Chapitre 19 : Destins entremêlés
Dorilys avait suivi sa grand-mère et les autres prêtresses jusqu'au château. L'endroit était magnifique et le paysage lui coupait le souffle. Elle adorerait passer du temps ici. Il y avait quelque chose dans la terre… Une sorte de vibration dans ses pieds, lorsqu'elle foulait l'herbe couverte de givre, qui semblait l'appeler. Elle sut instinctivement qu'elle vivrait quelque chose qui changerait sa vie dans ce domaine. Elles furent accueillies sur les marches de la porte principale par un vieil homme à l'air profondément sage et bienveillant. La jeune fille devina, grâce aux informations données par Maelys, qu'il s'agissait du directeur de l'école. Rapidement, d'autres professeurs arrivèrent, stupéfaits par leur présence. Sa grand-mère eut à peine un haussement de sourcils à l'arrivée de sa consoeur de l'Est, Laurianne La Source. Un sorcier l'escortait, plus âgé qu'elle et visiblement marqué par la vie. Mais il dégageait un charme certain, renforcé par le sourire qu'il offrait à Laurianne et qui pétillait jusque dans son regard. La jeune femme tenait la main de l'homme, confirmant à toutes qu'elle avait enfin trouvé son compagnon. Elle ne le lâcha que quelques instants pour saluer Maelys et faire les présentations. Quand ce fut son tour, l'adolescente impressionna quelque peu les sorciers par sa politesse et son maintien parfait.
Une discussion rapide eut lieu, pour décider du logement des nouvelles arrivantes et de leur installation. Il fut décidé que plusieurs appartements, réaménagés en dortoirs, seraient mis à leur disposition et que leurs repas seraient pris à la Grande Salle en compagnie du reste des habitants du château. Le directeur se chargerait de donner une explication improvisée pour les élèves. Sur un geste de Dumbledore, de drôles de petits êtres apparurent soudain, faisant sursauter plusieurs des prêtresses. Il demanda à ces créatures serviles de les guider jusqu'à leurs appartements et de s'occuper du peu de bagages qu'elles avaient emmené. Dorilys n'avait jamais vu d'elfe de maison auparavant et elle resta ébahie lorsque l'un d'eux s'inclina très bas, son petit nez touchant presque le sol, pour lui demander l'autorisation de prendre son sac. Elle le lui tendit, les yeux ouverts comme des soucoupes, et voulut le suivre mais sa grand-mère la retint.
« -Je préfère que tu restes avec moi. Nous aurons nos propres appartements, proches de ceux de Laurianne. Et comme tu es la seule apprentie du groupe, je souhaiterais discuter avec notre hôte de la poursuite de ta formation.
-Bien, grand-mère."
La jeune fille inclina rapidement la tête en signe d'accord et patienta aux cotés de son aïeule, silencieuse, comme on le lui avait enseigné.
Une partie des professeurs rentra vite dans le bâtiment pour vaquer à leurs occupations et préparer les cours pour la semaine à venir. Seuls restèrent deux d'entre eux, en plus du directeur et du compagnon de Laurianne. L'autre homme faisait froid dans le dos et Dorilys n'osait le regarder en face. Non qu'elle sente une menace venant de lui - l'attitude de la jeune Gardienne de l'Est lui prouvait qu'on pouvait lui accorder sa confiance - mais elle sentait une telle agitation dans ses pensées, derrière son masque impassible, que la tête lui tournait. Elle tâchait de ne rien montrer à sa tutrice ; elle était censée savoir depuis longtemps protéger son propre esprit des agressions des autres. L'autre femme, pourtant apparemment aussi sévère que le professeur en noir, lui donnait instinctivement envie d'aller vers elle. La sortant de ses pensées, ils finirent par se diriger avec elle à leur suite jusqu'au pied d'une haute tour, gardée par une gargouille de pierre finement sculptée. Là, elle fut priée d'attendre que leur réunion prenne fin et qu'elle soit appelée à les rejoindre. Leur discussion n'était visiblement pas destinée à une adolescente. Elle marcha lentement dans le couloir, observant les étranges tableaux vivants pour passer le temps, sans faire le moindre bruit. Elle avait un peu l'impression d'être une intruse. Au bout de quelques temps, lassée, Dorilys se laissa tomber sur le socle de la fameuse gargouille, le menton reposant dans ses mains en coupe comme une vivante incarnation de l'ennui. Elle se demandait s'ils avaient oublié l'heure, là-haut. Elle avait faim, son ventre grondait et elle fut tentée de partir à la recherche de la cuisine ou de la salle des repas. Seulement, le château était très grand et elle ne connaissait pas du tout les lieux. Elle laissait échapper un soupir à fendre l'âme lorsqu'elle fut tirée de ses pensées par des éclats de rire et des voix masculines. L'adolescente sauta sur ses pieds, gênée d'être surprise dans une attitude aussi négligée. Quand les garçons arrivèrent, après un instant de surprise, ils s'arrêtèrent pour la détailler en se donnant quelques coups de coude et en ricanant. Dorilys se sentit rosir, mal à l'aise.
Ils étaient huit, un peu plus âgés qu'elle, et ils portaient des écussons verts ou bleus sur leurs uniformes sombres. L'un d'eux s'approcha d'elle en souriant et s'appuya au mur, la coinçant devant lui.
« -Bonjour. Tu es nouvelle, non? Je ne t'avais jamais vu avant. Je me serais souvenu de toi sinon.
-Je… je suis arrivée ce matin.
-Mmmh, intéressant. Et tu t'appelles comment ?
-Dorilys.
-Très joli. Et dis moi, Dorilys, qu'est ce que tu fais toute seule ici ? Tu t'es perdue ? »
Sans vraiment attendre de réponse, il leva sa main libre pour lui effleurer la joue. Elle essaya de se dégager, effrayée, faisant ricaner de plus belle les autres garçons. Elle suivait ses études dans un collège privé réservé aux filles et n'avait pas l'habitude d'être abordée ainsi. Quand il lui attrapa la main, souriant gentiment, elle paniqua vraiment et fit appel sans le vouloir à certaines capacités qu'elle maîtrisait encore mal. La grande quantité de pierre environnante et le sol rocheux du domaine renforçaient son don ; la gargouille derrière elle s'anima et commença à quitter son socle, avançant vers les adolescents. Son soupirant fit un bon mémorable en arrière et pâlit de façon satisfaisante. Dorilys avait les yeux clos et tendait les mains devant elle, comme pour se protéger.
« -Laissez-moi tranquille !
-Ca va, ce n'est pas la peine de le prendre comme ça ! Je voulais juste faire un peu connaissance. »
Le garçon rejoignit ses amis et ils filèrent sans demander leur reste en maugréant sur les filles trop susceptibles, tandis que la statue reprenait sa place normale.
Dorilys soupira en s'appuyant au mur, tremblante. Si sa grand-mère apprenait ce qu'elle avait fait, elle allait en prendre pour son grade. Elle n'était pas censé utiliser son affinité avec la terre et la roche sans la supervision d'une prêtresse confirmée ou de son aïeule Elle espérait que cet épisode ne lui arriverait jamais aux oreilles. Un sifflement impressionné la tira de ses pensées, la faisant sursauter. Deux filles, rousse et blonde, se tenaient au coin du couloir tout proche et avaient vraisemblablement tout vu.
« -Et bien, au moins, ils te ficheront la paix maintenant. Ce sont les pires dragueurs de Poudlard, ils sont insupportables. Tu es nouvelle, j'ai entendu ? Je m'appelle Ginny Weasley et voici Luna Lovegood. »
La rouquine sourit en lui tendant la main, clairement amusée par les mésaventures des garçons. L'apprentie prêtresse lui prit la main avec une hésitation et se présenta à son tour.
« -Moi c'est Dorilys Hadraakan. Je… Ce n'était pas vraiment volontaire mais ils m'ont vraiment fait peur. Ca ne va pas poser de problème ?
-Non, je ne pense pas. Mais tu sais, un bon coup de genoux entre les jambes les calme très bien aussi. Il faudra que tu m'apprennes ce sort par contre. Je ne savais même pas qu'on pouvait faire ça.
-Ce n'était pas un sort. Ce n'est pas une sorcière. Elle vient d'arriver avec les autres…
-Qu'est ce que tu racontes Luna ? »
Ginny était perplexe, elle ne comprenait pas de quoi parlait son amie. Dorilys par contre regarda la fille blonde aux yeux rêveurs avec stupeur. Elle se demandait comment elle avait pu deviner autant de chose.
« -Comment… Comment est-ce que tu sais cela ?
-Dumbledore l'a annoncé au déjeuner. Les prêtresses, la reconstruction du Temple à coté du lac, tout ça quoi.
-Luna. On a prit notre petit-déjeuner il y a à peine deux heures. Le repas de midi est encore loin.
-Ah ? Alors il le dira tout à l'heure. »
Ginny et Dorilys la regardaient toutes deux comme un phénomène de foire. La rouquine savait déjà que la Serdaigle possédait le don de double vue mais elle n'avait jamais imaginé que cela aille aussi loin. Avant qu'elle puisse poser plus de questions, la gargouille pivota pour laisser passer le professeur Dumbledore et ses invités.
« -Miss Weasley, Miss Lovegood ! Je vois que vous avez fait connaissance avec Miss Hadraakan ? C'est parfait. Elle va passer un peu de temps parmi nous avec sa grand-mère et quelques autres personnes. Je pense que vous pourriez lui faire visiter le château. Elle sera plus à l'aise avec vous qu'avec nous autres adultes.
-Ce sera avec plaisir, professeur.
-Bien. Nous vous attendrons pour le repas de midi dans la Grande Salle. »
Le regard de directeur pétillait de malice et, après un dernier sourire aux trois jeunes filles, il s'éloigna en compagnie de Severus et Minerva, tandis que Laurianne, Remus et Maelys se rendaient dans leurs appartements.
Laurianne était occupée à l'autre bout de la pièce, cherchant dans ses papiers les notes qu'elle avait prises au cours de ses recherches sur l'Arche. Elle voulait les montrer à sa consoeur qui avait longuement étudié les mêmes runes anciennes que celles qu'elle y avait recopiées. Elle était certaine que Maelys saurait les déchiffrer. La vieille femme était installée dans un canapé, fixant Remus lupin en silence et sans aucune discrétion. Le loup-garou se sentait mal à l'aise ; et l'impression persistante que la femme voyait au-delà des apparences et savait ce qu'il était l'envahit peu à peu. Sa voix à l'accent chantant s'éleva doucement dans la pièce, murmure aux accents de tonnerre pour l'amant de Laurianne.
« -Pourquoi n'acceptez-vous pas ce que vous êtes ?
-Je vous demande pardon ?
-Ne jouez pas à ce petit jeu là, jeune homme. Vous savez aussi bien que moi ce dont je parle.
-Comment...?
-Je sais beaucoup de chose sur les gens. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi les Gardiens européens rejettent à ce point leur nature. Vous vous rendez malades et mésusez de votre don sans jamais chercher à comprendre sa vraie nature. »
Remus se décomposa ; toutes les brimades, humiliations qu'il avait subies durant sa vie lui revirent. Ses difficultés à trouver un emploi décent, la nécessité de se présenter après chaque pleine lune à Ste Mangouste -- non pour vérifier sa santé mais pour s'assurer qu'il n'avait aucune trace prouvant qu'il avait mordu quelqu'un -- le regard des gens qui savaient, parfois horrifié, parfois haineux, rarement compatissant... Il sentit un noyau de douleur craquer en lui.
« -Un don ?!! Vous parlez de la malédiction qui fit de moi un monstre comme d'un don ?!! Madame, avec tout le respect que je vous dois, ce don a gâché pratiquement toute ma vie.
-Parce qu'il vous fut donné contre votre gré. Trop jeune, trop violement, trop incompris. J'avais espoir, lorsque j'ai su qui vous étiez, que cette violence que votre double porte en lui se serait effacée. J'avais visiblement trop de foi en vos souvenirs inconscients.
-Maelys, de quoi parles-tu ? »
La vieille dame et Remus sursautèrent de concert. Laurianne, intriguée par les émotions violentes émanant de son compagnon s'était approchée pour écouter.
« -Par la Dame, Laurianne, ne me dit pas que toi non plus tu ne te souviens de rien? Pas une seule vision, pas un seul rêve étrange qui te semblait si familier que tu avais l'impression de vivre un souvenir ?
-Des rêves... »
Laurianne croisa le regard de Remus, aussi perdu que le sien. Des images se succédèrent dans leurs esprits, tous leurs rêves leur revinrent en mémoire. Et avec eux, les souvenirs complets de nombreuses incarnations. Remus laissa un murmure glisser de ses lèvres, échappé d'une lointaine vie, une main se levant à moitié vers celle qui partageait son âme.
« -Anéa...
-Astyan... Grande Dame, je ne m'en doutais même pas...
-Maintenant vous vous souvenez. Maintenant vous savez. J'espère que vous arriverez à vous libérer du poids que le passé impose à vos destinées. »
Le couple resta un long moment à se regarder en silence, assimilant difficilement ces informations. Remus était détruit. Il avait souffert depuis son enfance une infinité de nuits solitaires de souffrance, haïssant la lune qui le transformait alors que, depuis tout ce temps, seul sa conviction de devoir souffrir et se transformer l'y poussait inexorablement. Tant de moments gâchés... Maelys se leva. Elle devait les laisser seul.
« -J'aimerais me reposer dans mes appartements. Laurianne, peux-tu me dire où ils se trouvent ? Je vais prendre ces documents que tu voulais me montrer et les étudier tranquillement. Si vous souhaitez me parler, vous saurez où je serai.
-Il te suffit de suivre le couloir. L'entrée de tes quartiers est protégée par le tableau d'une dryade. Le mot de passe est 'Atropos'. »
La Gardienne du Nord quitta la pièce, les laissant seul avec les démons du passé.
Dorilys sentait naître une solide amitié entre Luna, Ginny et elle. Malgré leurs caractères aussi différents que possible, une forme de complicité instinctive surgissait rapidement. Ginny lui faisait visiter l'immense château tandis que Luna égayait leur trajet de remarques décalées sur l'architecture, les fantômes ou les élèves en général, l'obligeant parfois à refouler un fou rire naissant. Elle n'avait pas senti le piège... Elle trouvait bien étrange que la rouquine passe plusieurs fois devant la même tapisserie stupide mais mit cela sur sa méconnaissance des moeurs de sa nouvelle amie. Bien que sachant qu'elle se trouvait désormais dans le monde magique, elle fut stupéfaite de voir apparaître une porte. Luna entra la première et Ginny l'invita à la suivre, refermant la porte derrière elle. Elle tournait le dos à la pièce, voulant demander la raison de leur présence ici. Elle ne vit pas tout de suite les autres personnes présentes. La pauvre eut la peur de sa vie en entendant une voix masculine demander un peu brusquement à ses amies qui elle était. Elle se tourna lentement pour découvrir plusieurs sorciers et sorcières, la plupart dans une attitude défensive.
« -Calmez-vous! Je vous présente Dorilys. C'est la fille d'une amie de Laurianne. Le directeur m'a demandé avec Luna de lui faire visiter le château et de nous en occuper jusqu'au repas. C'est une amie.
-Euh... Bonjour... »
Un garçon brun aux cheveux ébouriffés s'approcha et l'observa quelques instants avant de lui tendre la main.
« -Salut. Je suis Harry Potter. Voici Hermione Granger, Ron Weasley, Neville Longdubat, ... »
Les présentations durèrent de longues minutes. Dorilys apprit ce qu'était l'AD, ce qu'ils faisaient et, surtout, contre qui et quoi ils luttaient. Elle comprit alors, aux récits qu'ils lui firent, pourquoi ses Soeurs sortaient de leur anonymat millénaire. Elle hésita de longues minutes avant de se décider à expliquer à son tour qui elle était, pourquoi elle était là et ce qu'elles allaient apporter à leur camp. Un silence religieux accompagna son timide discours. Au début, ils ne la crurent pas. Les élèves étaient persuadés que tout ce qu'elle expliquait était de la sorcellerie et rien d'autre. Alors elle choisit de leur faire une démonstration avec l'aide enthousiaste de Ginny. La jeune fille décida de défier son petit ami dans un duel, avec le soutien invisible de Dorilys.
« -Harry, surtout, vas-y franchement ! Je suis persuadée qu'elle dit vrai. Je veux vraiment voir ce que ça va donner.
-Je n'ai pas envie de te faire de mal, Ginny.
-Potter, puisqu'elle te dit de te défouler ! Elle est sûre d'elle. Et puis, elle ne se débrouille pas si mal en défense, pour une cinquième année Gryffondor avec son hérédité familiale...
-Hummm... Merci Malfoy, je dois dire que je prends ça comme un compliment. Venant de toi, c'est rare.
-Surtout, ne t'y habitue pas trop vite. »
Sur un dernier sourire narquois vers le blond hautain, Ginny se plaça face à son aimé. Dorilys se tenait à l'écart, une expression de concentration extrême sur ses traits altiers.
Soudain, Ginny écarquilla les yeux.
« -Waouh! Avec tout ça, je pourrais faire n'importe quoi...
-Tu as senti la connexion ?
-Oui, bien sur ! C'est comme... comme de sentir la magie couler directement dans mes veines. Tu ne sens pas ?
-Non. Je sais seulement que j'ai lié mon esprit au tien et que je t'ai donné l'accès à l'énergie. Je ne la sens pas. On ne la sent jamais. »
Les autres étudiants étaient impatients et Harry n'attendit pas longtemps avant d'attaquer. Il chercha d'abord à la pétrifier, la jeune fille repoussant son sort avec facilité. A partir de là, il fut difficile de suivre les enchaînements de sortilèges divers et variés qu'ils se lancèrent. Progressivement, il fut évident que Harry perdait du terrain à cause de la fatigue. Ginny n'avait pas ce problème. Lorsqu'elle toucha son petit ami d'un stupéfix adroit, elle arrêta le duel et le désensorcela elle-même.
« -Je crois que c'est clair, Potter. Tu viens de te faire laminer dans un duel par une fille plus jeune que toi...
-Elles étaient deux, Malfoy. »
Padma s'était sentie obligée de défendre le pauvre Harry qui n'en revenait toujours pas. Contrairement à son habitude, Drago se contenta de la toiser quelques instants puis de lui faire un sourire charmeur et malicieux.
« -Patil, s'il te plait, ne gâche pas le seul moment de pur bonheur que j'ai aujourd'hui ! Potter s'est fait battre par sa petite amie en duel... »
Le blond fut interrompu par un grondement d'estomac bruyant. Ron rougit comme seul un Weasley pouvait le faire et déclara qu'il était peut-être temps d'aller manger, non ?
Les élèves ne faisant pas parti de l'AD furent surpris de la présence d'une nouvelle table dans la Grande Salle. Ils écoutèrent tous dans un silence attentif le discours de leur directeur. Une femme d'âge vénérable se tenait à ses cotés, calme, fière, imperturbable, avec une jeune fille qui essayait de se faire la plus discrète possible. Ils apprirent qu'un ordre religieux lié aux sorciers venait s'installer quelques temps sur le domaine. Ses membres logeraient au château et prendraient leurs repas avec eux. Il priait les jeunes sorciers de se conduire avec toute la courtoisie possible avec ses dames, signalant au passage l'appartenance de Laurianne à cet ordre secret. Ginny sourit et tendit la main vers son frère, ayant gagné son pari sur la teneur des propos du directeur. Il n'aborda jamais la raison réelle de leur présence. Le professeur Dumbledore conclut en annonçant, avec l'accord du Ministre de la Magie, la construction d'un temple et d'un complexe situé sur les terres de Poudlard, au-delà du lac, entre la forêt interdite et Pré-au-lard. Lorsqu'il se rassit, faisant apparaître le repas sous le regard émerveillé des prêtresses, la salle se remplit de discussions et questions animées. Tout le monde commentait les dernières nouvelles, épiant les femmes installées non loin avec la même expression qu'une poule qui aurait trouvé un couteau.
Mais certains avaient compris ce qu'il en était réellement. Une jeune fille brune se leva fébrilement à la fin du repas, dès que l'agitation de la salle lui laissa l'occasion de partir discrètement. Elle courut à la volière et griffonna un message sibyllin qu'elle confia ensuite à un hibou de l'école, délaissant sa chouette adorée. Elle redescendit alors dans la Grande Salle et observa celui qu'elle avait toujours considéré comme son futur époux. C'était pour lui qu'elle était devenue ce qu'elle était. C'était pour lui plaire qu'elle avait désormais un tatouage sombre, inscrit dans son âme elle-même, irrémédiable. C'est pour lui qu'elle avait condamné sans un remord l'innocente adolescente assise à coté de Laurianne La Source, la proie la plus fragile, la plus facile à avoir. Et lui, sans aucune attention pour elle, il regardait d'un regard de braise la préfète de Serdaigle, croisant son regard et lui faisant un sourire séducteur, carnassier, celui qu'elle aurait rêvé recevoir de lui… Padma rougit et retourna à sa discussion, sans parvenir à s'empêcher de lui lancer une dernière œillade inconsciente. La Serpentard sentit le goût de la haine dans sa bouche, brûlante, amère, tendant ses cordes vocales dans un hurlement retenu. Elle l'avait perdu. Et Pansy sentait son cœur se briser à jamais…
Lord Voldemort caressait distraitement le jabot du grand duc tremblant à coté de lui. Son autre main tenait un parchemin, hâtivement rédigé. Un sourire malveillant naquit sur son visage de cauchemar. Il confia la mission à ses plus fidèles, leur donnant carte blanche pour lui amener la fille. Bientôt, nul ne pourrait se dresser devant son pouvoir. Ni Dumbledore, ni ce gamin de Potter… Il avait trouvé la clef de ses rêves les plus fou sous la forme d'une jeune étrangère.
Fin du dix-neuvième chapitre
