Prompt : Couleurs
Personnage(s)/Pairing : Eyes et Kanone, mentions de Rio, Kiyotaka, Kousuke, de chats et d'un canari.
Rating/Warning : PG (sous-entendus de shounen-ai et de violence, et dernier drabble inspiré par l'ED de l'anime)
Notes : 8 x 100 mots, même si j'ai dû me battre pour le nombre de mots de certains, et pour qu'il n'arrive pas malheur au canari.
Oubliez que le brun et le rose existent, et ne me demandez pas pourquoi certains drabbles sont si centrés sur la couleur et d'autres la mentionnent juste en passant ; ni pourquoi ces gens passent leur temps par terre.
(blanc)
Eyes est tombé - ou, plus exactement, Kanone l'a poussé, dans une bousculade amicale et un grand éclat de rire. Il reste allongé, le nez dans la neige froide et humide.
— Héé, tout blanc comme tu es, sans tes vêtements on ne te verrait plus, fait remarquer Kanone sans raison apparente.
Eyes lui jette un regard agacé.
— Sans mes vêtements, j'attraperais un rhume, rétorque-t-il en se relevant enfin.
Kanone lui tire la langue et époussette la poudre blanche de sa veste, mais ne fait pas mine de s'excuser.
— Elle est grise, de toutes façons, murmure-t-il.
(bleu)
Il y a le ciel ; une étendue sans fin, perpétuellement là et pourtant hors de portée en même temps. Parfois il lui semble qu'il pourrait s'y noyer, mais il n'arrive jamais à l'atteindre.
Il y a la mer ; l'eau, source de toute vie, là où tout commence et où il voudrait finir. Là, il pourrait se noyer beaucoup plus facilement, mais il ne peut pas encore : il n'est pas encore temps.
Il y a les yeux d'Eyes, où il s'est déjà noyé depuis longtemps et dont il ne veut jamais être sauvé.
(vert)
Kanone a un jardin gigantesque, et il en profite dès le premier après-midi vraiment ensoleillé de l'année.
Son meilleur ami se laisse tomber à plat dos par terre, à côté de lui. L'herbe folle caresse la peau de son ventre que révèle son débardeur ; Kanone observe la chose avec intérêt.
— C'est le printemps, murmure-t-il tranquillement.
Eyes ne comprend pas, ou ignore, son sous-entendu, et arrache une poignée d'herbe pour la regarder au soleil.
— "Vert, j'espère," dit-il, pour une raison ou une autre.
Kanone étouffe un reniflement amusé.
— Tu espères quoi ?
(jaune)
— Mais pourquoi un canari, d'abord ? Elle a bien vu ce qui est arrivé au poisson rouge —
— L'incident poisson rouge ne se reproduira pas.
Kanone déglutit.
— Je suis responsable des chats que je recueille, pas de l'évolution naturelle ! Pourquoi Rio ne peut pas offrir des cactus ?
Eyes soupire et écarte résolument un des protégés de Kanone de la nouvelle cage à oiseau.
— Pour faire plaisir, j'imagine, après tout elle m'aime bien...
Il croise les yeux de Kanone, jaunes, brillants, jaloux, prédateurs. Il connaît ce regard.
Et il comprend soudain parfaitement le sentiment du canari face aux chats.
(orange)
Kanone est vautré sous le kotatsu avec un panier de mandarines; des bouts de peau s'amoncellent autour de lui et du jus parfumé dégouline de son menton.
— Tu en mets partout, le rabroue Eyes.
Kanone sourit et se redresse, attrape sa manche et le tire par terre avec lui.
Le temps d'un interminable battement de coeur que celui d'Eyes manque, il croit que Kanone va l'embrasser.
Kanone dépose un quartier entre ses lèvres, puis le repousse délicatement avec un petit rire insouciant.
Eyes mâche et avale lentement, mais le goût est bizarrement amer dans sa bouche.
(rouge)
Kanone frotte une manche sur son visage et sourit, et tend une main à son ami pour l'aider à se relever. L'autre garçon à terre ne peut pas détacher ses yeux de la tache qui se répand avec le mouvement. Avec quelque chose de proche de la fascination, il regarde l'éclaboussure s'étendre sur la joue, dégouliner en mince filet sur la gorge, teinter les cheveux qui effleurent le visage, maculer le tissu blanc et coller aux doigts.
La main tendue est poisseuse, mais Eyes la prend sans hésiter, et regarde le rouge colorer leurs doigts entrelacés.
(violet)
Il n'y a pas vraiment de justification aux montagnes d'iris violets qui s'épanouissent dans tous les coins de son appartement, à part qu'Eyes n'a pas le coeur de jeter ceux que Kiyotaka lui envoie régulièrement. Et puis Rio les aime bien. (Et Kousuke les déteste.)
Le bonheur de celui qui a la foi, dit Kiyotaka.
De la foi, il doit bien en avoir encore un peu, puisque le jour où il trouve sur sa table une unique fleur et un mot d'une écriture familière, il ne se rappelle pas avoir été aussi heureux depuis longtemps.
(noir)
Tout est noir aux yeux d'Eyes, mais pas naturellement. Le bandeau de soie est noué serré autour de sa tête, le contact du tissu à la fois agréable et douloureux. Eyes ne voit rien, mais quand il lève lentement une main, sent des doigts se refermer autour de son poignet, un bras autour de sa taille.
Et puis la respiration de Kanone dans son cou et son oreille, sa chaleur contre lui ; son visage enfoui dans ses cheveux ; ses lèvres, tout près de sa peau. Son sourire dans sa voix, dans la façon dont il murmure son nom.
Eyes,Eyes...
