Chapitre 13


Après les différentes épreuves que nous venions de subir, nous acceptâmes avec délectation le calme des heures qui suivirent. Heures qui devinrent des jours, puis des semaines. Toutefois, bien que goûtant le bonheur de vivre comme si tout était normal, nous sentions au fond de nous que ce n'était que le calme avant la tempête, une simple accalmie avant que se déchaîne la fureur de l'ouragan.

Une bête sauvage me rongeait les entrailles, n'aspirant qu'à laisser éclater son pouvoir, et je voyais dans les yeux de mes frères luire ce même éclat glacé.

Malgré tout, nous faisions bonne figure. Mais pour combien de temps encore ?

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Septembre passa. Parfois lentement, comme si le temps avait suspendu son vol pour nous offrir uniquement de brefs instantanés des événements, parfois si vite que je me demandais où étais passé les jours qui nous séparaient de la confrontation finale.

Halloween, ou plutôt Shamain, comme nous l'appelions entre nous, approchait à grand pas.
C'était un jour particulier. C'était le jour où la frontière entre les mondes était ouverte…

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Notre vie, ainsi que celles des élèves, avait donc repris un cours qui pourrait passer pour normal.

Dumbledore avait accepté notre requête concernant notre retour en cours, car n'avoir rien à faire de nos journées en attendant que les élèves nous rejoignent nous rendais fou et nous portions sur les nerfs de tout le monde.

Sans vraiment le vouloir, Olorun avait fait une peur bleue au Professeur McGonagall quand il s'était transformé en panthère, son animal favori, pendant le cours sur les animagi et avait bondit sur le bureau professoral. Tous les élèves avaient quitté la salle en l'espace de trois secondes, hurlant à la mort.

Mon adorable géant était déçu et penaud, car il avait seulement voulu montrer ce dont il était capable à cette femme qu'il vénérait presque et voilà qu'il se faisait tirer l'oreille par une lilliputienne (comprendre moi).

Dis donc, tu peux parler toi… susurra ma petite voix, après une mise au point avec Olorun sur ce que nous pouvions, ou ne pouvions pas, faire. Et effrayer les élèves et les professeurs était exclu.

Quant à moi, avec une certaine angoisse, matinée d'un plaisir pervers, j'avais repris le chemin des Cachots, où le Maître des Potions me surveillait comme le lait sur le feu, ne me lâchant pas d'une semelle, tournant autour de moi comme un rapace. J'avais aussi remarqué que tous les élèves, toutes Maisons confondues, surveillaient eux aussi le moindre de mes gestes.

A ma plus grande joie, Severus et moi avions pris l'habitude d'échanger de nombreuses piques d'une acidité à perforer le sol du château jusqu'au centre de la Terre.

Un de ces jours, on va réussir à le faire sourire, j'en suis persuadée ! jubilait ma petite voix en se frottant les mains d'impatience, suite à une conversation qui avait fait, j'en suis persuadée, pétiller ses yeux.

Je passais aussi beaucoup de temps avec Hermione, fascinée par son savoir quasi encyclopédique, tandis qu'Olorun et Ron se livrait un combat sans merci sur le plateau de leur jeu favori ; les échecs.

Bref, malgré la menace qui planait au-dessus du Château, et le fait que nous étions en quelque sorte coupés du monde, nous essayions d'avoir une vie aussi ordinaire que possible…

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Alors que nous pensions pouvoir profiter pleinement de ce moment de répit, un autre événement vint perturber notre toute nouvelle et fragile sérénité, conquise au prix de douloureuses larmes.

Exceptionnellement, après de nombreuses et houleuses négociations, et pour cause de belle journée ensoleillée, nous avions obtenu l'autorisation d'entraîner les membres de l'AD à l'extérieur, tant que nous restions dans les limites proches du terrain de Quidditch, surveillés par trois professeurs installés sur les gradins et par de nombreux élèves de sixièmes et septièmes années qui s'étaient joint à nous.

Et, ce fut peut-être une de nos plus grandes erreurs…

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Alors que nous étions en train de nous disputer gaiement pour savoir quel sort nous leur montrerions en premier, je vis Harry se figer et, quelques secondes après, une vague de froid mordant dévala la pente herbeuse, plongeant le Parc tout entier dans une stupeur endormie.

"Les Détraqueurs…" murmura le jeune brun à la cicatrice, si bas que je dus presque lire sur ses lèvres soudain bleuies. Il y eu un moment de flottement puis des cris quand ils apparurent et que les élèves qui nous entouraient comprirent ce qui les attendaient.

Créatures de cauchemar, ils glissaient vers nous avec une lenteur et une grâce parodique. L'éclat du ciel parut s'éteindre et un vent glacé, mordant nos chairs, figeant nos souffles, se leva, apportant avec lui une odeur terrible de chair avariée.

Une image, une illumination plutôt, me frappa de plein fouet et je sondais l'âme du Parc, me rendant compte en une seconde que de nombreuses personnes n'avait pas encore pris conscience du danger et que, par conséquent, elles étaient vulnérables.

Alors, une idée folle, comme seules peuvent l'être celles trouvés en des moments de fortes tensions, s'imposa à moi. Ma petite voix m'encourageait vivement alors que je me concentrais, sans quitter des yeux ces êtres monstrueux. Agir sur les choses demande beaucoup plus d'énergie que d'agir sur les gens et, bien que la température fut glaciale, une fine pellicule de sueur recouvrit mon front.

J'utilisais un signal, un signal dont j'étais sure qu'il serait entendu et, plus important, compris. J'utilisais un signal ancré dans l'inconscient collectif depuis le Moyen-Age, avec ses épidémies de peste et ses invasions barbares, depuis les deux guerres mondiales et leurs alertes nocturnes. Je trouvais deux cloches au sommet d'une des plus hautes tours de l'école et leur fis sonner le tocsin. La musique des cloches, terrible pour qui l'a déjà entendu, se répandit alors sur le Parc.

Cette tâche ne m'avait pris que quelques secondes et déjà, les Détraqueurs n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres de notre petit groupe.

Je projetais mon esprit vers eux pour tenter de connaître leurs intentions -simple tentative d'intimidation ou réelle attaque- et je me heurta à un tel mur, un véritable bloc de glace noire, que j'en fus toute étourdie.

Une main sur mon coude, celle de Drago, me permit de ne pas me retrouver à genoux et je lui adressais un sourire reconnaissant, bien que mes lèvres, soudain couvertes de gerçures, saignaient.

Un gémissement retentit derrière moi et je vis un des jumelles Patil s'effondrer gracieusement sur le sol froid. Je sentais l'affolement et surtout la peur qui suintait d'eux comme une odeur désagréable.

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Peut-être vous demandez-vous pourquoi nous n'avions même pas songé à fuir ?
A suivre les élèves qui couraient vers l'unique refuge, vers Poudlard ?

Je ne sais pas pour les autres mais, pour nous, il était impossible de songer à autre chose qu'à une confrontation. On nous donnait enfin l'occasion de faire quelque chose, de prouver que nous n'étions pas qu'une simple légende, et nous n'allions certainement pas la laisser passer.

Pourtant, la chance n'était pas de notre côté. Ils étaient une cinquantaine, abominable mur noir qui s'avançait vers nous en ondulant, comme une tempête qui approche sur l'horizon, et nous n'étions que dix Enfants de Lumière, secondés par une poignée d'élèves et trois professeurs.

Les Détraqueurs n'étaient plus qu'à quelques mètres. Alors, sans aucune consultation et d'un même mouvement fluide, nous nous placèrent en première ligne.

Un murmure de protestation s'éleva du groupe des fidèles du Survivant mais Olorun le tua dans l'œuf d'un seul coup d'œil. Le Professeur Snape, puisqu'il était présent, eut un simple reniflement de mépris mais je fis comme s'il nous donnait son accord.

Alors, sans un mot, je donnais mes ordres. J'avais fermé les yeux pour mieux ouvrir mon âme, qui déployait déjà ses immatérielles antennes en direction des mes frères. Rapidement, une Verte, saisissant au passage le Professeur Chourave, éloigna tous les élèves incapables de se défendre, les enfermant dans le stade de Quidditch. Quatre autres Enfants de Lumière la rejoignirent au sommet des gradins, formant un puissant pentacle de protection.

Côte à côte, nous formions une mince ligne blanche face à la marée ténébreuse.
Côte à côte, nous étions prêts à nous battre ou à mourir.

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" Harry ! " appelais-je doucement.
Une main se posa sur mon épaule et, sans me retourner, je lui expliquais mon idée. Je sentis qu'il hochait négativement la tête et je grognais de mécontentement. Le temps n'était plus aux négociations, les créatures n'attendraient pas que nous nous mettions d'accord sur une stratégie.

" Fais ce que je te dis ! " aboyais-je. Je le sentis hésiter mais, rapidement, il fit passer le message et je reportais mon attention sur les Détraqueurs, à quelques dizaines de pas de nous.

Ce que j'avais prévu était d'une simplicité enfantine. Le seul moyen de nous débarrasser de ce cauchemar était un puissant Patronus. Mais même Harry, face à cinquante monstres, n'avait pas l'énergie nécessaire.

" Maintenant ! " hurlais-je de toute la force de mes poumons en saisissant la main de Freya tandis que celle d'Olorun se refermait avec force sur ma main restante.

Nous étions cinq. Le Cercle était à nouveau fermé, la Puissance ranimée.

" Expecto Patronum ! " hurla le Survivant, rapidement suivi de ses amis et des professeurs.

Un flash de lumière aveuglante envahit alors le Parc. Notre apport d'énergie leur avait permit de créer un véritable mur de lumière blanche, plutôt que leurs habituels patronus. Le mur semblait parsemé d'étoiles scintillantes et des formes spectrales se mouvaient à l'intérieur de cette brume enchantée.

Lentement, presque gracieusement, la muraille, comme mû par une volonté propre, se rapprocha des créatures de l'enfer, engloutissant les plus proches dans un silence assourdissant. Une odeur atroce de chair brûlée arriva jusqu'à nous, portée par le vent, et le mur de lumière continua son office, implacablement, dirigé par notre conscience collective.

Sans un mot, sans un cri, les Détraqueurs survivants prirent la fuite, se dissipant dans l'air glacial comme l'ombre d'un mauvais rêve nous quitte au matin.

Cette attaque n'avait durée que le temps d'un battement de cœur et, pourtant, nous étions tous exténués. Alors, quand je sus que les élèves étaient en sécurité, je tombais à genoux, le souffle coupé, les yeux plein de larmes brûlantes.

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Bien évidemment, nous n'eûmes pas le temps de nous remettre que Dumbledore en personne nous tomba dessus, ses yeux brillants de fureur contenue.

On va déguster ! gémit ma petite voix et je la fis taire d'une tape sur la tête.

" Pourquoi ? " me demanda l'honorable vieillard alors qu'il me relevait d'une main. Son regard posé sur moi me fit frissonner, jamais je ne l'avais vu aussi en colère, pas même lorsque nous avions décapité une splendide statue de Rowena Serdaigle en voulant jouer avec des Cognards enchantés par nos soins.

"Car nous seuls pouvons apporter l'espoir dans le cœur des hommes… " répondis-je dans un souffle. Ce qui n'était, après tout, que la stricte vérité. Ses yeux bleus plongèrent alors en moi, fouillant mon âme, et la poigne qui me broyait l'épaule se relâcha.

"Nous en reparlerons. " déclara t-il avant de me lâcher totalement et de se précipiter vers le Survivant, visiblement mal en point. Pomfresh, avec son remarquable instinct, apparaissait déjà aux portes du Château, suivi d'une nuée d'élèves, les bras chargés de chocolat.

Les remontrances seraient pour plus tard. Pour l'instant, dégustant le chocolat offert généreusement par une troisième année rougissante et qui avait pour nous le goût de la victoire, nous nous éloignâmes d'eux, les laissant panser leurs plaies.

Hermione se dégagea rapidement de l'étreinte de son petit ami et se dirigea vers nous, d'un air décidé.

" Par Merlin ! A quoi pensiez-vous ? Qu'aurions nous fait s'il vous était arrivé quelque chose ? " Visiblement, la jeune fille aux yeux noisette aussi était en colère contre nous. Je haussais les épaules et me tournais vers elle, prenant ses mains glacées dans les miennes pour les réchauffer d'un baiser.

" Nous ? Il ne nous arrive jamais rien. N'oublie jamais ça. C'est nous qui arrivons aux autres. " répondis-je avec un sourire carnassier, tandis que mes yeux se mirent à briller d'une lueur prédatrice.

Et je la plantais là.

Saisissant la main fine et douce de Galahad dans la mienne, je l'entraînais dans une course échevelée autour du Lac.

Après tout, nous aussi, nous n'étions que des enfants…