Chapitre 06 - Nouvelle Version
Date
: 13 mars 2007


La pleine lune éclairait notre chambre, illuminant avec douceur nos visages tendus, comme une caresse sur nos joues.

Assis en cercle sur le tapis, nous avons pleuré, nous avons ris, mais nous évitions à tout prix de nous toucher tout les cinq en même temps, malgré la douleur sourde que cela provoquait en nous. Nous évitions de reformer le Cercle, encore terrifiés par ce que nous avions provoqué la veille.

Nous en avons évidemment beaucoup parlé. Comment aurions nous pu éviter le sujet ?

La terre avait tremblé face à la décharge de puissance qui avait secoué les fondations de l'école, détachant d'énormes blocs de l'incroyable voûte de pierre. Nos camarades ne devaient leur survie qu'à la célérité de Dumbledore qui les avait renvoyé dans la Grande Salle d'un mouvement sec du poignet, dans laquelle ils avaient atterris brutalement, pêle-mêle, sous les yeux effarés des personnes présentes.

L'inquiétude les avait rongés comme un acide, jusqu'à ce que le Directeur réapparaisse enfin, faisant léviter nos cinq corps sans vie derrière lui. Nos frères s'étaient jetés sur nous, comme la misère sur le pauvre monde, et avaient empêchés quiconque de nous approcher tant qu'ils ne s'étaient pas assuré que nous étions toujours vivants. Salement amochés, mais vivants !

Ils avaient tous entendus nos cris, notre voix, la voix immémoriale des Fils du Premier Monde, même les élèves dans leurs dortoirs, et les visages inquiets des Préfets étaient apparus à la porte.

Nous avions été transportés à l'infirmerie, toujours inconscients et respirant avec peine, et il avait fallu toute l'autorité conjuguée de Dumbledore et de Pomfresh pour que les quinze autres Enfants de Lumière, palpant nos corps avec tendresse, provoquant de multiples étincelles colorées, acceptent de nous lâcher.

xoxoxoxox

Dehors, il faisait encore nuit, mais le ciel avait cette nuance étrange qui annonce l'approche lente mais inexorable du jour. Un oiseau lança une trille si pure qu'elle nous fit frissonner, à laquelle Izanami répondit par la fenêtre entrouverte. Surpris, l'oiseau se tint coi de longues minutes avant de recommencer à roucouler, suppliant le soleil d'apparaître enfin.

Assis en cercle sur le tapis, nous n'avions pas dormis, testant nos nouveaux et effrayants pouvoirs.

Ne connaissant aucun des sorts utilisés dans le monde sorcier, nous avons seulement suivis notre instincts, expérimentant sans relâches. Sans baguette, sans formules, juste par la pensée.

Olorun, allongé sur le sol froid, s'était transformé en une majestueuse panthère noire aux yeux glacés sur laquelle je m'étais jeté en riant. Galahad avait disparu lentement sous nos yeux avant de se mettre, totalement invisible, à poursuivre une Izanami souriante qui l'avait à son tour immobilisé d'un claquement de doigt. Et Freya, pleurant de rire, avait entraîné les coussins dans une danse hilarante à travers la pièce, avant de les précipiter sur nous en une moelleuse avalanche.

Et moi…

Moi, j'avais déclenché, à ma plus grande stupeur, une mini tempête dans la chambre. Pendant de longues minutes, en silence, songeurs, allongés côte à côte sur le sol, nos têtes se touchant presque, nous avions contemplé les lourds nuages qui envahissaient le plafond, puis les éclairs qui claquaient juste au-dessus de nos têtes, avant de nous mettre à frissonner quand le vent et la pluie conjugués s'étaient abattus sur nous.

Nous avons tout essayé, l'air crépitait de magie dans la chambre, faisant se hérisser les fins cheveux sur nos nuques fatiguées. Nous avons tout essayé, mais nous avions encore du mal à y croire.

Les regards que nous avons alors échangés, une fois l'amusement premier passé, étaient graves.

Je crois que nous étions tous arrivés à la même conclusion.

Nos nouveaux dons étaient prodigieux, mais nous rendaient dangereux pour nous même et notre entourage. Nous allions avoir besoin d'aide et de soutien. Nous allions devoir apprendre à nous maîtriser.

xoxoxoxox

Un rayon du soleil naissant frappait un minuscule défaut dans le verre de la petite fenêtre qui s'ouvre sur le parc, se fragmentant comme à travers un cristal pour venir mourir sur le sombre tapis de notre chambre en une centaine d'arc-en-ciel.

La fatigue avait fini par nous rattraper, mais nous l'avions laissé sur place, incapables de dormir, l'esprit bouillonnant d'idées et de questions plus folles les unes que les autres.

Négligemment, je jouais avec un des reflets, m'amusant innocemment des couleurs qui réchauffaient ma main, ma tête reposant avec la légèreté d'une plume sur le ventre plat d'Olorun, sa large main caressant distraitement ma tignasse ébouriffée.

Galahad sommeillait, recroquevillé dans le giron chaleureux de mes sœurs, Izanami jouant rêveusement avec ses cheveux d'or, tandis que Freya lui murmurait de douces paroles à l'oreille.

Si cela nous avait été possible, nous aurions dormis les uns contre les autres, comme une portée de jeunes chiots. Mais nous ne voulions pas réveiller à nouveau le Cercle.

Nous avions peur. Peur de nous même.

xoxoxoxox

"Ils arrivent..."

J'avais murmuré, mais je savais qu'ils m'avaient entendus grâce à l'imperceptible tension qui avait parcouru l'atmosphère douillette de notre chambre.

Machinalement, je jetais un coup d'œil à la pendule suspendue au-dessus de la porte en bois ouvragé. Il était tout juste six heure du matin et l'aube rosissait à présent entièrement le ciel sans nuage. C'était une belle journée qui s'annonçait.

Malgré notre apparente somnolence, j'étais sur le qui-vive depuis que nous avions quitté la Grande Salle. Etrangement, je sentais, avant même que l'idée ne prenne forme dans leur esprit, que nous aurions des visiteurs. Mais je n'avais pas envisagé que la visite serait, comment dire, si matinale…

Je flairais leur lente et prudente progression à travers le château, m'étonnant moi-même de la netteté de mes perceptions. Je veux dire, c'est une sensation tellement étrange !

Par curiosité, sachant que j'avais largement le temps, je laissais mon esprit sonder Poudlard et mon souffle se bloqua dans ma gorge avec un petit bruit ridicule quand je me rendis compte que je pouvais sentir chacun des êtres vivants qui peuplait le Château.

Ca à un côté pratique quand même ! Non ? exulta ma petite voix, qui avait été étonnamment silencieuse depuis le début de la nuit.

Tout mes muscles tendus douloureusement, je reportais mon attention sur nos visiteurs. Nous ne bougions pas mais nous étions pourtant tous prêts à bondir. Sans trop savoir comment (et franchement, de vous à moi, je n'avais pas envie de le savoir) je sondais délicatement leurs esprits. Rassurée par ce que j'y avais vu, je laissais un soupir m'échapper.

Instantanément, la tension retomba et le silence se fit moins pesant, pas seulement dans notre chambre, mais dans toute notre Tour. C'est comme si mes frères avaient attendus mon verdict et je distinguais, souriante, le recul silencieux de la première ligne de défense.

"Ils sont là…"