Chapitre 03 - Nouvelle Version

Date : 13 mars 2007


Une simple tâche de naissance… En forme d'étoile à cinq branches…

J'avais la tête qui tournait et un peu chaud, bien que la grande salle soit relativement fraîche.

Cette tâche de naissance avait toujours été une sorte de plaisanterie dans ma famille. A ma naissance, outre le fait que je ne sois pas un fils, mais la première femelle MacKenzie à voir le jour depuis je ne sais combien de générations, cette tâche avait déjà intrigué les médecins. L'homme qui avait accouché ma mère avait même utilisé un calque afin d'en garder une trace dans mon dossier méical, certain qu'elle finirait par s'effacer avec le temps, comme c'est souvent le cas.

Mais non, vingt ans après, elle est toujours là et sa localisation m'avait valu pas mal de question. Mon étoile était placée sous mon sein gauche. Sous mon cœur, à l'abri de ma chair.

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Une fois qu'un calme relatif se soit posé lentement sur nous, toute notre tablée leva les yeux vers Dumbledore, toujours assis, et qui nous regardait avec une certaine forme de tendresse.

L'affolement qui nous avait saisit un peu plus tôt était retombé mais nous nous lancions des regards curieux, qui semblaient dire et toi ?

Encore un peu sonnée par toutes ces révélations, je ne pouvais pas empêcher ma conscience de faire concurrence à une sirène de pompier. Elle qui s'était toujours moquée de moi et de mes idées parfois fantasques, voilà qu'elle était mouchée. Le bruit me vrillait les tympans et une veine battait sur ma tempe, signe annonciateur d'une belle migraine.

A mon grand étonnement, après un signe de tête encourageant de la part du Survivant, ce fut ce Malfoy qui finit par s'avancer vers nous. Il toussota, dans une irréprochable imitation de Dumbledore, pour attirer notre attention. En quelques secondes, il obtint le silence. Il faut bien dire qu'à ce moment là, il n'avait franchement pas l'air sympathique, avec ses sourcils froncés et ses prunelles grises qui lançaient des éclairs.

"Au tout début de nos recherches, nous avons pensé que vous avez été créés (grimaces de l'assistance face à ce terme si désobligeant) pour protéger Poudlard. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que les Fondateurs n'y étaient pour rien…"

Il s'arrêta et nous jaugea du regard, longuement, un par un, essayant sans doute de déterminer l'effet que ses paroles avaient sur nous. Peine perdue, nous avions déjà pris tellement de claques depuis quelques heures que nous étions comme anesthésiés.

As t-il finalement compris que nous ne goûtions pas, plus, la plaisanterie ? En tout cas, comme Hermione avant lui, il reprit rapidement le fil de son histoire tandis que je me massais les tempes du bout des doigts, dans le vain espoir de contenir le monstre qui dévorait mon esprit.

"Comme certains d'entre vous le savent peut-être, il existe peu de lieux véritablement magiques à travers le monde. L'un de ces lieux est la légendaire Ile d'Avalon, sur laquelle vivait une petite communauté, composée des meilleurs sorciers et sorcières de l'époque, qui s'y étaient réfugiés afin d'échapper à la persécution des tout nouveaux chrétiens.

En fait, nous avons fini par découvrir, et non sans mal, que votre existence a été annoncée dès le VI ème siècle, par une prêtresse du nom de Morgause."

Le jeune blond lança un coup d'œil interrogateur en direction du Directeur, qui lui fit signe de continuer. Nous étions, pour notre part, totalement suspendus à ses lèvres.

"Cette femme, alors qu'elle venait de mettre au monde un enfant, fut possédée par la Déesse Ceridwen. Morgause était mourante mais la Magie d'Avalon lui accorda suffisamment de temps pour qu'elle puisse faire une prophétie."

J'entendis un halètement rageur mais ne pus identifier son propriétaire. Je trouvais ça stupide ; après tout, une prophétie c'était aussi fiable que la météo, non ?

"Celle-ci concernait les descendants des Prêtres et des Prêtresses d'Avalon. Afin de les protéger, leurs pouvoirs magiques furent étouffés. Il est dit que seul un grand péril pourra ranimer cette Magie." continua t-il d'une voix respectueuse.

Mouais, s'imaginer en descendants d'Avalon, ça avait quelque chose de séduisant mais, en même temps, de terrifiant. Car si c'était vrai, quel était ce grand péril ? Alarmée malgré moi, je gigotais sur ma chaise.

"Au fil du temps, la véritable histoire a été perdue mais la Légende des Enfants de Lumière est restée gravée dans le cœur des sorciers… Vous êtes, tous sans exceptions, les descendants d'Avalon. Vous êtes les Enfants de Lumière, la dernière chance du monde magique." termina t-il d'une voix plate, sans émotion particulière.

Nouvelle explosion de voix, encore plus sonore. Il était déjà difficile pour moi de croire à tout ça, j'étais alors encore pleine d'espoir à l'idée que tout ceci pouvait être un rêve particulièrement stupide, bien que très réaliste, mais là, s'en était trop pour mon cerveau surchauffé.

La migraine explosa dans ma tête comme autant de bulles de champagne et je serrais les dents. Des étincelles parcouraient mon champ de vision tandis que chaque bruit résonnait comme un tambour guerrier.

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Ce qui se passa ensuite est gravé dans ma mémoire, jusqu'à mon dernier souffle…

Le Directeur de Poudlard toussa pour attirer notre attention, tandis que Severus nous lançait des regards outragés. Il n'avait sûrement pas l'habitude que les discussions atteignent un tel niveau sonore en sa présence !

"Mes chers enfants… Maintenant que vous savez, il vous reste encore une étape à franchir. Ceux qui le souhaitent peuvent encore faire marche arrière. Nous vous ramènerons alors chez vous. Après, il sera trop tard pour nier votre héritage…"

De là où j'étais assise, je pris le temps d'examiner les visages de mes compagnons. Livides, voilà le terme qui, seul, pouvait définir ce que j'avais sous les yeux. Pourtant, dans leurs yeux, brillait un je-ne-sais-quoi qui me redonna espoir.

Comme je l'avais espéré, sans pourtant y croire tout à fait, personne ne recula. Nous, les vingt enfants de lumière présents, étions prêts à nous battre pour un monde que nous ne connaissions pas…

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Visiblement soulagé, quoique avec lui ce soit difficile à dire, Dumbeldore se leva, suivi de tous le corps enseignant et de toutes les personnes présentes.

Un mouvement léger de sa baguette, comme un roseau qui effleure l'eau, nous fit mettre en cercle. Cette initiative me tira une grimace : j'avais toujours eu horreur que l'on décide pour moi. A cause de ma migraine, ma mauvaise humeur atteignait des sommets.

"Maintenant, votre puissance va être ranimée… Prenez-vous la main…"

Avec des regards curieux, nous obéirent. Je ne put m'empêcher de pouffer en imaginant qu'il allait, lui, le vénérable sorcier, nous entraîner dans une danse autour de la pièce, m'attirant un regard amusé et complice d'Olorun. Dumbeldore rompit notre cercle, le temps de se placer au centre.

Les autres personnes présentes se rangèrent derrière nous, formant un deuxième cercle, dont l'épicentre vibrait de puissance. Je fermais les yeux, autant pour échapper à cette vision incongrue que pour contrôler la douleur, qui maintenant descendait dans mes membres comme autant de langue de feu.

Je ne pouvais voir ce qui se passait, mais je sentis mon corps frissonner, vibrer sur une fréquence extraordinaire et la main qui tenait la mienne raffermit sa prise violemment, me tirant un couinement outré.

Je me sentis tomber, une chute vertigineuse à l'intérieur de moi-même, comme si j'étais aspirée au centre de ce qui était mon être spirituel, mon âme immortelle, et je serrais les dents pour ne pas crier. Je m'étais déjà suffisamment mise en avant…

Lentement, la douleur qui m'avait envahie refluait, repoussée par une force prodigieuse et, quand je réouvris les yeux, le monstre avait disparu.

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A la place des étincelles, je découvris une grotte d'une taille inimaginable. Dumbledore, qui nous souriait facétieusement, rompit le cercle et, écartant les bras, nous présenta ce qui nous attendait.

La grotte, mais je l'ai déjà dit, avait une taille peu commune. Le plafond n'était pas visible, comme s'il n'y en avait pas. Les parois étaient lisses et brillaient doucement, nous fournissant une lumière douce et apaisante, juste ce qu'il fallait pour préserver son mystère. Le sol était élastique sous mes pieds, comme… Hé bien, je ne sais vraiment pas comment décrire ce sol, même maintenant. Une odeur flottait dans l'air, tourbillonnant autour de nous, un parfum indéfinissable mais qui me parut le plus merveilleux de tous.

Ici, tout exhalait la sérénité millénaire des choses qui savent.

Et, sur notre droite, la raison de notre venue…

Une source jaillissait du mur, comme une cascade. Elle chantait pour nous souhaiter la bienvenue, comme si elle avait su. Mais c'était impossible, n'est ce pas ?

Le Directeur de Poudlard nous fit signe d'approcher, ce que nous fîmes, mais assez lentement pour évaluer si cette eau représentait un danger. Comme si elle allait soudain jaillir du mur et se jeter sur nous. A ce stade là, ça ne nous aurait pas vraiment étonnés !

"Mes enfants, c'est un grand honneur qui vous est fait ! Vous vous trouvez juste devant la Source Magique sur laquelle est bâtie Poudlard !"

Je jetais un coup d'œil circonspect à la fameuse source, mâchonnant ma lèvre inférieure, comme toujours quand je suis prise d'une frénésie de curiosité. Ma si agaçante conscience se tenait coite et, étrangement, ça ne me rassurait qu'à moitié. Cette saleté de petite voix m'avait permis de ne pas sombrer totalement et maintenant que ma tête était silencieuse, je me sentais abandonnée.

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Un par un, il nous appela, nous faisant mettre en file indienne, face à la cascade bouillonnante. Je marmonnais dans ma barbe, pestant contre le fait qu'à part ce stupide uniforme, je n'aurais rien à me mettre une fois que je serrais trempée. C'est ce moment que choisi ma petite voix pour se rappeler à mon bon souvenir.

Au moins, ça te calmera ! Souviens-toi, Dùghall faisait pareil…

Je lui tirais la langue mentalement, mais sans grande conviction, tout mon esprit concentré sur ce qui se passait devant moi. Freya, la jeune fille blonde avec ses mèches roses, fut la première. Je m'attendais à ce qu'elle doive juste boire un peu de cette eau miroitante ou bien passer sa tête dessous, comme un baptême païen.

Mais non, ça aurait été trop simple. Elle écoutait attentivement ce que lui disait le vénérable sorcier, les lèvres pincés, les yeux brillants d'appréhension et d'un mouvement souple, disparut sous la cascade.

Après quelques fiévreuses secondes d'attente, un murmure incrédule parcourut nos rangs, car elle ne réapparaissait pas !

Aïe aïe, c'est pas bon ça ! me chuchota ma conscience, visiblement peu ravie à l'idée de tenter à son tour l'expérience. Mais bon, c'est moi qui allais devoir faire ça ! Elle, elle serait bien à l'abri dans ma tête.

Puis ce fut mon tour. Perdue dans mes pensées, je ne m'étais pas rendu compte que la file diminuait et, c'est avec une appréhension grandissante que je m'approchais de Dumbledore. Tous mes muscles étaient tendus, prêts à fuir au moindre tour suspect.

"Brianna ?"

Il posa délicatement sa main sur mon épaule, comme on touche un animal sauvage pour ne pas l'effrayer, me forçant à quitter la source des yeux, pour plonger dans son incroyable regard bleu. Vous ais-je dit qu'il avait des yeux étranges, différents ? J'avais l'impression qu'il lisait en moi, connaissait tous mes secrets et toutes mes peurs. Pourtant, je ne le ressentais pas comme une intrusion, moi qui suis (ou étais) pourtant si farouchement indépendante.

"C'est ton tour mon enfant…"

Il me sourit doucement, d'un sourire songeur, puis d'une pression de sa main sur mon épaule, me conduisit face à la source, jusqu'à ce que quelques gouttelettes s'écrasent légèrement sur mon visage tendu et probablement très pâle.

Ma petite voix s'était tue, mais je pouvais la voir claquer des dents, recroquevillée dans un coin de mon esprit. Est-ce que cela vous paraît étrange ? Probablement… Mais j'ai toujours eu une imagination débordante et, quoi de plus normal que dans une situation comme celle-ci je fasse bonne figure (j'avais été élevée comme ça) alors que je crevais de trouille ? Elle me servait simplement à canaliser ce que je ressentais, et ce, depuis toujours.

Alors que je cherchais fiévreusement un moyen de tergiverser (hurler, pleurer, frapper, courir ou n'importe quoi qui pourrait me sortir d'ici) une poussée dans mon dos me fit basculer en avant et je tombais tête la première dans l'eau bouillonnante, mon hurlement de rage (Maudit soit-il !) rapidement absorbé.

Et, pour la deuxième fois en quelques heures, je me retrouvais à plat ventre sur le sol, complètement sonnée, mais entièrement sèche…