Chapitre 4.

Lilly sortit de l'hôpital une semaine après, mais les conseils du médecin étaient clairs : ne pas la laisser seule. Stillman se proposa d'abord pour l'accueillir, mais elle refusa net, prétextant qu'elle était très bien capable de se débrouiller seule. Il appela donc Scotty pour la persuader d'accepter leur aide. Finalement, après une discussion très mouvementée, ils étaient arrivés à un accord : Scotty s'installerait chez elle, dans la chambre d'invités, et il l'accompagnerait chez un psychologue ; en échange, elle pouvait retourner travailler après seulement une semaine de congé, et non six comme l'aurait désiré le médecin.

Grâce aux banques de données disponibles au Central, Scotty trouva dans le fichier une thérapeute, Isabelle Schneider, qui serait normalement en mesure d'aider Lilly. Il l'avait contactée et arrangé un rendez-vous pour sa collègue le vendredi suivant.

Ce jour arriva trop rapidement au goût de Lilly qui n'avait aucune envie de rencontrer cette personne. En ce qui concernait leur «vie commune », ils avaient trouvé une certaine routine qui leur convenait très bien, car Scotty pouvait la contempler à loisir et Lilly trouvait agréable de ne pas être seule avec ses chats.

Mais puisque je te dis que tu n'as pas besoin de venir avec moi ! Je suis grande, tu sais, je sais y aller seule.

Désolé, dit-il, mais j'ai promis au Chef de t'accompagner, c'était une des conditions du marché pour que tu puisses revenir travailler plus tôt.

OK, je sais, mais tu ne viens pas avec moi dans le bureau, alors.

J'ai jamais dit que je le ferais, rétorqua-t-il avec un de ses sourires charmeurs qui aurait fait fondre n'importe quel glacier de l'Antarctique.

À leur arrivée au cabinet, ils s'annoncèrent à la réceptionniste, une femme d'une trentaine d'années, petite avec des cheveux foncés, coupés courts. Elle les dirigea vers la salle d'attente remplie de revues de toutes sortes et meublée de beaux petits fauteuils.

Quelques minutes plus tard, une petite femme dans la fin de la trentaine, blonde, fit irruption dans la salle d'attente.

Lillian Rush ? appela-t-elle

Lilly, si vous voulez bien, dit l'intéressée froidement.

Bonjour, je suis Isabelle Schneider, votre coéquipier m'a contacté à votre sujet.

La femme avait un air jovial, sans avoir l'air remplie d'empathie, plutôt le genre mère de famille qui privilégie le pratique à l'esthétique. Elle était vêtue d'une longue jupe verte, d'un pull vert également et d'un foulard turquoise clair. Toutes ces couleurs s'accordaient d'ailleurs étrangement avec son maquillage et ses yeux.

Lilly la suivit dans le bureau, jetant un regard affolé à Scotty qui lui fit comprendre de ne pas s'inquiéter, qu'il restait et que tout se passerait bien. Cette pièce comportait un bureau, au centre, avec trois chaises, deux d'un côté et une de l'autre. Sur le bureau, il y avait un ordinateur portable, des papiers et un réveil qui faisait «tic-tac ».

Lilly prit place où Isabelle le lui avait montré et attendit que les questions viennent, mais il ne se passa rien. La thérapeute la regardait, sans la fixer, pour essayer de cerner un peu la personne, car, au téléphone, la personne qui avait appelé avait décrit Lilly comme quelqu'un de dur avec elle-même, qui s'imposait des règles strictes pour avoir un contrôle total sur son corps et ses émotions. Pourtant, la femme qu'elle avait en face d'elle ressemblait plutôt à un oisillon tombé du nid et apeuré.

Lilly finit par rompre le silence.

Vous ne me posez pas de questions ? Vous ne cherchez pas absolument à savoir ce qui s'est passé, ce que j'ai fait ? Lilly demanda d'une façon méprisante, dissimulant son inconfort dû au fait que ça ne se passait pas du tout comme elle l'avait imaginé.

Lilly, vous parlez si vous voulez, je ne vais pas vous forcer, je suis juste là pour écouter ce que vous avez à dire et vous aider.

Cela avait définitivement désarmé Lilly qui ne pouvait plus se réfugier derrière sa façade habituelle. La thérapeute continua.

Si vous craignez de paraître faible, ce n'est pas vrai, il faut énormément de courage pour arriver à se confier, bien plus que pour tout garder pour soi.

C'est bon, c'est bon, je vais parler, vous avez gagné, vous et Scotty. Pour que vous compreniez, il faut que vous sachiez que ma famille se résume à une mère alcoolique qui n'en a rien à faire de ses filles, et à une sœur qui disparaît dans la nature dès qu'elle a des ennuis, c'est à dire la majorité du temps. Je n'ai pas de père, enfin si, mais il s'est barré quand j'avais six ans. J'ai grandi entre ma mère qui ramenait à la maison les types qu'elle ramassait dans les bars où elle dépensait l'argent des allocations sociales…

Lilly, si c'est trop dur, vous pouvez faire une pause.

Non, je continue parce que si j'y réfléchis trop, je vais regretter ce que je suis en train de faire.

C'est ainsi que pour le reste de l'heure, elle lui expliqua sa vie, son travail, la place qu'il occupe, son problème avec les hommes. Ainsi, lorsque Scotty la vit réapparaître dans la salle d'attente, il remarqua qu'elle avait pleuré, mais sut que tout s'était bien déroulé lorsqu'il entendit Isabelle Schneider dire à Lilly « À la semaine prochaine ».