Un hurlement déchira le silence de l'antique château. Remus et Laurianne sursautèrent violement, leurs mains encore jointes et s'élancèrent d'un même mouvement vers la porte. Ils trouvèrent Maelys presque inconsciente, effondrée sur le sol glacial. Remus se précipita pour la relever et soutenir son corps tremblant. Sa compagne posa ses deux mains à plat, sur les tempes de la vieille femme, tournant son visage vers le sien. Elle croisa le regard anéanti de son mentor, y lisant un appel au secours silencieux. Sans perdre plus de temps, la jeune prêtresse lia leurs esprits pour lire ce qui l'avait atteinte de cette manière. Remus vit le sang se retirer de ses joues à mesure qu'elle revivait la scène à son tour.
« -Dame de Lumière… Les enfants !
-Par Merlin, Laurianne, qu'est ce qui se passe ?
-Ils étaient à Pré-au-Lard ! Ils ont été attaqués ! »
Le loup-garou n'eut pas le temps de poser d'autres questions. Les professeurs alertés par le cri inhumain de Maelys s'étaient précipités dans la tour de Gryffondor. Minerva et Severus manquèrent de se heurter, en arrivant des deux cotés à l'angle du couloir. Le Maître des Potions, le visage aussi sombre qu'une nuit sans lune, ne baissa pas un instant sa baguette et il scrutait les ombres du château avec méfiance. Le directeur escorta l'infirmière jusqu'à eux et demanda des explications. Laurianne se redressa et laissa madame Pomfresh s'occuper de sa consoeur.
« -Monsieur ! Il n'y a pas de temps à perdre ! Harry et ses amis sont à Pré-au-Lard. Des Mangemorts sont en train d'attaquer le village et ils sont en danger !!! »
Albus Dumbledore se tendit subitement et parut se métamorphoser. Le vieux directeur de Poudlard redevint pour un temps le plus grand sorcier de son temps, sa puissance magique presque palpable. Il ne demanda pas de précisions supplémentaires, se contentant de pointer sa baguette sur un des livres de Maelys tombés à terre, pour en faire un portoloin. Fumseck apparut au dessus d'eux et poussa un trille interrogatif, comme s'il répondait à une convocation silencieuse. Le directeur hocha gravement la tête et le phoenix disparut aussitôt pour une destination inconnue.
« -Laurianne, je préfèrerais vous garder en sécurité mais vous êtes maintenant la seule à pouvoir nous renseigner sur l'endroit où ils se trouvent. Vous devez venir avec nous.
-Je ne comptais pas rester là les bras croisés, monsieur. Il est temps que je vous apporte l'aide que j'ai promise ! »
La jeune femme releva le menton avec courage, ses yeux pourtant emplis de colère et d'inquiétude. Remus reprit sa main dans la sienne et ils saisirent tous le portoloin au même moment ; quelques professeurs seulement demeurèrent pour assurer la sécurité de l'école. L'infirmière resta seule dans le couloir avec sa patiente maintenant évanouie. Elle la fit léviter vers son domaine pour s'occuper d'elle sans se douter que l'esprit de la vieille dame avait déserté son corps défaillant pour apporter son aide d'une autre manière.
Parvati s'était effondrée à leurs pieds, inconsciente au mieux. Padma resta quelques instants paralysée en voyant tomber sa jumelle, puis une lueur sauvage apparut dans son regard. Elle regarda le Mangemort responsable par en dessous, quelques mèches noires lui voilant les yeux. Elle était au-delà de la simple colère. Surprenant le combattant expérimenté en face d'elle, elle se jeta sur lui toutes griffes dehors sans penser un instant à utiliser la magie. Un cri sauvage s'échappa de sa bouche, évoquant plus le feulement d'un tigre en colère qu'un son produit par une gorge humaine. Elle saisit instinctivement le cou de l'agresseur de sa sœur, plantant ses ongles acérés dans sa chair et faisant couler le sang. L'homme, surpris, laissa tomber sa baguette et essaya de se débarrasser de la furie qui cherchait à l'étrangler. Ils tombèrent tous deux à terre, au milieu des combats et des sorts mortels. Sa force lui permit de renverser la situation ; il écrasait facilement la jeune fille de son poids. Il la força à desserrer les doigts, il commençait sérieusement à manquer d'air. Il réussit finalement à lui faire lâcher prise en frappant plusieurs fois sa tête sur les pavés de la rue, furieux d'avoir été blessé par une gamine. La main de Padma chercha et trouva sa baguette à lui sur le sol et il sentit très bien lorsqu'elle la lui planta dans le postérieur. Il se redressa en hurlant et en essayant d'enlever la baguette fort douloureusement située. Il ne vit pas arriver le sort perdu et s'écroula sans bruit, écrasant la jeune fille sous son poids, une baguette plantée dans la fesse droite.
Ron et Harry s'étaient mis dos à dos, instinctivement, et lançaient autant de sorts qu'ils le pouvaient. S'ils n'avaient eu à faire qu'à une poignée de Mangemorts, ils auraient eu bon espoir de s'en sortir en fuyant. Malheureusement, il semblait qu'une bonne vingtaine d'entre eux les attaquaient. Du coin de l'œil, Ron vit sa sœur se rapprocher de Dorilys et prendre sa main. Il ne comprit ce qu'elle faisait que lorsque ses sorts gagnèrent en puissance et en précision, faisant plus pour les aider qu'eux tous réunis. Harry se sentit frémir. Il venait de reconnaître une des Mangemorts. La silhouette noire laissa éclater un rire terrible en lançant un maléfice à Drago. Le jeune homme s'écroula au sol, sa jambe lacérée en de multiples endroits ne le portant plus. Il ne dut sa survie qu'aux réflexes d'Hermione qui lançait ses ripostes avec méthode, tout en vociférant sur leur manque de coordination. Harry était certain de l'avoir entendu critiquer son dernier Protego. Elle ne changerait jamais. La Gryffondor aida le blond à se relever et l'éloigna de la zone dangereuse autant qu'elle le pouvait, se retranchant derrière un tas de bûches de bois. De là, avec le Serpentard, elle se lança dans une pluie de sortilèges qui, si elle ne neutralisait que peu de temps leurs agresseurs, permit à leurs amis de reculer progressivement et de se mettre un peu à l'abri. Seul Ginny et Dorilys restaient au beau milieu de la ruelle, indifférentes au danger, faisant à elles deux des ravages chez leurs assaillants.
Harry eut un très mauvais pressentiment en entendant l'un d'eux les remercier de leur livrer un tel cadeau pour le Maître. Il se redressa d'un bond derrière la poubelle renversée où il s'était réfugié et voulut crier un avertissement. Toutefois, plusieurs Mangemorts se mirent entre les deux filles et le reste des adolescents, les inondant de maléfices plus noirs les uns que les autres et les obligeant à lutter avec acharnement pour ne pas être tués. Il ne vit donc pas Ginny essayer de fuir de l'autre coté avec sa nouvelle amie ; il ne vit pas la compréhension soudaine puis la détermination dans son regard. Il ne la vit pas non plus puiser dans ses dernières forces et celles de Dorilys pour accomplir ce qu'aucun d'eux n'avait encore réussi. Un petit écureuil roux bondit dans la poche de l'apprentie prêtresse juste avant qu'elle ne soit saisie par une des silhouettes en noir qui transplana aussitôt. Son départ fut couvert par le bruit de nombreuses apparitions et l'arrivée en force du personnel de Poudlard. Il restait une douzaine de Mangemorts encore debout, luttant avec désespoir. Le directeur avait placé une barrière empêchant de transplaner dès son arrivée et leur seule chance était de se frayer un chemin à travers les combats. Ils leur faudrait ensuite fuir hors du village jusqu'à pouvoir s'échapper. Harry et ses amis, galvanisés par la présence des adultes, reprirent leurs assauts, ne serait-ce que pour faire diversion. Il remarqua Laurianne parmi les combattants ; un halo semblait entourer sa silhouette flamboyante. Il fut un instant perplexe avant de voir la puissance nouvelle des sortilèges de Remus. A vrai dire, après son premier Expelliarmus, le loup-garou regarda sa baguette puis Laurianne avec de grands yeux. Sa cible était allée s'encastrer dans le mur d'une maison, quelques vingt mètres plus loin. Et, avec l'arrivée de nombreux sorciers de l'Ordre du Phoenix escortés par Fumseck, la bataille fut rapidement terminée.
Dumbledore donna des ordres rapides et précis pour organiser le départ de leurs prisonniers et l'assistance aux nombreux blessés du village. Il chargea quelques personnes de bonne volonté de s'occuper de ceux qui ne se relèveraient jamais plus, fermant un instant les yeux devant la scène de désolation. Puis il se tourna vers ses étudiants. Ils eurent tous le même mouvement de recul. Leur directeur irradiait la magie mais aussi la colère.
« -De toutes les actions stupides que vous auriez pu imaginer, celle-ci était la pire ! Aviez-vous donc perdu l'esprit ? Miss Granger ! De vous au moins j'aurais attendu plus de sérieux. Vous rendez-vous compte des conséquences qu'aura votre petite sortie ?
-Mais professeur, on voulait juste…
-SILENCE !!! Vous serez escortés par le professeur McGonagall dans mon bureau pour attendre votre punition. Je statuerai sur votre sort lorsque j'aurai essayé de réparer vos bêtises. »
Les cinq jeunes gens se tordaient les mains d'appréhension et n'osaient plus lever la tête. Padma voulut accompagner sa sœur, toujours inanimée, mais le professeur Flitwick l'en empêcha, lui assurant qu'elle aurait des nouvelles en temps utile. Elle n'avait encore jamais vu cette lueur de déception dans son regard lorsqu'il la regardait. Quelques personnes restèrent au village pour aider à remettre les choses en ordre et le reste du groupe se dirigea vers Poudlard dans une ambiance maussade. Laurianne fronça soudain les sourcils en comptant puis recomptant les enfants. Elle se sentit défaillir. Remus la rattrapa mais fut paralysé par son exclamation.
« -Où sont Ginny et Dorilys ?!! »
La jeune fille sentit le monde se tordre autour d'elle et elle s'agrippa malgré son dégoût à son ravisseur, paniquée. Tout revint à la normale lorsqu'ils apparurent dans un sous-sol lugubre où régnait un silence de mort. Dorilys fut poussée violemment dans une cellule et le Mangemort s'en alla rapporter la nouvelle de sa capture à son Maître. Elle resta un long moment pétrifiée à fixer la porte qui s'était refermée, la laissant presque dans l'obscurité. Elle fut tirée de sa transe par une agitation étrange dans une de ses poches. La jeune blonde laissa échapper un cri apeuré et se débarrassa de sa veste en la lançant dans l'ombre. Un petit couinement en jailli et une forme indistincte en sortit. Dorilys recula jusqu'à se plaquer contre la porte, persuadée qu'il s'agissait d'un rat. La bestiole s'assit bien gentiment à ses pieds avec une expression qu'elle aurait qualifiée de stupéfaite si elle avait pu la distinguer. L'animal leva une patte avant pour l'examiner, puis l'autre, et se tortilla pour saisir le panache de sa queue rousse, basculant sur le dos. Il se redressa en grommelant et entreprit de tirailler le bas de la robe de sa compagne de cellule. Dorilys eut un doute soudain. Juste avant d'être emmenée, elle avait senti Ginny aspirer ses dernières forces et… disparaître. Elle saisit délicatement l'écureuil dans ses mains en coupe et le porta à hauteur de son visage.
« Ginny ? C'est bien toi ? Mais… Pourquoi tu ne te retransformes pas ? »
Un couinement mi-rageur, mi-désespéré lui répondit.
La sorcière était trop épuisée pour reprendre sa forme naturelle, alors essayer de s'enfuir avec Dorilys en utilisant la magie, comme elle en avait eu l'intention, était impossible. Elles étaient dans de beaux draps. Blottie dans le cou de l'apprentie, cachée par sa chevelure blonde, elle essayait de réfléchir à un moyen de les sortir d'ici en vie. Tant qu'elle ne serait pas elle-même, elle ne voyait aucune solution. Elle bondit au sol, trouvant naturellement les réflexes d'un véritable écureuil, et se tint au milieu de la cellule. Alors elle se concentra autant qu'elle le pouvait, essayant de forcer son corps épuisé, vidé de sa magie, à redevenir humain. Lentement, affreusement lentement, elle sentit une tension dans ses membres, dans son dos puis rapidement dans tout son corps. Elle lâcha un cri de douleur alors que la transformation s'accomplissait progressivement, anormalement longue. Dorilys se précipita à son chevet, prenant son corps déformé dans ses bras pour essayer de l'apaiser. Enfin la métamorphose s'acheva, laissant Ginny au-delà de la douleur, inconsciente. Sa camarade avait le cœur battant, sachant que si quelqu'un découvrait la sorcière ici avec elle, elle ne vivrait plus très longtemps. Elle étendit son manteau sur elle, tout au fond de la cellule, là où l'obscurité était la plus forte. Puis elle attendit.
Albus vit Harry tourner blanc comme un linge. L'adolescent et ses amis relevèrent la tête et cherchèrent autour d'eux, sans résultat. Le Survivant hurla sans pouvoir se retenir le nom de son amie. Severus se fit une joie de le ceinturer froidement et de le réduire au silence, le jeune homme voulant partir en croisade pour sauver sa dulcinée. Hermione s'effondra en pleurs contre la poitrine de Ron, foudroyé. Un terrible sentiment de culpabilité s'était emparé de celui-ci quand il avait réalisé qu'il avait oublié sa petite sœur. Il veillait depuis toujours sur elle et il s'était juré de la protéger. Presque une partie de lui-même. Personne ne pouvait comprendre la honte terrible qu'il ressentait à avoir perdue de vue Ginny durant la bataille. Il croisa alors le regard de Padma fixé sur lui, plein de larmes. Il avait tort. Un courant de compréhension les lia. Ils traversaient les mêmes affres d'angoisse concernant le sort réservé à leurs sœurs. Le faible sourire de Padma le réconforta presque autant que le corps tiède de sa meilleure amie contre lui, tandis que Dumbledore les pressaient vers Poudlard. Ils atteignirent rapidement son bureau où Neville se leva brusquement, mortellement inquiet de ne pas avoir eu de nouvelles après le départ soudain de ses professeurs. Les questions qu'il posa restèrent lettre morte dans le vacarme soudain, tout le monde essayant de parler à la fois. Le directeur dut crier pour exiger le silence.
« -Harry, je veux que tu restes ici avec tes camarades – sans dévaster mon bureau cette fois, je t'en prie – nous allons nous occuper de tout.
-Mais ce sont nos amies et on doit les aider !
-Vous voulez tous les aider, j'en suis sûr. Mais je ne te laisse pas le choix. Vous seriez un poids pour nous et je refuse de mettre ces deux jeunes filles encore plus en danger. Vous en avez assez fait comme ça. »
Les épaules du directeur s'affaissèrent soudain, sa voix se brisa et une grande lassitude se fit sentir sur son visage parcheminé. Il fit sortir tous les adultes par la cheminée, les adressant au Quartier Général de l'Ordre. Il s'en fut à son tour sur un dernier regard, laissant les adolescents face à la plus terrible épreuve des toutes les guerres. L'attente.
Parvenus au Square Grimmaud, ils se dirigèrent sans un mot vers la salle de réunion. En quelques minutes, la presque totalité des membres les avait rejoints. Il ne manquait que ceux qui avaient été blessés lors de la bataille de Pré-au-Lard. Dumbledore expliqua la situation en quelques mots puis donna la parole à Severus d'un rapide mouvement de tête.
« -Je ne vois qu'un seul endroit où elles pourraient être emprisonnées. Son manoir dans le Devon. C'est le seul assez isolé et suffisamment bien protégé pour y garder des captives. Si elles ne sont pas là-bas, il faudra passer toutes les autres caches au peigne fin. Mais il y en a au moins une dizaine.
-Nous ne pouvons pas attendre. Elles n'ont pas pu être emmenées sans raison. Il va nous falloir nous séparer. La majeure partie ira dans le Devon, les autres, par petit groupe, devront effectuer une reconnaissance des autres lieux.
-Mauvaise idée Albus ! Si on se sépare, on ne fera pas le poids pour les délivrer. On va être à la merci de n'importe quel piège. »
Maugrey fronçait les sourcils en scrutant chaque personne présente avec attention. Il avait raison, le groupe n'était pas assez nombreux.
« -Excusez-moi, mais je peux peut-être vous aider. Si je demande à mes sœurs de partir avec les différents groupes, nous pourrons rester en contact pour vous. Comme cela, si jamais un groupe les trouve, les autres pourront transplaner immédiatement. Et nous pourrons aussi vous assister… autrement. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre Dorilys. Voldemort n'aurait pas dû s'attaquer à elle. »
Elle avait un regard effrayant et sa voix s'était faite basse, résonnant comme un glas. Albus se tourna vers Kingsley pour lui demander d'aller chercher les aurors fiables restés à Pré-au-Lard. Ils auraient quand même besoin de toute l'aide possible.
Des bruits de pas tirèrent la jeune fille de sa torpeur. Elle jeta un rapide coup d'œil vers Ginny toujours inconsciente et fut rassurée de ne pas la discerner. Les ténèbres la cacheraient de ses gardiens. Dorilys se leva et rajusta ses vêtements. Elle ferait face à ses ravisseurs avec courage, la tête haute. Lorsque l'un des hommes masqués vêtu de noir ouvrit la porte, elle le regarda droit dans les yeux, sans trembler. Même si dans son cœur, elle mourait de peur. L'homme eut un mouvement de surprise puis ricana.
« -Tu feras moins ta fière devant le Maître. Il sait comment mâter les petites souillures de ton genre.
-Alors ne perdez pas de temps. Conduisez-moi à lui. »
Dorilys fut très fière d'avoir réussi à garder une voix ferme. Elle avança, escortée par deux Mangemorts, dans des couloirs interminables. Contrairement à ce qu'elle aurait pu imaginer, ils étaient certes poussiéreux mais larges et en bon état. Elle fut heureuse que les deux hommes ne cherchent pas à parler ; sa gorge s'était finalement tellement nouée qu'elle n'aurait pu prononcer un mot. Plongée dans ses pensées morbides, elle ne remarqua pas l'agitation inhabituelle dans les étages supérieurs, comme si une grande activité avait lieu ici. Elle ne remarqua pas les escaliers de secours au fond d'un autre couloir. Elle ne remarqua pas non plus le petit panneau couvert de toiles d'araignées indiquant : Ministère de la Magie – niveau zéro – Archives administratives.
Neville et Luna avaient réussi à attendre le départ des adultes pour réclamer des informations. Enfin, Neville demandait des renseignements, parce que Luna était toujours occupée à examiner de près les outils magiques inconnus du bureau. Mis au courant des derniers évènement, l'adolescent se retrouva muet quelques instants. Il savait que c'était stupide, il n'aurait rien pu faire et aurait même sûrement été une gêne, mais il se sentait lâche. Ses amis avaient risqué leur vie et, encore une fois, il les avait laissé seuls. Il plissa la bouche dans une moue amère et désabusée. Ce fut étrangement Drago qui le tira de son mutisme, alors que Padma essayait de nettoyer les plaies de sa jambe.
« -Londubat, sérieusement, je ne te porte pas dans mon cœur mais je ne aurais pas voulu que tu te retrouves dans le même guêpier que nous. Au moins tu étais en sécurité.
-J'aurais dû être avec vous. Avec une personne de plus, peut-être que les filles n'auraient pas été capturées. S'il leur arrive quelque chose…
-On devra tous vivre avec ça sur notre conscience jusqu'à notre mort. »
Harry ponctua sa sortie avec un horrible juron et en jetant violement le coussin qu'il triturait contre un mur, faisant sursauter tout le monde.
« -Harry ! Ne dis pas ça, je t'en prie ! L'Ordre va les retrouver et elles iront très bien.
-Bien sûr Mione, il voulait juste prendre le thé avec ma sœur et sa copine. Et il va leur offrir des petits gâteaux qu'il aura cuisinés lui-même.
-Ne t'inquiète pas trop tout de suite, Weasley. Si elles ont été enlevées, c'est que le Lord veut quelque chose d'elles. Il les gardera en vie, au moins un moment. »
Ron foudroya Drago du regard ; s'il voulait l'angoisser encore plus c'était réussi. Le roux sourit ensuite avec une satisfaction sadique. Padma avait versé le contenu d'une bouteille de whisky pur feu trouvée dans la réserve du directeur sur la blessure du Serpentard. Drago poussa un hurlement strident et chercha son souffle un long moment.
Dorilys sentit son sang se glacer dans ses veines. Son escorte venait de la faire entrer dans une pièce sombre, éclairée de trop rares torches fumantes. Un crissement sinistre évoquait le frottement de quelque reptile sur le sol en pierre. Elle découvrit un énorme serpent qui vint enrouler ses anneaux autour d'elle, levant sa tête dépourvue d'expression pour l'observer. Il dardait sa langue vers elle, comme pour la goûter, se balançant doucement d'avant en arrière. Il se rapprocha encore un peu, laissant entendre un son étrange. Un rire froid sortit du seul endroit qu'elle n'avait osé examiner depuis son arrivée. La voix sifflante acheva de faire trembler ses jambes soudain faibles.
« Elle n'est pas pour toi, Nagini. Celle-ci sera à moi. »
Paralysée de terreur, Dorilys oubliait toutes ses résolutions de fierté. Un de ses gardes lui donna un violent coup derrière les genoux, la forçant à tomber aux pieds du Seigneur des Ténèbres avec une petite exclamation de surprise. Il se leva du siège lui servant de trône et s'approcha, faisant bruisser la tissu de sa robe fuligineuse. Elle sentit quelque chose de profondément malsain effleurer son esprit et essaya de s'en isoler. Mais l'insidieuse émanation trouvait avec une grande facilité les fragilités de sa barrière mentale. Dorilys dut concentrer toute sa volonté pour ne pas s'abandonner corps et âme aux tentations qu'il lui offrait. Il jouait sur ses rancoeurs, sa jeunesse et sa crédulité pour tenter de la corrompre par de belles promesses. La jeune fille se retrancha au plus profond de son esprit, se perdant dans l'immensité d'un ciel étoilé, son dernier refuge, pour lui échapper. Sentant sa proie lui échapper, il tendit une main trop blanche, osseuse comme une serre, vers elle. Il lui souleva le visage pour la forcer à le regarder. Elle croisa alors son regard et se sut perdue.
Fin du vingt-et-unième chapitre.
Note d'auteur : La fin arrive bientôt... Théoriquement plus qu'un chapitre avant l'épilogue. Ceux qui continuent à me lire vont me haïr...
