Un nouveau petit chapitre, qui arrive un peu par hasard, parce que Sorn réclamait un Slash… J'ai essayé mais ça a mal tourné et ça s'est transformé en un chapitre de «La vie de Remus en vrac»

Tant pis, j'essaierai de me rattraper!

Je rappelle que ça se termine volontairement brusquement! Pas la peine de crier ; C'est une «tranche de vie» donc c'est normal que ça se termine comme ça! Et la suite c'est «Deshinibition lunaire».

Merci à Ma-chan et Jenny pour les corrections.


ENTETES

- Non.

- Si !

Sirius enrageait. Comment osait-il faire ça ?

- Non. Je ne suis pas d'accord.

- Je me fiche de ton accord! Je viendrai, c'est tout.

- Merde, Sirius! Tu fais chier! Tu dis faire ça pour moi... alors prends en compte mon opinion. Je dis NON! C'est clair ?!

La pleine lune apparaîtrait dans quelques jours ; Remus peinait à garder son calme. Cette façon qu'avait Sirius de toujours vouloir l'aider, le materner, l'exaspérait.

- Non ! Non, c'est pas clair ! Pourquoi tu veux jamais qu'on t'aide, hein ?!

- On ?! Qui ça on ? Je crois que cette idée est la tienne ! Ne mêle pas James et Peter à cette histoire ! C'est trop dangereux, bordel ! Tu peux comprendre ça ?! Non ? Tu veux me protéger ? Alors, tiens mes amis à l'écart à la pleine lune ! Etne risque pas leur vie !

- Tu le fais exprès ? Je t'ai déjà expliqué qu'on ne risquait rien !

- Et moi, je t'ai déjà expliqué que vous n'étiez pas infaillibles ! Putain ! Black, tu me fatigues !

Sirius eut l'impression d'avoir pris un violent coup à l'estomac. Il ne se souvenait pas avoir jamais entendu de paroles qui aient pues lui faire plus mal. Il l'avait appelé par son nom, alors qu'il ne l'avait plus fait depuis leur première année. C'était terriblement douloureux. Aveuglé par sa colère et sa peine, son poing partit en direction du visage de son ami. Il aurait dû s'y fracasser. Mais une main puissante le bloqua et lui broya les phalanges. Il leva les yeux sur le regard froid et furieux de son ami.

- Tu me frappes, maintenant ? Tu ne fais pas le poids face à un loup-garou, Black !

Remus serra un peu plus fort le poing de son ami. Le loup voulait en découdre. Mais l'humain avait encore le dessus. Il finit par lâcher et, sans plus même se retourner, il s'éloigna vers la salle du prochain cours. Sirius fulminait. Contre Remus, qui ne voulait pas accepter son aide ; contre lui-même pour avoir osé porter la main sur lui.

Sirius ne se présenta pas au cours suivant. James questionna Remus du regard, mais le loup-garou haussa les épaules. Il ne savait pas. Comment pouvait-il savoir ce qui avait pu se passer dans la tête de son ami ? Remus suivit le cours sérieusement comme à son habitude, mais il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser un peu pour l'absence de Sirius, il y était peut-être allé trop fort. Mais décidemment, il en avait marre que Sirius le materne sans cesse.

La métamorphose étant leur dernier cours de la journée, ils quittèrent la salle pour déposer leurs affaires dans le dortoir, espérant y retrouver Sirius. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la pièce, Sirius était assis sur le rebord de la fenêtre semblant contempler le paysage, il ne se retourna même pas quand la porte grinça.

- Putain, Pad' ! Pourquoi t'étais pas en cours ? McGo était furieuse !

- J'avais besoin de réfléchir.

- Ah bon ? Rien que ça. Et quel était donc le sujet de tes réflexions ?

Sirius se décida enfin à se lever. Remus, assis sur son lit, le suivit du regard. Mais Sirius l'ignora superbement. Il entraîna James dans la salle commune.

- Pad' ?

- Hm...

- Il s'est passé quelque chose avec Remus ?

Sirius resta silencieux un moment, avant de laisser échapper un profond soupir.

- Tu avais raison. Il ne veut pas qu'on vienne.

- Tu n'as pas réussi à le convaincre et c'est ça qui t'ennuie ?

- Oui... et non.

- Ouah! Va falloir que je t'arrache les vers du nez ?- En fait, je sais pas... On s'est engueulé à ce sujet. Et puis il m'a dit que je le soulais... Tu sais, avec son air exaspéré. Et… il m'a appelé Black.

- Aie ! Très en colère, le Remus...

- Oui... ça...

- Quoi?

Des pas dans les escaliers suspendirent la conversation. Bizarrement, Sirius prit cette interruption avec soulagement ; il n'était pas sûr de comprendre lui-même ce qu'il voulait dire.

Il n'attendit pas que Remus et Peter les aient rejoint pour passer le portrait de la grosse dame. Il n'avait pas spécialement faim, mais il ne voulait pas avoir à parler à Remus. Ils s'installèrent tous les quatre sur un des bancs de la table des gryffindors, Sirius et Remus à bonne distance l'un de l'autre. James pensa que si ses deux meilleurs amis, qui avaient toujours été eux-mêmes de très bons amis, avaient décidé de ne plus s'adresser la parole, la vie allait être bien moins drôle à Hogwart.

A la fin du repas, Helena vint chercher Sirius pour une petite balade en amoureux. Remus regarda les deux amants s'éloigner. Etrangement, pour une fois que Sirius avait l'air sérieux avec une fille, que cette fille était vraiment gentille, intelligente et surtout pas cruche du tout, Remus n'aimait pas les voir ensemble. Objectivement, il n'avait rien à lui reprocher, au contraire ; avant qu'elle ne sorte avec Sirius ils étaient déjà bons amis. Mais, c'était une fille à laquelle Sirius pourrait vraiment s'attacher. Et il craignait de le perdre. Le loup-garou détourna le regard. Il n'était pas normal. Il avait dit à Sirius de le lâcher... Et maintenant qu'il le laissait là pour une fille, il lui en voulait. Non, ce n'était pas normal. Après tout, il ne s'était jamais senti menacé par Lily. Remus se leva à son tour.

- Je vais à la bibliothèque.

James le regarda partir avec inquiétude. Il n'aimait pas ça du tout. Il devait parler à Sirius rapidement. Il planta là Peter en prétextant un truc urgent à faire et partit à la recherche de son meilleur ami. Tant pis s'il le dérangeait dans sa balade amoureuse, il y avait plus important. Il n'eut pas à chercher bien longtemps, à peine eut il franchit les portes de la grande salle qu'il se retrouva nez à nez avec Helena en pleurs. Il la retint par le bras.

- Hey ! Me dis pas que...

- Non... C'est moi.

- Quoi ?

- J'ai rompu... Il m'aime bien... beaucoup sûrement... Mais il ne m'aime pas.

Elle contint difficilement un sanglot et sourit tristement à James, avant de s'enfuir dans les escaliers. James n'était pas sûr de tout comprendre ; c'était bien la première fois qu'une fille rompait avec Sirius parce qu'il ne l'aimait pas. Sinon... y'en a plus d'une qui aurait dû. D'ailleurs, c'était bien la première fois qu'une fillele jetait. Hm... Ça lui ferait les pieds. James s'enfonça dans l'obscurité naissante du parc, à la recherche de son ami. Il le trouva, accroupi au pied d'un vieux saule pleureur en bord du lac.

- Eh bien mec, on vient de se prendre sa première veste ?

- Hm ? Oh ! Tu as vu Helena... J'ai pas très bien compris en fait...

- Euh... ça te fait quoi ?

- Ben... rien...- Ben voilà.

- Merde... James... Dis moi, comment on sait qu'on est amoureux ?

- Tu crois l'être ? Si tu penses à Helena...alors je peux te dire tout de suite que tu l'es pas.

- Non. Pas Helena.

- Hm... Je ne sais pas. Tout ce que je peux dire... c'est que ça paraît complètement irrationnel.

- Je ne crois pas que je pourrai tomber amoureux un jour... ça a l'air trop bizarre.

- Bon... Tu m'expliques ce qu'il s'est passé avec Rem' ?

- Je t'ai dit, on s'est engueulé...

- Oui. Il était furieux... Et après ?

- Les derniers mots qu'il a dit... Tu te souviens? Ça m'a mis hors de moi... J'ai voulu le frapper, mais avec ses réflexes de loups-garous, forcément, j'ai pas pu le toucher... Il m'a encore appelé Black et il m'a fait comprendre que je tombais bien bas pourvouloir en venir aux mains... et que contre lui je n'avais de toute façon aucune chance.

- Tu as voulu frapper Rem' ?

- ...

- ...

- Je te promets que je me sens déjà assez mal comme ça...

Les deux jeunes hommes restèrent un moment silencieux. James se disait que la situation ne pouvait pas être pire, jusqu'à ce que Sirius reprenne la parole.

- Quoiqu'il dise...vendredi soir, j'irai.

- Quoi ?! Tu ne crois pas qu'il est déjà suffisamment en colère comme ça ?

- Tu veux le laisser seul encore une fois ? Merde, James ! On est ses amis ! On a fait une promesse ! J'ai fais une promesse et je la tiendrai ! Tu le laisses tomber si tu veux... Moi pas.

Forcément, dit comme ça, James ne pouvait pas laisser Sirius y aller seul. Il retourna vers le château en grommelant.

- C'que tu peux être chiant quand tu t'y mets ! Franchement, des fois je me dis que ton attitude envers Rem' est vraiment louche !

Sirius se figea à ces derniers mots. Qu'entendait-il par là ? Mais James ne remarqua rien et continua sa route. Sirius finit par lui emboîter le pas.

La fin de la semaine passa lentement, très lentement. Sirius et Remus ne semblaient pas vouloir se réconcilier. James, lui, était d'une humeur massacrante. Il avait tenté de parler à chacun d'eux mais ni l'un ni l'autre ne voulait faire d'effort, alors il avait décidé de ne plus leur parler tant qu'ils ne se seraient pas décider à enterrer la hache de guerre. Il passa donc une grande partie de sa semaine avec Lily, qui ne le trouva pas de très bonne compagnie.

- James !

- ...

- James ! Je te parle !

- Quoi ? Oh pardon ! Désolé. Tu disais quoi ?

Lily soupira.

- Franchement, si tu ne peux pas arrêter de ruminer à propos de Remus et Sirius, ce n'est pas la peine de venir me voir !

- Je suis désolé Lil's...

Lily observa son compagnon un moment.

- Ecoute James... je comprend que cette situation te soit désagréable, mais je crois qu'il fallait s'y attendre... Ne t'inquiète pas, ils vont se réconcilier. Ils ont simplement besoin d'un peu de temps.

James posa un regard suspicieux sur sa compagne.

- Comment ça «il fallait s'y attendre» ? Que sais-tu que j'ignore ?

La jeune femme soupira de nouveau. Elle se mordillait la lèvre, un tic nerveux qui mettait en évidence sa gêne.

- Je ne sais pas si je dois t'en parler.

- Mais de quoi ?

- Ecoute. Peut-être que ça te soulagera de comprendre un peu... Ce ne sont que des suppositions, d'accord ? Promets-moi de ne pas hurler ou t'énerver... d'accord ?

James était plus que surpris mais il promit. Elle le prit par la main, décidant que deux précautions valaient mieux qu'une. Elle l'entraîna dans le parce, marchant longuement pour trouver un endroit parfaitement tranquille. Ils s'assirent dans l'herbe.

- Bien. Tu as probablement remarqué que Sirius et Remus avaient, disons... Une relation un peu étrange ?

- Euh... Comment ça ?

- Tu connais Sirius. Il est très protecteur avec ses amis, certes. Mais tu ne trouves pas qu'avec Remus, c'est un peu excessif ? Et si j'ai bien compris, c'est ce que Remus lui reproche...

- Peut-être... Mais c'est simplement parce que Remus a un petit problème de fourrure.

- Ah ?! Ca change quelque chose pour toi ? Es-tu plus prévenant avec lui ?

- Bah... Disons que je suis toujours un peu inquiet à la pleine lune... J'aime pas le voir aussi malade le lendemain.

- D'accord, c'est légitime, on n'aime pas voir ses amis souffrir. Mais en dehors de ça ?

- Non. Je pense que Remus est bien plus résistant que nous, justement à cause de son problème de fourrure...

- Et pourtant, Sirius cherche toujours à le surprotéger. Il s'inquiète plus que de raison pour lui.

- D'accord, peut-être. Je vois toujours pas où tu veux en venir.

- Laisse-moi finir. Remus, de son côté, tu as forcément remarqué qu'avant la pleine lune il était particulièrement possessif envers vous ?

- Oui. C'est vrai. On est un peu sa meute.

- Tout à fait. Et vis à vis de Sirius?

- Quoi ?

- Il est pire. Sirius ne s'en rend probablement pas compte, mais vu de l'extérieur c'est frappant. Avant la pleine lune, Remus semble toujours aux aguets, à s'assurer que Sirius reste en permanence dans son champ de vision. Je pense que même lui n'en a pas conscience.

- Tu es sérieuse, là?

- Parfaitement. Même depuis qu'ils se sont disputés, Remus et Sirius ne sont jamais loin l'un de l'autre. D'ailleurs, Sirius a compris inconsciemment que pour le bien du loup, il se devait de rester près de Remus avant la pleine lune. Et il s'exécute sans se faire prier.

- Tu délires ! C'est complètement absurde ! Et comment pourrais-tu voir ça ?

- J'observe. Bien-sûr, là, j'exagère un peu... Remus ne ramènerait pas Sirius auprès de lui par la force. Mais... disons que le loup se tient plus tranquille si Sirius est dans les parages.

- Bon d'accord. C'est peut-être vrai. Et alors ?

- Alors ? C'est évident, non ? Sirius et Remus sont très attachés l'un à l'autre.

James se sentit délaissé par Sirius. Que devenait-il dans tout ça ?

- Tu veux dire que je me suis trompé. Le meilleur ami de Sirius, c'est Rem' et pas moi... Merci, ça me remonte le moral! Et donc, je vois pas en quoi c'était prévisible !

- Mais non, idiot ! Sirius et Remus sont amoureux !

- Ah bon ?! Mais de qui ?

James affichait un air totalement étonné. Lily resta un moment bouche bée. Il le faisait exprès ?

- Tu te moques de moi ?! Sirius est amoureux de Remus ! Et Remus est amoureux de Sirius ! Ca va là ? Tu as compris?

James resta un instant interdit. "Sirius est amoureux de Remus". Quelque chose dans cette phrase ne collait pas. James devint livide.

- Tu n'es pas sérieuse ?!

- Je te dis que ce sont des suppositions... Mais c'est une quasi certitude.

- Mais... Mais ce sont des garçons... Et... Et ils n'aiment pas les garçons... Enfin, je crois pas...

- Je suppose qu'ils ne le savaient pas non plus avant de tomber amoureux l'un de l'autre.

- Oh merde... Oh merde merde merde... Non, écoute. J'y crois pas. C'est pas possible. Tu te fais des idées, c'est tout. Enfin, ils peuvent pas être... enfin tu vois, quoi !

- Gay ? Et pourquoi pas ? Remus est bien la seule personne que Sirius daigne écouter. Quant à Sirius, il est bien le seul qui parvienne à faire sortir Remus de ses gonds même en dehors des périodes de pleine lune.

James tentait de trouver des arguments contrant les dires de sa petite amie. Mais son cerveau restait bloqué sur cette phrase "Sirius est amoureux de Remus". Ils restèrent quelques minutes sans parler. Puis, James se releva.

- Ok. Tu m'as convaincu. Je sais pas si je suis content... Mais tu m'as convaincu.

Lily lui sourit faiblement. Elle attrapa la main tendue de James et se redressa à son tour. Il voulut se diriger vers le château mais elle le retint et l'attira contre elle. Elle l'embrassa et lui sourit tendrement.

- Ca va aller ? Tu vas t'en remettre?

- Il faut bien... Mais ce sont mes amis et, quoi qu'ils fassent, ils le resteront... Me faudra juste un peu de temps pour me faire à l'idée...

- Peut-être que tu t'y feras avant eux !

Ce soir là, Remus partit comme à son habitude à l'infirmerie, le teint cireux et les cernes plus profondes que jamais. Il n'avait pas adressé un seul regard à ses amis en quittant le dortoir après y avoir déposé ses affaires. Miss Pomfrey l'accueillit avec son sourire habituel.

- Bonsoir, jeune homme. Allons-y.

Remus suivit l'infirmière en silence. Il avait mal au ventre, le stress fesait comme un poids au creux de son estomac. Son cœur battait un peu trop vite; la peur, l'appréhension de la douleur. Mais aujourd'hui, une autre inquiétude le tourmentait, Sirius ne serait pas près de lui, quand il se réveillerait à l'infirmerie. Il serait seul.

- Mr Lupin ?

Remus sursauta et reporta son attention vers l'infirmière qui venait de lui ouvrir le passage.

- Pardon.

Il passa sous le saule et s'enfonça dans le long tunnel éclairé par sa seule baguette magique. L'infirmière referma le passage derrière lui sans un mot. C'était inutile. Avec des gestes mécaniques, il monta jusqu'à une chambre du dernier étage de la maison. Il se dévêtit ne conservant qu'un caleçon noir qui tranchait avec la blancheur de sa peau. Il déposa ses affaires sur le lit, ainsi que sa baguette magique. Il ressortit de la pièce pour la verrouiller de l'extérieur, il prenait cette précaution pour éviter que le loup ne s'acharne sur ses vêtements. Ses pieds nus laissaient des marques sur le sol poussiéreux. Il se dirigea vers une seconde chambre, deux étages plus bas. Il s'assit sur le sol face à une fenêtre de laquelle on pouvait voir le soleil se coucher, entre les interstices des planches clouées à la va-vite. Cette semaine avait été difficile. Le rire de Sirius lui manquait. Il avait enragé; durant toute cette semaine sa meute avait été dispersée. Remus maîtrisait sa fureur. Lorsque son côté loup prendrait le pas sur son humanité, il perdrait alors tout contrôle. La nuit s'annonçait difficile. L'obscurité tombait peu à peu. La pièce était plongée dans la pénombre, mais Remus y voyait comme en plein jour. Dans quelques minutes, le soleil aurait totalement disparu de ce ciel et ne protègerait plus Remus de la lune.

Sirius regardait disparaître les derniers rayons de soleil à l'horizon. James se tenait derrière lui, semblant attendre qu'il fasse ou dise quelque chose qui ne venait pas. Il finit par briser le silence qui s'était installé dans la pièce.

- Tu es sûr de toi ?

- Non.

- Tu ne vas pas y aller ?

- Si. J'ai peur. Je suis mort de trouille. Mais je ne le laisserai pas seul.

Sirius se retourna vers un James impassible et un Peter tremblant.

- Vous n'êtes pas obligés de m'accompagner.

- Si tu y vas, j'y vais.

Peter ne répondit pas. Sirius prit la cape d'invisibilité de James et se glissa dessous. James le rejoignit. Peter ne bougeait toujours pas. Sirius ne pouvait pas attendre qu'il se décide, il aurait déjà dû être près de Remus. Il poussa James pour qu'il avance. Ils passèrent devant Peter, qui n'avait toujours pas bougé d'un millimètre et sortirent en silence du dortoir. Ils traversèrent le portrait de la grosse dame sans un bruit. Les couloirs étaient faiblement éclairés par des torches. Les deux garçons sortirent rapidement du château, ils marchèrent un long moment en silence. Puis lorsqu'ils estimèrent être suffisamment loin, James s'assura grâce à la carte du maraudeur que personne ne se trouvait à proximité et Sirius brisa enfin le silence.

Remus sentit sa peau se déchirer. Ses muscles s'allongeaient dans une souffrance insupportable. Ses os craquaient sinistrement. Remus prenait conscience du moindre petit os, de la moindre fibre musculaire ou nerveuse qui constituaient son corps. Il ne pouvait même pas hurler sa souffrance alors que son visage lui-même le brûlait. Le loup-garou, haletant, mit un certain temps à se reposer après cette douloureuse mutation.

- Trop facile...

- Sirius, avant d'y aller je voudrais te dire quelque chose.

- Hm ?

- Je respecterai chacune de tes décisions... Mais s'il te plaît, ne te fais pas souffrir inutilement.

- Quoi ?

- Je sais que tu souffres de ta dispute avec Rem'... Fais un effort pour te réconcilier avec lui…

- Nous sommes suffisamment loin. On peut retirer la cape, on va la planquer dans le coin.

James soupira, mais n'insista pas. Ils dissimulèrent la cape dans un buisson, puis se dirigèrent vers le saule cogneur. Sur le chemin Sirius trouva une branche qui lui semblait adaptée à leur besoin. Lorsqu'ils arrivèrent près de l'arbre, la lune était déjà levée depuis plusieurs minutes. Pas très rassurés les deux amis firent une pause, comme pour chercher le courage de franchir l'entrée du tunnel. Ils savaient ce qu'était Remus, mais ils ne l'avaient jamais vu. C'était effrayant. Sirius croisa le regard de James, qui acquièsça d'un signe de tête. Il leva la branche et appuya sur le nœud au pied de l'arbre. Aussitôt, le saule cessa tout mouvement. Les deux jeunes sorciers profitèrent de l'accalmie de l'arbre pour se faufiler à l'intérieur du tunnel. Ils progressaient lentement dans le sombre corridor, leurs pas résonnant lugubrement contre les parois. Il semblait avoir été creusé à même la terre. Une odeur de terre mouillée emplissait leurs narines. Ils avaient l'impression d'avancer depuis une éternité sans en voir la fin. James se décida à briser le silence pesant, il chuchota mais sa voix sembla retentir comme un cri.

- J'avais pas réalisé qu'elle était si loin, la cabane hurlante...

Ils firent encore quelques mètres quand un hurlement effrayant les glaça. Sirius se figea et James le percuta. Le loup laissait éclater la fureur qu'il avait contenue cette dernière semaine. Comment avait-il pu laisser sa meute lui échapper! Et il avait faim. Il avait tellement faim. Il se jeta contre la porte qui vola en éclat. Il renifla, cherchant de quoi se nourrir. Mais rien. Il n'y avait jamais rien. Il hurla une fois encore et se mordit, laissant le sang couler dans sa gorge. Il avait tellement faim.

- On ne doit plus être très loin...

Ils reprirent leur marche un peu plus lentement si c'était encore possible. D'autres bruits se mêlaient aux hurlements et aux grognements du loup-garou. Les deux garçons pouvaient entendre le fracas de meubles brisés. Ils arrivèrent devant une porte. Sirius actionna la poignée d'une main tremblante. La porte s'ouvrit dans un grincement déchirant. Soudain, le silence emplit la maison. Le loup les avait entendus. James et Sirius se faufilèrent à l'intérieur, il était hors de question de laisser cette porte ouverte et risquer que le loup-garou s'échappe. Ils n'avaient donc plus le choix.

Le loup dressait l'oreille. Qui donc pénétrait ainsi dans sa prison ? Personne, ne venait jamais. La lune finissait toujours par disparaître avant qu'il n'ait réussi à s'échapper. Il guetta les mouvements des intrus. Il lui était pour l'instant impossible de déterminer la nature de ses hôtes. Humaine ? Il avait tellement faim.

Côte à côte, les animagi pénétrèrent dans ce qui semblait être une arrière cuisine, une importante pellicule de poussière recouvrait la pièce. Elle semblait avoir été ravagée quelques années auparavant. Sirius fit signe à James de continuer sa progression. Ils pénétrèrent dans un hall immense d'où partaient deux escaliers de marbre vers les étages. Ils empruntèrent celui de droite et montèrent lentement. Le bruit de leur pas semblait être étouffé par l'épaisse couche de poussière. L'escalier ne devait pas avoir servidepuis des années. Sirius supposa que Remus choisissait celui de gauche chaque fois qu'il venait. Ils atteignirent le deuxième étage.

Le loup observait. Des humains ; ils étaient à sa merci. Il allait pouvoir assouvir sa faim sur une autre chaire que la sienne. Enfin, il allait sentir des os craquer sous ses dents et non plus le bois mort.

Les deux garçons balayaient le couloir du regard quand Sirius se figea. Deux yeux jaunes brillaient dans l'obscurité. Il n'osait même plus respirer. James sentit la crispation de son ami et suivit son regard. Le loup grogna et s'élança. Instantanément, James se métamorphosa en un magnifique cerf. Le cerf donna un coup de corne dans les côtes de son compagnon, qui ne semblait pas vouloir se décider à opérer la métamorphose.

Le loup s'approchait doucement vers sa victime, elle ne pourrait pas s'enfuir. Elle n'avait aucune chance. Il avait cru d'abord avoir à faire à deux humains, mais il s'était trompé, le second était animal. Un lui suffirait bien de toute façon.

James se métamorphosa à nouveau pour secouer Sirius, il réalisa alors que son ami pleurait.

- Sirius ? SIRIUS ! C'est vraiment pas le moment !

Le loup était quelque peu intrigué. Il était pourtant certain que l'instant d'avant il n'y avait eu qu'un humain. Qu'importe, il avait faim. Il avait tellement faim, depuis si longtemps.

La fourrure du loup était poisseuse de sang. Sirius regardait avec effroi les mutilations qu'il s'était déjà faites ce soir.

Il avait tellement faim.

Le jeune animagus contemplait le magnifique pelage argent de la bête maculé de sang. Il voyait déjà les marques que ces blessures laisseraient sur le corps de Remus. Ces blessures qu'il savait être très douloureuses, malgré le silence obstiné de son ami. Elles mettaient toujours quelques jours à cicatriser, alors que Miss Pomfrey utilisaient ses meilleurs onguents.

Il voyait la jugulaire palpiter à son cou. Il avait tellement faim.

James se métamorphosa de nouveau et s'interposa entre le loup et son ami. Sirius sortit enfin de sa torpeur. Le loup chargea. Le cerf prit la position de combat, mais un aboiement derrière lui l'informa qu'il n'avait plus besoin de se battre. Il se dégagea et le loup passa devant lui sans lui prêter attention.

Il regarda un moment le chien, intrigué. Ce chien? Ce cerf? Ne faisaient-ils pas parti de sa meute? Pourquoi avaient-ils laissé l'humain s'enfuir? Qu'importe, il s'occuperait de leur faire comprendre le fond de sa pensée plus tard... l'important était de le retrouver. Le loup s'apprêta à dévaler les escaliers, mais revint sur ses pas. Pourquoi le chien sentait-il l'humain à ce point? Il tourna autour de lui un moment, le reniflant. Non, c'était bien un chien. Mais pourtant... Il se tourna alors vers le cerf, lui aussi il sentait étrangement l'humain. Etait-ce leur maître? Des animaux apprivoisés? Pitoyable! Pourtant, il avait l'intime conviction qu'ils appartenaient à sa meute. Il regarda le cerf. Il ne semblait pas avoir peur. Il grogna, montra les crocs. Instinctivement, James baissa la tête en signe de soumission. L'animal leur tourna autour encore un moment. Il les renifla, les mordilla comme pour s'assurer qu'ils acceptaient bien son autorité. Puis, le loup suivit la trace des humains, ils ne pouvaient pas s'être enfuis. Le cerf, trop encombré par ses bois pour pouvoir suivre le loup, partit de son côté explorer les lieux qui lui étaient accessibles. Le chien quant à lui ne cessait de vouloir jouer et le loup le laissait faire. Bizarrement, l'effronterie du jeune chien ne le gênait pas, même si de temps à autre il rappelait le jeune importun à l'ordre. La présence de ses deux compagnons finit par désintéresser le loup de l'apparition des deux humains, mais il n'oublia pas sa faim pour autant. Le chien et le cerf s'évertuèrent à détourner son attention chaque fois qu'il commençait à s'automutiler.

La nuit passa rapidement. Le chien épuisé somnolait tranquillement en boule sur un lit, tandis que loup tournait en rond sous l'œil attentif du cerf. Le soleil ne tarderait pas à se lever et le loup était nerveux. Son instinct lui rappelait la douleur à venir et son appréhension grandissait. Le chien sauta du lit et le rejoignit en quelques foulées. Il frotta sa fourrure ébène contre la fourrure argentée. Le loup se calma et se laissa caresser par le jeune chien, il semblait abattu. Une plainte déchirante s'échappa de sa gorge, exprimant sa tristesse. Il ne voulait pas retourner au néant. Il se dégagea de la chaleur du chien, la métamorphose était imminente. Il se cabra, un hurlement de douleur lui échappa. Il était pris de violente convulsion. Le chien se recula, apeuré. Le cerf tremblait de peur face à la souffrance du loup, puis il réalisa ce qu'il se passait. Il était temps qu'ils partent, il valait mieux que Remus ignore qu'ils étaient venus cette nuit là. Il poussa le chien vers la porte. Celui-ci se laissa faire à regret. Les animagi galopèrent dans les escaliers jusqu'à la porte du tunnel. Le chien l'ouvrit et ils s'engouffrèrent dans le passage. Sans s'arrêter de courir un seul instant, ils le traversèrent. Ils sortirent de sous le saule et se métamorphosèrent une fois à bonne distance de l'arbre. Ils n'échangèrent pas un mot, récupérèrent la cape sous laquelle ils se glissèrent et rentrèrent au château. Ils s'emmitoufflèrent sous leurs couvertures aux premières lueurs du jour sans oser parler.

Le lendemain, Sirius savait qu'il était censé en vouloir à Remus, mais il était trop inquiet. Il se réveilla tard, mais la première chose qu'il fit fut de se rendre à l'infirmerie. Il s'assit sur une chaise et observa. Remus était étendu là, il avait des cernes sombres sous les yeux mais son visage était détendu. Miss Pomfrey l'avait informé que ses blessures étaient peu nombreuses cette nuit, mais particulièrement profondes. Sirius pouvait deviner le bandage qui entravait la poitrine de Remus à travers le drap. Il devrait probablement porter le pansement quelques jours. La respiration de Remus était sifflante mais régulière. Fatigué, Sirius posa la tête sur le bord du lit de son ami, ferma les yeux et ne tarda pas à s'endormir. Quand Remus se réveilla, il fut surpris mais soulagé de voir Sirius endormi à ses côtés. Remus porta la main à sa poitrine là où la douleur était la plus forte. Son mouvement réveilla l'animagus.

- Ah ?! Merde, je me suis endormi... J'ai pas bien dormi cette nuit. Tu te sens comment ?

- Bien.

- Tu es sûr ? Miss Pomfrey a dit que...

- Sirius. Que fais-tu là ?

- …

- ...

- Rien, tu as raison... Je m'en vais.

Sirius se levait déjà, mais Remus le retint par le bras en s'arrachant une grimace de douleur.

- Non ! Reste, s'il te plaît.

Sirius hésita, mais trop inquiet pour le loup-garou, il se rassit.

- Je suis désolé, Sirius. Je n'aurais pas dû te parler comme ça... Mais tu es vraiment trop têtu.

- Ce n'était pas une raison pour essayer de te frapper... Comment tu te sens ?

- Bien. Je t'ai déjà répondu.

- Hm... Mais bien comment ?

Remus regarda le jeune homme d'un air suspicieux.

- C'est plus douloureux que d'habitude.

- Ah...

Sirius parut déçu. Il n'insista pas et se leva.

- Il faut que j'aille manger.