Chapitre 17 : Qui je suis vraiment…
Laurianne avait demandé au directeur de Poudlard à participer à la réunion de l'Ordre qui devait avoir lieu. Ainsi, à la grande surprise de tous, la jeune moldue recueillie par Dumbledore attendait avec lui dans la petite salle sécurisée. Ayant décidée de reprendre officiellement, du moins devant les membres de l'Ordre, son identité, elle avait revêtue la tenue traditionnelle des Gardiennes de l'Est. Une robe longue et fluide coupée dans un tissu blanc irisé qui se parait des reflets de l'arc en ciel suivant l'éclairage. Les manches étaient très amples à partir du coude, effleurant les genoux de Laurianne quand elle était debout. Elles était doublée de soie myosotis, comme la ceinture simplement nouée autour des hanches de la jeune femme. Ses cheveux étaient lâchés et sa seule parure était un pendentif reposant sur sa poitrine. Une sphère taillée dans une pierre étrange, d'un bleu soutenu comme le lapis-lazuli, mais translucide et parcourue de petites étincelles dans son cœur, comme des étoiles. La pierre était enchâssée dans une monture en filigrane d'argent en demi sphère. Quelqu'un d'attentif aurait remarqué que la monture se déplaçait sur la sphère de pierre, formant un croisant de lune plus ou moins important. Et quelqu'un qui surveillait les phases de la lune aurait remarqué que le pendentif représentait très exactement l'aspect de celle-ci. Peu de jours après la pleine lune, le pendentif était donc presque recouvert par la monture d'argent. La jeune femme se tenait très droite debout à coté de Dumbledore et son maintien aristocratique fit impression sur les membres de l'Ordre. Severus comprit immédiatement qu'elle allait enfin parler de son secret. Ceux qui la connaissaient se demandèrent se qui se passait. Quant à Remus, la tenue de Laurianne lui faisait beaucoup d'effet et il se prit à imaginer son amante dans une robe identique, mais avec un voile blanc, une couronne de fleurs d'oranger et une grande gerbe de lys dans ses bras. Il se secoua pour chasser ses idées parasites.
Il avait bien compris que quelque chose n'était pas normal mais il était patient et savait qu'il n'allait pas tarder à avoir des réponses à sa curiosité. Son regard tomba ensuite sur le poignet gauche de Laurianne. Une étrange cicatrice se voyait nettement maintenant qu'elle ne portait pas son grand bracelet d'argent. Oh, elle l'avait toujours enlevé quand elle était près de lui, de peur de le blesser, mais il ne pensait pas vraiment à regarder en dessous, dans ses moments là. Sans compter que la lumière était toujours plus que faible. La cicatrice avait la forme d'un petit croissant de lune et elle était très blanche, si bien qu'avec la peau très pâle de la jeune femme elle paraissait d'argent. Il se demanda comment elle s'était fait une marque aussi étrange. Il se penchait vers elle pour lui murmurer une question mais elle lui sourit et lui fit comprendre d'un seul regard qu'il devrait attendre. Dumbledore fit asseoir tout le monde et se racla la gorge pour s'éclaircir la voix.
« -Bien, avant toute chose, je souhaitais vous signaler que j'ai eu des informations extrêmement importantes, et cela grâce à Laurianne. Nous savions tous qui elle est, une moldue menacée par Voldemort, du moins nous le pensions. Mais Laurianne n'est pas tout à fait ce qu'elle semble être. Je vous en prie, vous expliquerez votre identité bien mieux que moi. »
Si les membres de l'Ordre avaient été attentifs au début de la réunion, ils étaient maintenant suspendus aux lèvres de Laurianne au point que seule une catastrophe aurait pu les empêcher d'écouter. Laurianne se leva de nouveau, lissa le devant de sa robe en jetant un regard en coin à Remus et se lança.
« -Voilà. Je suis effectivement une moldue si on considère que je ne saurais lancer un sort. Mais je suis aussi et surtout une prêtresse de Dana… »
A partir de là, elle bouleversa toute la conception du monde des membres de l'Ordre du Phoenix.
Quand Laurianne cessa de parler, un grand silence régna dans la pièce. Puis ce fut le chaos. Minerva et Flitwick étaient surpris mais ils assimilèrent vite l'information en essayant de voir quel avantage cela leur donnerait. La plupart des membres discutaient entre eux, se rappelant de vieilles légendes qui apparemment n'en étaient pas. Un des membres les plus âgés, un spécialiste de l'histoire magique, fit remarquer que cela concordait avec de nombreux textes anciens qui étaient dénigrés par le Ministère. Entre autre le récit de la construction de Camelot où des mages avaient été alimentés par des 'canaux divins', ce qui avait permis de finir la forteresse en une nuit. Ils n'avaient jamais réussi à traduire exactement le terme utilisé mais ils comprenaient maintenant que le terme exact était simplement 'prêtresses'. Remus quant à lui semblait stupéfixé. Il ne bougeait pas et regardait Laurianne avec un air presque horrifié. Merlin !!! Dana n'était qu'une légende, la Mère de tout ce qui existait, à la fois la Vie et la Mort, le Bien et le Mal, la garante d'un équilibre permanent. Mais il pensait que c'était un mythe celte comme il en existait tant. Et il apprenait qu'Elle existait vraiment ; et il était tombé fou amoureux de sa Grande Prêtresse. Il se demandait vaguement s'il n'avait pas commis un sacrilège quelconque. Quoi que Laurianne l'aurait repoussé si cela n'était pas permis, non ? Il sortit de ses pensées quand Severus prit la parole. Le Maître des potions de Poudlard voulait bien croire en l'existence des Prêtresses mais il restait persuadé que leurs dons étaient purement et simplement de la sorcellerie. Il trouvait l'idée qu'une personne puisse vraiment lire dans les pensées beaucoup trop dérangeante. Il soutenait qu'il s'agissait de legilimencie et d'occlumancie.
Laurianne regarda son ami avec un léger sourire.
« -Je vous assure que je serais incapable de lancer un sort. D'ailleurs… Professeur Flitwick, quel est le sort le plus facile à lancer pour un débutant ?
-Le Lumos. Il suffit de penser à la lumière et de prononcer la formule.
-Voudriez-vous me prêter votre baguette ? Alors, penser à la lumière et dire la formule… Lumos ! »
A la grande déception de Severus, rien ne se passa et Laurianne rendit sa baguette à Filius avec un grand sourire de remerciement.
« -Maintenant qu'il est établi que je ne suis pas sorcière, passons à la télépathie. Si ça peut vous rassurer, je ne me permettrais pas de lire vos pensées sans votre accord express.
-Et quelle est la différence avec la legilimencie, d'après vous ?
-Tout simplement que je peux parfaitement voir ce que je veux dans votre tête malgré votre talent à l'occlumancie.
-Prouvez-le !
-Comme vous le souhaitez… »
Laurianne regarda fixement Severus et entra avec une facilité déconcertante dans ses pensées les plus intimes. Le sorcier eut un sursaut de surprise teintée de panique. Il y avait certaines choses dans son esprit qu'il ne voulait pas soient vues par qui que se soit. Même Dumbledore n'avait jamais demandé ce qu'il avait fait quand il était encore au service de Voldemort, ce qu'il était parfois obligé de refaire pour préserver sa couverture. Et surtout, la raison qui l'avait poussé à servir l'Ordre du Phoenix. Il comprit qu'il était trop tard lorsqu'il lut le choc sur son visage, puis de l'horreur et enfin, non pas de la pitié comme il l'avait craint, mais une profonde compassion. Brisant le contact mental, Laurianne lui demanda juste s'il était convaincu. Elle se jura à elle-même de trouver le temps de guérir l'esprit de Severus. Personne ne devrait vivre avec une chose pareille sur la conscience.
Reprenant la parole, Laurianne expliqua ensuite que les Prêtresses avaient décidé de sortir de leur isolement et de se battre au côté de l'Ordre. Comme elles pouvaient alimenter un sorcier en énergie, cela serait un avantage non négligeable. Sur la demande générale, elle effectua une démonstration avec Minerva McGonagall. La sorcière lança un sort pour métamorphoser une tasse à thé en un superbe rosier qui fleurit dans la salle de réunion avec la même facilité qu'elle aurait eu pour simplement changer la couleur de la porcelaine. L'air embauma du parfum capiteux des pétales soyeux. Minerva était ravie ; jamais elle n'avait pu accomplir une telle métamorphose sans être le moins du monde fatiguée. Laurianne promit de rapidement contacter les autres Prêtresses pour organiser l'alliance. La suite de la réunion se passa en discussions stratégiques sur les actions en cours menées par l'Ordre. Laurianne intervint peu mais écouta beaucoup. A la fin, les sorciers se dispersèrent en commentant à mots couverts les informations qu'ils venaient de recevoir. Maugrey Fol'Œil prit en chasse les jumeaux Weasley qui avaient trop tardé à ranger leurs instruments d'écoute, ajoutant encore au chahut ambiant. Laurianne restait auprès de Dumbledore, Remus et Severus pour répondre à quelques questions quand Harry survint et demanda à lui parler rapidement. Voyant que les adultes attendaient qu'il parle sans le laisser seul avec Laurianne, le Survivant expliqua le drôle de 'rêve' qu'il avait fait. Harry fut un peu étonné que personne ne s'inquiète de l'identité de l'être qui l'avait contacté mais la plus surprise fut Laurianne. Elle mit quelques secondes à comprendre les paroles rapportées par l'adolescent et elle eut un éclair de génie. Elle regarda Harry avec un air totalement horrifié.
« -Mais jamais cela n'avait été transmis à un garçon, jamais !!!
-De quoi parlez-vous, Laurianne ? »
La jeune femme ne répondit pas tout de suite mais leur fit signe de rentrer avec elle dans la salle de réunion.
Laurianne prit quelques secondes avant de s'expliquer.
« -Harry, est-ce que tu sais si ta tante a une marque de naissance ?
-Elle n'aime pas en parler, ce n'est pas assez normal pour elle, mais oui. Au poignet gauche une sorte de cicatrice en forme de... »
Il retint un léger hoquet de surprise. Laurianne venait de lui tendre son propre poignet où il découvrit la même marque que celle de sa tante. Laurianne se tourna vers Remus.
« -Tu connaissais bien la mère de Harry, est-ce que tu sais si elle avait la même marque ?
-Maintenant que nous en parlons, je crois bien que oui. Est-ce si important ?
-C'est une marque héréditaire, toutes les prêtresses en ont une. Lily et Pétunia Evans descendent sûrement d'une lignée de prêtresses qui a arrêté de pratiquer. Cela arrive parfois. Elles ont du garder leurs dons à l'état latent et ils sont ressortis chez Harry. Mais cela est impossible. Jamais un garçon n'a eu un de ses dons.
-Je sais que c'est un peu tiré par les cheveux mais, si le Seigneur des Ténèbres a transmis certains pouvoirs à Harry quand il a disparu, pourquoi le même phénomène n'aurait-il pas eu lieu avec Lily ?
-C'est une possibilité Severus. Harry aurait donc certain de vos dons, Laurianne.
-Il a au moins une bonne part de télépathie, c'est pour ça qu'il est si sensible aux visions de Voldemort. Et aussi pour ça, d'après moi, qu'il n'arrive pas à fermer son esprit par occlumancie. Ce n'est tout simplement pas adapté, il devra constituer un vrai bouclier mental...
-Est-ce que quelqu'un pourrait me dire de quoi vous parlez ?!! Je suis encore là, vous savez !!! »
Harry explosait. On lui cachait encore et toujours des choses et il ne le supportait pas ; en plus, ils parlaient de lui comme s'il n'était plus là.
Laurianne rougit et les autres se sentirent un peu gênés. Ils avaient discuté sans plus se préoccuper de l'adolescent. Le seul qui ne se sentait pas du tout concerné par l'accusation de Harry et le regardait maintenant avec un air méprisant était bien sûr Rogue. Le Maître des Potions ne s'intéressait au cas de Potter que par curiosité, la même qu'il aurait eu à étudier l'action d'une nouvelle potion sur un cobaye.
« -Désolée, Harry. Je vais t'expliquer, mais tu dois me jurer de n'en parler à personne. Je ferais une exception pour tes amis proches, Hermione, Ginny et Ron, mais à personne d'autre.
-Bien sûr. Je le jure, Laurianne.
-Alors je vais encore expliquer tout depuis le début. Je ferais mieux d'éditer des tracts explicatifs et les distribuer au fur et à mesure. »
Remus et Dumbledore sourirent, amusés, et Severus se contint à grand-peine. Il ne voulait surtout pas quitter son masque de sévérité devant le gamin qu'il détestait tant. Harry écouta attentivement tout ce qu'expliqua la jeune femme, posant de nombreuses questions que les adultes n'avaient pas osé demander. Il était fasciné. Mais la seule chose qu'il retint de tout ça fut qu'il allait encore avoir droit à des cours supplémentaires. Dumbledore décida en effet que Laurianne lui donnerait des leçons particulières à la rentrée pour qu'il puisse enfin fermer son esprit correctement.
Ils finirent par se séparer, Harry filant raconter les nouvelles à ses amis. Severus avait plusieurs questions à poser à Laurianne mais l'arrivée de Tonks dans la pièce pour récupérer des papiers oubliés le fit fuir. Il prétexta une délicate préparation en cours qui ne pouvait attendre une seconde de plus pour se diriger en catastrophe vers la cheminée le plus proche. La jeune métamorphomage semblait peinée de ce rejet évident et elle quitta la pièce la tête basse, ce qui fut une tragique erreur. Arrivant près de la cheminée où Severus lançait la poudre de cheminette en criant sa destination, son bureau à Poudlard, elle se cogna dans une chaise et perdit l'équilibre. Elle lâcha tous ses papiers qui s'éparpillèrent dans la pièce comme une envolée de colombes et, n'arrivant pas à se rattraper, elle chuta directement dans la cheminée en se raccrochant au grand brun. Les flammes les firent disparaître un instant après.
« -J'espère que Severus ne va pas la traumatiser et qu'il nous la renverra en un seul morceau... Il risquerait de le regretter plus tard s'il lui faisait trop peur. »
Dumbledore avait dit cela avec calme, comme si de rien n'était, mais avec une lueur pétillante dans le regard, juste avant de quitter la pièce à son tour. Laurianne retint un sourire. Elle n'était pas la seule à avoir remarqué l'affection que Nymphadora portait à Severus. Remus avait l'air un peu inquiet pour la jeune femme, alors lui et Laurianne restèrent pour attendre son retour. Quelques minutes plus tard, elle réapparut dans la cheminée, quelques traces de suie sur le visage et un air vraiment étrange. Mélange de peur, d'exaltation, de rêverie et d'incrédulité. Elle ne fit aucun commentaire sur ce qui c'était passé, se ressaisissant tandis que son regard se faisait déterminé. Laurianne perçut une pensée si forte qu'elle ne put que l'entendre, et faillit s'étouffer de rire.
Mon cher Severus, quitte à te ligoter pour t'expliquer ce que je ressens, je ne te laisserai pas filer...
L'image mentale qu'elle reçut en même temps lui montra l'atterrissage dans le bureau de Severus où Tonks s'était retrouvée allongée de tout son long sur le Maître des Potions de Poudlard, le nez fourré dans son cou. Lui avait semblé plus pressé de se débarrasser de la jeune femme avec colère que de savourer le moment mais cela avait fait grande impression à Nymphadora. La jeune prêtresse décida à cet instant de ne rien faire pour aider le couple à se trouver ; elle allait juste observer la chasse de Nymphadora. Cela promettait des instants cocasses.
Reprenant son sérieux, elle se tourna vers Remus qui la regardait fixement d'un air indéchiffrable. Elle avait appréhendé ce moment où elle devrait parler de sa condition seule à Remus. Elle craignait qu'il lui en veuille de ne pas l'avoir mis au courant. Laurianne demanda donc d'une voix timide à aller avec lui dans sa chambre pour en parler en privé, sans risque d'être dérangé. Une fois dans sa chambre, elle commença à faire les cent pas dans la pièce, en se tordant discrètement les mains. Il ne dit pas un seul mot, rien, il se contentait de la fixer sans un geste. Elle finit par se tourner brutalement vers lui.
« -Remus, je... j'aurais voulu t'en parler plus tôt mais...
-Severus était au courant. Mais moi, tu ne m'as rien dit.
-Non! Il savait simplement que je cachais quelque chose, c'est tout et il l'a compris tout seul. Seul Dumbledore savait, j'avais du lui en parler après ma... maladie. »
Laurianne n'osait pas regarder Remus. Elle se sentait stupidement coupable de ne rien lui avoir dit, même si elle n'en avait pas vraiment le droit.
« -Laurianne, je ne peux pas vraiment t'en vouloir, je ne t'ai pas dit non plus ce que j'étais. Tu l'as découvert toute seule. Mais je vais avoir besoin d'un peu de temps pour assimiler tout ça. Ca fait beaucoup d'un coup.
-Mais tu ne m'en veux pas ?
-Non. Pas vraiment. Je t'aime trop pour ça. Je ne peux plus me passer de toi. »
Le loup-garou s'approcha de Laurianne qui avait toujours le regard baissé. Lui levant le menton, il plongea ses yeux d'or liquide dans les siens, faisant battre le cœur de la jeune femme à toute vitesse. Ses papillons apprivoisés se lancèrent dans une danse étourdissante. Instinctivement, le coin de ses lèvres se releva quand il lui sourit, juste avant de la serrer contre lui. S'il le voulait, il pourrait faire d'elle une marionnette ; elle n'arrivait plus à raisonner quand il était près d'elle.
« -Je t'aime aussi, Remus. Je t'aime tellement. »
Sans trop savoir pourquoi, peut-être les pressions, les émotions, sa vie qui changeait depuis plusieurs mois sans qu'elle y puisse rien, elle éclata en sanglot. Il la serra un peu plus dans ses bras et s'installa avec elle sur le lit, sa tête calée sous son menton. Il la laissa s'endormir contre lui, la berçant doucement. Il ne dormit pas cette nuit là, veillant sur son sommeil et réfléchissant à tout ce qu'il avait appris. Il en vint à la conclusion que, même si elle avait été une Mangemorte, elle serait pour toujours la seule femme qu'il aimerait. Il avait toujours su qu'il ne pourrait donner son cœur qu'une seule fois et il tenait à elle plus qu'il aurait pu l'imaginer. Il traverserait les flammes de l'enfer pour elle.
Le reste des vacances se passa dans un calme relatif. Entre les farces des jumeaux Weasley et Tonks qui passait son temps à essayer de se rapprocher de Rogue, avec des résultats mitigés, personne n'eut le temps de s'ennuyer. Etrangement, plus une seule attaque de Voldemort ne fut annoncée et quelques personnes craignaient que ce n'était que le calme avant la tempête. Mais ils ne dirent rien, ne voulant pas jouer aux oiseux de mauvais augures en cette période de fête. Les cinq adolescents se retrouvaient assez souvent dans l'une des chambres, dès que les autres étaient occupés, pour leur entraînement d'animagus. Mais ils n'avançaient pas du tout et ils ne progresseraient pas avant un bon moment car il fallait que leurs esprits se modifient pour vraiment fusionner avec les caractères de leurs futurs animagi. Les adultes étaient surpris, imaginant que Drago s'intégrait enfin normalement et qu'ils devenaient tous amis. Ils ne se doutaient pas qu'il s'agissait purement d'un chantage. Laurianne passait son temps avec Remus dans la bibliothèque du manoir. Elle n'avait pas encore parlé à Remus de ses contacts avec Sirius mais elle lui avait dit qu'elle savait qu'il était vivant. Il n'en fallut pas plus à l'ancien maraudeur pour reprendre ses recherches avec ténacité. Quand elle ne travaillait pas avec Remus là-dessus, elle envoyait des messages à ses consoeurs de part le monde pour demander de l'aide. Elle refusait d'utiliser son autorité de Haute Prêtresse pour forcer les autres Prêtresses à venir les soutenir. Et le reste du temps, elle le passait dans les bras du professeur aux yeux dorés, parfois juste pour se blottir contre lui dans une recherche de tendresse. Les vacances prirent fin et le retour à Poudlard se fit tranquillement. Aucun évènement ne venait perturber le rythme des cours et tout se passa ainsi jusqu'à fin janvier. Personne ne se demanda pourquoi le si timide Neville essayait désespérément de parler au directeur, ni pourquoi il semblait à la fois si agacé et démoralisé que toutes ses tentatives soient interrompues pour des affaires extrêmement urgentes. Le pauvre finit par renoncer et décida de finir lui-même les recherches avec Luna avant de forcer le bureau de Dumbledore.
Les cours de Laurianne avec Harry avançaient bien, il arrivait désormais à former un bouclier efficace, mais il n'arrivait pas à le maintenir. Il avait tendance à relâcher son attention et à laisser son esprit ouvert à tous vents. Elle décida de changer de méthode, puisque la patience et la répétition ne marchaient pas. Elle décida de lui 'attaquer' l'esprit, sans sommation, pour le forcer à rester toujours sur ses gardes.
« -Allez, Harry ! Par la Dame, tenir ton bouclier en permanence devrait être un réflexe, maintenant!
-Vous m'avez attaqué !!!
-Oui, et je recommencerai jusqu'à ce que tu saches te protéger convenablement. Recommence, tu cherches ton centre dans ton esprit, là où tu es le plus stable, et tu te fixes dessus. On ne construit pas quelque chose de solide sur de mauvaises bases et tant que tu dresseras ton bouclier sans être correctement centré, il ne tiendra pas. Pourtant, tu sais le faire. Allez, on recommence. »
A partir de ce jour, Laurianne entreprit de tester Harry régulièrement, même en dehors de leurs séances de travail. Un jour, elle le fit en pleine Grande Salle. Harry fut tellement surpris de cette intrusion mentale qu'il en tomba de sa chaise.
« -Mais euh !!! J'étais en train de manger... »
Il leva des yeux pleins de reproches vers Laurianne qui lui envoya d'un ton un peu sec.
« -Ton bouclier, Harry, ton bouclier. »
Les professeurs et les élèves regardaient la scène avec stupeur, Severus retenant un sourire en voyant le jeune Potter tomber à terre. Il avait eu peur que la jeune femme ne soit trop douce avec lui mais il avait tort. Elle faisait en sorte qu'il apprenne. Albus hésitait entre l'amusement devant la tête de Harry et une légère désapprobation. Mais elle devait absolument lui faire maîtriser sa capacité.
Un soir où Laurianne donnait un cours approfondi à Harry, une sensation étrange la saisit. Une autre présence était là, menaçante. Elle s'ouvrit en partie pour l'identifier et reconnut immédiatement cet esprit sombre, sale et qui laissait une sensation de malveillance absolue. Lord Voldemort... Elle n'eut que le temps de crier à Harry de lever ses boucliers et de ne surtout pas les baisser, quoi qu'il arrive. Elle-même s'interposa entre le jeune homme et l'attaque de leur agresseur, peinant à la maintenir à distance. Elle avait l'habitude de repousser des pensées, des émotions, mais elle n'avait eu que rarement à repousser une véritable attaque mentale, sauf lors de son apprentissage, et c'était sa grand-mère qui avait été en face. Elle sentit la panique de Harry, qui la gênait considérablement. Si au départ il cherchait juste à posséder Harry, maintenant, le Seigneur des Ténèbres cherchait à tuer. La sentant faiblir, Harry se reprit enfin et lutta avec elle. Et elle put une fois encore se rendre compte de la grande puissance du garçon. Grâce à lui, elle réussit à repousser l'attaque vers son envoyeur. Elle sentit une rage aveugle avant de faire précipitamment marche arrière ; elle n'avait aucune envie de continuer un affrontement direct de volonté avec le Seigneur des Ténèbres. Elle était puissante mais sûrement pas à ce point. Elle rompit le contact précipitamment et se tourna en tremblant vers son élève.
« -Ca va, Harry?
-...Oui, je crois. Je... Vous m'avez protégé de la majeure partie de cette attaque, alors ça va. Je vous ai juste aidé à la fin. Mais vous?
-Je vais bien, j'ai connu pire. J'en serai quitte pour le plus gros mal de tête de ma vie.
-Laurianne, qu'est ce qu'il cherchait à faire?
-Tu n'as pas senti? Il a essayé de posséder ton esprit. Il ne voulait pas te tuer comme ça mais il allait te transformer en un vrai légume. Mais quand il a sentit la résistance, il a cherché à tuer.
-Pourquoi? Pourquoi maintenant, je veux dire?
-Je n'en ai aucune idée. Si tu veux bien, va chercher le directeur, il doit être averti. Moi, je me sens encore un peu trop secouée pour bouger.
-Je ne peux pas vous laisser comme ça!
-Je t'assure que ça va aller, je suis juste épuisée. J'ai les jambes trop tremblantes pour marcher.
-D'accord. Si vous êtes sûre de pouvoir rester seule, j'y vais. »
Harry se leva et partit aussi vite qu'il pouvait.
Il courait dans les couloirs, déserts à cette heure de la soirée, pour chercher le directeur. Et Remus. L'ancien maraudeur ne lui pardonnerait pas de ne pas de ne pas l'avoir mis au courant pour Laurianne. Il arriva devant la gargouille et cria le mot de passe avant de monter les escaliers quatre à quatre. Il entra dans la pièce sans frapper, s'arrêtant pour reprendre son souffle en posant ses mains sur ses cuisses.
« -Harry ? Que se passe-t-il ?
-J'étais... J'étais en train de travailler avec Laurianne, quand on a été attaqué.
-Quoi ?!! »
Harry venait de remarquer que Dumbledore n'était pas seul. Les professeurs Rogue et Lupin étaient avec lui. Remus venait de bondir sur ses pieds, blanc comme un linge, ses pupilles dilatées d'angoisse.
« -Ne vous inquiétez pas, prof...esseur. »
Remus n'avait pas attendu la fin de sa phrase, il était déjà parti. Dumbledore et Rogue se tournèrent vers le Gryffondor pour avoir plus d'explication
« -Elle va bien, et moi aussi, on est juste un peu secoués. Elle m'a demandé de venir vous chercher. Je crois qu'elle a eu très peur.
- Explique-nous ce qui s'est passé en court de route. Vous étiez dans la classe de Remus, c'est ça ?
-Comme tous les soirs, professeur.
-Vous avez été attaqués dans le château ? Comment un Mangemort a pu entrer sans qu'on le remarque.
-C'était Voldemort, monsieur. »
Dumbledore s'arrêta net et se tourna vers Harry.
« -Il était là ?
-Non, il nous a attaqué mentalement, pas en personne. »
Severus et Albus échangèrent un regard, se demandant ce que ça signifiait. Ils partirent avec Harry retrouver la jeune femme ; Remus était déjà loin devant.
Fin du dix-septième chapitre
