Chapitre 18 : Convergence

Laurianne respirait profondément, calmement, pour calmer son rythme cardiaque. Pour la première fois de sa vie, elle s'était sentie impuissante. Sans Harry, elle n'aurait jamais pu repousser l'attaque. Elle qui avait toujours eu toute confiance en ses dons, particulièrement puissants même pour une Gardienne, elle doutait à présent. Il lui faudrait du temps pour reprendre confiance en elle-même. Laurianne était presque arrivée à se calmer complètement quand la porte s'ouvrit à la volée, la faisant sursauter. Avant d'avoir compris ce qui se passait, elle se retrouva serrée contre quelqu'un. Elle sourit et se laissa aller contre lui après s'être crispée de surprise.

« -Remus... »

Il avait le nez plongé dans ses cheveux et la serrait presque à l'étouffer. Quand Harry avait annoncé qu'ils avaient été attaqués, Remus avait senti son coeur se déchirer. Il ne supporterait pas de la perdre. Maintenant qu'il l'avait trouvée, il n'imaginait plus de vivre sans elle. Laurianne sentit tout ça, serrée contre lui, et mit toute son empathie pour le rassurer, laissant son amour pour lui le toucher.

« -Je vais bien, Remus. Mais là, tu m'écrases.

-Excuse moi. »

Il s'écarta aussitôt, pour se mettre à l'examiner sous toutes les coutures. Il voulait s'assurer par lui même qu'elle n'avait rien.

« -Remus ! Tu me chatouilles. »

Le loup-garou ne semblait pas vraiment l'écouter. Il réfléchissait à haute voix.

« -Je devrais pouvoir lancer des sorts de protection sur nos appartements... Si tu n'en sors plus, ça devrait aller.

-Remus ?

-Bien sûr, je vérifierai tout ce que tu mangeras, on ne sait jamais... Et je déplacerai ma salle de cours près de chez toi, comme ça, je serai plus près en cas de problème...

-Remus ?!!

-Peut-être que si je piégeais le couloir où tu es ? Oui, c'est une bonne idée...

-REMUS !!!

-Oui, ma douce ?

-IL N'EST PAS QUESTION QUE TU M'ENFERMES DANS MES APPARTEMENTS POUR ME PROTEGER !!! JE NE LE SUPPORTERAIS PAS ! »

Albus Dumbledore, Severus Rogue et Harry Potter entendirent un hurlement au moment où ils allaient entrer dans la salle de classe. Severus se permit une remarque mi-figue mi-raisin.

-J'ai l'impression que les instincts de protection de Lupin ne font pas l'unanimité.

Albus retint un sourire et sa racla la gorge pour signaler leur présence.

-Laurianne, vous vous sentez bien ?

-Un peu fatiguée mais je vais bien. Je n'ai pas besoin d'être couvée.

Elle lança un regard assassin à son loup-garou d'amant qui avait pris un air légèrement penaud, se rendant compte qu'il avait un peu exagéré.

-J'ai eu peur pour toi et je crois que je me suis emporté.

Laurianne grommela entre ses dents qu'ils en reparleraient. Elle expliqua ce qui s'était passé mais tint en silence la puissance cachée de Harry. Elle devait d'abord en parler avec Dumbledore en privé avant de mettre au courant le Gryffondor. Pas la peine de lui annoncer qu'il avait encore une particularité qui le mettait à part. Albus prit très au sérieux la nouvelle de cette agression mentale et comprit ce que les autres n'avaient pas vu. L'attaque ne concernait pas seulement Harry mais elle était aussi impliquée. Voldemort avait pu tester les défenses de Laurianne et, en le repoussant, elle lui avait appris qu'elle n'était pas une simple moldue. La jeune prêtresse ne comprit pas immédiatement les implications mais Remus changea de couleur et Severus devint encore plus pâle que d'habitude. Harry comprit avant elle.

« -Il va vouloir vous avoir et vous utiliser… »

Laurianne regarda le directeur de Poudlard en prenant une grande inspiration et en ouvrant des yeux paniqués. Elle vacilla et serait tombée si Remus ne l'avait pas tenue contre lui.

« -Ne vous inquiétez pas, vous serez protégée ici. Vous êtes plus en sécurité à Poudlard que n'importe où ailleurs.

-Et je ferai tout pour qu'il ne t'approche jamais, amour.

-Le directeur et Lupin ont raison, Laurianne, nous n'allons pas vous laisser tomber entre ses mains. Il ne vous fera pas de mal. »

Tous cherchaient à la rassurer, jusqu'à Harry qui lui prit la main pour la serrer un instant. Mais Laurianne ne s'inquiétait pas vraiment pour elle-même. Elle venait d'imaginer ce que pourrait faire Lord Voldemort s'il arrivait à la forcer à l'alimenter en énergie. Elle avait eu une vision d'un monde dévasté où elle n'était plus qu'un pantin sans volonté qui servait de réserve pour le pire sorcier ayant jamais vu le jour. Un monde où Remus était mort, ainsi que tous ses amis, un monde où les moldus étaient des esclaves et les prêtresses élevées comme des animaux. Elle releva des yeux flous vers le directeur et annonça d'une voix enrouée mais très calme.

« -Il ne doit pas me prendre vivante. Je… Je m'ôterais la vie plutôt que de lui laisser mettre ce monde à feu et à sang. »

Elle continua le regard dans le vague, serrant son pendentif entre ses doigts glacés sous le regard des quatre hommes pétrifiés.

« -Il ne me prendra jamais vivante. Jamais ! »

Remus tenta d'intervenir pour protester mais elle lui posa les doigts sur les lèvres.

« -Vous avez vu ce que Minerva a pu faire grâce à moi ? J'étais loin d'être au maximum de mes possibilités. Alors imaginez ce que lui pourrait faire avec moi ! »

Seul le silence lui répondit comme ses interlocuteurs étaient frappés à leur tour par sa vision cauchemardesque. Le directeur de Poudlard se reprit en premier.

« -Nous ne laisserons pas cela arriver, Laurianne. Si vos dons pourraient faire de Voldemort un être invincible, ils peuvent aussi nous aider de façon considérable. Avec votre aide et celle de vos sœurs, nous arriverons à le détruire. Remus, ramenez-la à ses appartements, elle a besoin de se calmer. Harry, retourne à ton dortoir et ne parle de ça à personne encore, même pas à tes amis proches. Pas encore. »

Le directeur échangea un regard avec Severus tandis que Remus entraînait sa compagne dans le couloir et que Harry se décidait à partir. Ils restèrent silencieux un très long moment avant que Severus ne prenne la parole.

« -Il savait déjà qui elle était, vous l'avez compris, monsieur le Directeur ?

-Oui, Severus. Cette attaque n'avait pour but que de confirmer ce qu'il savait et de tester la puissance de Laurianne. Elle n'avait aucun autre véritable objectif. S'il avait pu blesser Harry au passage, il en aurait été ravi, mais sa cible était clairement Laurianne. Nous avons un grave problème.

-Oui, il y a un espion dans l'Ordre. »

Remus passa sa soirée à tenter de calmer Laurianne qui était presque catatonique à présent. Installé avec elle sur un des canapés de son salon, il la berçait dans ses bras et lui caressait le dos. Il était plus de minuit quand elle parla enfin d'une voix étranglée.

« -J'ai peur, Remus, j'ai affreusement peur. J'ai peur pour toi, pour moi, et pour tous les autres.

-Nous avons tous peur, mon amour. Mais nous devons dépasser cette peur pour agir. Nous ne pouvons pas rester à attendre qu'il détruise tout ce que nous aimons. Je sais que tu es assez forte pour faire face, que tu ne laisseras pas la peur te paralyser. J'ai confiance en toi. »

Laurianne ne retint plus ses émotions et se laissa aller aux sanglots. Elle avait besoin d'extérioriser ses craintes. Jusqu'à maintenant, elle n'avait pas réalisé ce que Voldemort impliquait. Elle voulait s'engager aux cotés des sorciers qu'elle connaissait par solidarité ; elle n'avait pas compris que si le Seigneur des Ténèbres prenait le pouvoir même le monde moldu serait durement touché. De longues minutes plus tard, elle s'était enfin calmée et avait repris le contrôle de ses émotions.

« -Tu as raison, je ne resterai pas les bras croisés à attendre qu'il vienne me chercher. Je dois faire quelque chose immédiatement… »

Remus l'observa, stupéfait du rapide changement de la jeune femme. Son visage était déterminé quand elle se dégagea de ses bras pour aller dans sa chambre. Elle revint rapidement avec de l'encens, une bougie blanche, un bol de sel et une coupe d'eau.

Le loup-garou fronça les sourcils.

« -Qu'est ce que tu fais ?

-Je demande de l'aide. Les autres Prêtresses devaient venir nous aider mais je vais leur demander de le faire immédiatement et de protéger celles qui ne viendront pas.

-Maintenant ?

-Le plus tôt sera le mieux. Nous ne nous cacherons plus ; il va voir ce dont nous sommes capables et il va regretter d'être né !!! »

Remus eut un léger sourire en voyant l'expression de sa compagne. Elle aurait pu foudroyer un Mangemort par l' intensité de son regard.

« -Si j'étais Voldemort, je crois que je prendrais peur. Tu es sûre que je peux rester près de toi sans risque ? Je ne suis pas très rassuré, je suis un pauvre loup-garou sans défense, tu sais.

-Idiot ! »

Elle lui lança un coussin à la figure en souriant enfin, ce qu'essayait de provoquer Remus depuis un moment. Il rattrapa le coussin au vol sans aucun effort et sourit plus franchement.

« -Je préfère te voir sourire comme ça. »

Remus regarda les objets qu'elle disposait sur le sol dans le carré éclairé par la lune croissante.

« -Tu veux que je te laisse ?

-Non, tu peux rester. Je n'en ai pas pour longtemps. Juste le temps de partir dans le Surmonde pour les contacter et de leur dire de se magner un peu les fesses.

-De quoi ?

-Excuse-moi, une expression française. Se dépêcher, si tu préfères. Quand je suis énervée, j'ai tendance à revenir à ma langue maternelle.

-Moi j'adore quand tu parles français. J'adore ton accent. »

Laurianne lui fit un grand sourire après avoir déposé un baiser sur ses lèvres. Elle s'installa ensuite par terre dans la lumière de la lune pour lancer son appel sous le regard curieux de son amant.

Voldemort avait un léger mal de tête mais il était plus que satisfait. Ce que son espion lui avait dit était vrai. Harry Potter ne serait plus un problème s'il pouvait s'approprier les dons de la fille. Il serait obligé de briser son esprit pour ça, elle avait trop de volonté. Si elle avait été plus jeune, il aurait pu tenter de la convertir, lui faire miroiter le pouvoir qu'elle aurait en se livrant à lui. Cela n'était pas grave, il aurait ce qu'il voulait. Il obtenait toujours ce qu'il voulait. Et quand il l'aurait, il irait tuer le vieux fou et le gamin. Il éliminerait tous ceux qui se dresseraient sur sa route, surtout les membres de l'Ordre du Phœnix… Voldemort se laissa aller à un rire dément pendant de longues minutes en imaginant enfin ses rêves devenus réalité. Se calmant progressivement, malgré des éclats spasmodiques qui le secouaient parfois, il appela Peter qui se jeta presque à ses pieds pour prouver sa soumission. Il était écœurant et loin d'être le meilleur de ses fidèles mais il savait comment lui montrer le respect qui lui était du. Il était temps de commencer son offensive.

« -Queudver, nous sortons. Nous devons aller chercher un petit quelque chose dont j'ai besoin.

-Oui, Maître.

-Dis à Lucius et Bella de venir avec nous.

-Oui Maître.

-Est-ce que j'ai dit de le faire demain, Queudver ? Alors pourquoi n'es-tu pas déjà en train de transmettre mes ordres ? Endoloris !

-Pardon, Maître, pardon !!! »

Le Seigneur des Ténèbres laissa le sort agir quelques instants de plus avec un sourire sadique avant de libérer sa victime. Peter sortit en rampant de la salle. Quand il fut seul, Voldemort se leva et se murmura à lui-même.

« -Que penses-tu de ce plan, Tom ? Oh, il est très bien ! Je pense aussi, alors allons chercher cet incompétent de Ministre de la Magie… Excellent ! Tous les sorciers d'Angleterre seront terrifiés et les aurors seront tous occupés à rechercher le Ministre ! Nous pourrons attaquer un peu partout pour finir de désorganiser le pays ! Je sais, Tom. Nous sommes génial. »

Nymphadora Tonks se morfondait devant le bureau de Fudge. Ses trois autres collègues aurors tentaient comme ils pouvaient de passer le temps. Elle, pensait à un certain brun ténébreux, irascible et qu'elle voulait absolument. En y réfléchissant, elle avait fini par trouver ce qui l'avait séduite chez lui. Ses mains. Si son visage était de marbre glacial, ses mains étaient chaudes et vivantes. Elle l'avait découvert quand il était venu au QG de l'Ordre pour aider à la soigner après l'attaque du Ministère. Elle avait alors pu constater la douceur et la force de ses mains, ses doigts longs et aristocratiques, habiles pour panser les plaies. Embrumée par les potions anesthésiques, elle s'était mise à rêver que ses mains s'égarent ailleurs que sur les plaies de son ventre. Elle frissonnait à chaque fois qu'il effleurait sa peau nue en refaisant ses bandages mais ce n'était ni de froid ni de dégoût comme il avait pensé. Elle aspirait juste à sentir ces mains magnifiques posées sur elle la caresser lentement. Ce désir secret, il n'avait pu le deviner car, comme tous les aurors, elle avait appris les bases de l'occlumancie. Au fil des jours, ce désir avait évolué, elle était désormais fascinée par ses lèvres fines qu'elle voulait goûter, ses yeux comme des abysses sombres où elle voulait se perdre. Elle était tombée amoureuse en observant ses moindres gestes et en aimant ce qu'elle voyait, mais elle l'avait surtout désiré. Elle avait presque tout gâché pendant les vacances mais maintenant elle s'était ressaisie. Il était fuyant comme une anguille, elle saurait tout de même l'attraper. La partie Black de son sang se réveillait, elle devenait plus Serpentard que Poufsouffle quand elle cherchait un moyen d'arriver à ses fins.

Elle fut tirée de ses plans machiavéliques de séduction par une sorte de malaise. Quelque chose n'allait pas. Un de ses collègues avait lui aussi levé le nez de son grimoire et regardait autour de lui avec suspicion. Il finit par se lever et partit vérifier que les portes de l'antichambre du bureau ministériel étaient bien verrouillées. Mais il ne les atteignit jamais. Un sort frappa la porte qui vola en éclats et une terrible lumière verte vint frapper l'homme. Il s'effondra sans un bruit mais, même dans la mort, il aurait continué sa mission. Son corps chuta en travers du passage, ralentissant les assaillants. Un des hommes qui venaient de faire irruption était un calme employé du Ministère dont les yeux vides révélaient la mise sous Imperium. La clef des Mangemorts pour entrer dans le bâtiment… Le supérieur de la jeune femme réagit au quart de tour et commença à lancer des sorts. Tonks tenta de les soutenir du mieux qu'elle pouvait en lançant des sorts peu courants, des sorts qu'elle avait trouvés dans les vieux grimoires que sa mère avait gardés. Le sang des trois aurors survivants se glaça. Un homme à l'aura maléfique approchait encadré par des gens qu'elle connaissait bien. Nymphadora sentit une bouffée de haine monter en elle. Bellatrix… Elle raffermissait sa prise sur sa baguette et avançait pour l'affronter quand son chef l'arrêta en lui prenant le bras. Il lui souffla entre deux sorts.

« -Emmène le Ministre en lieu sûr, Tonks. Je sais que tu fais partie des autres. Alors mets-le en sécurité, même si je l'aurais laissé mourir avec joie.

-Mais…

-C'est un ordre, auror Tonks ! »

Jetant un dernier regard vers sa tante qui semblait furieuse de la voir toujours en vie, elle entra dans le bureau et verrouilla la porte de plusieurs sorts. Cela ne ferait que les ralentir. Mais elle ne vit aucune trace du Ministre.

Elle paniqua et chercha partout. Elle finit par le trouver sous son bureau, dégageant une odeur peu ragoûtante d'ammoniaque. Sortant un bout de parchemin de sa poche, elle le colla sous le nez du Ministre et lui ordonna de lire.

« -D… douze… douze Square Grimaud… Qu'est ce que c'est ?

-Ne posez pas de question ! »

Elle lança une poignée de poudre de cheminette dans l'âtre et tira le Ministre vers elle.

« -Dites l'adresse, vite !!! »

La cheminée était protégée pour que seul le Ministre puisse l'activer. Des bruits de combat résonnaient toujours à coté, le Seigneur des Ténèbres laissait apparemment ses Mangemorts jouer avec ses collègues. Tonks s'énerva en entendant l'homme censé diriger les sorciers bredouiller lamentablement pour prononcer trois mots. Elle entendit un dernier hurlement d'agonie et se mit à secouer le Ministre de rage. Elle venait de perdre trois amis, trois personnes avec qui elle avait mangé, ri, combattu aussi. Et tout ça pour ce misérable rebut de l'humanité.

« -Vous allez la dire cette adresse ! Trois de mes collègues viennent de mourir pour vous, alors bougez-vous, Voldemort arrive !!! »

Cela sembla faire un électrochoc à Fudge qui cria enfin leur destination dans la cheminée. Elle le serra dans les bras et se jeta avec lui dans les flammes vertes comme la porte du bureau explosait. Le ministre couina comme une souris en voyant Voldemort entrer en pointant sa baguette sur eux. La dernière vision qu'ils eurent fut un éclair de stupéfixion suivit par un autre d'une macabre couleur verte accompagnée d'un véritable hurlement de rage.

Ils atterrirent dans le salon du QG où Fudge se recroquevilla par terre contre un fauteuil en se balançant d'avant en arrière. Tonks se releva les larmes aux yeux. Avant qu'elle puisse faire trois pas, les jumeaux Weasley et Severus Rogue apparurent en pointant leurs baguettes sur eux. Rogue fut le premier à réagir et à l'abaisser en voyant le Ministre. Il avait immédiatement compris que quelque chose de grave venait d'arriver. S'approchant de Tonks après avoir demandé aux jumeaux de prévenir Dumbledore, il fut surpris de la voir éclater en sanglots et lui tomber dans les bras.

« -Ils sont morts, ils sont morts tous les trois ! Et moi je suis vivante ! »

Il hésita une seconde et finit par refermer ses bras autour d'elle dans une attitude guindée. Il n'y avait personne ici à cette heure-ci pour l'aider. Il ne pouvait donc pas la laisser pour aller chercher une potion calmante. Il devrait attendre que les jumeaux reviennent. Bon sang ! Il se maudit d'avoir convenu de ce jour pour son rendez-vous avec les deux Weasley. Il voulait voir avec eux pour modifier certaines de leurs productions pour le compte de l'Ordre. S'il avait choisi le lendemain, il n'aurait pas du se ridiculiser à consoler la jeune auror en lui frottant le dos. Avec le Ministre qui restait toujours à se balancer dans son coin comme le faisait Kreattur dans son placard, la scène était surréaliste.

En plus, il avait une impression bizarre en sentant la jeune femme contre lui, surtout qu'elle s'était collée contre lui, vraiment collée. Il remarqua qu'elle avait repris sans y penser son véritable aspect, ses cheveux sombres retombant dans son dos. Une étrange couleur rosée envahit son visage lui donnant un aspect… vivant. Il avait un peu chaud, d'un coup, il sentait les moindres détails des courbes de la jeune femme pressées contre lui et le parfum de ses cheveux. Quand elle releva un regard humide et perdu vers lui il ressentit un drôle de pincement au cœur et déglutit en regardant ses lèvres fixement. Il commença à se pencher vers elle avec lenteur, comme hypnotisé. Une étrange lueur qu'il aurait qualifiée de victorieuse si elle ne semblait pas aussi perdue éclaira son regard gris clair. Au moment où il allait poser ses lèvres sur les siennes, le Ministre se mit à crier et à demander d'une voix hystérique pourquoi son secrétaire n'était pas là avec son thé. Severus se recula vivement, choqué de lui-même, de ce qu'il allait faire à une fille qui était complètement bouleversée. Il n'avait pas vraiment changé depuis qu'il était devenu Mangemort, en fait. Il se laissait toujours guidé par ses instincts les plus bas. Il reprit rapidement son masque glacial et la lâcha brutalement.

« -Reprenez-vous, Tonks. Vous avez assez pleuré sur votre sort. »

Seul l'arrivée de Dumbledore avec les jumeaux l'empêcha de voir l'expression à la fois choquée et peinée de la jeune femme. Elle raconta l'histoire au directeur de Poudlard depuis le début en foudroyant le Ministre du regard à l'insu de tous. Elle avait vraiment mal pour ses collègues mais se retrouver dans les bras de l'homme qu'elle aimait avec ses bras autour d'elle… Elle aurait aimé qu'il la console d'une manière plus douce, bien plus douce. Et cet abruti de Ministre venait de tout casser. Il lui pourrissait vraiment la vie aujourd'hui.

Drago profitait honteusement des avantages que lui donnait son nouveau logement. Les Gryffondor avaient eu du mal à se faire à leur nouvelle proximité mais, comme Malfoy restait calme et discret, ils finirent par l'ignorer. Drago était donc parfaitement tranquille vu qu'aucun Serpentard n'aurait pu deviner où il dormait. L'appartement lui fournissait également un lieu d'entraînement pour les séances animagus avec les quatre Gryffondor. Il arrivait à s'entendre assez bien avec les filles, même avec Granger à leur surprise à tous les deux, mais il avait toujours du mal avec Potter et Weasley. Il les méprisait et eux n'avaient pas confiance. Leur collaboration fonctionnait uniquement parce qu'ils avaient besoin les uns des autres, comme pour les entraînements de l'AD. Drago tourna un peu vite à un couloir, pressé d'être chez lui et il heurta brutalement quelqu'un. Ses réflexes lui permirent de retenir la personne en la tenant contre lui un instant avant qu'elle ne chute.

« -Bon sang, Malfoy, achète-toi des lunettes ! »

Drago baissa le regard sur un visage mat, encadré de longs cheveux noirs brillant, d'une fille portant le blason de Serdaigle.

« -Patil ?!! Mais qu'est ce que tu fiches dans ce couloir ?

-Je suis venue voir ma sœur, tu sais, ma jumelle avec qui tu me confonds sans arrêt. Mais toi, qu'est ce que tu fais devant la tour Gryffondor ?

-Ca ne te regarde pas. »

Il la relâcha brusquement l'obligeant à se retenir à lui pour ne pas perdre de nouveau l'équilibre. Padma sembla furieuse, surtout en voyant le petit sourire narquois de Drago. Elle ouvrit la bouche pour lui répondre vertement mais finit par se raviser. Elle lui lança, juste avant de partir en colère, qu'il ne valait pas la peine qu'elle se dispute avec lui. Le sourire de Drago se creusa d'avantage et il la rappela avant qu'elle n'atteigne le bout du couloir.

« -Padma ? J'adore nos rencontres. Tu finis presque toujours dans mes bras, à croire que tu adores ça. »

Et Drago repartit en riant sans attendre la réaction de la jeune fille.

Laurianne était perplexe. Ce n'était pas Maelys qui lui avait répondu comme d'habitude mais Myriam, la Gardienne du Sud. Maelys était indisponible et elle-même n'avait pas le temps de lui parler longtemps. Laurianne lui expliqua donc rapidement sa requête avant de regagner son corps, sans avoir pu savoir ce qui occupait tellement ses consoeurs. Remus l'attendait, l'observant toujours avec attention et curiosité.

« -Alors ?

-Je ne sais pas trop. J'ai demandé que l'aide soit envoyée rapidement mais mes Sœurs étaient très occupées et je ne sais pas pourquoi. J'espère qu'elles pourront faire ce que j'ai demandé.

-Je suis sûr qu'elles ne te laisseront pas tomber.

-Non, tu as raison. Je dois attendre maintenant. Mais je vais avoir du mal à penser à autre chose.»

Remus lui lança alors un regard qu'elle crut reconnaître. Depuis les dernières semaines, leurs emplois du temps chargés les avaient tenus éloignés l'un de l'autre et ils étaient souvent épuisés le soir, se contentant de se blottir l'un contre l'autre. Le regard intense dont il la couvait réveillait de drôles de choses en elle et le sourire en coin que le loup-garou laissa fleurir lentement sur ses lèvres n'arrangeait pas ses affaires. Il commença à avancer vers elle avec un air de prédateur en chasse tandis qu'elle l'observait s'approcher, fascinée.

« -Je connais un bon moyen de te faire penser à autre chose. »

Il avait murmuré sa dernière phrase contre sa joue d'une voix basse, son souffle chaud effleurant son oreille en la faisant frissonner. Elle oublia sa fatigue en soupirant quand il commença à mordiller son cou tendrement. Voyant la rapidité à laquelle elle succombait à la moindre de ses caresses, Remus eut un léger rire amusé et il la prit dans ses bras pour l'emporter vers la chambre.

Elles arrivèrent par petits groupes, de quatre à six personnes, et se regroupèrent dans la lueur de l'aube devant des grilles encadrées par des sangliers ailés. Vêtues de capes d'un gris très clair, à la capuche ample remontée haut pour cacher leurs visages, elles attendaient. L'une d'elle, qui se démarquait des autres par la couleur brune de son vêtement approcha vivement du portail, soutenue par une silhouette plus petite, également en brun.

« -Grand-mère, est-ce bien Poudlard ?

-Oui, Dorilys.

-Comment allons-nous faire pour entrer ? »

La vieille dame rejeta sa capuche en arrière, aussitôt imitée par la centaine de femmes présentes. Ses cheveux blancs lumineux étaient coiffés en une tresse lourde ramenée sur l'épaule comme pour une jeune fille. On devinait encore malgré les ravages du temps la grande beauté de ses traits, dominés par le bleu incroyable de ses yeux. La jeune fille à ses cotés devait être son portrait au même âge mais le bleu du regard était remplacé par un gris argenté et le blanc par une blondeur dorée. Bien des reines auraient envié leur maintien fier et on sentait que du sang nordique coulait dans leurs veines. Leurs compagnes étaient de toutes origines mais montraient la même déférence envers la femme et sa petite fille.

« -C'est très simple. »

Elle se tourna vers les deux statues qui gardaient l'entrée du domaine et leur parla.

« -Nous sommes attendues. »

Les deux blocs de pierre s'animèrent, s'ébrouèrent et ouvrirent les yeux. Les sangliers battaient des ailes et semblaient évaluer le groupe. Au bout de longues minutes, ils reprirent leur aspect figé tandis que les grilles s'ouvraient dans un silence absolu. Les prêtresses entrèrent alors dans le parc de l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard. Tout au bout, dans sa chambre, blottie entre les bras de l'homme qu'elle aimait, Laurianne ouvrit les yeux brutalement en sentant un contact mental familier.

« -Salutations à toi, Laurianne, Gardienne de l'Est.

-Salutations à toi, Maelys, Gardienne du Nord. Vous avez fait drôlement vite. Je n'ai contacté Myriam qu'hier soir.

-Nous étions déjà en route. Sur ordre de la Dame... »

Fin du dix-huitième chapitre