Troisième partie

John se trouvait là, inanimé et allongé sur une table. Et il n'était pas seul. Cinq wraith se tenaient autour de lui. Rodney s'approcha, les braquant avec son .9mm.

-Que lui avez vous fait ? gronda t-il. Il se rendit compte qu'il n'éprouvait que peu de peur. Son inquiétude pour John surpassait la crainte. Il s'approcha et examina le visage de celui qu'il aimait. Il éprouva un sentiment de soulagement, les wraith ne l'avaient pas encore touché. Il caressa brièvement les joues pales mais n'obtint aucune réaction. Que lui avez- vous fait ? Répéta t-il en criant.

-Rien, il est seulement inconscient pour un moment encore, nous vous attendions, rétorqua une des créatures de sa voix caverneuse. Nous sommes pressés de commencer le festin mais nous savons qu'il y a encore plus de nourriture dans votre vaisseau. N'essayez pas de prétendre le contraire, nous avons capté vos transmissions et nous vous avons forcé à atterrir.

-Impossible, murmura le scientifique.

-Pauvre humain, reprit le wraith avec mépris, notre technologie est bien plus avancée que la votre. Malheureusement nous avons épuisé ce qui nous restait d'énergie pour le faire mais peut-être cela en valait-il la peine. Nous avons faim, très faim, notre faim est insatiable.

- Le signal ! comprit le scientifique, la source d'énergie c'était donc ça et cela explique que le jumper soit de nouveau... Il s'interrompit brusquement. Vous n'y entrerez pas, le défia Rodney en le menaçant de nouveau avec son revolver. Mes compagnons ne vous ouvriront pas.

-Alors nous allons nous nourrir. Retenez celui là, ordonna t-il en désignant le scientifique.

Il s'approchèrent et Rodney vida son chargeur dans la poitrine du premier wraith qui s'écroula mais il savait qu'il n'était que blessé. Il aurait fallu plus d'un chargeur pour venir à bout de ces monstres.

Les créatures l'immobilisèrent et attendirent les ordres. Leur chef se plaça devant le colonel et eut un rictus gourmand, dévoilant ses gencives noirâtres.

-Il va souffrir. Je vais le réveiller afin qu'il comprenne bien ce qui lui arrive et lui prendre année après année. Lentement. Très lentement et il finira par mourir dans d'atroces souffrances.

-John ! Rodney sentit le cœur lui manquer. Il pouvait appréhender sa propre mort mais John…John souffrir ? C'était intolérable Il ne pouvait pas l'accepter. Il ferait tout pour lui. Tout.

-Je vous propose un échange, déclara t-il froidement.

oooooooooooooooooooo

Un instant plus tard, Rodney McKay soulevait le corps inanimé de son amant et reprenait la direction du jumper, escorté par les wraith. Il arrivèrent par l'arrière de façon à ne pas être vus par les occupants du vaisseau à travers l'épaisse paroi vitrée de l'avant et s'arrêtèrent à quelques mètres. Rodney déposa John, se retourna et se saisit d'un petit objet rectangulaire accroché à sa radio. Il effectua quelques manipulations et s'adressa à leur chef.

-Je viens de déclencher un compte à rebours. Figurez-vous que ce n'est pas la première fois que nous retrouvons un de vos vaisseaux échoué et que ceux de votre race essaient de s' emparer du notre pour se sauver alors ça m'a donné une idée. Je suis un génie, vous savez et j'ai mis au point un dispositif avec un code qui, s'il n'est pas désamorcé dans les quelques minutes qui suivent le décollage d'un de nos vaisseaux, celui ci s'autodétruit en plein vol. Si vous tentez de partir avec notre jumper il explosera au bout de quelques minutes. Si vous vous attaquez à John ou moi et nous empêchez de monter à bord, je déclencherais l'explosion et vous serez trop près pour en sortir vivant. A partir de cet instant je garde le doigt pressé sur ce bouton. Si vous ne respectez pas notre marché nous mourrons tous. Eux, nous et vous.

Puis il établit la communication et s'éloigna.

-Major Lorne, ici Rodney McKay, j'arrive avec le colonel Sheppard, vous pouvez ouvrir.

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John Sheppard se réveilla lentement, vaguement nauséeux. Deux bras chauds l'entouraient. Rodney, c'était Rodney. Il entrouvrit les yeux et s'aperçut que son amant pleurait tout en le serrant contre lui. Que s'était-il passé ? Il se souvenait s'être approché du vaisseau wraith puis plus rien. Le néant. Ses yeux firent le tour du compartiment et il s'aperçut qu'ils étaient seuls, Rodney et lui.

-Rodney, demanda t-il, Rodney où sont-ils ?

Le scientifique tremblait de tous ses membres et semblait au bord de la crise de nerfs.

-Rodney ? John se dégagea des bras de son amant et se releva. Il vacilla prit de vertige et finit par retrouver son équilibre. Il s'aperçut que le jumper n'était plus au sol et flottait au-dessus de la planète. Le jumper fonctionnait de nouveau ? Mais où étaient les autres ?

-Rodney ? supplia t-il pris tout à coup d'un mauvais pressentiment. Rodney, je t'en supplie, dis-moi.

Il prit son amant dans les bras.

-Rodney je t'en prie, fais un effort, je dois savoir.

-Ils…Oh John, je ne sais pas comment te dire ça. Ils sont tous morts. J'ai fait le tour du jumper et tu avais disparu alors je suis parti à ta recherche dans le vaisseau des wraith et puis Lorne m'a contacté pour me dire que le vaisseau fonctionnait de nouveau alors je lui ai dit qu'il n'y avait pas de problème, que nous allions revenir tout de suite et qu'il se prépare à ouvrir. Puis je t'ai trouvé dans un couloir, inanimé. Rodney éclata de nouveau en sanglot et il s'effondra, secoué de spasmes. John, Lorne a dû ouvrir, il a pensé que nous revenions et il leur a ouvert la porte. Peut-être les wraith nous ont-ils entendu le major et moi quand nous parlions à la radio.

-Cela expliquerait que je sois encore vivant. Ils se seraient précipités et m'auraient gardé pour plus tard murmura John anéanti.

Les larmes commencèrent à couler et il se sentait pris de tremblements. Ce n'était pas possible, ils ne pouvaient pas être morts

John serra Rodney contre lui.

-Je t'ai porté jusqu'au jumper, John, j'ai eu si peur, balbutia le scientifique. Il n'y avait plus personne alors j'ai refermé et j'ai décollé et je les ai vu. Ils étaient…Rodney se pencha en avant, saisi de nausée. Ils étaient…ils n'en restaient presque plus rien. C'était horrible. Les wraith étaient sur eux, ils étaient occupés à les… C'est pour ça que j'ai pu entrer dans le jumper avec toi. La voix de Rodney montait dans les aigus et prenait des intonations hystériques. Ils étaient trop occupés à se nourrir, cria t-il et…

-Arrête Rodney ! hurla John en le secouant. Le scientifique le regarda en ouvrant grand les yeux et se mit à claquer des dents. John le reprit dans ses bras, tentant de le calmer, pardon Rodney, je t'aime, pardon.

Le colonel John Sheppard se releva et tenta de reprendre ses esprits. Elisabeth, Carson et Laura, Ronon et Teyla, Lorne. Tous morts. Ses amis, sa famille. Il ne pouvait pas y croire. Rodney avait pu se tromper. Il était en état de choc et avait cru voir des cadavres là où il y avait autre chose. C'était évident. Ils ne pouvaient pas être morts, ils avaient traversé trop de choses ensemble, mené tant de combats. Ils avaient ri, pleuré, enterré leurs morts, s'étaient battus et aimés. Il fallait qu'il s'en assure.

Il tituba jusqu'au poste de contrôle et reprit le jumper en main. Il descendit et le dirigea vers l'endroit où il avait atterri. A une cinquantaine de mètres il les vit. Tous les six. Il n'en restait plus rien que des corps desséchés, décharnés. La souffrance le fit se plier en deux et il se retint de ne pas vomir sur le tableau de bord.

Il détecta des mouvements et entrevit des silhouettes qui tentaient de se faufiler dans le vaisseau par la déchirure de la coque.

John Sheppard sentit la rage le saisir et un désir de vengeance monter en lui. Il déverrouilla le mécanisme qui protégeait les drones et orienta son tir vers le vaisseau wraith.

Il tira. Posément, veillant soigneusement à ce que chaque drone atteigne sa cible. Il les eut tous les cinq.

Derrière lui Rodney était toujours secoué par les sanglots et les spasmes. John s'approcha. Rodney était vivant. Toujours vivant et c'était ce à quoi il devait se raccrocher. Si Rodney était mort, il aurait crashé le jumper sur le vaisseau wraith parce que plus rien n'aurait eu d'importance. Sans Rodney il ne voulait plus vivre. La douleur était là intense, brûlante, elle le consumait mais Rodney avait échappé au carnage et l'avait sauvé, il avait risqué sa vie pour lui.

-John qu'allons nous faire ? Sanglota le scientifique.

Le militaire tenta de se reprendre. Il y avait effectivement un acte à accomplir avant de partir. Ils ne laissaient jamais les leurs derrière eux. Il serra les dents, cela allait être difficile mais il ne pouvait pas y échapper et d'ailleurs il ne le voulait pas.

-Rodney, John Sheppard le prit dans ses bras et caressa son visage, nous ne pouvons pas les laisser là, tu comprends ? Nous allons les ramener avec nous, pour eux, pour nous et pour tous les autres sur Atlantis afin que tous puissent leur dire un dernier au revoir. Ils auront des funérailles là-bas alors que si nous les laissons là j'aurais l'impression de les abandonner. Je vais me poser et les embarquer. Tu peux rester là, je m'occuperais de tout.

-Non John, je vais le faire avec toi, nous sommes deux, je t'aime, murmura le scientifique.

Les deux hommes échangèrent un long baiser désespéré. Ils se sentaient encore plus soudés par le drame et avaient besoin de sentir la chaleur de l'autre, la vie.

John posa le jumper pendant que Rodney cherchait les linceuls de toile blanche. Il s'aperçut qu'il n'y en avait que trois. Il s'empara des couvertures de survie pour compléter.

Les deux hommes se livrèrent à leur macabre besogne en silence et transportèrent les corps à bord du jumper.

-Rodney, ça va ?

Le scientifique sentit les larmes couler de nouveau. C'était un chagrin sincère. Il les avait tous aimé, ils étaient devenus sa famille, ses seuls amis surtout Carson et Elisabeth. Il avait effectué nombre de missions avec Teyla et Ronon et apprit à les connaître, les estimer. Quand à Laura qui un temps avait partagé son corps et le major Lorne, il les appréciait. A eux tous ils représentaient le cercle de ses amis et ils allaient lui manquer.

Mais John était là, lui, et dans la balance de son cœur et de son esprit les autres ne faisaient pas le poids.

Rodney se savait différent. Les normes de conscience, d'éthique et de morale qui valaient pour les autres ne s'appliquaient pas à lui. Son intelligence l'avait isolé dès le départ et il avait toujours été seul. Pendant longtemps il avait eu le sentiment d'être un monstre et en avait ressenti une immense souffrance qu'il avait dissimulé à tous, sa famille, son entourage, ses collègues et ceci jusqu'à ce qu'il rencontre John Sheppard. Il avait alors découvert l'amour. Il n'était plus seul. Son cœur s'était par la même occasion ouvert à l'amitié. Et voilà que ses amis étaient morts. Il les avait offerts en sacrifice pour sauver John.

-Rodney, ça va ? répéta John inquiet.

Le scientifique hocha tristement la tête et bientôt le jumper s'éleva de nouveau au dessus de la planète transportant sa funèbre cargaison.

John Sheppard venait de contacter la cité. La terrible nouvelle allait maintenant se répandre drainant avec elle tant de peine et de chagrin. Pourquoi était-il vivant ? Pourquoi eux étaient-ils morts? Il se sentait coupable d'avoir survécu. C'était irraisonné, Rodney lui avait tout expliqué et les évènements s'étaient inexorablement enchaînés pour les conduire vers cette fin atroce. Rodney lui même avait fait tout ce qu'il avait pu. Qu'aurait-il pu faire d'autre ? Il observa l'homme qu'il aimait, les beaux yeux tristes rivés sur lui, rouges à force d'avoir pleuré et une pensée fugitive l'effleura. Une idée vague et qui ressemblait presque à un soupçon. Se pourrait-il que..Il chassa cette pensée monstrueuse de son cerveau et l'oublia définitivement.

Il prit son amant dans ses bras.

-Rodney, mon amour, serre moi fort, j'en ai besoin.

Le scientifique le prit dans ses bras et commença à le bercer, tout doucement.

-Ssssh, ça va aller John, murmura t-il d'une voix hypnotique, ça va aller nous sommes deux, toi et moi, toi et moi, répéta t-il doucement.

John Sheppard se laissa dériver lentement au son de cette voix qui l'envoûtait. Il ferma les yeux et se perdit dans la douce chaleur de son amant n'entendant plus que cette voix tant aimée lui répéter à l'infini les mêmes mots comme un mantra apaisant.

-Toi et moi John…

-Oui Rodney, toi et moi.

FIN