Titre : Roi Houx, Roi Cerf (Comptine de Yule)
Spoilers : Harry Potter (livres 1 à 7 – cet OS n'a rien à voir avec la comptine des Dix Petits Serpents, la comptine de « Roi Houx Roi Cerf » et le texte qui l'illustre appartiennent juste eux aussi au recueil des Comptines Cruelles)
Disclaimer : L'univers de HP appartient à sa créatrice, J.K.Rowling, qui a tous les droits dessus, je ne fais que les emprunter pour mon pur divertissement ; la comptine est de mon invention ; les mythes autour du solstice d'hiver sont à tout le monde.
Personnages : Luna, la famille Lovegood, la famille Malefoy
Genre : gen, angst, humour, et une pincée de romance het (si on veut creuser dans cette direction)
Rating : K (PG)
Remarque : fic écrite pour Ezilda dans le cadre de sous-le-sapin (communauté consacrée à un échange de fics HP à l'occasion de Noël).
O'o'O
Noyez bougies et flambées,
Aussi loin que le sol put le porter
Il s'est enfui le Roi Cerf.
Un deux trois, ni toi, un deux trois, ni moi.
Qui donc le rattrapera ?
De la main de son frère il mourra !
Un deux trois, le Loup c'est toi !
En cette nuit, la plus longue de l'année, les trois affreuses femmes étaient venues tour à tour la tenter.
La plus jeune avait promis monts et merveilles, des cadeaux étalés dans le salon par milliers, le plus bel arbre du monde par des fées illuminé et le sourire de son père, son plus grand sourire, celui qui faisait pétiller ses yeux lorsqu'il lui racontait pour l'endormir les mille et une aventures secrètes des Ronflaks Cornus, celui qui la faisait rire de bonheur, blottie contre l'oreiller. Ce fut facile de refuser. Elle ne sortirait pas. Le mensonge était si évident : comment son père pouvait-il se réjouir ? Maman venait de mourir. Pas juste de disparaître, de s'en aller, de partir, comme ils disaient tous. Mourir, ce n'était pas transplaner comme pour aller visiter les plus étranges boutiques de l'Allée de Traverse, c'était convulser jusqu'à ce qu'on devienne tout bleu, tout froid, tout blanc, rigide, parcheminé. Elle l'avait vu.
Non, son père ne pouvait pas être joyeux, il avait pleuré, pleuré tant et plus. Elle n'aurait pas cru que les adultes avaient encore autant de larmes. Elle regretta d'avoir déjà gaspillé les siennes pour des choses aussi futiles qu'ingurgiter sa purée de navets, faire de mauvais rêves, continuer à creuser le jardin en quête de gernumbli, désespérer d'avoir des yeux dont nul ne se moquerait, obtenir une quatrième histoire du soir, une cinquième, une sixième, une... Assurément, elle les avait déjà toutes épuisées car elle ne put que crier.
Le bruit avait fait accourir son père depuis la salle à manger. Il avait celé leur cave, la pièce préférée de Maman, à cause de tous ses livres, pas à cause du froid. Il l'avait serrée fort, à genoux, presque trop fort, enfonçant son visage contre son omoplate. Il s'était effondré tout autour d'elle. Il avait continué à s'effondrer après aussi.
C'est pour ça que les trois affreuses étaient venues s'installer chez eux. Peut-être même que son père lui serait arraché à son tour. Peut-être qu'elles l'emmèneraient au loin, à St Mangouste, à Londres, sous terre. Sûrement, ils les sépareraient. Elle serait confiée à un autre foyer. Quand ils croyaient que Luna ne les écoutait pas, ces austères caricatures d'êtres vivants, les portraits aux traits cadavériques d'enterrement, en avaient devisé jusqu'à plus soif. Un jour, elle les brûlerait tous pour les remplacer par des tableaux aux couleurs les plus éclatantes imaginables ! Un jour, mais un autre jour, car il fallait d'abord terrasser les intruses. Elle leur claqua la porte de sa chambre au nez.
La cadette était venue alors la raisonner. Si le choc peut excuser beaucoup, le chagrin n'excuse pas la malice, avait décrété l'horrible femme d'une voix mesurée. Il fallait raison garder. Elle voyait bien que Luna faisait exprès de faire tout de travers : parler très vite à l'envers quand on lui posait des questions, prétendre que son collier de saletés était le seul bijou qu'elle pouvait porter, s'habiller n'importe comment à en faire mal aux yeux ou répéter jusqu'à plus soif les pires affabulations sans en comprendre les implications. Et, ce faisant, elle causait du mal, alors que Luna devait aider son papa, non l'encourager à dévaler plus avant cette mauvaise pente. Luna devait se fier à la raison. Luna devait être une petite fille réfléchie, sage et sensée comme sa pauvre maman qui avait tant œuvré pour le bien-être du monde sorcier. Ce pauvre Xenophilius manquait de perspective. Le chagrin obscurcissait sa logique. Il lui fallait réaliser que le Ministère n'y était pour rien, que les langues-de-plomb n'y étaient pour rien, que nul n'était responsable, que c'était un accident.
« Un tragique accident », avait répété plusieurs fois la méchante sorcière d'un ton docte, comme si cela expliquait tout, comme si Luna devait avoir plus foi en ça qu'en son papa. Elle n'avait jamais rencontré cette fameuse raison et elle ne l'aimait pas beaucoup d'avance. Son papa, elle le connaissait, elle l'adorait. Il l'adorait aussi, puis Maman aussi, bien sûr, même lorsqu'il avait tempêté contre ceux qui avaient insisté, insisté tant et plus, pour que le nouveau sort soit enfin au point.
« Maman m'a toujours dit de me méfier des inconnus, énonça-t-elle avec joie. C'est bien plus logique de croire tout ce qui sort de la bouche de Papa. »
« C'est lo-gi-que », articula-t-elle une deuxième fois avec soin, très fière. Elle avait trouvé la clef. Elle avait vaincu la seconde mégère.
La plus vieille vint enfin la cajoler. Luna n'avait rien d'une petite sotte, comme l'autre l'avait bredouillé de sa bouche pincée derrière la porte à triple tour fermée, elle connaissait tous les contes par cœur, la troisième épreuve serait la plus éprouvante. Et ardu, cela fut.
« Ma belle enfant, chuchota la sorcière d'une voix chevrotante, tu dois venir, tu dois descendre, car, aujourd'hui est la nuit la plus longue de l'année. Oui, tu connais tes contes, ma petite. Tu n'ignores pas que l'on abat en ce jour le Roi Houx, le Roi Loup, le Seigneur des Ténèbres. Mais sais-tu ceci ? Quand l'on vainc son emprise, parfois les morts reviennent veiller sur ceux qu'ils ont tant aimés : les fantômes naissent quand quelque chose les retient, et beaucoup de choses retiennent encore ta maman ici. Viens, mon enfant, viens. Il faut allumer toutes ces lampes de ta main pour que ta maman retrouve le chemin de la maison, pour que ton papa retrouve le sourire. Il faut venir manger, ma fille. Après un bon repas, tu iras verser le lait sur le seuil pour appeler les âmes des défunts lorsque le soleil renaîtra des entrailles de la terre. »
Pouvoir revoir sa mère, juste même pouvoir se l'imaginer sans que ces horribles convulsions ne viennent tout gâcher, promis, elle ne demanderait jamais rien de plus au Grand Cornu des Ronflaks. L'apercevoir plisser les yeux de joie et tous ces petits gestes que Luna oubliait déjà, l'écouter lui raconter des histoires, prévoir leurs prochaines vacances aux Galápagos, ce serait si merveilleux ! Et les fantômes ne pouvaient plus mourir... Ce serait parfait !
Elle penserait à bien tout noter cette fois-ci, quelles recettes de soupe aux Boullus d'eau douce Maman préférait, à quels jeux Maman jouait enfant, comment Maman ne s'était pas laissé faire par les gens qui voulaient la faire travailler loin de chez eux, quand Maman avait triomphé du terrible cousin deux fois plus grand qu'elle, où Maman avait rencontré son premier amoureux… Tout, absolument tout.
Et elle ne prétenderait plus jamais qu'elle était trop grande, que c'était pour les bébés, parce que les petits voisins avaient levé le nez à la seule idée. Elle lui ferait des câlins tous les jours, puis, le soir, toute blottie sous son édredon, elle frotterait à nouveau son nez contre le sien avant de sombrer dans les plus beaux rêves du monde.
C'est alors qu'elle se rappela que les fantômes, nul ne pouvait les toucher, les toucher vraiment. Son nez passerait à travers. Ce serait en vérité la pire des tortures que de voir sa mère tous les jours, toutes les heures, sans pouvoir l'étreindre. Elle se cramponna soudain à la poignée à moitié tournée.
« Les fantômes ne sont plus solides, c'est pourquoi ils ne peuvent plus mourir, murmura-t-elle.
— Oui, susurra l'atroce vieille, oui, tout ira bien, mon enfant, ouvre donc, viens avec nous. »
Ils ne peuvent plus mourir. Ils restent sur terre. Il faudrait que son papa devienne un fantôme alors à son tour, et elle aussi, et tous les gens qu'elle aime. Cela ne marchait pas comme ça, sinon la terre entière serait couverte de fantômes. Il y aurait les fantômes de ses grands-parents, de ses arrière-grands-parents et tous ceux d'avant encore qui trotteraient partout dans la maison. Elle n'avait jamais vu le moindre fantôme chez eux. Elle avait bien failli faire la pire erreur qui soit. Elle s'arc-bouta contre la porte.
« Je ne veux pas retenir maman. Je veux la retrouver après. Je suis sûre de la retrouver après, j'y crois, j'y crois. Vous n'êtes que des menteuses ! Et Maman ne m'a jamais menti pour me faire manger ou descendre ou parler ou rien du tout. Je vous refuse, je vous renie et vous devez partir !! » hurla-t-elle de toutes ses forces.
Avec un peu de chance, Papa entendrait.
Quoiqu'il arrive, les affreuses ne pourraient pas la forcer. Nul ne la forcerait plus à faire ce qu'elle savait au fond, tout au fond d'elle, ne pas être juste.
Ma mère je vous salue,
Le Roi Chêne à temps je trancherai.
Et ma mie je vous salue,
Dans les ténèbres m'accompagnerez.
Ma mère je vous salue,
Le Roi Houx cette nuit je couperai.
Et ma mie je vous salue,
Sous sa couronne vous embrasserai.
Le lendemain matin, son ventre gargouillait famine. Elle descendit en catimini se faire le plus énorme petit déjeuner du monde. Prunes dirigeables confites, sirop de citrouille et chocolat. Puis une salade de ravegourde avec une montagne de crêpes au raifort, puis... Les trois mégères avaient disparu. Elle jeta un coup d'œil dehors, au cas où ce fût un piège.
Il y avait un fastueux carrosse tout d'argent et de bois ciselé à leur porte. Elle prit peur. Elle courut jusqu'au bureau de son père. Il n'était plus prostré dans son fauteuil. Il écoutait un grand monsieur aux traits durs, raide comme sa canne, d'un air aussi dégoûté que lorsqu'il se forçait pour lui prouver que les salsifis, c'était comestible. Les sorcières avaient peut-être appelé à l'aide. C'était sûrement des renforts !
Elle se glissa subrepticement à l'extérieur. S'ils avaient un moyen de locomotion, ils n'avaient pas de portoloin. Si elle sabotait leur carrosse tout moche, ils ne pourraient pas l'emmener aussi aisément. Si seulement elle pouvait persuader ces chevaux ailés d'aller brouter plutôt l'herbe près de Bottom Bridge ou plus loin encore, loin de leur maison, le plus loin possible ! Elle pourrait aller cueillir des pommes et les attirer dans la bonne direction avec. Oui, un prince avait utilisé cette astuce dans un des contes de Papa. Ailé ou pas, squelettique ou pas, un cheval restait un cheval !
Elle frotta consciencieusement le fruit contre sa robe à pois jusqu'à ce qu'il brille de mille feux. Il fallait que ça soit le plus attirant possible. « C'est bien l'équivalent d'un arbre de Yule combiné avec une montagne de cadeaux, une belle pomme comme ça ? Si tu me suis, je sourirai même pour toi mon plus beau sourire » chuchota-t-elle en la tendant à l'animal le plus proche.
« Sûrement pas, à moins que tu sois une rouquine », l'interrompit une voix aussi fluette qu'autoritaire qui lui fit lâcher le fruit de peur.
Est-ce que c'était un gernambli magico… magilisor…, ceux qui avaient plein de pouvoirs magiques ignorés des sorciers ordinaires ! Et toutes les sortes de gernambli adoraient les pommiers de leur jardin, c'était certain. Les légendes stipulaient qu'il fallait avoir beaucoup d'esprit pour leur arracher un marché. Elle en aurait ! Elle avait triomphé des trois affreuses, le gernambli ne ferait pas le poids… Déjà qu'un gernambli était tout petit. Elle jeta un coup d'œil discret par-dessus son épaule. C'était bien petit, enfin, aussi petit qu'elle, mais ça n'avait hélas, trois fois hélas, absolument rien d'un gnome, à part le nez pointu, trois fois trois hélas...
« Hé ! hé, tu ne vas pas te mettre à pleurnicher, dis ? Déjà que c'est mortel ici, mortellement ennuyeux. Je déteste les filles geignardes, moins que les Weasley, non, pareil. Tu n'es pas une rouquine, alors tu ne dois pas pleurer non plus. Tu dois arrêter maintenant tout de suite. »
Comment osait-il la comparer à ces garçons du Terrier qui s'amusaient toujours entre eux sans la voir ou qui se mettaient à rire sous cape dès qu'ils l'apercevaient ? Elle avait promis qu'elle ne leur prêterait plus la moindre attention.
« Les garçons du Terrier, je ne les aime pas beaucoup », conclut-t-elle à voix haute.
Cela devait être un sésame quelconque car ce garçon-ci lui rendit un sourire éclatant, si éclatant qu'elle décida de lui prêter sa robe couleur soleil s'il venait à sa rescousse. Les héros avaient toujours un compère qui surgissait pour les aider. Elle aurait toutefois préféré un gernambli, ou, à défaut, un Loup Bleu des Carpates voire un Héliopathe, une…
« Qu'est-ce que tu faisais ? poursuivit-il d'un même souffle impatient, qui es-tu ? À qui tu veux sourire ? Pourquoi ? Puis à qui tu parlais ? Pas à moi, et je suis Dr…
— La pomme va déplacer le carrosse, expliqua-t-elle d'un ton docte.
— … l'année prochaine, j'entrerai à Poud… Quoi ? Tu crois que ce truc tout ridé est magique ? C'est…
— Crétin. Cela va de soi. Les pommes enchantées, ça n'existe que dans les légendes des moldus. En fait…
— Oui, oui, bien sûr, je le savais, ces idiots, tout le monde sait ça.
— Donc, la pomme, c'est pour faire bouger les chevaux qui, ensuite, vont faire bouger le...
— Quels chevaux ?
— Ceux devant toi, bien sûr.
— Qu…
— Avec des ailes comme des chauve-souris, de jolis yeux rouges, de grandes dents…
— Tu vois les sombrals ?! Papa dit qu'on ne peut pas les voir !! Tu te vantes !
— Pas du tout ! Y a bien des gens qui doivent les voir ! Comment on leur met la longe, le mors, tout ça ??
— … je...
— Il faut bien que quelqu'un les voie !
— Avec une baguette et… un sort…, oui, beaucoup de sorts, très complexes, et...
— … et comment tu fais pour pointer la baguette dans la bonne direction si tu ne sais où ils sont ?
— … un sort, doit y avoir un sort », grommela le garçon avec une moue boudeuse.
Luna se sentit revigorée. Ce n'était pas aussi bien qu'un gnome, quoiqu'il bougonnait tout autant à présent que les petits êtres, mais il lui avait donné là un indice précieux : elle voyait des bêtes fantastiques invisibles à tout autre, à elle de faire le reste. Si le cheval noir, le sombral, comprenait qu'elle, elle le voyait, il lui obéirait peut-être plus qu'à ses méchants maîtres ? Elle se remit à agiter la pomme avec ardeur. Les animaux lui jetèrent à peine un regard. Peut-être que si elle saisissait leurs rênes ? Sauf qu'ils étaient attelés deux à deux. Il faudrait quelqu'un d'autre pour le cheval de gauche. Quelqu'un…
« … je dirais à mon père, si ce sont MES…, continuait-il à bouder derrière elle, que c'est pas juste ! Pas juste du tout que moi je ne puisse pas les...
— Oh, s'exclama-t-elle d'une voix douce en se retournant vers le garçon. Même si tu ne peux pas les voir, si veux, tu peux les toucher, tu sais. Toucher, c'est même bien mieux que voir ! ajouta-t-elle devant sa mine sceptique, la preuve… la preuve, la preuve, pense aux fantômes par rapport aux vivants… Toucher c'est le meilleur…
— Oui, bien sûr, déclara-t-il, donne-moi ta main !
— Mais…
— C'est pour les toucher ensemble ! Tu vas me guider… puis, puis… on pourra monter dessus ! Tu aimes voler ? J'adore voler ! Tes pommes par contre, ça ne marchera jamais, car ce ne sont pas des chevaux. Ce sont des sombrals. Som-bra-ls. Ils n'aiment pas le sucré, ils aiment la viande crue.
— Y a du bacon en cuisine !
— Toi tu les vois, moi je suis celui qui sait. À deux on pourra…
— … bouger le carrosse des méchants ! Les naseaux. Là, là un peu plus bas, tiens, tu sens la crinière ? Tu seras mon compère !
— … Hein ? Quoi ?
— Tu vas m'aider à triompher des vilains hommes à la barbe bleue qui enlèvent les enfants, j'ai déjà…
— Père n'a jamais enlevé personne !! C'est NOTRE carrosse ! Qu'est-ce que tu oses insi…
— Oh…
— Oui, oh. Oh. Oh. Et tu vas présenter des exc…
— Il est venu faire quoi alors chez moi?
— … quelqu'un de bien ! Il donne toujours plein d'argent pour… pour les bonnes œuvres et… et des tas de grandes choses, le… le futur du monde sorcier ! La dame qui habitait ici, Père a dit qu'elle… qu'elle enrichissait le monde par son esprit, que c'était un malheur de la perdre. Il est venu chez toi pour… oh… oh… »
Oh, le carrosse n'avait donc rien à voir avec les affreuses. Il n'y avait plus d'énigme à résoudre ni de méchants à pourfendre, alors ? Elle pourrait toujours s'amuser avec le petit garçon. Il lui avait permis de résoudre l'énigme du carrosse mystérieux et de son attelage. Il pourrait encore être son compère, son compère de jeu.
« Sincères condo… » commença à murmurer le garçon, la tête penchée, l'air constipé.
Elle l'entraîna dans la maison avec un rire joyeux. Cela devait faire longtemps qu'il attendait dehors…, le pauvre. Elle lui ferait visiter, puis ils iraient dans la cuisine prendre des morceaux de bacon.
Ils iraient jouer avec les sombrals. Ils les détacheraient de l'attelage. Ils arriveraient peut-être même à monter sur leur dos ! Son papa la féliciterait pour avoir déniché toute seule comme une grande une nouvelle bête ! Maman aurait été si fière d'elle. Elle le lui raconterait lorsqu'elles se reverraient. Elle aurait une vie remplie de merveilles pour pouvoir passer l'éternité à tout lui rapporter.
En attendant, ce serait elle qui conterait pour s'endormir les merveilleuses aventures de Petite-Luna, Visage-Pointu et les sombrals invisibles. Elle aussi, elle accompagnerait ses histoires avec des grands sourires qui feraient pétiller ses yeux. Elle devra bien s'entraîner devant la glace. Le pétillement devait être efficace.
Car, un soir, son père rirait à nouveau de bonheur.
Et, un matin, ils se mettraient en route tous les deux pour les Galápagos.
Et, un jour, ils dénicheraient ensemble des ronflaks, sans oublier les héliopathes, les gorgonyeux, les…
Allumez les brasiers,
Aussi loin que l'ombre put le cacher
Il s'est enfui le Roi Loup.
Un deux trois, ni toi, un deux trois, ni moi.
Qui donc le rattrapera ?
De la main de son frère il mourra !
Un deux trois, le Cerf c'est toi !
FIN
