Toute petite note d'auteur: Cette fois, on approche vraiment de la fin. Je sens que certaines personnes vont me haïr après ce chapitre. Je précise que je n'ai rien contre les tomates et que j'accepterai aussi un ou deux avocats bien murs. Mais vous pouvez aussi envisager une review.


Chapitre 23 : Défendre les siens

La soirée était déjà bien avancée lorsque les adolescents débouchèrent dans le hall du Ministère de la Magie. L'endroit était encore éclairé brillamment mais, en dehors des aurors de garde dans leur bureau, les couloirs semblaient déserts. Hermione regarda autour d'elle, remarquant que la fontaine trônant au milieu de la grande pièce avait été réparée. Elle fut tirée de ses pensées par un mouvement furtif. Une ombre silencieuse disparut dans l'un des couloirs desservant les étages inférieurs et la jeune fille se crispa. Un employé du Ministère serait venu demander la raison de leur présence ici. Il ne pouvait s'agir que d'un Mangemort. Et, en le suivant, ils trouveraient où étaient gardées prisonnières leurs amies. Elle posa une main sur l'épaule de Harry et murmura près de son oreille.

« -Je crois que nous avons été repérés, Harry.

-J'ai vu. Il n'était pas aussi discret qu'il le pensait. »

Ils échangèrent un regard, raffermissant la main sur leur baguette. Drago et Padma semblaient un peu perdus mais ils suivirent leurs camarades vers les étages inférieurs. A plusieurs reprises, ils perdirent la trace de leur proie. Mais la chance était avec eux ; ils finirent toujours par l'apercevoir au détour d'un croisement. Ils s'enfonçaient de plus en plus dans le bâtiment et les adolescents furent pris d'une étrange impression de déjà-vu. Ils arriveraient bientôt au niveau du Département des Mystères. Harry crispait de plus en plus sa prise en pointant sa baguette devant lui. Mais ils continuaient de pister le Mangemort.

Un doute commençait à naître dans l'esprit de Ronald Weasley. Il se sentait comme aux échecs, lorsque son adversaire bougeait ses pions pour l'attirer dans un traquenard. Il comprit soudain. Ils ne suivaient pas un Mangemort jusqu'au repaire de Voldemort ; ils se dirigeaient tout droit dans un piège. Il se raidit et s'arrêta, obligeant Neville à le heurter dans le dos. Le groupe le rejoignit. Harry s'emporta, oubliant presque de baisser la voix en parlant.

« -Bon sang, Ron, qu'est-ce qui t'arrive ? On va le perdre, là !

-Tu n'as pas compris ? Tu trouves normal qu'un Mangemort soit assez bête pour ne pas avoir remarquez qu'il était suivi ? Et tu trouves logique que ma soeur et Dorilys soient gardées chez les langues de plomb ? »

Le survivant pâlit. Finalement, il avait eu raison de douter. C'était bel et bien encore un piège. Mais maintenant qu'ils étaient prévenus, ils se tiendraient près. Drago regardait Ron comme si une seconde tête venait de lui pousser.

« -Depuis quand es-tu expert en stratégie, Weasley ?

-Depuis que j'ai cessé de perdre aux échecs, vers mes huit ans. Etonné ?

-Je crois que l'Apocalypse est pour bientôt...

-Si vous avez fini, vous deux, on pourrait peut-être continuer et voir où essaie de nous emmener notre ami le Mangemort ? »

Sur un dernier regard noir entre les deux adolescents, le groupe repartit avec précaution.

L'attaque survint sans préavis, à une intersection. Un éclair rouge frappa l'angle du couloir, juste à l'endroit où se trouvait Luna une seconde auparavant. Un autre sort les manqua de peu, trop rapidement lancé pour être de la même personne. Ils n'avaient pour l'instant aucun moyen de savoir combien de sorciers ils affrontaient. Le trio se retrouva séparé des autres, à l'abri relatif des murs de pierre, de l'autre coté du croisement. Les adolescents ne perdirent pas de temps à se demander ce qui se passait. Leur entraînement avait été efficace. Drago riposta le premier, lançant sortilège sur sortilège en espérant que cela toucherait au moins l'un de leurs agresseurs. Les deux Serdaigle agirent avec plus de mesure, se postant accroupies et visant avec soin leurs cibles avant d'incanter. Neville entreprit de les couvrir en maintenant un bouclier efficace sur le groupe. De l'autre coté, Hermione faisait preuve d'une certaine inventivité dans les assauts qu'elle portait. Un 'blop' sonore retentit à l'autre bout du couloir, vers les Mangemorts, faisant cesser le déluge magique. Le caquètement d'une poule se fit entendre. Ron se tourna vers son amie, incrédule.

« -Une poule ?!!

-Ca les occupera bien un moment, à se demander pourquoi j'ai conjuré un gallinacé.

-Cette fille est folle. »

Hermione ouvrit la bouche pour répondre et changea d'avis, haussant les épaules en rougissant un peu.

Les sorciers noirs essayèrent de se débarrasser de l'animal sans se mettre en danger, pensant à un subterfuge ou à un piège. Les jeunes gens profitèrent du court répit offert pour reprendre quelques forces, Drago se laissant glisser contre le mur pour soulager sa jambe blessée. Les soins donnés dans le bureau du Directeur lui avaient permis de marcher sans trop de soucis. Mais les incessants changements d'appuis exigés par un combat magique commençaient à venir à bout de sa résistance. Il passa la main à l'endroit de sa blessure et grimaça en la retirant sanglante. Heureusement, le tissu de ses vêtements cachait la situation aux autres. Tout à coup, une exclamation de rage les fit sursauter.

« Aaahhh !!! Un vulgaire poulet ! Ces gosses nous envoient des poulets pour nous combattre !!! »

Un incendio retentit dans le couloir et une désagréable odeur de plumes brûlées se répandit.

« Bellatrix, calme-toi. Tu deviens hystérique. »

Neville et Harry échangèrent un étrange regard de connivence. Ils avaient tous les deux reconnu leurs adversaires. Si une certaine amitié liait ces deux garçons, une haine commune les unissait fortement contre Bellatrix Lestrange. Et Drago Malfoy ne laisserait jamais passer une occasion d'affronter son père. Les trois garçons se lancèrent d'un même mouvement dans le couloir en courant, créant un véritable barrage de sorts. Les autres adolescents, après un bref instant d'hésitation, les suivirent et tentèrent de les couvrir.

Les Mangemorts furent tellement surpris de cet assaut presque suicidaire qu'ils se laissèrent déborder. Ils furent contraints de reculer, se réfugiant dans le coeur même du Département des Mystères. Les adolescents purent enfin compter ceux qui leur faisaient face, cinq sorciers. Progressivement, ils traversèrent les différentes salles déjà visitées l'année précédente, se cachant derrière les inestimables artefacts magiques pour esquiver un sort avant de repartir aussitôt au combat. Ils avaient tous, des deux cotés, des blessures plus ou moins graves. Luna tomba à terre, atteinte de plein fouet par un doloris. Neville s'arrêta pour la protéger et riposta contre le lanceur de sort. Il n'avait pas vraiment fait attention à la pièce où il se trouvait. Harry si. Et il était pétrifié en regardant s'agiter, sous une imperceptible brise, le voile de l'Arche où avait disparu son parrain. Bellatrix le remarqua et persifla.

« Alors bébé Potter, on repense à son cher parrain ? Quelle perte cruelle pour toi... Tu as mal ? »

Le Survivant oublia toute autre idée que celle de tuer cette femme. Ses pensées se figèrent et, pour la seconde fois de sa vie, il utilisa un impardonnable. Et pour la première fois, il fonctionna. Avec un hoquet de surprise, la femme esquiva de justesse l'éclair vert qui fit éclater un morceau de pierre derrière elle. Elle cessa de considérer Harry juste comme un contretemps divertissant et se lança dans un vrai duel contre lui. Leur affrontement ressemblait presque à une danse.

Harry, pris dans l'action, ne se rendait pas compte que ses amis étaient en difficulté. Drago se trouvait aux prises avec son propre père. L'homme avait décidé de faire payer sa trahison à son héritier. Le jeune homme était à bout de forces, sa jambe ayant renoncé à le porter, et il était effondré au sol. Seule l'intervention rapide de Padma lui sauva la vie. Lucius sursauta en voyant la jeune fille.

« -Comment as-tu fait pour survivre ?

-Quoi ?

-Tu devrais être morte, personne ne survit plus de quelques heures à un maléfice de vieillissement accéléré ! »

Padma déglutit péniblement. Elle n'avait jamais reçu de sort de ce genre. Ca ne pouvait pas être elle. Son visage devint blafard.

« Oh non, Parvati... »

Un gémissement s'échappa de ses lèvres et des larmes coulèrent. Lucius était trop expérimenté pour se laisser distraire trop longtemps. Il profita de sa détresse pour s'en débarrasser, comme il pensait l'avoir déjà fait. Le sortilège mortel partit en éclairant la scène d'une lumière lugubre. Au dernier moment, quelqu'un cria et se jeta sur la Serdaigle, recevant le sort à sa place. Drago Malfoy retomba au sol, entraînant Padma avec lui, ses yeux grands ouverts à jamais.

Lucius et Padma se figèrent. Elle n'arrivait pas à assimiler la mort des deux personnes qu'elle aimait le plus au monde et l'homme se retrouvait étrangement désarmé par le meurtre de son fils. Un pincement dans le coeur qu'il pensait ne plus avoir le surpris. Il cligna des paupières et quitta des yeux le corps de son enfant, à demi couché sur la fille dont il avait sauvé la vie, pour croiser un regard brûlant de haine. La lueur de folie qui y brillait lui donna la chair de poule. Il recula d'un pas. Il sentit instinctivement qu'elle n'avait plus rien à perdre et qu'elle ferait n'importe quoi pour atteindre son objectif. Et elle voulait se venger. Heureusement pour lui, l'exclamation d'horreur d'une des autres filles permit de distraire suffisamment sa Némésis pour lui permettre de fuir, abandonnant ses camarades à leur destin. Padma retint un cri de rage pure et se dégagea pour se relever, trébuchant un instant sous la douleur. Mais elle n'était pas la seule à être anéantie. Les autres avaient fait face aux trois derniers Mangemorts et, avec Luna inconsciente, ils n'avaient pas pu tenir. Elle aperçut Hermione, debout immobile et couverte de sang de la tête aux pieds. Elle ressentit à peine un tiraillement d'inquiétude avant de s'étonner de cette absence d'émotion. Et ce ne fut que lorsqu'elle vit le corps lacéré et sans vie de Ron qu'elle sentit les larmes couler à flot sur ses joues.

Sirius était intenable. Maintenant qu'il avait trouvé une source d'informations fiable sur cet enfer gris où il avait passé trop de temps, il harcelait la vieille femme de questions. Il tentait de comprendre comment, par exemple, fonctionnaient les distances : pourquoi une simple pensée pouvait parfois faire traverser des océans alors qu'à d'autres moments il fallait un temps infini pour se déplacer. Maelys – puisque c'était son nom – essaya au début de répondre avec patience. Mais rapidement, elle fut excédée, ses nerfs étant déjà mis à rude épreuve. Elle finit par lui enjoindre de se taire et de cesser de sautiller autour d'elle comme un chiot au retour de son maître. Sans qu'elle sache pourquoi, la remarque le réduisit instantanément au silence. L'homme se rembrunit. Elle ne dit rien mais elle était surprise de son changement d'expression. Lorsqu'il était sérieux, il devenait quelqu'un d'autre. Il continua de marcher à ses côtés, lui jetant parfois de petits coups d'œil inquisiteurs. Au bout de quelques minutes, il n'y tint plus.

« -Excusez-moi… J'aimerais comprendre. Je suppose que vous n'êtes pas là pour me faire revenir chez les vivants ?

-Je suis navrée, nous n'avons pas encore eu l'occasion de travailler sur ce problème avec Laurianne. A l'heure actuelle, seule la Dame pourrait choisir de vous sauver.

-C'est bien ce que je craignais... Attendez ! Vous dites qu'une dame pourrait faire quelque chose pour moi ?! Et je la contacte comment, cette charmante personne ? »

Maelys ne put s'empêcher de sourire légèrement de sa méprise. Il n'avait visiblement pas saisi de qui il s'agissait. Elle prit le temps de lui expliquer son erreur, ne serait-ce que pour la divertir de l'angoisse immense qui la rongeait. Comme à son habitude, elle s'interdisait d'exprimer ses émotions et se contentait de souffrir en silence.

« -Je vous parlais de la Dame que je sers, tout comme Laurianne. La déesse Dana. Et Elle n'agit jamais à moins que la situation soit désespérée et jamais sans un prix à payer. Avec Elle, le proverbe 'aide-toi et le ciel t'aidera' prend tout son sens.

-Je suppose qu'une prière ne suffira pas.

-Je l'ignore. Elle a Ses propres raisons d'agir. Mais nous en reparlerons plus tard. Nous devons nous hâter. Les enfants sont en grave danger et il faut les aider. Je crains pour leur vie…

-Les enfants ?

-Ma petite-fille et ses nouveaux amis. Ginevra Weasley et elle ont été enlevées par le mégalomane qui menace votre monde. »

La voie de la vieille femme se brisa et Sirius se raidit. Il venait en une seconde de comprendre les implications de ce rapt.

« -Merlin ! Elle est comme Laurianne et vous, n'est-ce pas ? Et il va se servir d'elle…

-Pas si je l'en empêche.

-Je vous aiderai. Je ne sais pas comment mais je le ferai. Il est hors de question que je laisse ce monstre asservir les sorciers et les vôtres. Je ferai n'importe quoi pour ça. Je le jure !

-N'importe quoi ? Vraiment ? Que serais-tu près à sacrifier pour sauver les tiens ? »

Maelys s'inclina profondément devant l'apparition soudaine, à la voix vibrante comme un requiem.

Sirius resta pétrifié par la présence de cette femme, d'une beauté irréelle, dont les yeux contenaient tout le ciel étoilé. Il déglutit avec difficulté. Une invisible brise agitait le voile sombre de sa chevelure et la puissance qui émanait d'elle ne lui laissa aucun doute sur son identité. Il tomba à genoux devant Elle. Dana s'approcha, ses pieds cachés par la longue robe noire dont elle était vêtue. Posant une main blanche sous son menton pour lui relever le visage, elle plongea son regard sans pupilles dans les iris de Sirius. Le temps s'estompa… Il se sentit évalué, mis à nu jusque dans ses souvenirs les plus sombres et les plus douloureux. Avec un sursaut d'angoisse, il revécut toutes ses années d'emprisonnement, la présence oppressante des détraqueurs, la maltraitance des gardiens, les humiliations… Toutes ces choses qu'il n'avait évoquées avec personne.

« Si le prix, pour aider les tiens, était de perdre encore une fois et à jamais ta liberté, le paierais-tu ? Accepterais-tu de renoncer à ta vie si je te donnais le pouvoir d'agir contre tes ennemis ? »

Sirius prit une grande inspiration, à la fois glacé et brûlant du contact avec la déesse. Il ferma les yeux, puis les rouvrit aussitôt.

« -Je donnerais ma vie et plus encore pour sauver le monde sorcier et les miens.

-Alors, que cela soit ! »

L'Ordre avait lancé un assaut coordonné à toutes les cachettes signalées par Severus, plus tôt dans la soirée. Ils ne trouvèrent que rarement de gardiens et malheureusement aucune trace des deux jeunes filles. Les lieux étaient comme désertés. Quelques assaillants escortèrent leurs prisonniers jusqu'à leur nouvelle villégiature océanique et les autres se regroupèrent pour préparer la prochaine action. Il ne restait qu'un seul lieu possible. Tout le monde espérait y retrouver Ginny et Dorilys. Dans un premier temps, l'endroit avait été écarté car même le Ministère en connaissait l'emplacement. Dumbledore n'aurait jamais pensé que le Mage Noir garderait ses prisonnières là-bas ; ce repaire était difficile à défendre. Ils décidèrent d'adopter une stratégie classique mais qui avait fait ses preuves. Ils encercleraient la demeure et attaqueraient sur tous les cotés à la fois. Dumbledore n'avait pas eu besoin de dire à quel point cette opération était importante. Tous avaient imaginé le Seigneur des Ténèbres avec une puissance encore accrue. Et tous avaient frémi à cette idée. L'aide précieuse des prêtresses permettrait le succès du plan car elles pouvaient garder le contact et transmettre des informations en temps réel. Jamais les sorciers de la résistance n'avaient bénéficié d'un tel avantage, sans même parler du surcroît de puissance fourni par leurs nouvelles alliées. Cette aide était loin d'être négligeable ; les renforts que devaient envoyer Kingsley n'étaient jamais arrivés et ils avaient du s'en passer.

Laurianne tenait maintenant non loin d'une ancienne maison sur pilotis, au bord d'un glacial loch écossais. Comme ses compagnons, elle portait des vêtements sombres et près du corps pour ne pas être gênée dans ses mouvements. N'étant pas armée d'une baguette comme ses alliés, elle avait glissé sa dague rituelle à sa ceinture. Malgré la futilité de ce geste, elle était rassurée par le contact froid du métal acéré. Remus, chargé de mener ce groupe, se tenait à son coté, directement lié à son esprit pour mieux anticiper les ordres reçus. Elle lui laissait ainsi accès à toutes ses pensées, sans exception. Mais cela ne la dérangeait pas un instant. Juste avant le début des combats, en sortant du quartier général au Square Grimmaud, elle l'avait retenu et ils étaient restés seuls en arrière. Remus s'était montré nerveux, et pas à cause des affrontements qui s'enchaînaient ce soir-là. Depuis sa demande en mariage interrompue, ils n'avaient jamais pu se reparler en privé. La jeune femme lui avait pris la main, n'osant le regarder dans les yeux.

« Remus, je… Ce n'est pas le meilleur moment pour te donner ma réponse, avec tous les risques qu'on va courir, mais je… Oui. Si nous survivons à tout ça, je serais plus qu'heureuse de devenir ta femme, si tu veux toujours de moi. Et si, cette vie encore, une tragédie ne nous sépare pas. »

Elle avait empêché le loup-garou de lui répondre, posant un doigt pour clore ses lèvres. Elle avait finalement levé les yeux vers lui, brillants un peu trop de larmes contenues, et lui avait déposé quelque chose de tiède dans la main, un étrange sourire sur le visage. Alors qu'elle l'entraînait rejoindre les autres, il avait vu briller entre ses doigts le pendentif qu'elle ne quittait jamais. Il ne s'était même pas étonné de ce que l'argent de la monture ne le blesse point.

Laurianne sortit de ses pensées et pencha légèrement la tête sur le coté, l'air ailleurs. Elle guettait mentalement le signal de l'attaque qui devait être transmis par Amina, sa consœur du groupe de Dumbledore. Elle chassa une autre invitée indésirable de son pantalon en frissonnant, se raccrochant au bras de Remus. Elle détestait les araignées et l'endroit en était infesté. Impatiente, elle contacta Amina sans plus attendre pour avoir des nouvelles.

« -Alors, comment ça se passe de votre coté

-Tout le monde se tient prêt. Je n'ai jamais été aussi nerveuse de ma vie. Je ne suis pas faite pour combattre.

-Excusez-moi, madame. Savez-vous quand Dumbledore doit donner le départ

-Encore quelques minutes, monsieur Lupin, les derniers groupes ne sont pas encore en place. »

Elle coupa son esprit des leurs, non sans avoir laissé sentir son profond amusement à Laurianne. Elle savait que jamais la jeune prêtresse n'aurait ouvert ses pensées à un autre que son compagnon pour la vie. Les paris sur la situation exacte entre ces deux-là étaient allés bon train parmi les prêtresses. Elle se permit un grand sourire. Elle venait de gagner un joli petit butin. Le directeur de Poudlard l'interrompit dans ses pensées et elle redevint instantanément sérieuse. L'assaut allait commencer.

Ce fut le chaos. Dès qu'ils se mirent à avancer, des dizaines de sorts fusèrent, lancés depuis la maison. Ils avaient été repérés ou alors quelqu'un les avait trahis. Il devait y avoir au moins la moitié des Mangemorts dans la bâtisse car le rideau de magie ne diminuait pas, rendant l'approche périlleuse. Laurianne dirigea l'énergie vers Remus, sentant toutes ses sœurs faire de même avec leur partenaire de mission. Le loup-garou put lever un bouclier, repoussant avec aisance un maléfice dont la couleur verte n'inspirait pas confiance. Tenant toujours sa fiancée d'une main, il l'entraîna en avant, lançant autant de sortilèges défensifs qu'il le pouvait. Du coin de l'œil, Remus aperçut un sort faucher une prêtresse. La femme s'effondra sans un bruit, son regard étonné ouvert fixement vers le ciel nocturne. La sorcière qu'elle alimentait tomba à genoux, haletante, ses deux mains posées à plats devant elle. Sa bouche était ouverte en un cri muet. Le lien entre un mage et sa source était si étroit que s'il arrivait malheur à l'un d'eux, l'autre sentait sa mort dans sa propre chair. La sorcière bascula sur le coté en position fœtale, sanglotant. Un des combattants se pencha vers elle pour la relever et la pousser à continuer : rester immobile faisait d'elle une cible trop parfaite. Cette scène se reproduisit plus d'une fois, avec l'un ou l'autre membre de l'équipe. Si les sorciers de l'Ordre avaient eu le temps, ils auraient vu monter des prêtresses tombées à terre de petits tourbillons argentés qui fusaient vers le ciel, comme d'improbables étoiles filantes. Seuls quelques Mangemorts aperçurent le phénomène, s'étonnant de cette manifestation de pouvoir inconnu. Ils n'eurent guère le temps de s'interroger plus avant. Leurs premiers adversaires venaient de passer les boucliers de la maison et les portes résonnaient sous les sortilèges visant à les ouvrir. Il fallut plusieurs minutes à l'Ordre pour comprendre que les enchantements placés sur les ouvertures seraient impossibles à briser de cette manière. Ils battirent en retraite et se réfugièrent sous les pilotis, hors d'atteinte de leurs ennemis. Plus aucun sort ne perturba le ciel nocturne.

Laurianne écoutait les ordres de Dumbledore pour leur prochain mouvement, essayant de ne surtout pas penser à ceux qui n'étaient plus avec eux. Le temps des larmes n'était pas encore venu, il restait le temps de la guerre. Elle ne prêtait en fait que peu d'attention à son discours, une vibration désagréable l'envahissait. Quelque chose de très mauvais était en train d'arriver. Elle ignorait ce que c'était mais elle savait que cela serait extrêmement dangereux pour tous. La jeune femme se frotta le plexus, de plus en plus mal à l'aise. Elle avait l'intuition que cela concernait Dorilys. L'inquiétude l'envahit. Sans même parler de son attachement pour l'apprentie, la jeune fille était la seule héritière de la lignée du Nord et de la Terre. Sa mère n'était plus en âge d'avoir un enfant et avait renoncé à ses dons pour vivre plus tranquillement. S'il arrivait quelque chose à Dorilys... Elle finit par remarquer que ses consœurs étaient elles aussi affectées par le phénomène. D'un seul coup, elle planta ses ongles dans le bras de Remus, haletante. Plusieurs autres prêtresses chancelèrent sous l'assaut qui les agressait. Les sorciers les soutinrent, affolés de voir leurs nouvelles alliées s'effondrer. Un hurlement mental vrillait l'esprit de chacune d'entre elles.

« AIDEZ-MOI !!! Par pitié ! Je ne tiendrai pas !!! S'il vous plait... »

Dumbledore grimaça. Le cri de Dorilys, s'achevant sur des sanglots désespérés, avait été entendu même par certains sorciers, ceux qui avaient quelques aptitudes pour la légilimencie.

Laurianne se tourna vers lui, son regard hanté par l'angoisse.

« Monsieur, il faut faire quelque chose et vite. Si Voldemort arrive à en faire son esclave, avec la puissance qu'elle peut manipuler, plus rien ne pourra l'arrêter ! »

Le Directeur se sentit d'un seul coup submergé par le poids de toutes ces années de guerre, de lutte contre les adeptes de la magie noire. Ses épaules s'affaissèrent imperceptiblement tandis qu'il répondait.

« -Alors nous devons entrer immédiatement. Mais je crains que les protections ne soient trop puissantes. Plus jeune, et plus en forme... j'aurais peut-être pu les briser. J'ai peur d'être maintenant trop âgé pour lutter directement contre les maléfices de Tom...

-Monsieur... Je... Vous avez les connaissances et les capacités. Nous avons la force dont vous avez besoin. Si nous nous unissons toutes pour vous soutenir, vous pourrez arriver à passer les défenses. Mais je ne vous mentirai pas. C'est extrêmement dangereux. La quantité de pouvoir peut-être trop grande pour qu'un être humain le supporte. Cela pourrait détruire votre esprit... Ou pire... On ne peut vous y obliger. »

Minerva ouvrit la bouche pour protester, refusant l'idée qu'il se sacrifie. Puis elle ferma les yeux. Il savait. Il avait su bien avant l'enlèvement des deux adolescentes. Quelques jours auparavant, Albus l'avait convoquée dans son bureau, lui révélant tous les secrets qu'il pouvait sur Poudlard, lui expliquant qu'il avait pris des dispositions en cas de malheur. Elle n'avait rien voulu entendre au début, puis le ton calme de son vieil ami l'avait convaincue. Elle avait alors écouté, s'étonnant des merveilles cachées dans l'école et sur le domaine. Elle n'aurait pas cru le voir si vite risquer sa vie. Il croisa son regard.

« Vous ne m'y obligez pas. Mais je ne pourrais plus vivre si je n'essayais pas et que Lord Voldemort prenne le pouvoir par ma faute. Allons-y, mesdames. »

Albus Dumbledore avança résolument hors de la sécurité des piliers de la maison. Laurianne voulut le suivre mais il l'en empêcha d'un geste. Il savait parfaitement que la jeune femme pouvait canaliser la magie vers lui sans être vraiment à ses cotés. Elle ressentit une sorte de cassure. Elle savait qu'ils devaient faire quelque chose, que sinon les conséquences seraient terribles. Mais elle regrettait maintenant d'avoir informé le vieil homme de cette possibilité. Ils auraient trouvé autre chose. Elle l'envoyait à la mort. Ses dernières bribes d'innocence s'envolèrent, lui laissant un goût amer. Elle ne pourrait plus jamais trouver que le sacrifice était beau et noble. Il n'était que nécessité et souffrance. Remus lui pressa la main. Levant le visage vers lui, elle croisa son regard. Ses yeux brillaient un peu trop. Lui aussi avait compris, comme tous ceux présents, qu'ils assistaient à la dernière grande action d'Albus Dumbledore. Elle ne devait pas flancher ; elle devait faire honneur à ce qu'il allait accomplir. Laurianne se redressa, fermant un instant les paupières pour se connecter à la force vive qui coulait dans la terre. Elle attira progressivement toutes ses compagnes dans une union mentale surréaliste. Elle se rendit compte que Remus était toujours présent dans son esprit, ébahi de ce qu'il percevait, mais il était trop tard pour l'exclure du lien. Canalisant l'énergie directement à travers son propre corps, elle la dirigea vers le Directeur.

Le vieil homme se sentit revivre, exalté par la force qui coulait en lui. Il chercha la faille dans les multiples sorts placés là par son ancien élève. Il sentit vaguement, quelque part dans la fusion mentale dont il faisait partie, que quelqu'un sondait avec précaution l'intérieur de la maison, cherchant les deux captives. Alors qu'il venait enfin de trouver l'anomalie qui lui permettrait de renverser les protections, un cri d'avertissement retentit simultanément dans leurs esprits liés. Une des prêtresses avait capté les pensées d'un des mages noirs à l'intérieur.

« Arrêtez !!! Un piège, c'est un piège ! Elles ne sont pas là ! Si les barrières tombent, toute la zone sera détruite »

Dumbledore retint de justesse l'énergie crépitante qui allait frapper la porte. Il sentit son corps se tordre et il serra les dents sous les ondes de souffrance qui le traversèrent. Il suivit Laurianne qui forçait sans pitié l'esprit mal protégé de l'un des Mangemorts présents. Il découvrit sa fierté démente de se sacrifier pour servir les plans de son Maître. Les gens de l'Ordre allaient périr pendant que le Seigneur des Ténèbres assurerait sa victoire définitive sur les sorciers. Ils avaient bien travaillé ; leurs adversaires étaient visiblement persuadés que leur captive était ici, dans le quartier général de Lord Voldemort. L'homme se rengorgea. L'idée de son Maître était sublime. Personne ne pourrait jamais trouver leur véritable repaire. Ces misérables magiciens de pacotilles n'avaient pas assez d'imagination pour deviner qu'ils se cachaient sous leur nez. Dumbledore vit une fugitive image de la véritable cachette de Voldemort et se glaça. Ils n'arriveraient jamais à temps. Dorilys allait céder et c'en serait fini de tout espoir. A moins que... Son corps était prêt à craquer sous la pression monstrueuse de toute la magie qu'il avait reçue mais elle pourrait lui permettre de réussir son plan. Il saisit ses alliés et transplana, relâchant l'énergie destructrice sur les défenses et abandonnant les Mangemorts à leur destin. Sous le choc de l'arrivée, personne n'eut le temps de rattraper le corps sans vie d'Albus Dumbledore.

Fin du vingt-troisième chapitre.

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