Chapitre 04 - Nouvelle version.
Date
: 13 mars 2007.


Et, pour la deuxième fois en quelques heures, je me retrouvais à plat ventre sur le sol, complètement sonnée, mais entièrement sèche…

Autant vous dire que j'étais d'humeur massacrante !

Le passage entre les deux grottes, à travers l'eau étincelante, m'avait paru durer une éternité.

Pourtant, je sais maintenant qu'il n'en est rien. J'étais encore étourdie par tout ce que j'avais ressentis pendant ces quelques secondes et vaguement nauséeuse, comme après un tour de manège particulièrement remuant.

Des décharges électriques m'avaient traversées de part en part, insufflant en moi une énergie nouvelle. Sous mes paupières closes, j'avais été frappée par un kaléidoscope de couleurs, de sons et de sensations, tous plus déroutants les uns que les autres. Mon esprit avait tourbillonné joyeusement à travers tout ça, goûtant un son par ici, caressant une couleur par-là. J'avais explosé en autant de petites étincelles, chevauchant la Voie Lactée sur une monture de lumière. J'avais entraperçu le passé, le présent et le futur à travers un voile d'émotions toutes plus puissantes les unes que les autres. J'avais vu ma naissance et ma mort. J'avais assisté à la création de l'univers et la fin de l'humanité. J'avais vu Ceridwen me sourire, m'assurer de son amour et de sa foi en nous. J'avais vu l'espoir et la vie surgir de leurs yeux. J'avais participé à une farandole infernale avec la Mort et les démons du ciel et de la terre.

J'avais vu tout ça et j'avais peur…

xoxoxoxox

Autant vous dire que j'étais vraiment d'humeur massacrante !

Et, ce qui n'arrangea rien, c'est qu'Olorun m'atterrit dessus, brutalement et de tout son poids. C'est vrai qu'avec une stature comme la sienne -un vrai géant par rapport à moi- je ne m'attendais pas à ce qu'il soit léger comme une plume, mais je n'avais franchement pas apprécié d'être écrasée comme une vulgaire crêpe sous le corps chaud d'un parfait inconnu !

Pendant qu'il se tordait de rire sur mon dos, je tapotais le sol avec mes ongles, la mine renfrognée, préparant ma vengeance, le vouant aux gémonies. Je finis par toussoter, de plus en plus fort, pour attirer son attention et, c'est en hoquetant de rire qu'il se releva, m'attirant à lui d'une poigne à laquelle il était difficile de résister.

Je lui décochais mon regard n°8, celui qui fait se liquéfier les importuns, mais je devais manquer de pratique parce que rien, nada, peanuts, peau de balle... Ce qui en soit est assez agaçant, n'est ce pas ? Je lui montrais les dents et il gloussa de plus belle, accompagné maintenant par le reste du groupe, auquel je n'avais, jusqu'ici, prêté aucune attention.

"Tes cheveux !" finit-il par déclarer, alors que je tapais impatiemment du pied contre le sol, le corps secoué de frissons, les mains sur les cuisses et les yeux brillants.

Je grognais, de façon tout sauf élégante, et passais une main intéressée sur ma tête, palpant de-ci, de-là avec une horreur grandissante. Bon.

D'après ce que je sentais sous mes doigts, je venais d'apparaître devant eux, à plat ventre sur le sol, avec une coiffure digne des plus remarquables réveils, un lendemain de cuite sévère.
Pas de quoi être fière en somme.

Alors, dans un geste parfaitement puéril mais ô combien satisfaisant, je lui tirais la langue.

Un toussotement m'avertit que j'avais eu un spectateur de plus et je fis volte-face, prête à mordre, me retrouvant nez à nez avec le responsable. Dumbledore avait les yeux brillants et je suis certaine que sa bouche a tressaillit. Si j'arrivais à le faire rire malgré le sérieux de la situation, je devais avoir une allure encore plus épouvantable que je ne le croyais. De façon plutôt héroïque, vu mon mécontentement, je me retins de lui tirer la langue à lui aussi et me contentais de lui tourner le dos, contemplant d'un air agacé la copie conforme de notre grotte de départ.

Avec un tel vide sous ses pieds, Poudlard devrait avoir sombrée depuis longtemps… chuchota ma conscience avec aigreur. Ce qui n'était franchement pas rassurant.

Oh là là, mais dans quelle galère m'étais-je ("encore", ajouta ma si adorable petite voix) fourrée !?
Je l'ignorais avec panache, puis dénichait un coin où m'asseoir, décidée à bouder.

Oui, je sais, c'est totalement immature, j'ai honte...
Mais qu'est ce que ça fait du bien !

xoxoxoxox

A mon grand mécontentement, ce fut mon tortionnaire qui vint me décoller du mur, auquel je tentais de m'accrocher comme une moule à son rocher.

Non. Non. Non.
Bon. Ok.

Après tout, qui suis-je pour lutter ?
Surtout quand on me chatouille…

Tu me revaudras cette traîtrise Olorun !

xoxoxoxox

Dumbledore nous rassembla à nouveau, comme une poule ses petits. Assise en tailleur à ses pieds, je contemplais mes doigts avec une irrépressible envie de les coller sur le nez du grand garçon qui gloussait toujours à mes côtés, afin de lui faire sortir le cerveau par les oreilles et de l'examiner avec attention.

"Mes chers enfants, vous allez maintenant vous exercer, afin d'évaluer votre niveau de puissance…"

Sa voix résonnait sous la voûte de pierre, comme un roulement de tonnerre dans le ciel d'été, mais je n'y prêtais aucune attention. Il m'avait décollé de mon rocher, pardon du mur, et je tenais à lui signifier mon mécontentement. Surtout qu'avec une voix comme ça, j'aurais très bien pu l'entendre de là bas !

Obstruction et mauvaise foi ? Ouin, j'avoue… Enfin bref…

"Brianna ? Nous ferais-tu l'honneur ?"

Han ! Qu'est ce que je disais ! Il avait décidé de faire de ma vie un enfer et moi, je me contentais d'acquiescer, me levant rapidement. Lamentable vous dis-je ! Pas plus de volonté qu'une moule !

Je me retrouvais donc malgré moi face à Albus Dumbledore, plus puissant sorcier de son époque, avec la mine boudeuse d'une enfant de cinq ans. Sans se démonter face à ma mauvaise volonté flagrante, souriant avec bonhomie, il commença à m'expliquer ce qu'il attendait de moi.

Le Professeur Rogue, lui, t'aurait probablement déjà mis à bouillir tranquillement dans son chaudron avec des herbes qui sentent les pieds pour te punir de ton insolence…

"J'aimerais que tu te concentres… Ferme les yeux et visualise une étoile… Imagine là au creux de tes mains…"

Après tout, ça ne semblait pas si difficile. Décidée à racheter ma mauvaise conduite, à cause de la douceur dans sa voix quand il s'adressait à moi, je m'exécutais. Tandis qu'il répétait ses consignes encore et encore, sa voix me berçait, comme une litanie et je me mis à imaginer ce que ça serait si je réussissais. Serait-il fier de moi ? L'unique personne à me l'avoir jamais dit avait été mon grand-père.

Quand je réouvris un œil pour vérifier que tout allait bien, je découvris une marée de visage levé vers moi, bouches ouvertes et yeux écarquillés. Seul Albus souriait de toutes ses dents.

Intriguée, je baissais les yeux et sursautait, manquant me prendre les pieds dans une jambe qui traînait par là et de me retrouver à nouveau cul par-dessus tête.

Dans mes petites mains, au creux de ma chair, brillait une étoile. Elle était dorée et paraissait solide. Une douce chaleur s'en dégageait. Elle pulsait comme un cœur, étalant sa force aux yeux de tous. C'était une étoile à cinq branches, comme celle qu'aurait pu dessiner un enfant. Un peu brouillon quoi…

Confuse, je levais les yeux vers Dumbledore, une lueur interrogative dans le regard. Une lueur qui voulait dire "mais qu'est ce que c'est encore que ça" !? Il s'approcha de moi, pris mes poignets dans ses mains, si fragiles en apparence mais si fortes en réalité, et prit le temps d'examiner ma production en silence. Je me mordis la lèvre inférieure, n'osant ni bouger, ni le questionner, ni regarder mes camarades. Avais-je -encore- fait une bêtise ?

"Toutes mes félicitations Brianna ! Il semblerait que la Source t'ais offert une puissance phénoménale !"

Ah. D'accord. Je me disais aussi !

xoxoxoxox

Après ça, ce fut au tour de mes camarades de se prêter à ce petit exercice. Un peu partout brillait des étoiles, comme autant de preuve que je ne rêvais pas. Il y avait des étoiles bleues, des vertes, des rouges et seulement quatre autres dorées.

Les autres Enfants de Lumière que la Source avait si généreusement pourvus était Olorun, Freya, Galahad et Izanami.

Trois jeunes femmes et deux jeunes hommes.
Cinq Enfants de Lumière distingué de leurs pairs…

Connaissez-vous la symbolique du chiffre cinq ? Avant tout ça, je n'avais jamais prêté attention à ce genre de chose mais, maintenant…

Le cinq à été, dans toutes les civilisations et à travers toutes les époques, un chiffre fortement empreint de puissance occulte. En premier lieu, il est le symbole de la Vie. Nos tâches de naissance forment un Pentagone, une étoile à cinq branches, dans laquelle l'Homme se dessine dans sa structure humaine. Il représente le centre de tout, le choix entre l'équilibre et le déséquilibre, entre la lumière et les ténèbres…

Hum. Je devrais dire à Hermione d'arrêter de me corrompre avec ses fichus bouquins ! Voilà que je parle comme elle !

xoxoxoxox

"Brianna ?"

Je sursautais violemment, tiré abruptement loin de mes pensées par la voix angoissée et tremblotante de Freya. D'après le peu que je savais d'elle, ça ne lui ressemblait pas, mais alors pas du tout. Autant je n'étais qu'une moule accrochée désespérément à son rocher, autant elle était un papillon qui volète de flammes en flammes, toujours souriante. J'étais une louve solitaire et insatiable, elle, une chatte Persane attendant voluptueusement une caresse.

A ses côtés se tenait le reste du groupe des Dorés (j'avais décidé, d'un commun accord avec ma petite voix, de les appeler ainsi). Visiblement, je n'étais pas la seule à ne pas être dans mon état normal. Olorun ne riait plus, ses yeux bleus si troublants sur sa peau d'ébène fixant le sol. Galahad tordait ses mains comme pour les essorer et la frêle Izanami paraissait sur le point d'éclater en sanglot.

Etrangement, un puissant sentiment me poussa vers eux. Je ne les connaissais pas avant ce jour, mais je savais que j'avais besoin d'eux, autant qu'ils avaient besoin de moi. Nous étions des Enfants de Lumière, mais nous étions différents. Et Merlin que ça faisait peur !

C'était comme si le passage à travers la Source avait ouvert une porte en moi, libérant la connaissance. Je la sentais vibrer en moi, emplissant chacun des recoins de mon être.

Je savais la douleur et le plaisir, l'amour et la haine, la peine et la joie.
Je savais la faim et la satiété, le dur et le doux, le froid et le chaud.
Je savais le châtiment et la récompense, le mal et le bien, la victoire et la défaite.
Je savais l'obscurité et la lumière, la lune et le soleil, la vie et la mort.
Je savais tout ça, et bien plus encore…

xoxoxoxox

Sans trop savoir comment, ni pourquoi, comme attiré les uns vers les autres par une force omnipotente, nous avions formé un cercle. Nous nous prîmes les mains, dans un geste de réconfort et de soutien infaillible. Ils étaient et sont encore mes frères de sang, un double de moi-même. Ils étaient moi et j'étais eux. Les Enfants choisis entre tous pour guider les leurs.

La main de Galahad était douce dans la mienne, puis Olorun me tendit la sienne, avec un tel naturel que j'oubliais toutes mes infantiles idées de vengeance à son égard.

Et le Cercle fut fermé.

Mon corps tout entier se tendit comme un roseau sous la tempête, s'arqua en arrière, alors qu'une décharge de pure magie prenait possession de chacune de mes cellules. Je n'avais plus d'âge, j'étais intemporelle. Je n'avais plus de nom, j'étais un tout. Je n'étais qu'une enveloppe mortelle protégeant un savoir immortel.

J'avais mal, atrocement et indéfiniment mal, je hurlais à pleins poumons et mon cri se mêlait aux leurs. Nous criions à l'unisson, nos voix s'emmêlant, se confondant, jusqu'à n'en former plus qu'une seule, vibrante d'espoir.

Une voix. Une seule voix. La notre. Celle des redoutables Enfants de Lumière.

Même au cœur des plus noirs orages,
les Enfants de Lumière se retrouveront.

Ils sont la Mémoire et leur arme sera la Connaissance.
Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir.
Un sang fier qui souvent les fait combattants.
Une âme pure qui porte la légende d'Avalon.
A travers le temps, ils veillent sur la Terre,
en Guerriers du temps perdu.

Tout devint noir et, tenant toujours leurs mains comme si c'était la dernière chose qui existait encore, je tombais à genoux, évanouie…