Chapitre 22 : Retour au Ministère.
Harry faisait les cent pas dans le bureau du directeur. Hermione l'observa faire pendant un long moment avant de se lever d'un coup, comme un diable sortant de sa boîte.
« -Par pitié, assieds-toi ! C'est insupportable de te voir tourner comme ça !
-Rien que l'idée de rester là, à ne rien faire, alors que Ginny et Dorilys sont en danger... Ca me rend dingue. Je dois faire quelque chose ! »
La brune se rassit lentement, les lèvres pincées mais n'osant plus insister. Elle comprenait trop bien le sentiment qui animait son ami. Ils étaient enfermés ici, sans même savoir ce qui se passait à l'extérieur, alors que des gens qu'ils aimaient étaient menacés. Pour la première fois de sa vie, elle avait vraiment envie d'enfreindre un ordre direct donné par le directeur. Elle aurait aimé se jeter au combat, contre les Mangemorts, pour sortir Dorilys et Ginny de l'enfer où elles étaient. Elle observa ses camarades. Seule Luna était égale à elle-même, curieuse de ce qui l'entourait sans se laisser dépasser par ses émotions. Pour la première fois, elle lui envia ce détachement du monde réel. Un long silence s'installa. Drago suivait le Survivant dans ses évolutions sans fin et finit par intervenir, excédé.
« -On aurait tous envie de faire quelque chose, Potter. Mais il faut être réaliste. Si Il a fait enlever les filles, ce n'est pas pour les garder dans la première cache venue. Elles doivent être dans son repaire principal. Et je doute que l'un de vous sache où il se situe. Je n'ai pas envie de fouiller tous les vieux manoirs lugubres de Grande-Bretagne pour le retrouver. Elles seront mortes avant. »
Tout le monde sauta sur ses pieds en hurlant. Le ton était monté d'un seul coup dans la pièce ; aucun ne comprenant l'insensibilité dont faisait preuve Drago. Ils étaient en colère et indignés par ses paroles cruelles qui ravivaient leur plus terrible angoisse. Les insultes fusaient. Toute son attitude était remise en cause, de ses injures passées à son comportement avec eux. Hors d'elle, Padma cracha des choses qu'elle ne pensait peut-être pas vraiment, déversant son venin sur le jeune homme. Elle était morte d'inquiétude pour sa sœur jumelle - un étrange pressentiment lui broyait le cœur depuis un moment - et elle se sentait pleine d'empathie pour la douleur de Ron. Ses accusations de trahison eurent le mérite de ramener brutalement le silence dans le bureau. Le sang se retira du visage déjà blafard de Drago tandis qu'il serrait les mâchoires. Hermione se sentit obligée d'intervenir.
« -Padma, calme-toi ! Crois-tu que ce soit le moment de lancer des accusations sans fondement ? Il a été blessé. Il n'a pas hésité un instant à se battre à nos cotés là-bas. Sans lui, plusieurs Mangemorts seraient encore en liberté et...
-Je peux me défendre seul, Granger, merci. Je vais vous dire quelque chose, une bonne fois pour toute. Et je ne me répèterai pas, alors écoutez moi bien. »
Il leur jeta un regard froid de reprendre, le menton levé en un geste hautain.
« Je hais Voldemort. Je maudis mon père et toute sa clique. Si je peux mettre des bâtons dans les roues de ces fous, je le ferai sans hésiter. Ils m'ont forcé à tuer ma mère de mes mains, je pense que vous l'avez un peu oublié… »
Les adolescents étaient figés. La voix de Drago était basse et sèche, presque un feulement. Une tension mal contenue, presque un cri désespéré, se faisait sentir dans ses intonations.
Le Serpentard continua sur sa lancée, laissant s'exprimer des sentiments trop longtemps réprimés.
« Je suis de votre coté, ne vous en déplaise. Pensez-vous que j'aurais supporté de traîner avec vous sinon ? Vous pensiez peut-être que je vous trouvais soudain sympathiques ? Je vous ai trouvés moins stupides et insupportables que je le craignais mais ne me demandez pas de devenir comme vous ! Je n'ai affectivement pas changé. Je dirai toujours ce que je pense ; au diable vos petites susceptibilités froissées. Je mépriserai toujours les gens médiocres et sans ambition qui se laissent faire par le système. Par contre, si vous cherchez un allié contre les Mangemorts et leur Maître, vous pourrez compter sur moi. »
Un grand silence s'installa après son éclat glacial. Les camarades de Drago se sentaient mal à l'aise. Celui-ci n'avait plus rien caché de ses motivations ou de ses idées mais sa haine des Mangemorts était trop forte pour être feinte. Padma n'osait même plus le regarder tant sa honte était grande. Plusieurs minutes s'écoulèrent, s'égrenant lentement au rythme de leurs pensées agitées. Puis Harry se décida. Il s'avança vers son ancien ennemi qui leur tournait le dos, regardant sans le voir le paysage gris par la fenêtre. Posant une main légère sur l'épaule du blond, le faisant sursauter, il échangea un long regard avec lui. Drago fut surpris du respect nouveau qu'il trouva dans les yeux du Survivant. Sa tension se relâcha lentement.
« -Je suis heureux de t'avoir avec nous, Drago. J'espère qu'on arrivera à leur faire payer tout le mal qu'ils ont fait.
-Si je vous aide un peu, on devrait l'avoir, notre vengeance. »
Neville se racla la gorge, attirant l'attention sur lui. Son regard avait perdu la candeur qui s'y trouvait habituellement. Il se souvenait de Bellatrix Black, l'année précédente, au Ministère. Il repensait à ses parents. Il revoyait sa mère lorsqu'elle l'observait tristement, un regret sans nom au bord des lèvres, dans ses trop rares moments de lucidité. Il se souvint de l'ombre qu'était son père. Il n'y avait aucune place dans le monde pour une telle forcenée. Sa voix s'éleva, déterminée.
« -On en revient au même point. Si on veut faire quelque chose, il faut savoir où aller. Et devoir affronter quelques Mangemort ne me fait plus peur. En fait, qu'il ne me déplairait pas d'avoir un tête à tête avec une personne en particulier.
-Tu envisagerais d'aller combattre du mage noir, Longdubat ? Comme quoi, on en apprend tous les jours… »
Drago se moquait mais la lueur étrange qui flottait dans les yeux limpide du Gryffondor lui fit presque froid dans le dos. Devinant ce qui trottait dans la tête de son camarade, il dit mentalement adieu à sa tante. Hermione intervint, le coupant dans ses pensées. Elle expliqua, avec une hésitation rare chez elle, avoir entendu Tonks parler des repaires possibles du Sorcier. Elle ne se souvenait pas exactement de tous mais c'était toujours ça. Le rire léger de Luna retentit dans la pièce avant que quiconque puisse répondre. Lorsqu'elle parla, d'une voix rauque à peine plus forte qu'un souffle, un sentiment indéfinissable les envahit.
« Ils se trompent tous. Ils cherchent au loin alors que c'est si près… Tellement près de nous… »
Elle s'interrompit pour plonger ses immenses yeux bleus droit dans ceux de Harry.
« Quelle meilleure cachette pour un mage noir que les sous-sols oubliés du Ministère ? »
Shacklebolt venait de quitter la réunion d'urgence de l'Ordre. Son estomac se tordait douloureusement. Il avait peur. Le grand auror à l'air assuré ne se laissait pas impressionner par grand monde mais, depuis plusieurs mois, il avait peur en permanence. Il savait qu'il avait changé, qu'il n'était plus que l'ombre de lui-même. Quelques temps auparavant, sa sœur, une cracmolle ayant épousé un moldu, était morte dans un banal accident de voiture. Son mari avait été gravement blessé et leur fille unique, placée quelques temps dans un centre d'accueil. L'auror avait tenté de la recueillir, au moins le temps de la guérison de son beau-frère, mais il ne put rien faire. Les autorités moldues refusaient de laisser partir la petite avec un homme qui se disait son oncle et qui était incapable de donner une adresse vérifiable ou de dire ce qu'il faisait dans la vie. Pire, on lui avait interdit de venir voir sa nièce. Déjà abattu par la mort de la seule famille qui lui restait, il s'était retrouvé désemparé. Il avait continué de vivre, accomplissant ses missions comme un automate. Le coup de grâce survint lorsque son beau-frère sortit de l'hôpital. L'homme ne l'avait jamais aimé. Il redoutait les sorciers et les prenait pour des monstres. Il lui fit comprendre que sa présence était plus qu'indésirable. Il ne devait plus jamais venir voir sa nièce. Kingsley, impuissant, essaya de négocier au moins le droit de lui envoyer une lettre pour ses anniversaires, peut-être même un cadeau. La colère violente qui accueillit sa requête le laissa pétrifié sur le trottoir. Il aperçut sa nièce lui faire signe, derrière le rideau de sa chambre, avant que son père ne les rabattent brutalement. Blessé, il rentra chez lui pour noyer sa peine dans une bouteille.
Kingsley tomba dans une profonde dépression. Il n'avait plus goût à rien et ne se préoccupait plus vraiment des mages noirs et de leur arrestation. La seule chose qui le faisait encore réagir, c'était la lecture des journaux. Quand ils annonçaient une attaque de Voldemort coté moldu, il priait désespérément pour sa nièce. Il avait soigneusement caché son état à son entourage, réussissant même l'exploit de le dissimuler à Albus Dumbledore. Jour après jour, il chutait un peu plus et cherchait un moyen de ne plus souffrir. Quelques semaines plus tard, après l'arrestation d'un petit trafiquant de drogue magique, il se laissa tenter. Il garda un peu de la marchandise saisie. La poudre de Varianys était réputée pour apaiser les soucis les plus graves. L'effet fut radical, il retrouva le sourire. Il avait oublié, s'il l'avait jamais su, que cette substance induisait une dépendance immédiate. Alors il fut obligé de se trouver un fournisseur. Il passa toute sa paie, puis ses économies dans l'achat de la poudre. Le revendeur augmentait sans cesse ses prix car cette drogue était rare et chère. Rapidement, Kingsley ne réussit plus à payer les sommes demandées. Il dut rendre de petits services. Ils lui semblaient innocents au début, comme éviter d'inscrire dans le dossier de certaines personnes les petites farces sans danger faites aux moldus. Il n'aimait pas ça mais entre l'influence de la poudre qui amenuisait sa conscience et sa dépendance, il se résigna. Progressivement, il dut faire de plus en plus pour eux, sans vraiment penser aux conséquences, endormi dans une routine hypnotique. Ils le tenaient et ils le savaient.
Le réveil fut brutal. Il découvrit, après avoir fabriqué un faux alibi pour un complice de son revendeur, qu'il avait couvert un massacre. L'homme était un Mangemort et grâce à son aide il avait pu éviter Askaban. Il essaya de tout arrêter, ne se présentant plus aux rendez-vous programmés et souffrant mille morts de son sevrage à la poudre de Varianys. Les crises se firent enfin un peu moins violentes, après de longs jours d'agonies, et il crut pouvoir se sortir d'affaire. Sachant qu'il avait déjà brisé sa carrière, il voulait se présenter à son responsable et dénoncer ses complices une fois pour toute. Mais on vint le chercher chez lui. Le Mangemort entra en brisant les sorts de protections de son appartement, affaiblis par ses nombreuses crises, et s'assit à ses cotés sur le lit. Il lui parla de sa nièce, lui disant qu'il devait en être fière, que pour une sang-mêlée, elle était bien mignonne. Il trouvait adorable ses jolies tresses brunes qui s'agitaient au vent lorsqu'elle jouait avec sa poupée, dans son jardin. Kingsley s'était crispé et avait essayé de se lever. En riant, l'homme le repoussa sur le lit d'une seule main. Se penchant vers lui, il susurra qu'il aimerait bien jouer avec elle, lui aussi. Il aimait vraiment jouer avec les petites filles. Comprenant ce qu'il voulait dire, l'auror eut un haut le cœur. Il ferma les yeux et demanda en pleurant ce qu'il devait faire pour qu'on la laisse tranquille. L'homme rit de nouveau et lui dit simplement qu'on le contacterait. A leur rencontre suivante, il fut mené à Voldemort pour lui rendre hommage. Ses derniers espoirs se brisèrent à cet instant.
Harry bondit sur Luna. Il l'attrapa par les épaules et la secoua légèrement, la voix éraillée.
« -Luna, je t'en prie, dis-moi que ce n'est pas une plaisanterie ? Tu es certaine de ce que tu dis ?
-Je l'ai su lorsque tu as posé la question. Je ne le savais pas avant. Mais maintenant je suis sûre. Tout comme je suis certaine que Dumbledore garde assez de poudre-de-cheminette pour nous tous... »
Le petit groupe d'adolescents était presque paralysé. Enfin, ils avaient l'opportunité d'agir. Certes, le Directeur leur avait strictement défendu de quitter l'endroit. Certes, ce qu'ils comptaient faire était fou et suicidaire. Mais si personne de l'Ordre ne trouvait le lieu où les deux filles étaient retenues ? Devaient-elles mourir parce qu'on leur avait interdit de partir ? Harry ne réagissait plus. Il avait lâché Luna et un intense dilemme le déchirait. Cela ne lui rappelait que trop les évènements de l'année passée. Le doute l'envahissait. Ron avait été le premier à réagir, se jetant sur la cheminée pour trouver de la poudre. Il poussa une exclamation de victoire en mettant la main sur un pot orné de motifs en arabesque et se tourna vers les autres. Il fronça les sourcils en voyant l'expression de son ami.
« -Harry ? Qu'est ce que tu attends ?
-Et… Et si c'était encore un piège ? Si en y allant on les faisait tuer elles aussi ? Je ne veux pas encore causer la mort de quelqu'un que j'aime ! »
Un silence pesant s'installa. Drago et Padma se demandèrent de quoi il parlait mais les autres, qui étaient tous présents au Département des Mystères, eurent l'impression de recevoir une douche glacée.
Hermione se rapprocha de son amie en se tordant les mains.
« -Tu penses à Sirius, n'est ce pas, Harry ?
-Je l'ai tué. Si j'avais écouté Dumbledore, si j'avais surmonté ma rancœur pour Rogue, mon parrain serait encore avec moi et j'aurais encore une famille… »
Sa voix se brisa. La Survivant déglutit plusieurs fois, très vite, ses yeux se remplissant de larmes. Il serra les poings et se détourna brusquement, refusant qu'on le voie pleurer. Ses épaules tressautaient et une grande inspiration lui échappa, comme un noyé cherchant à reprendre son souffle. Ron échangea un regard rapide avec sa petite amie et ils se précipitèrent pour le prendre dans leurs bras. Harry se laissa enfin aller à se reposer sur une force qui n'était pas la sienne, éclatant en sanglots violents dans leur étreinte. Les autres restaient hésitants, ne sachant pas s'ils devaient intervenir ou non. Drago ne fit aucun commentaire, se contentant de détourner le regard, visiblement gêné. Neville hésita un long moment et finit enfin par se décider. Il s'approcha et posa une main sur l'épaule de Harry.
« -Harry, pour Sirius… Je… Mince, je ne suis vraiment pas doué pour dire les choses, alors prenez-le comme ça vient. Vous ne vous êtes pas demandé ce que Luna et moi faisions ici, je pense. On devait parler au directeur. On fait souvent des recherches tous les deux, à la bibliothèque. Madame Chourave nous a même donné accès à certains livres de la Réserve et du coup…
-Où est-ce que tu veux en venir, Longdubat ? »
Le Serpentard, agacé par ce discours sans aucun rapport avec la situation, lui avait coupé la parole.
Neville lui lança un regard méprisant. Cela fit plus pour le faire taire qu'aucun discours. Le timide – enfin plus tellement – Gryffondor reprit la parole.
« Bref, avant qu'on m'interrompe, je disais qu'on avait trouvé un livre décrivant un ancien rituel. Je ne voulais pas t'en parler tout de suite Harry, pour ne pas te donner de faux espoir. Mais je pense que ça pourrait t'aider. »
Harry se dégagea un peu des bras de ses deux amis, fixant Neville d'une drôle de façon.
« Le rituel explique comment ramener une personne égarée dans le Monde des Esprits, en utilisant la Porte des Morts. Dumbledore semblait penser que ça pouvait marcher. On va pouvoir sortir Sirius de l'Arche, Harry. »
La vie revint d'un seul coup dans les prunelles du Survivant. Hermione ouvrait de grands yeux, une main devant sa bouche ouverte de surprise et elle broyait les doigts de Ron sans s'en rendre compte. Luna souriait rêveusement. Elle était contente d'avoir pu rallumer la lumière dans le cœur d'un de ses amis. Et si Padma était toujours aussi perdue, Drago, lui, venait de rassembler les différentes pièces du puzzle. Sirius Black, qui n'était pas coupable, était le parrain de son ancien pire ennemi. Ce même Sirius Black qui avait disparu l'année précédente au Ministère et qui était aussi son cousin. Son expression aurait égayé même un détraqueur.
« Merlin, ne me dites pas que je suis parent avec ça ! »
Il se prit un coup derrière la tête. Padma se contenta de lui faire un sourire lorsqu'il se retourna.
Les adolescents mirent quelques minutes à se remettre de cette nouvelle, après que Padma avait demandé des explications. Ron, un peu mal à l'aise, prit la parole.
« -Tu sais, Harry, la situation est vraiment différente de la dernière fois en plus.
-Comment ça ?
-On sait que les Mangemorts ont les filles, ce n'est pas une supposition. Tu n'as pas appris l'endroit où elles étaient par un rêve inspiré par Voldemort. Je ne pense pas que ça soit un piège.
-Ce sera tout de même très dangereux.
-Pas plus que d'affronter un loup-garou à la pleine lune ou de combattre un basilic, Hermione. »
Une lueur un peu malicieuse flottait maintenant dans les yeux du Survivant. Il était convaincu. Il savait que ses deux meilleurs amis viendraient avec lui, même si la brune râlait un peu pour la forme. Il se tourna vers les autres.
« -Je ne veux pas vous obliger à venir. Comme on a dit, ce sera risqué. Mais j'avoue que j'aimerais bien qu'on soit tous ensemble.
-Rassure-toi, Potter, je viens avec vous. Si je ne veux pas que vous vous fassiez massacrer, je suis obligé. Vous seriez capable de foncer dans le tas en espérant vous en sortir. Avec moi pour vous sauver la mise, au moins, vous aurez une chance.
-On admire tous ta modestie, Malfoy. »
Tout le monde donna son accord et Harry put prendre une grande poignée de poudre verte et la jeter dans la cheminée, en criant le nom de leur destination. Ils disparurent les uns après les autres vers le Ministère de la Magie.
Maelys avait envoyé son esprit à travers le Surmonde pour rejoindre sa petite fille. Elle savait qu'elle prenait des risques, vu son état de faiblesse après son malaise. Se détachant de son corps, elle se retrouva à parcourir le gris uniforme qu'elle connaissait bien. Elle ne put que remarquer les étranges perturbations qui étaient apparues depuis sa dernière visite. Des tourbillons de fumée impalpable s'enroulaient autour de ses jambes et elle se sentait oppressée. La stabilité même de l'endroit semblait altérée. Et quelque chose était en chasse. Elle interrompit sa progression rapide pour étendre ses perceptions autour d'elle. Alors elle comprit. Laurianne lui avait demandé de l'aide ; quelqu'un était prisonnier ici sans être mort ou en voyage astral. Cela faisait longtemps maintenant, pratiquement huit mois. La présence d'une personne vivante dans un lieu réservé aux morts et aux esprits ne pouvait que distordre la trame de cette dimension spirituelle. En réaction, les Dévoreurs – sorte de démons chargés de traquer les âmes trop sombres, pour les recycler – avaient dû prendre le captif pour une proie. La vieille prêtresse se sentit tiraillée entre deux devoirs. Elle voulait aider Dorilys qui en avait vraiment besoin. Mais elle ne pouvait laisser une âme innocente périr de cette manière. Avec un pincement au coeur, elle se décida. Elle chercha dans ses souvenirs le nom de l'homme avant de l'invoquer.
« Sirius Black, venez à moi ! Par votre nom, vous devez répondre à cet appel ! »
Une silhouette émaciée, épuisée au-delà de tout et surtout complètement paniquée se matérialisa devant elle. Elle ne lui laissa pas le temps de parler.
« Je suis une amie de Laurianne. Je peux vous aider et vous protéger si vous restez à mes cotés. Je n'ai pas le temps de vous expliquer mais suivez-moi ! »
Le ton lui rappelait tellement celui de son ancienne directrice de Maison que Sirius obéit sans discuter, à sa plus grande surprise.
Ginny avait mal partout. Elle commença à bouger lentement et s'étira avec précautions. Déglutissant douloureusement, elle observa les alentours quelques instants, perplexe, avant de retrouver ses souvenirs. Elle sursauta. Dorilys avait disparut et la porte était restée entrouverte. Elle doutait sérieusement que des Mangemorts soient assez négligents pour oublier d'enfermer une prisonnière et en conclut qu'ils ignoraient sa présence. Son esprit tournait à toute allure. Elle ne devait pas compter sur une intervention extérieure, du moins pas avant un bon moment. Il ne lui restait qu'une seule solution. Elle devait explorer l'endroit et trouver comment sortir de là. La jeune fille écouta longuement les bruits alentours avant de se décider à quitter son abri relatif. Rasant les murs, la jeune rousse se mordait les lèvres, sursautant au moindre souffle d'air. Elle arriva assez vite à un croisement, des escaliers poussiéreux d'un coté et d'autres couloirs en face. Elle aperçut une plaque fixée sur un mur.
Ministère de la Magie - niveau zéro - Archives administratives.
Reconnaissant le style, elle s'approcha, incrédule. Elle n'en revenait pas. Ginny finit par se remettre de sa surprise et ouvrir un peu plus la porte des escaliers, tâchant de se souvenir à quel niveau se situait le bureau des aurors. Elle reprenait espoir au fur et à mesure de sa progression vers les étages plus fréquentés du Ministère. Alors qu'elle allait déboucher non loin du Département des Mystères, elle reconnut quelqu'un qui se hâtait dans sa direction. Avec un grand soupir de soulagement, elle se précipita vers lui.
Kingsley sortit de ses sombres pensées et sursauta violement. Ginny Weasley courait vers lui. Mais elle avait été enlevée en même temps qu'une autre adolescente par Voldemort, elle ne pouvait pas être ici ! Hors d'haleine, la jeune fille s'accrocha à son bras et parla à tout vitesse. Il comprit plus ou moins de ses explications comment elle avait été capturée et, surtout, comment elle avait pu passer inaperçue. Il n'en revenait pas qu'une gamine de son âge soit déjà animagus. Il réfléchit rapidement. Il ne pouvait pas la laisser partir jusqu'au département des aurors trouver ses collègues. Vous-savez-qui penserait forcément qu'il l'avait trahi et sa nièce serait… non ! Il ne put pourtant se résoudre à la faire taire lui-même. Alors il rusa, jouant un rôle avec tout le talent d'un acteur chevronné.
« -Ginny, c'est un vrai miracle que tu aies pu t'enfuir. J'aimerais que tu me guides au sous-sol, pour repérer les lieux. Après, on ira chercher du renfort pour sortir ton amie de là.
-Mais pourquoi est-ce qu'on n'y va pas tout de suite.
-C'est simple. Je te crois ; mais penses-tu que les autres accepteront que le QG de Voldemort soit juste sous leurs pieds ? Mais si je leur dis qu'on a vérifié…
-Je comprends. J'ai tellement peur ! Mais je vous fais confiance. Allons-y avant que je ne perde tout mon courage. »
Il ferma les yeux un instant, alors qu'elle ne l'observait pas, se maudissant de ce qu'il faisait. Il descendit avec elle, explorant apparemment les couloirs comme il l'avait dit. Il ouvrit plusieurs portes, sans évidement rien trouver de compromettant.
Ils arrivèrent finalement devant une autre double porte. Kingsley l'entrouvrit à peine et observa rapidement l'intérieur, comme pour toutes les autres qu'il avait ouvertes. Sa haute silhouette cachait la scène s'y déroulant à Ginny. Lord Voldemort tenait entre ses mains le visage d'une jeune fille blonde, agenouillée et tremblante devant lui, le teint blafard. Le Maître croisa le regard de l'auror, visiblement furieux d'être interrompu, puis entra sans ménagement dans son esprit. Le mage noir plissa les yeux puis sourit. Il lui fit signe d'entrer avec son cadeau. Kingsley s'avança, Ginny juste derrière lui, rassurée par son calme apparent. Elle se figea en découvrant la scène. Dorilys s'était effondrée au sol lorsque le Seigneur des Ténèbres l'avait relâchée. Seule sa respiration rapide prouvait qu'elle vivait encore. Un frisson glacé parcourut le dos de Ginny, la peur lui nouant les entrailles. Son souffle s'était fait court et elle suffoquait presque. Elle voulut se rapprocher de l'auror, cherchant un soutien auprès de lui, mais ne put faire un seul geste. Et quand celui-ci s'agenouilla devant le sorcier tout vêtu de noir, elle comprit. Elle s'était laissée piéger ! C'était un traître ! Une bouffée de colère l'envahit, remplacée aussitôt par du désespoir. Elle ne pourrait pas s'en sortir. Pas cette fois. Une voix sifflante l'interrompit.
« Ginevra... Cela faisait si longtemps que je ne t'avais vu. »
La jeune fille sentit une terreur abjecte s'emparer de son esprit. Ignorant le traître, Voldemort s'avançait tranquillement dans sa direction. Lorsqu'il fut enfin juste devant elle, il lança un sort qui l'obligea à tomber à ses pieds.
« -Tu n'imagines pas le plaisir que j'ai à te retrouver ici, Ginevra. Vois-tu, ton amie ne s'est pas montrée très coopérative. J'aimerais qu'elle me rende un petit service et elle refuse. Cela me blesse terriblement. Je suis certain que tu vas m'aider à la convaincre, n'est ce pas ?
-Jamais ! Jamais je ne vous aiderai !
-Oh… J'ai oublié de te le dire : tu n'as pas besoin d'être d'accord. Mais tu me fais tout de même de la peine. Je te connais depuis ton entrée à Poudlard après tout. »
Le sorcier éclata d'un rire sardonique. Il dirigea sa baguette vers Dorilys, la faisant glisser sur le sol jusqu'à lui, et, d'un sortilège, la réveilla.
« Enervatum ! Eh bien, jeunes filles, vous ne voulez pas être gentilles. Je vais devoir être plus sévère dans ce cas. Toi, petite prêtresse, tu finiras par me céder tôt ou tard. Mais sache que plus tu tarderas, plus ton amie souffrira. C'est toi qui seras responsable de chacun de ses cris… »
Dorilys regardait Ginny avec horreur. Elle avait compris bien plus vite qu'elle ce que Voldemort s'apprêtait à faire. Et quand le premier doloris frappa la rousse, elle hurla avec elle.
Fin du vingt-deuxième chapitre
