Chapitre 20 : Les choses s'accélèrent
Maelys parcourait les notes que Laurianne lui avaient confiées, pour profiter de son expérience, seule dans son appartement. Elle lui avait demandé comme un service personnel de l'aider sur ses recherches car elle se trouvait dans une impasse. Elle reconnut bien vite les runes utilisées sur l'artefact, puis l'artefact lui-même. Et son teint d'ivoire tourna au rouge.
« Alors ça ! Ils ne manquent pas d'audace, ces sorciers anglais ! Ils se servent sur un lieu sacré sans aucune considération et ils ignorent ce qu'ils pillent exactement ! Et lorsqu'ils ne peuvent pas l'utiliser sans danger, ils le classent dans les objets maléfiques ! Petits prétentieux !!! »
La vieille dame perdait son calme légendaire pour la première fois depuis de très longues années. Elle avait immédiatement compris ce dont il s'agissait. L'Arche des Morts, que ce Ministère sorcier conservait si jalousement sans se douter un instant de ses origines, n'était autre que la manifestation physique du nœud d'énergie de Stonehenge. Une pierre naturelle, lentement sculptée, décorée par des générations dévouées. C'était grâce à lui que des siècles durant les Prêtresses avaient pu accomplir sans peine leur devoir, activant pour chaque sabbat le passage entre le monde des morts et celui des vivants avec facilité. Il avait disparu lorsque le Temple de Stonehenge était tombé en désuétude, mis en péril par l'arrivée des premiers chrétiens sur l'île. Aujourd'hui, elle savait où. Depuis sa disparition, à chaque fête sacrée, les prêtresses s'épuisaient à forcer ce passage pour permettre à l'équilibre d'être conservé.
La vieille dame faisait les cent pas dans son salon, les poings serrés de colère. Encore et toujours les sorciers. Sans eux, ses Sœurs et elle n'auraient pas eu à se cacher pendant des siècles. Sans eux, elles n'auraient pas eu à se mettre en péril régulièrement sans que nul ne se doute de leur sacrifice. Sans eux, le monde ne serait pas menacé par les idées mégalomanes d'un seul homme. Des années de frustration et de rancœur lui remontaient dans la bouche en un cri qui ne demandait qu'à sortir. Elle était tentée de repartir comme elle était venue, avec toutes ses sœurs, laissant les sorciers s'entretuer une fois pour toutes pour le plus grand bien de la planète. Un cri rauque interrompit ses pensées. Elle sursauta vivement et tourna son regard vers la fenêtre couverte de givre hivernal. Un énorme corbeau, peut-être deux fois plus gros qu'un corbeau ordinaire, se tenait sur le rebord. L'animal la regardait, droit dans les yeux, et elle se sentit soudain mal à l'aise de son éclat de haine. Elle devait aider les sorciers en dépit de tout. Parce que seuls les actes d'un petit nombre avaient causé leurs malheurs et qu'elle ne pouvait pas condamner un peuple entier sur les agissement d'une poignée. Maelys sentit des larmes de honte envahir ses yeux délavés. L'animal fit encore quelques pas le long de la fenêtre avant de s'envoler dans un grand cri victorieux. Maelys se détourna, replongeant dans ses réflexions avec plus de calme. Dehors, l'oiseau en vol se mit à luire et devint une brume opaque qui se dissout rapidement en montant vers la lune. Seuls demeurèrent ses yeux, un regard sombre piqueté de minuscules étoiles étincelantes.
Dorilys avait passé la journée avec Ginny, Luna et tous les autres. Elle se sentait très proche de la jeune rousse, bien plus que de toutes les soit-disant amies qu'elle avait laissées dans son école. Elle sortait tout doucement de sa coquille, à la fois choquée et admirative devant le franc-parler et l'attitude nonchalante de sa nouvelle amie. Elle ne pouvait s'empêcher de glousser derrière ses mains lorsqu'elle faisait des commentaires acides sur le jeune homme si blond mais au cœur si sombre. Drago Mafoy n'hésitait pas une seconde avant de lancer d'autres piques, clairement amusé mais avec l'air de se demander ce qu'il faisait avec eux. L'apprentie se demandait s'ils se rendaient compte des liens qui étaient tissés entre eux. Ils formaient malgré les apparences un groupe uni, qui se soutiendrait et ferait front commun face à l'adversité. Tous les membres de cette AD qu'on lui avait fait découvrir n'étaient pas aussi proches mais ce groupe en formait le noyau dur. Elle sourit en coin en apercevant le regard incendiaire que l'une des deux jumelles indiennes lançait à Drago. Et elle éclata franchement de rire lorsqu'il lui rendit son regard, assorti d'un haussement de sourcil suggestif qui fit rougir violement la Serdaigle.
« -Qu'est ce qui te fait tant rire, jeune fille ?
-Il faudrait vous décider. Soit vous vous entretuez, soit vous vous embrassez, mais il faut choisir. »
Dorilys se rendit compte de se qu'elle venait de dire et se plaqua les deux mains sur la bouche, horrifiée. Autour d'elle, le silence stupéfait fit place aux éclats de rire et aux exclamations de Parvati.
« -Je le savais ! Je le savais que tu étais amoureuse ! J'ai toujours raison ! M'enfin, tu aurais pu éviter de craquer sur… Malfoy. »
Sa sœur jumelle essayait de battre un record du plus grand nombre de dénégations lancées à la seconde. Elle était tellement rouge qu'elle paraissait pouvoir prendre feu à n'importe quel moment. Drago, après un instant de gêne intense, décida d'assumer cette révélation, la tournant à son avantage en bon Serpentard.
« -Ce n'est pas la peine de nier, Padma… Je sais que tu es folle de mon corps de dieu grec. C'est normal, je suis tellement parfait.
-… Oooh !!! Espèce d'… hédoniste ! Tu prends tes rêves pour des réalités ! Je ne fantasme absolument pas sur toi toutes les nuits ! »
Malfoy laissa lentement un sourire sardonique fleurir sur ses lèvres. Les autres regardaient Padma étrangement, voyant pour la première fois en elle plus que la simple copie de sa Gryffondor de sœur.
« -Ca, c'est toi qui l'as dit. C'est flatteur de devenir le fantasme nocturne d'une belle jeune fille… Si tu veux, je peux nous trouver un endroit tranquille pour… »
Parvati cessa de sourire et assena un bon coup de coussin sur la tête de Drago.
« -Ne parle pas de ma petite sœur comme ça, serpent dégénéré ! »
La pauvre Padma se cacha le visage derrière ses mains, aspirant à disparaître dans un trou de souris.
Parvati et Ginny passèrent encore de longues minutes à taquiner la jeune Serdaigle, avec quelques fois l'aide inattendue de Dorilys. Padma finit par s'énerver carrément et menacer de ne plus leur adresser la parole pendant une semaine. Sa sœur, ennuyée, se sentit un peu coupable et promit de la laisser tranquille. Elle eut fort à faire pour en convaincre sa jumelle. Neville, Ron et Harry discutaient, un peu à l'écart, avec Hermione, concernant l'organisation des séances de l'AD, tandis que Luna restait plongée dans un exemplaire du Chicaneur. Drago attendait. Il toussota légèrement. Il finit par tambouriner violement sur le sol, de plus en plus vite. Hermione finit par le remarquer et s'en inquiéta.
« Quelque chose ne va pas, Malfoy ? »
Drago aurait voulu trouver quelque chose d'intéressant à dire, pour attirer l'attention générale sur lui à nouveau. Il détestait ne pas se sentir le centre d'un groupe, c'était sa seule façon de se sentir exister. Il aurait aimé lancer une pique méprisante à la jeune fille, pour faire réagir tout le monde. Seulement, comme trop souvent depuis quelques semaines, ses idées passèrent directement dans sa bouche sans passer par la case 'conscience'.
« J' m'ennuiiie ! »
Une explosion de rires salua sa sortie intempestive. Le groupe semblait trouver du plus haut comique de voir le noble et hautain Drago Malfoy geindre avec un regard de chien battu.
« -J'en suis navrée pour toi. Mais rappelle-moi, qu'est-ce qui te retient de nous laisser et d'aller vaquer à des occupations bien plus fascinantes ?
-Mes amis de Serpentard devaient finir leurs devoirs pour la semaine et sont partis s'enfermer à la bibliothèque. J'ai déjà fini les miens. J'avais pensé qu'avec des perturbateurs comme vous, je me serais occupé un peu.
-Il n'a pas tort. On ne va pas passer notre samedi après midi enfermé ici alors qu'il fait un temps magnifique. Je me demande…
-Oui ? Tu as une idée, Potter ?
-Ca vous dirait de faire un tour à Pré-au-Lard ? »
Un grand silence accueillit sa suggestion tandis que de grands sourires naissaient sur presque tous les visages. Hermione prit une grande inspiration, prête à se lancer dans un grand discours sur les consignes de sécurité, les mises en garde de Dumbledore et la stupidité de prendre un risque aussi énorme pour simplement se divertir. Ron l'observait discrètement et sentit, pour une fois, le moment où il devait intervenir. Il coupa court aux réprimandes de sa belle de façon efficace, en capturant ses lèvres pour un tendre baiser et il profita ensuite de son trouble pour la convaincre.
« -Chuut ! Mione, s'il te plait… On connaît tous les risques aussi bien que toi. Mais si personne ne sait qu'on va sortir là-bas, comment veux-tu que les Mangemorts nous y attendent. Je ne pense pas que V… Voldemort laisse des serviteurs juste au cas où Harry sortirait.
-Mais… !
-Pas de mais. Hermione, tu m'as demandé il y a quelques mois de t'apprendre à t'amuser. Alors considère ceci comme une leçon très importante : Comment contourner le règlement pour autre chose qu'un danger mortel… »
Drago regarda Ron Weasley manœuvrer Granger avec des yeux ronds. Il laissa échapper un sifflement impressionné en voyant la Préfète se laisser convaincre.
« -Weasley, je ne l'avouerais pas même sous la torture mais tu as un coté Serpentard assez effrayant.
-Je suppose que venant de toi c'est un compliment ?
-Tu le prends comme tu veux.
-Excusez-moi de vous interrompre mais Pré-au-Lard, c'est quoi ? »
Dorilys avait écouté avec attention. Elle souriait légèrement, amusée par la situation. Elle avait bien vite compris que ses nouveaux amis projetaient de faire quelque chose d'interdit et cela l'excitait. Elle n'avait jamais rien fait d'interdit. Sa grand-mère ne lui aurait pas permis. Sa venue dans ce collège de Sorcellerie était une occasion idéale pour elle de se comporter comme n'importe quelle jeune fille de son âge. Ginny lui fit un sourire resplendissant et lui expliqua en quelques mots. Un village entièrement sorcier, avec plein de boutiques et d'endroits passionnants. L'apprentie prêtresse demanda ingénument comment ils pourraient y aller si c'était interdit. Harry lui répondit, une étincelle malicieuse dans le regard.
« On va emprunter par un passage secret que je connais bien. Alors, ça vous dit ? »
Un concert d'acclamations lui répondit et ils commencèrent à se préparer pour leur escapade.
« -Harry, j'aurais vraiment aimé vous accompagner avec Luna. Mais on a un rendez-vous avec le professeur McGonagall dans moins d'une heure et je ne veux pas être en retard.
-Je comprends. Tu n'as pas d'ennui, au moins ?
-Non, ne t'inquiète pas. C'est plutôt une bonne nouvelle mais je vous en parlerai à votre retour.
-D'accord Neville. Bonne après-midi à tous les deux alors.
-A vous aussi. Tu viens Luna ? »
Le Gryffondor prit son amie par la main et s'éloigna tranquillement aux travers des couloirs du château, faisant un petit signe d'au revoir.
Les huit élèves restant se regardèrent quelques instants en silence puis se rapprochèrent d'un seul mouvement pour comploter leur sortie. Harry leur expliqua le passage, le mot de passe et comment remettre en place la statue. Rapidement, ils se mirent en route, par groupe de deux ou trois pour ne pas trop attirer l'attention. Ginny escorta Dorilys dans le dernier groupe et rejoignit les autres dans les ténèbres du souterrain. Ils progressèrent lentement, poussant fréquemment des jurons à voix basse lorsqu'ils se prenaient les pieds dans quelques racines, le cœur battant d'une délicieuse excitation. Le plus délicat fut de réussir à faire sortir tout le monde de la boutique de Honey Dukes. Harry dut faire plusieurs aller et retour avec sa cape d'invisibilité pour ne pas se faire prendre. Enfin, une fois tous à l'abri relatif d'une petite ruelle, ils se regardèrent et éclatèrent de rire. Padma, souffrant d'une légère forme de claustrophobie, avait saisi la main de Drago dans le tunnel et ne l'avait plus lâchée depuis. Ni l'un ni l'autre n'en avait pris conscience mais le sourire malicieux de Parvati prouvait qu'elle avait parfaitement remarqué. Ils décidèrent de se séparer en petit groupe pour moins attirer l'attention dans le village. Ron et Hermione s'éloignèrent de leur coté, le jeune homme murmurant à l'oreille de sa compagne qui avait l'air terriblement mal à l'aise. Parvati traîna sa sœur et Drago vers les boutiques, laissant Harry et Ginny faire découvrir les lieux à Dorilys. Ils passèrent un après-midi plein de joie, malgré le regard suspicieux de nombreux commerçants. Le ciel commençait à s'assombrir lorsqu'ils se retrouvèrent dans la petite ruelle où ils s'étaient donnés rendez-vous pour rentrer. C'est à ce moment-là que le bruit caractéristique de plusieurs transplanages proches retentit autour d'eux.
Neville se tenait avec Luna devant le bureau du professeur McGonagall. S'il ne pouvait voir le Directeur, il passerait par la Directrice adjointe. A dix heures précises, la porte s'ouvrit sur une femme visiblement éreintée. Elle les fit entrer et demanda à Neville d'expliquer ce qu'il avait de si important à lui annoncer. Le pauvre garçon essayait de trouver une manière convaincante d'expliquer qu'ils avaient réussi là où tous les plus grands sorciers avaient échoués. Ils savaient comment récupérer un être perdu derrière l'Arche des Morts. Il prit une grande inspiration, ouvrit la bouche pour se lancer mais Luna le devança.
« On va pouvoir sortir le parrain de Harry de là où il est. »
Un silence pétrifié s'installa durablement dans la petite pièce. Un ange passa. Ses amis le suivirent en jouant du métal. Minerva McGonagall sembla enfin sortir de sa torpeur et dévisagea attentivement les deux élèves.
« -J'ose espérer que ce n'est pas une plaisanterie de très mauvais goût ?
-On n'aurait pas osé, professeur. On a fait des recherches et on est tombé dessus, par hasard, dans un livre de botanique. C'était un exemplaire d'Usages Extraordinaires pour Plantes Courantes. J'essaie de parler au professeur Dumbledore depuis plus d'un mois maintenant parce que je ne savais pas à qui le dire et qu'on ne pouvait pas annoncer ça d'un coup à Harry et il serait tellement déçu si ça ne marche pas et il ne faut pas qu'il déprime et...
-Oui monsieur Longdubas !!! Je comprends. Venez, je vous emmène voir le Directeur immédiatement. »
Une étrange expression prenait vie sur le visage de l'austère enseignante, tandis que sa voix mourait sous l'émotion. Une sorte d'espoir incrédule, qu'elle dissimulait bien mal.
Dire qu'Albus Dumbledore était stupéfait était bien peu. Le vieil homme parcourait le livre présenté par le jeune Neville, sa main s'agitant nerveusement sur son bureau. Il releva un instant les yeux pour croiser le regard de Minerva. Sa collègue avait les larmes aux yeux, attendant son verdict avec le cœur au bord des lèvres.
« -Je crois… Je crois, Monsieur Longdubas, que vous venez de rendre un service inestimable à bien des gens. Vous n'en avez pas encore parlé à Harry, je pense ?
-Non, monsieur.
-Hum ! Je m'en doutais. Il serait déjà parti pour le Ministère s'il avait su. Maintenant, expliquez-moi pourquoi vous avez effectué ces recherches ? »
La voix de Luna retentit faiblement dans la pièce circulaire. Ses grands yeux bleus se fixèrent dans ceux de son directeur, sans jamais ciller. Son timbre était à peine plus qu'un souffle mais aucun d'eux n'eut de mal à le comprendre.
-Je les entendais, monsieur, les morts. Derrière le Voile, je les ai entendu parler… Ils murmuraient, ils essayaient de nous dire quelque chose. Il n'était pas comme eux, il n'était pas mort. Les morts me le disaient.
-Miss Lovegood ? Aviez-vous déjà entendu, ou vu, ce genre de chose ?
-Je sais parfois… certains évènements… avant les autres. J'essaie de ne pas y prêter attention.
-Il est dommage que vous n'ayez pas pris l'option de divination, un don tel que le votre est très rare. »
Luna avait déjà détourné le regard, observant d'un air rêveur l'amas d'objets insolites déposés sur les étagères. Hochant pensivement la tête sans la quitter des yeux, Albus donna quelques instructions à son adjointe. Il renvoyait les deux étudiants dans leurs quartiers, après avoir demandé à Neville de prendre grand soin de sa camarade. Son don était grand mais elle était fragile ; elle méritait d'être protégée. Juste avant qu'ils ne sortent, un hurlement inhumain brisa le silence du château. Sans qu'ils puissent réagir, les deux étudiants se retrouvèrent enfermés dans le bureau directorial alors que leurs professeurs partaient en courant.
Sirius regardait ses mains avec attention. Il essayait d'éloigner sa panique et de rester objectif mais il avait du mal. Il devenait transparent. Laurianne ne l'avait pas contacté depuis quelques jours et il avait le sentiment angoissant qu'elle l'avait abandonné. Elle avait peut-être découvert que rien ne pourrait le faire sortir de là et qu'il allait mourir. C'était tellement plus facile de ne plus venir le voir que de lui annoncer en face. Il était déçu. Enfin, son sentiment dominant en ce moment était plutôt une peur terrible qui lui nouait le ventre – où ce qui était son ventre ici – et paralysait ses pensées. Il releva la tête en entendant comme un murmure. Un souffle rauque et terrible, un mouvement dans la brume grise qui entourait ses pieds, et l'instinct de conservation de l'ancien prisonnier fit sonner l'alarme. Des volutes noires s'approchaient lentement, tourbillonnant au gré d'un vent inexistant. Sirius recula prudemment, se maintenant largement hors de portée de l'apparition. Et il se rendit compte que la chose le suivait. C'était donc doué d'intelligence ou d'une forme de pensée. Cela tendit un tentacule sombre vers lui, faisant de nouveau entendre le murmure qui l'avait alerté. Le sorcier sentit émaner de la créature un besoin et une avidité terrible. Il n'attendit pas de savoir ce qui se passerait lorsqu'il serait touché pour partir en courant, essayant de distancer l'horreur qui l'avait choisi pour le déjeuner. Pour autant que les distances signifient vraiment quelque chose ici. Alors Sirius pria tous les dieux et déesses qu'il connaissait en prenant ses jambes à son cou.
Remus et Laurianne avaient passés leurs soirées à se redécouvrir, assimilant lentement leur passé. Une plus grande complicité les unissait maintenant mais une sorte de gêne s'immisça entre eux. Dans aucune de leurs vies antérieures dont ils avaient maintenant le souvenir, ils n'avaient pu vivre heureux ensemble. Toujours, un drame était venu les séparer violement. Remus fut le premier à oser aborder le sujet.
« -Je ne sais pas si le même schéma va se reproduire, mon aimée, mais je pense que ça vaut la peine d'essayer. Je ne crois pas que je pourrais de nouveau vivre sans toi.
-J'ai peur Remus. Peur d'y croire pour de bon et de me retrouver à nouveau loin de toi.
-Mais si nous ne tentons rien, nous serons aussi malheureux l'un que l'autre. Tu m'as appris à être heureux à nouveau. J'aimerais qu'on le soit ensemble. Peu importe qu'on meure demain ; on se sera aimé, Laurianne. Chaque moment passé ensemble est un cadeau. »
L'homme se déplaça un peu pour lui faire face sur le canapé. Il palpait nerveusement une de ses poches, tenant la main de sa compagne de l'autre.
« -J'aurais voulu attendre un peu, organiser quelque chose de romantique peut-être. Un temps de guerre n'est pas le meilleur moment pour ça mais je refuse d'attendre. »
Le loup-garou plongea son regard dans les prunelles de la jeune femme. Il sortit quelque chose de sa poche en tâtonnant, nerveux comme il ne l'avait plus été depuis l'époque de ses examens à Poudlard.
« - Laurianne La Source, est-ce que vous voulez bien m'épouser ? »
Maelys marchait dans le long couloir entre l'appartement qu'elle partageait avec sa petite-fille et celui de Laurianne. Elle voulait discuter avec cette dernière de ses découvertes. Alors qu'elle atteignait sa destination, un sentiment d'angoisse l'envahit brutalement. Elle se sentit entraînée ailleurs et, soudain, elle vit par les yeux de quelqu'un d'autre. Elle vit plusieurs silhouettes sombres les entourer, des exclamations de surprise. Dans une explosion de lumière colorée, elle vit une jeune fille à la peau brune tomber, inerte, sous le regard horrifié de sa jumelle. Elle vit ses compagnons se jeter avec rage contre leurs agresseurs, les éclairs volant autour d'eux, les cris, le bruit des explosions autour d'eux. Elle vit des gens alentour hurler, certains fuir, trop peu se jeter à leur secours. Elle se sentit attraper par une autre jeune fille qui lui demanda de l'aider. Elle sentit sa force se drainer vers elle tandis qu'elle l'utilisait pour les défendre plus efficacement. Elle entendit un homme les remercier d'offrir un si beau cadeau au Maître et de leur éviter la peine d'aller le chercher. Elle vit alors venir droit sur elle un éclair rouge sombre, sentit un brusque sursaut dans le lien de magie qui la reliait à sa compagne et le néant. Plus rien. Le vide, noir et absolu. Maelys fut violement projeté dans son propre corps. Elle mit quelques secondes à saisir ce qui venait de se passer. Alors la compréhension la percuta tandis qu'elle ouvrait des yeux immenses et désespérés. Elle hurla un nom, à s'en arracher la gorge, le cœur broyé d'angoisse.
« DORILYS !!! »
Fin du vingtième chapitre
