Chapitre un :

Pour être deux.

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Trois fois,

Rien de nos vies,

Trois fois rien,

Comme cette mélodie,

Ce qu'il reste de nous deux...

Chanson Triste, Carla Bruni.

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Cela faisait près de deux heures qu'Hermione attendait, droite et stoïque, l'arrivée du hibou de Poudlard. Il était quatre heures du matin, le Terrier était silencieux, et de toute façon, elle ne pouvait pas dormir. Elle se trouvait proprement ridicule, à presque dix-huit ans(1), d'être aussi nerveuse le jour de la rentrée. C'était cependant sa dernière rentrée, et Hermione voulait être aux premières loges pour savoir si oui ou non elle était préfête-en-chef. Depuis sa première année, l'idée la taraudait, et en troisième année, quand elle avait vu l'insigne brillant de Percy, elle mourrait de jalousie. A présent, elle voyait plutôt ça comme un poste d'autorité peut-être utile dans sa vie future, ou en tout cas un moyen pour elle de vivre pleinement sa dernière année à l'école. Car contrairement à ce que d'autres auraient pu croire, elle n'avait aucune envie de la quitter. L'école, les études, les professeurs, la bibliothèque, c'était son élément à elle.

Un bruit étrange coupa court à ses réflexions. Le soleil s'était presque levé, et à présent elle distinguait trois petits points au loin, dont elle était sûre que c'étaient des hiboux. Elle se leva d'un bond, et, anxieuse, d'accouda à la fenêtre, campée sur ses jambes tel un joueur de base-ball. Les hiboux ne semblaient pas pressés, si bien que les points noirs grossissaient à une vitesse d'escargot. Quand enfin, ils furent parvenus à la fenêtre, ils s'engouffrèrent dans la cuisine, tournoyant lentement autour de la table, comme pour faire durer le suspense. Hermione, qui n'était pas d'humeur joueuse, attrapa les trois lettres au vol et monta quatre à quatre les marches jusqu'au grenier.

- Ils sont arrivés ! S'exclama-t-elle en entrant dans la chambre de Ron.

Elle ouvrit brusquement les rideaux tirés, et ignorant les cris de protestations, rabattit les couettes, impitoyable. Tous deux, en pantalon de pyjama, lui lancèrent des regards hostiles avant de s'emparer de leur lettre. Hermione déchira avidement l'enveloppe avec les dents, et pendant deux horribles secondes, elle eut peur d'avoir mangé la lettre. Seulement, à peine eu-t-elle ouvert l'enveloppe qu'un éclat doré passa devant ses yeux, puis un petit objet tomba sur ses cuisses. Baissant les yeux, elle ouvrit grand la bouche, poussa un hurlement presque bestial, et se mit à sauter dans toute la pièce.

- Plait-il ? Dit Ron en levant les yeux vers elle, l'air toujours aussi peu amène.

- JE SUIS PREFETE-EN-CHEF ! S'égosilla-t-elle.

- Hermione, s'il te plait, arrête de hurler.

- Je ... Suis ... Préfête... En ... Chef !, Répéta-t-elle, un air béat sur son visage aux joues roses.

- Tu parles d'une surprise, marmonna Ron.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis qu'Hermione avait enfin atteint son ambition. Droite comme un piquet sur le quai neuf trois-quarts, son chariot bien rangés et ses cheveux attachés en chignon, elle avançait d'un pas conquérant provoquant les grommellements de ses deux amis.

- Tu peux pas marcher moins vite ? Râla Ron.

- Non. Je dois être en première dans le train pour veiller à ce que les élèves ne s'entre-tuent pas à chercher un wagon.

Ils arrivèrent enfin devant la locomotive. Pendant que Ron et Harry discutaient avec les Weasley, Hermione dit au revoir à ceux-ci, et monta d'ores et déjà à l'avant du train. Elle installa sa valise dans le porte-bagages de l'immense compartiment des préfets, et ressorti pour canaliser les arrivées. Elle fut cependant très vite dépassée, et commençait à attendre impatiemment son homologue masculin, qui tardait visiblement à arriver. Enfin, tout le monde fut installé, sans autre signe de vie du préfêt-en-chef. Soupirant, elle se glissa dans son compartiment, maintenant occupé par les vingt-deux préfêts de cinquième, sixième et septième année. Pourtant, en comptant le nombre de personnes présentes, elle tomba à vingt-trois. Haussant un sourcil, elle lança un coup d'œil circonspect aux préfêts de septième année. Ils étaient quatre. L'un d'eux était forcément son condisciple. Elle scruta attentivement les visages d'Anthony Goldstein, de son ami Ron, et d'Ernie Macmillan. Ce n'était pas Ron, elle le savait, et si Ernie avait eu ce privilège, il aurait probablement campé dans le train pour la réunion d'information. Ignorant le quatrième préfêt, elle se tourna avec espoir vers Anthony.

- Tu es le nouveau préfêt-en-chef ?

Lorsqu' Anthony hocha la tête de gauche à droite, Hermione comprit que sa dernière année était loin d'être celle où elle allait l'éviter.

- C'est moi, dit une voix douce, presque un murmure.

Sans un regard vers la Gryffondor, Drago Malefoy se leva, et salua les élèves. Hermione fut encore une fois surprise de sa haute taille. L'été avait eu raison de ses derniers traits enfantins, et Malefoy ressemblait de plus en plus à son père ; son visage en pointe était légèrement plus carré, ses yeux bleus translucides avait viré à un gris métallique, orageux. Son teint était encore plus pâle, et les cheveux qui tombaient devant ses yeux d'un blond presque blanc. Seules ses lèvres rosées et ses yeux enchâssés dans un amas de cils d'un noir de jais tranchaient sur sa peau diaphane. C'était dans des moments qu'Hermione se laissait aller à comprendre ces filles qui s'évanouissaient presque sur son passage : c'en était bel et bien fini de la petite fouine. Malefoy était grand, les épaules larges, le corps mince pourtant musclé. Lui qui avait toujours préféré grimper par ruse que de s'élever par force avait trouvé une arme bien plus efficace que sa vanité : il en imposait. Son aisance déstabilisait quiconque le croisant. Son pantalon gris lui donnait de la dégaine, et sa chemise blanche ne faisait qu'accentuer son allure. Sa cravate et l'écusson sur sa poitrine achevaient de nous impressionner. Car si il y avait une chose que Drago Malefoy avait bien intégrée, c'était la présentation.

- Bien, heu... Nous pouvons commencer, dit Hermione d'une voix qui lui parut bien pathétique.

La réunion d'information était terminée depuis une heure, et Hermione était à présent assise dans le vaste compartiment, un album photo sur les genoux. Elle avait immortalisé ses vacances : un mois en Grèce avec ses parents, d'où elle avait ramené un bronzage tenace, et aussi des photos du Terriers, certaines vieilles de plusieurs années, d'autres d'à peine quelques jours. Elle ne pu s'empêcher de sourire devant une photo d'Harry, Ron, Luna, Neville, Ginny et elle, en cinquième année. C'était à peine deux ans auparavant, et ça semblait à des années lumières. Qu'es-ce que Ron avait mûri ! Et combien Harry avait grandi ! Et Ginny ! Elle était devenue une véritable femme. Même Neville et Luna, toujours égaux à eux-mêmes, avaient changé. Et elle ? Avait-elle changé ? Elle s'observa d'un œil qu'elle espérait objectif. Elle n'avait pas tellement grandi, elle avait toujours été petite. Ses yeux semblaient avoir grandi, ses lèvres rosi. Elle avait le visage bien moins poupon, les pommettes plus saillantes. Ses cheveux étaient plus longs d'une dizaine de centimètres, et étaient moins indomptables. Elle avait prit des formes, bien sûr. Il était temps, disait sa mère.

Oui, tout le monde avait terriblement changé. Elle tourna la page, et vit une photo d'elle prise par Luna. Elle se rappelait très bien de ce jour-là, la neige tombait en flocons doux sur le château, et ils avaient profité de la récréation pour faire un bonhomme de neige à l'effigie de Ron. Le cliché la montrait en gros plan, les cheveux pleins de flocons de neige, un large sourire, et les joues roses. Elle aimait bien cette photo, prise par une amie, un jour où elle s'était vraiment amusée. Le sourire n'était pas faux, et on décelait dans l'éclat de rire une réel bonheur. En effet, l'Hermione de la photo riait, inlassablement, agitant la main vers l'objectif. Elle remarqua alors une forme à l'arrière-plan, quelqu'un les observant de loin. Elle sorti sa baguette de la poche de sa veste et tapota légèrement la forme indistincte, qui se rapprocha, jusqu'a occuper entièrement le cadre, la bordure lui arrivant aux épaules. Drago Malefoy avec deux ans de moins, lui lançait un regard noir. La bouche en une moue boudeuse et les mains dans les poches, il contemplait l'Hermione du cliché avec une apparente mauvaise humeur. Et lui, avait-il changé ? Elle leva les yeux vers le Drago Malefoy qui lambinait sur une banquette devant lui, plongé dans un petit livre noir relié plein cuir. Il ne sembla pas remarquer son regard, ou alors il s'en fichait. En effet, il avait changé lui aussi. Plus grand. Plus viril. Plus beau. Le regard d'Hermione du être persistant, car il finit par lever les yeux vers elle en levant un sourcil interrogateur qui n'avait rien d'amical.

- Granger, qu'es-ce que tu veux ? Siffla-t-il d'un air venimeux.

- Rien, souffla-t-elle, avant de se tourner paresseusement vers la fenêtre.

Haussant encore plus les sourcils, Malefoy retourna à sa lecture.

Hermione était exténuée. Il était huit heures du soir, et elle mourrait de faim. Elle aiguillonnait patiemment (ou pas) les élèves du hall d'entrée vers la Grande Salle, nullement aidée par son partenaire qui ne faisait qu'attirer les œillades passionnées des jeunes premières années dans parvenir à les faire bouger d'un pouce. Enfin, quand tout le monde fut assis, ils refermèrent les portes, et partirent s'asseoir sans s'adresser un regard.

A la fin du repas, il fallu évacuer la pièce, veiller à ce que les préfêts de chaque maison s'occupent de leurs camarades, et refermer les portes une fois de plus. Hermione aspirait ardemment à aller se coucher, mais elle n'eut pas cette chance : McGonagall passa les chercher, et les emmena dans son bureau. Pendant une heure, ni plus ni moins, elle leur serina leurs droits et surtout leur devoirs en tant que préfêts-en-chefs. Ils devaient notamment faire des rondes ensemble tous les soirs, en alternance avec Rusard et les préfêts, (Hermione frémissait rien qu'a l'idée) aider les professeurs à la vérification des autorisations de sortie à Pré-Au-Lard, et tenir certaines heures la bibliothèque, lorsqu'une classe n'avait pas cours. Après avoir ânonné durant une heure tout ce qu'Hermione savait déjà, elle les libéra. Ils se séparèrent sans un mot dire, lui filant vers les cachots et elle vers son dortoir. C'est seulement dans son lit qu'elle réalisa qu'ils avaient passé presque toute leur journée ensemble, sans une fois se disputer.

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(1) Oui, Hermione est née le 19 septembre, et d'après JKR est rentrée à Poudlard à presque douze ans (car on ne peut pas y rentrer avant onze ans, et que l'année d'avant, elle ne les aurait pas eu tout à fait). Elle a donc presque un an de plus qu'Harry.

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