Chapitre 3 :
Ils se relayèrent au chevet de Lilly pendant toute la journée ; d'abord Scotty, puis Vera, Jeffries et Stillman.
Pendant sa veille, celui-ci parlait à Lilly, la priait de revenir, tout ça en tenant sa main. Quand il ressentit une pression, faible, mais perceptible, il crut que le manque de sommeil lui jouait des tours, mais lorsque cela se reproduisit, il sut qu'il ne l'avait pas imaginé.
Il prévint les infirmières qui allèrent trouver le médecin pour faire des examens plus approfondis. Ils s'isolèrent dans la chambre de Lilly, laissant Stillman dans le couloir à patienter. Une demi-heure plus tard, ils sortirent et l'autorisèrent à aller la voir.
Chef… dit Lilly d'une petite voix qui reflétait que son état des dernières heures n'était pas excellent
Lilly, vous nous avez fait très peur. Que s'est-il passé pour que vous fassiez ça ?
Je n'en peux plus d'être toute seule, de rentrer pour ne trouver que mes chats, personne pour me demander si la journée a été bonne, pas de vie…
Je comprends, mais vous auriez pu nous en parler ou voir quelqu'un. De toute façon, le boulot c'est fini pour quelques temps, jusqu'à ce que nous soyons sûrs que vous êtes prête à réintégrer l'équipe.
Je ne suis pas folle ! Je peux gérer mes problèmes moi-même, je n'ai pas besoin d'un psychologue ou de toute autre espèce de décérébré avec des honoraires exorbitants !
On sait tous que vous n'êtes pas folle, mais consulter vous ferait énormément de bien, je pense. Maintenant, je vais vous laisser prendre un peu de repos et prévenir vos coéquipiers.
Génial, maintenant, ils me prennent pour une déséquilibrée, ils ne veulent pas comprendre que j'avais fait un choix, en adulte responsable, majeure et vaccinée. Je comprends, mais n'accepte pas qu'ils ne voulaient pas à avoir à s'en vouloir, se disant que c'était peut-être leur faute. Si je tiens celui qui m'a fait amener à l'hôpital ; il va passer un mauvais quart d'heure. Je ne me fais pas d'illusion, c'est sûrement Valens, le petit samaritain de la bande, qui sait très bien que personne ne peut résister à son sourire, même pas moi…
Ses collègues vinrent la voir plus tard, sauf Scotty qui restait dans le couloir, incapable de franchir cette porte qui le séparait d'elle. Il repensa au fait que s'il n'avait pas décidé de passer chez elle, ils seraient sûrement en train d'organiser ses funérailles.
Pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ? Ne se rend-elle pas compte qu'on est tous là les uns pour les autres, on est une équipe, dans tous les sens du terme, et on gagne toujours. Et puis, qu'est-ce que je ferais sans elle, sans pouvoir l'observer quand elle ne regarde pas, m'imaginer passant la main dans ses cheveux, caressant sa peau, l'embrassant. Je sais que j'ai grillé toutes mes chances avec elle à cause de l'incident Christina et que même si elle m'a pardonné, ce ne sera jamais qu'une amie. Une amie à aider, car si je sais que je ne dois rien attendre de sa part, il faut que je l'aide.
Lorsque les autres inspecteurs quittèrent la chambre de Lilly, visiblement rassurés de voir qu'elle était réveillée, il se glissa à l'intérieur, remarquant qu'elle s'était tout juste endormie. Il resta là longtemps, à la contempler dans son sommeil, son visage avait repris des couleurs, mais elle ne ressemblait plus à la Lilly pleine de vie habituelle. Elle se réveilla finalement et sentit une présence à côté d'elle.
Valens ?
Lilly, ça va ?
Pourquoi tu es venu ?
Ben, ce n'est pas juste moi, toute l'équipe était là, j'attendais dehors.
Non, pourquoi tu es venu chez moi ? Tu ne pouvais pas me laisser tranquille ?
Tu ne répondais pas au téléphone et puis, si on avait su ce que tu préparais, on ne t'aurait jamais laissée rentrer chez toi. On tient à toi, Stillman te considère comme sa fille. Tu aurais dû le voir, il était terrifié à l'idée de te perdre.
Et toi, tu t'en fichais ? Visiblement, tu en avais quand même assez à faire pour appeler une ambulance, quoique si tu avais vraiment voulu faire quelque chose d'utile, tu serais parti sans prévenir personne.
Qu'est-ce que tu as vécu pour en arriver là ? Tu es formidable, des femmes comme toi, je n'en ai jamais connu d'autres, même Elisa. Tu mérites d'avoir une bonne vie. Je sais que tu n'as pas eu une vie facile, mais tu as des amis, nous.
Est-ce que tu sais à quel point c'est horrible de rentrer chez soi le soir en sachant que les seules choses qui m'attendent sont mes chats, il n'y a pas même un homme, ils finissent tous par partir, ils ne peuvent pas accepter que mon travail soit si important pour moi ?
Je sais ce que c'est de rentrer chez soi pour ne trouver qu'un appartement vide. Un petit conseil avant que je parte, revois tes priorités, tu ne peux pas passer à travers une épreuve comme celle-ci en t'en sortant intacte… Sur ce, repose-toi, j'y vais.
Et il rentra chez lui, dans son appartement vide, ne pouvant pas s'empêcher de penser à sa collègue qui était à l'hôpital, à combien il aurait souffert si elle était morte et bien décidé à l'aider, même s'il savait qu'il se heurterait à son refus d'aller voir quelqu'un, de commencer une thérapie.
