelle de malice dans son regard, tandis que Severus grimaçait et que Minerva bondissait pratiquement de sa chaise.
« -Mais Albus, les seuls appartements disponibles actuellement sont dans la tour Gryffondor. A coté des vôtres, d'ailleurs, Laurianne. Non que je refuse d'accueillir Drago ; mais l'installer si près de mes Gryffondor, quand on sait comme ils s'entendent, c'est risqué.
-Il refusera sûrement d'aller chez les Gryffondor, même dans un appartement particulier. Mais je le convaincrai de faire un effort. Les ennuis ne viendront pas de lui, monsieur le directeur. »
Severus défia Minerva du regard, un regard qui disait bien que, si ennui il y avait, ça serait la faute de ses protégés, comme toujours.
« -Parfait Severus, Minerva, puisque cette question est réglée, je vais aller retrouver les parents de messieurs Crabbe et Goyle à mon bureau, ainsi que les envoyés du Ministère. Minerva, je vous laisse organiser le déménagement de Drago Malfoy. Au fait, je pense qu'il vaudra mieux qu'il vienne avec nous pour le reste des vacances. Il sera mieux protégé pendant sa convalescence.»
Les membres de l'Ordre furent un peu surpris, comprenant que Drago viendrait à Square Grimaud, mais le directeur savait ce qu'il faisait. Il sortit de la salle suivi par la majorité des professeurs qui s'éparpillèrent en petits groupes pour commenter les évènements.
Severus resta seul avec Remus et Laurianne, constatant qu'au moins une chose était allée comme il fallait. Laurianne avait sa main glissée dans celle de Remus qui ne semblait pas envisager de la lâcher avant quelques siècles. Mais sa mauvaise humeur dominait, et les voir ainsi l'énerva d'avantage. Il ne put se retenir de leur lancer une pique de sa voix glaciale.
« -Vous m'avez l'air étrangement fatigués, tous les deux. Tu manques donc tant de retenue, Lupin, pour épuiser Miss La Source de cette façon ? Est-ce la pleine lune de ce soir qui te domine déjà ? Méfie-toi de ne pas la blesser à cause de tes… instincts animaux.
-Severus ! Mais qu'est ce que tu insinues ?! Je sais quand même me contrôler !»
Ce dernier se maîtrisait difficilement pour garder son masque impassible. Là où tous ses sarcasmes avaient échoué, une simple remarque venait de faire perdre à Lupin son calme légendaire. Il était devenu rouge, puis blanc, puis de nouveau rouge. Que tout le monde sache qu'ils étaient en couple étaient une chose, mais que Rogue lui demande presque si il ne se comportait pas comme une bête le laissait sans voix.
Laurianne n'apprécia pas du tout la remarque de son ami, ce qui la poussa à dire des choses qu'elle n'aurait jamais osé dire autrement.
« -Severus, je t'interdis de dire ça de Remus. Et qui te dit que ce n'est pas moi qui l'ai épuisé ? Tu ne sais pas comment je suis au lit ; et je ne vois d'ailleurs pas en quoi ça te concernerait. Tu es resté célibataire trop longtemps ? Tu veux peut-être des détails ? Je ne pensais pas ça de toi, Severus. »
Rogue se trouva bête, pris à son propre jeu, même s'il ne montrait aucune réaction. Il tenta de se reprendre.
« -Je me renseignais sur votre air fatigué, en ami, c'est tout. Lupin, je viendrai t'apporter ta potion Tue-Loup en fin d'après midi dans ton bureau. »
Il partit dans une envolée de cape dont il était coutumier, laissant une Laurianne rouge de colère et un Remus stupéfait par la réaction de sa compagne.
« -Je ne savais pas que tu avais un tempérament aussi… explosif.
-Grmfff. De quoi il se mêle, lui. Non mais franchement. Il va falloir que je lui trouve quelqu'un, ça l'occupera. »
Remus qui venait de prendre Laurianne dans ses bras pour la calmer s'étouffa presque en imaginant Severus amoureux. Il eut du mal à se sortir cette image de la tête en rentrant avec Laurianne à ses appartements.
Dans la Salle sur Demande, Harry et ses amis avaient fait le tour de tout ce qui avait bien pu se passer pour nécessiter l'intervention de tous les professeurs. Ces derniers étaient revenus dans la Grande Salle pour les renvoyer à leurs occupations mais sans donner d'explication. Comme plus personne ne trouvait quoi que ce soit à dire, Hermione décida de parler du livre que lisait Harry ce matin.
« -Harry, tu n'aurais pas quelque chose à nous dire ? Sur quelque chose que tu aurais commencé sans nous, par hasard ?
-De quoi tu parles, Mione ?
-Oh, je ne sais pas, du livre que tu avais sur les genoux ce matin… »
Harry rougit un peu, tandis que Ron et Ginny regardait leurs deux amis avec des yeux curieux.
« -De quoi vous parlez ?
-Oh, juste que j'ai trouvé Harry avec un livre sur les animagus, ce matin, un livre de la réserve. J'aurais aimé qu'il nous en parle avant de commencer.
-J'ai juste commencer à lire le livre ! Je voulais savoir si c'était possible, enfin, je veux dire, si j'en serais capable.
-Tu comptais nous en parler un jour ?
-Bien sûr, Ginny. Mais ne vous faites pas d'idée ; même si on essaie, c'est vraiment, vraiment pas facile d'après le livre. On arrivera à rien avant l'année prochaine au moins. Si on y arrive. »
Hermione sembla un peu rassurée. Elle avait vraiment pensé que Harry avait commencé à devenir animagus sans leur en parler. Cela serait un véritable avantage contre Voldemort ; cela pourrait leur permettre de s'échapper ou de se faufiler discrètement.
« -Alors on commence quand ?
-Et bien, pourquoi pas pendant qu'on sera à Square Grimaud ? Il faut faire une potion et je crois qu'on trouvera certains ingrédients dans la réserve du manoir.
-D'accord, alors nous commencerons là-bas. »
Les quatre amis se sourirent.
(1) En français dans la conversation.
Fin du quatorzième chapitre
