Chapitre 07
Alors que je les sentais hésiter sur le pas de la porte, murmurants, la porte commença à s'ouvrir lentement, grinçant doucement sur ses gonds mal huilés. Je n'y étais pour rien ("pour une fois" susurra ma petite voix) mais je savais très bien que Freya n'avait pas ma patience, qui n'était de toute façon pas très développée.
Cinq visages ébahis nous contemplaient depuis l'ombre du couloir. Nous leur rendions leurs regards, complètement immobiles. Rien ne trahissait notre humeur du moment et j'imagine que se retrouver face à cinq paires d'yeux qui vous fixent sans ciller doit être une expérience plutôt embarrassante.
D'un sourire, je les invitais à pénétrer dans notre antre. Ce qu'ils firent avec une réticence visible. Manifestement, cet accueil inattendu avait coupé leur élan et je me demande encore aujourd'hui à quoi ils pouvaient bien s'attendre.
Cela vous étonne t-il que je leur sourit alors qu'ils troublaient notre tranquillité ?
En toute connaissance de cause, je n'étais pas aussi fâchée qu'il y paraissait. Après tout, ce n'est pas tout les jours que l'on se retrouve face au Survivant en chair et en os !
Potter fut le premier à rassembler assez de courage pour nous affronter, rapidement suivi de Malfoy. Ils se tenaient face à nous, plutôt gauches. Les trois autres se mirent timidement en rang derrière eux, leur accordant, sans le savoir, le titre de porte-parole. Comme moi, qui avait inconsciemment et involontairement acquis ce titre au sein des Enfants de Lumière.
Nous devions avoir une drôle d'allure après notre nuit sans sommeil, mais bien remplie. J'essayais d'imaginer à quoi nous, et notre chambre, ressemblions, vu à travers leurs yeux.
Et, croyez-moi, ce n'était pas très reluisant. Des plumes jonchaient encore le sol, les couvertures formaient on ne sait comment une sorte de tente au-dessus de nous, comme une cachette d'enfant et des flaques d'eau éparses complétaient le charmant tableau.
Finalement, je me redressais, le corps ankylosé par une station immobile prolongé sur le douillet estomac d'Olorun. Vêtue en tout et pour tout d'une simple chemise de coton blanc trop longue qui balayait le sol à chacun de mes mouvements, les cheveux ébouriffés, le teint pâle et paraissant toute petite face à eux, je ne devais rien avoir d'impressionnant.
Pourtant, à part Potter qui me regardait sereinement, ils me contemplaient comme si j'étais une sorte de bête sauvage qu'il fallait surveiller car au moindre mouvement brusque, elle passerait à l'attaque.
Ce qui, finalement, n'étais pas si loin que ça de la vérité…
Mais l'attaque, si attaque il y avait, ne viendrait pas de moi, oh non, mais de ceux qui s'étaient amassés silencieusement dans leur dos, profitant de l'ombre. Curiosité et solidarité de corps et d'esprit, quel curieux mélange.
" Que nous vaux l'honneur d'une visite si matinale ? "
Pour une fois, je n'avais pas utilisé mon ton habituel, semblable à celui d'un roquet hargneux d'après Galahad. Non, ma voix était suave, posée mais on y percevait tout de même une tempête sous-jacente qui provoqua chez Neville un clignement d'yeux alarmés.
xoxoxoxox
Les voir se dandiner d'un pied sur l'autre, comme des gamins pris en flagrant délit de vol de bonbons, avait un petit côté comique qu'en tant que maladroite congénitale, je ne reniais pas.
Le Garçon-qui-avait-survécu ("encore et encore") passa une main ferme dans ses cheveux, déblayant la vue, nous permettant de jeter -enfin- un coup d'œil à sa fameuse cicatrice.
" Nous sommes ici en mission officielle… " commença t-il d'une voix forte, qui résonna contre les murs de notre antre et descendit en rebondissant jusqu'à notre salle commune.
C'est difficile à dire avec lui pourtant, je suis persuadée qu'il avait sentit que nous n'étions pas seuls et que chacun de ses gestes et de ses mots étaient soigneusement choisis.
" Si tôt ! " grogna Olorun, visiblement de mauvais poil.
Je lui décochais un coup de pied, sans le regarder, et son couinement outré eut au moins l'avantage de dissiper la tension qui nous enveloppait comme la chape de plomb d'un mauvais rêve. A présent tout le monde souriait plus ou moins chaleureusement. Comme quoi, il suffit parfois de pas grand chose.
" Le Professeur Dumbledore souhaiterais, pour faciliter votre intégration, que vous assistiez aux cours avec nous, à raison de cinq par maison… Qu'en pensez-vous ? "
C'était à notre tour d'être ébahis. Ainsi, le vénérable directeur avait choisis de nous imposer sa volonté mais d'une manière telle qu'ils nous étaient difficiles de refuser.
Car si nous ne plions pas, qu'adviendrait-il de nous ?
Nous avions peur de nous même et de nos pouvoirs, nous avions peur pour les autres Enfants de Lumière, nous avions peur pour ce fantastique univers dans lequel nous étions plongés sans le vouloir et nous avions peur pour l'avenir de ceux qui étaient restés de l'autre côté.
Je pris quelque seconde pour sonder mes frères et sœurs mais, sans que je l'ai demandé, les réponses affluaient. Tous, nous étions curieux et avides de connaissances.
" Nous acceptons "
Draco me jeta un coup d'œil furtif, comme s'il était étonné que je parle en notre nom à tous. Bien évidement, il ne savait rien de notre étrange mais bien pratique façon de communiquer, que nous même avions découvert à peine quelques heures plus tôt.
Et c'était intéressant à savoir parce que ça voulait dire que nous avions tout de même encore un peu de mystère pour eux, que nous n'étions pas totalement dépendants.
Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais je le devançait d'un claquement de langue qui eut pour effet de faire sursauter Neville et de le réduire au silence.
Il s'attendait à quoi ? Que nous convoquions chacun des
habitants de la Tour ?
De toute façon, nous avions déjà décidés
dans quels maisons nous irions, pas la peine d'en faire un débat.
Freya, la coquette de notre si étrange groupe, s'avança vers eux à son tour. Autant j'avais l'air d'un poussin tombé du nid après un violent orage, autant elle resplendissait dans sa vaporeuse chemise de nuit, ses beaux cheveux formant un halo doré autour de son fin visage.
Décidément, tu as encore beaucoup à apprendre sur le fait d'être une fille… Non ?
Si j'avais été moins préoccupées par un détail que mon corps tentait désespérément de me rappeler, j'aurais probablement sourit devant l'air qu'affichait Ron.
" Bien, nous allons nous préparer et nous vous rejoindrons dans 45 minutes dans la grande salle… Bree meurt de faim ! " termina t-elle avec un sourire jusqu'aux oreilles et je lui répondis en lui tirant la langue.
C'était une façon comme une autre, bien que plus joliment tournée que celle à laquelle j'avais tout d'abord pensé, de les renvoyer d'où ils venaient.
Dés que la porte se fut refermée, toujours grinçante, sur eux, Olorun se jeta sur moi, tel un ange vengeur, m'arrachant des gloussements si bruyants que je suis sur qu'on les entendait jusqu'à l'autre bout du château.
xoxoxoxoxox
Je crois que notre entrée dans la Grande Salle les a marqué.
Avant tout, il avait fallu que nous nous mettions tous d'accord, ce qui n'était pas, croyez-moi, une mine affaire. La question de comment nous allions être habillé n'avait pas d'importance pour moi, mais les autres avaient jugés importants de nous différencier des élèves.
Grâce aux talents d'Izanami, nous avons fini par trouver un accord.
Tous, nous portions la même tenue. Pantalon ou jupe blanche, avec la chemise assortie. Cape noir avec le blason que nous nous étions attribués. Et bottes noires montantes, dans lesquelles les heureux porteurs de pantalons avaient rentrés ceux-ci.
Il avait fallu l'autorité conjuguée des quatre autres Dorés pour me convaincre de porter une jupe. Ma tentative de refus due à un soi-disant problème d'épilation n'avait pas fait long feu face à Freya. Mais elle avait pourtant finit par reculer sur la question de ma tignasse. Je n'étais pas peu fière de cette maigre victoire. Echevelée je suis, échevelée je resterais. Non mais !
Bref, nous avons, je crois, fait forte impression sur les habitants de Poudlard.
Les majestueuses portes s'étaient ouvertes devant nous, provoquant le silence et nous avions alors défilés devant eux, en rang par deux avant de nous asseoir à notre table.
Rien que la tête de Rogue valait le coup d'œil et je n'étais finalement pas si mécontente. D'après Galahad, j'avais de jolis genoux, quoiqu'il serait ravi de me débarrasser de la vilaine cicatrice qui ornait le droit.
Le Professeur Dumeblore se leva et sourit largement. Je crois qu'il n'avais jamais vu tous les élèves et les professeurs rassemblés au moment du petit-déjeuner. En tout cas, il avait l'air ravi et, en ces temps troublés, ça faisait plaisir à voir.
" Bon appétit ! "
Il ne m'en fallait pas plus et je me jetais sur les toasts qui me faisait de l'œil depuis que je m'étais assise, bien vite imitée par le reste de mon hétéroclite troupe.
xoxoxoxox
Après avoir avalé douze toasts à la confiture de groseille, bu un petit litre de café avec au moins dix-sept sucres, rajouté par dessus tout ça cinq tranches de bacon bien croustillantes et une belle assiette d'œufs brouillés au fromage, j'étais enfin repue, et prête à passer aux choses sérieuses.
Avachie sur Galahad qui picorait une assiette de fruits frais, j'observais ce qui se passait autour de moi et croisant le regard du survivant qui me fit un imperceptible signe de tête. Je me levais, à grande peine, et rejoignis l'extrémité de la table des Rouge et Or où il siégeait avec ses camarades.
Les élèves de la maison du Lion me firent une place et je m'assis entre Ron, qui faisait la guerre au contenu de son assiette avec une rage qui m'enchantait, et Neville, soudain statufié.
Je lui fit un sourire engageant, qu'il me rendit maladroitement, mais la contracture de son dos avait quasiment disparu. Je décidais sur le coup que je l'aimais bien, avec sa bouille encore juvénile et sa touchante timidité.
" Avez-vous eu le temps de décider des groupes ? " me demanda Hermione, sans lever le nez de son énorme livre. J'essayais d'en comprendre le titre mais mon cerveau refusait d'en savoir plus.
" Oui, Les Dorés vont suivre les cours avec les Gryffondors , les Verts avec les Serdaigles , les Bleus avec les Serpentards et les Rouges avec les Poufsouffles."
Toute la tablée me lança un regard stupéfait. Visiblement, leur conception du code couleur de Poudlard, et son importance, nous était passé au-dessus du chapeau, mais aucun ne songea à protester.
Je piochais un appétissant biscuit dans la pile qui ornait l'assiette du rouquin et Harry me tendit un verre de jus de citrouille bien frais. Plus détendue que je ne l'avais été lors de leur invasion matinale de notre chambre, je désignais du menton, mes deux mains étant occupées, la table des professeurs qui commençaient à se lever.
" Quel est le premier cours de la journée ? " demandais-je, plus pour dire quelque chose que par réel intérêt. L'école et moi ça avait toujours été une longue histoire d'amour et de haine.
" Potion ! " répondit-il en grognant.
Je m'étouffais avec un morceau de biscuit sous le regard compatissant de Neville et les rires de mes quatre Dorés qui venaient de nous rejoindre pour voir ce que je faisais.
Plutôt pour vérifier que tu ne fais pas encore une bêtise…
Ainsi, j'allais
retrouver ce cher Maître des Potions…
J'espérais
-stupidement- que ça ce passerait mieux que notre première
confrontation.
Tu peux toujours rêver ! ricana ma chère petite voix.
Tentant de récupérer ma dignité outragée par un bête morceau de biscuit au chocolat, je me levais à nouveau, époussetait les miettes sur ma jupe et sur mes joues.
" Bien. Nous vous retrouverons là bas, mais avant, je dois parler à quelqu'un. "
Et, entraînant ma petite troupe, je les plantais là, pour me diriger vers la table professorale.
xoxoxoxox
Marchant de front, comme des soldats à la parade, le talon de nos bottes résonnant sur le sol dur, nous arrivâmes face aux adultes de Poudlard. Le Professeur McGonagal nous offrit un signe de tête et le Professeur Rogue nous ignora superbement.
Le Directeur, quant à lui, nous avait regardé approcher avec bonhomie, les mains gracieusement croisées sur son ventre, sa barbe blanche étincelante et bien peignée.
" Professeur, auriez-vous un instant à nous accorder ? " questionnais-je, pas vraiment à l'aise sous le feu glacé de ses yeux. Je me retenais, de justesse, de me dandiner sur place.
"
Bien sur, que puis-je pour vous mes enfants ? "
Je sentais toutes les
oreilles tendues vers nous et je ne put m'empêcher de sourire
franchement au vieil homme.
" Professeur, nous nous inquiétons pour nos familles… " commençais-je maladroitement, ne sachant pas trop comment exprimer nos vives inquiétudes vis à vis de leur sécurité et de leur angoisse face à nos disparitions. J'imaginais leur angoisse et leurs craintes par rapport à l'épidémie de meurtres qui avait touchés notre génération et ça me brisait le cœur.
" Je comprends. Sachez qu'ils sont constamment surveillés, même si ton métayer, Brianna, nous donne du fil à retordre, et qu'un émissaire de Poudlard leur à rendu visite… "
C'était déjà mieux que rien, même si tout n'étais pas dit. Le Professeur Dumbledore venait de nous transmettre un message et un frisson glacé me parcouru l'échine.
Nos familles étaient vraiment en danger. Fini, la rigolade, tout ceci était une affaire sérieuse. Ils étaient en danger et ne le savais probablement pas. A cause de nous. Pour avoir donné la vie à un Enfant de Lumière, ou simplement pour nous avoir aimé, on risquait de prendre la leur. Dans un flash, je vis Calum tomber sous les coups et ma gorge se serra.
Il n'y avait rien de plus à dire aussi, effrayés quant à l'avenir des êtres qui nous étaient chers, mais étrangement un peu plus sereins, nous prîmes congé et nous dirigeâmes vers les cachots. Nous étions plongés en nous-même, dans un coin de l'âme humaine dont seuls les Enfants de Lumières connaissent l'existence…
