Auteur : Sayuri Nobara
Base : Nightmare – Merry
Pairing : Sakito (Nightmare) x l'inconnu :P
Disclaimer : Personne ?
Genre : AU / Adolescence / Amitié...
Note : Titre du chapitre selon une chanson d'Hora du même nom
Titre : Innocent Teens
Chapitre 2 : Inner Elements


- On est mardi, chuchota Hitsugi à l'oreille de Sakito en s'asseyant peu après à ses côtés.

- Je sais, répondit-il, visiblement assez nerveux.

- Eh ! Tu stresses ?

Cela le dérangeait de l'admettre, mais oui, il s'angoissait, parce que dans une heure tout au plus, il serait à nouveau devant la grille grinçante, à nouveau il pourrait admirer le dessin de cet homme inconnu, à nouveau il aurait cet indéniable désir de monter chercher la source de la petite musique...

- Je veux lui parler.

- A cet homme ? Mais t'es bien sûr de pas l'avoir imaginé ?

- Je suis pas totalement stupide quand même !

- J'ai pas insinué ça, j'me demande juste si c'est pas une projection de ton désir. T'as voulu le voir, alors tu l'as vu.

Sakito se retourna vers son ami, les yeux grands ouverts de surprise.

- Merde... Tu te mets à réfléchir depuis quand ?

Il reçu une tape sèche sur le haut du crâne et Hitsugi le toisa d'un air offensé.

- Petit impertinent ! scanda-t-il en imitant à la perfection leur actuelle professeur de littérature japonaise. Non mais sans rire, peut-être que ce type n'était là que parce que tu te l'imaginais dans ta tête...

- Mais j'ai senti son regard sur moi ! S'il n'y avait eu que cette apparition encore, mais il m'a regardé ! Et quand je suis reparti, je savais qu'il me suivait des yeux ! C'est indescriptible... Tu n'as jamais ressenti ça ?

- C'est peut-être cette histoire de maison à moitié à l'abandon qui te monte à la tête en fin de compte... Tu te mets à voir des fantômes partout...

- Tu me prenais au sérieux il y a une semaine et maintenant tu ne fais que te moquer de moi !

- Tu te fais martyrisé, Saki ? lança une voix derrière eux, annonçant le largage à leurs côtés d'un Ni-Ya plutôt moqueur.

- Ah non ça y est, pas lui... gémit Sakito en cachant son visage dans ses mains en jouant la comédie.

- Allez va, tu vas t'en remettre ! De quoi vous parliez à l'instant ?

- D'un fantôme !

- D'un homme !

- Oula on se calme les deux excités là... On s'explique calmement, et on me raconte toute l'histoire.

- Ben en fait, aujourd'hui Sakito doit...

- Chut ! C'est moi qui parle ! Tu te rappelles le type que j'ai coursé la dernière fois ?

- Celui qui avait volé un sac ?

- Voilà, en fait sa propriétaire m'a invité chez elle...

- A... Hein ?! Mais elle était pas un peu... âgée pour toi ?

- Mais c'est pas possible ça ! ça vous paraît si incroyable qu'elle veuille simplement me remercier sans arrières pensées ?

Les deux interpellés haussèrent les épaules en prenant l'air d'anges que l'on accuse de méfaits.

- Et donc ?

Exaspéré par la lenteur de son compagnon, Hitsugi relata brièvement l'histoire en citant des paroles de Sakito, cette étrange après-midi au manoir européen et la très briève entrevue de l'homme au tableau.

- Mais ça fait un moment déjà que ça s'est passé, réfléchit Ni-Ya en fronçant les sourcils.

- Si tu te plains de ne pas l'avoir su avant, t'avais qu'à être un peu plus présent ! grommela Hitugi en se détournant.

- C'est vrai ça, on t'a presque pas vu de la semaine, ajouta Sakito en se tournant vers le blond.

Celui-ci parut gêné et crispa sa mâchoire comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'il était ennuyé.

- Ça vous regarde ?

Surpris, Sakito eut un petit mouvement de recul et se sentit blessé de la remarque. Hitsugi eut un bref soupir de mépris et se leva pour les quitter avant que Ni-Ya ne se lève à son tour pour prendre le chemin opposé. Resté seul, Sakito baissa la tête vers ses mains et les regarda longuement sans bouger, le regard perdu dans le vague. Depuis quelque temps, leur petit groupe de trois avait perdu leur forte amitié, des tensions entre Hitsugi et Ni-Ya étaient nées sans qu'il sache réellement pourquoi, et il les avait vu prendre des chemin différents. Il savait qu'un jour où l'autre, ils viendraient à se séparer, mais se rendre compte de cette fatalité faisait d'autant plus mal qu'il se sentait comme amputé d'un membre important. Il les connaissait depuis tout aussi longtemps l'un que l'autre, même s'ils ne s'étaient pas rencontrés au même endroit. Il se sentait ignorant d'une chose qu'on lui cachait délibérément, et se sentir aussi impuissant face à ce déchirement le rendait presque dépressif.

Il sentit sur son visage une ombre cacher le soleil et releva brièvement les yeux pour s'apercevoir que deux adolescents plus jeunes que lui le regardaient avec admiration et timidité.

- Ano... Vous voulez quelque chose ?

Ils se regardèrent mutuellement et acquiescèrent en lui tendant une feuille blanche et un marqueur.

- Pourrions-nous avoir un autographe de vous, Okurozano-kun ?

Le jeune garçon eut un petit sourire et rejeta une mèche derrière son oreille droite avant de s'exécuter, les faisant glousser comme des filles. Lorsqu'il le leur tendit, les deux s'inclinèrent, le feu aux joues et partirent d'un pas pressé en direction des vestiaires de sport. Sakito avait l'habitude. Il était populaire, on l'adorait, même s'il ne jouait pas vraiment de cet avantage. Hitsugi avait l'humour et le sens de l'autodérision, Ni-Ya séduisait les filles facilement et très naturellement. Ils avaient tous un point fort, quelque chose qui les distinguaient des autres, mais malheureusement, cela ne suffisait pas à les garder unis.

OoO

Alors que le professeur à qui très peu de monde faisait attention se retournait vers le tableau pour écrire une série de chiffre étranges et biscornus appelés mathématiques, Sakito releva les yeux de sa feuille blanche, jouant nerveusement avec le stylo qui tournait sur son pouce pour retomber entre ses doigts, et se tourna vers Hitsugi pour l'appeler à voix basse. Celui-ci lui jeta un coup d'œil mais ne lui répondit pas.

- Tu pourrais éviter de m'ignorer ? Ce qui se passe avec Ni-Ya m'attriste mais ce n'est pas ma faute !

L'interpellé mit un temps avant de se redresser sur sa chaise et de retirer son bras qui cachait la vue de son visage à son ami.

- Je suis fatigué de vos disputes... Je préférerai encore rester totalement seul de mon propre chef que de vous voir vous mitrailler des yeux.

- Hein ?

Hitsugi le considéra d'un regard surpris et en même temps quelque peu inquiet.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Qu'un jour vous vous retrouverez tous les deux sans moi au milieu pour servir de bouclier ou de messager ! Je suppose que l'un de vous deux va, comme d'habitude, me dire, « Eh, va dire à l'autre que... », mais cette fois-ci je répondrai non. J'en ai plus qu'assez de supporter deux gamins qui n'arrivent pas à se comporter en hommes responsables et qui plus est me font supporter les choses alors que j'en ignore la raison !

- Je ne pensais pas que ça te touchait autant...

- Y as-tu seulement fait attention ? Non, bien sûr. Vous ne vous souciez que de vous-mêmes et de vos querelles incessantes, et moi qu'est-ce que je dois faire, hein ? On était trois au début, dois-je clairement vous le rappeler ?

- Pourquoi t'es si agressif tout à coup ? s'exclama Hitsugi en haussant la voix. Tu veux te débarrasser de nous, c'est ça ? C'est vrai que tes amis qui t'adorent comme leur dieu et qui te demandent des autographes sont bien plus importants...

- T'es un idiot ! cria Sakito en se levant tout à coup, provoquant l'arrêt général des activités du cours. Tu trouves ça intelligent de m'attaquer sur ce point ? Bravo Hitsugi, belle mentalité ! Tu préfères attaquer les autres plutôt que reconnaître tes erreurs !

Il ouvrit violemment la fermeture éclair de son sac et y balança ses affaires avant de se diriger d'un pas en colère vers la porte de la salle.

- Okurozano-kun ! s'exclama le professeur en se plantant devant la porte. Le cours n'est pas fini ! Il reste vingt minutes, alors regagnez calmement votre place !

Sakita resta debout à le dévisager d'un air insolent.

- Mettez-moi absent, collez-moi, ça me passe au dessus de la tête.

Il repoussa d'une main ferme l'épaule du professeur pour passer et sortit sous les regards émerveillés de celles qui trouvaient cette arrogance si virile, et les autres, jaloux de sa personnalité si « cool ». Hitsugi, lui, avait des raisons de se sentir coupable de cet incident. Mais en ce qui le concernait Ni-Ya et lui, il ne voulait pas que Sakito y soit mêlé.

OoO

Le jeune garçon franchit rapidement les longs couloirs déserts du lycée, puis dévala l'étroit escalier qui donnait sur le parking des professeurs et sauta facilement le petit muret qui l'empêchait de sortir de l'enceinte de la cour. Sakito n'était pas un fervent adepte du séchage de cours, mais il lui arrivait pourtant, bien moins souvent qu'avant cependant, de braver les interdits et de partir en ville s'amuser plutôt que de passer des heures endormies à essayer de déchiffrer le japonais bafouillé par leur professeur de physiques. Il reconnaissait tristement que le fait qu'il le fasse de moins en moins souvent était révélateur de la dissolution progressive de leur petit groupe. Il se rappelait très bien ses années de collèges, et les autres passées précédemment, durant lesquelles Ni-Ya, Hitsugi et lui fuyaient l'ennui de l'enseignement en dépensant tout leur argent du mois dans des salles d'arcades ou parfois même dans les boutiques de vêtements branchés. Puis ils allaient au parc et Hitsugi effrayait délibérément aussi bien les pigeons que les enfants. Ses souvenirs le firent sourire, bien que l'émotion le contraigne à froncer les sourcils. Il respira profondément et décida de marcher jusqu'à l'arrêt de bus le plus loin possible du lycée et sur la route du manoir pendant les quelques minutes qui restaient avant que le flot des adolescents ne jaillisse du portail blanc. Il voulait surtout éviter de devoir prendre le bus avec Hitsugi... Cette pensée lui arracha un petit son désabusé. Il n'aurait jamais cru que cela deviendrait pesant d'être en sa présence. Il grimaça en regardant l'heure. Il n'aurait pas le temps de dépasser l'arrêt où il descendait, ce qui voulait dire qu'ils se retrouveraient immanquablement ensemble... Il jura et fut tenter un instant d'aller jusqu'au manoir à pied, plus pour évacuer que par rancune envers Hitsugi. Il n'était pas vraiment du genre à en vouloir à ceux qui lui faisaient du mal, mais plutôt à se récrier lui-même de ne pas savoir l'éviter. Un comportement assez étrange qui faisait qu'il était, certes admiré par de nombreuses personnes, mais avait du mal à se faire comprendre. Aussi ses aventures étaient nombreuses mais pas sérieuses. Il n'arrivait pas à tomber amoureux. Il évitait d'y penser, mais ne pouvait s'empêcher de reconnaître que derrière cette façade de garçon populaire, il n'avait que ses deux amis auxquels se raccrocher, et c'était pour cette raison qu'il y tenait tant. Il ne se sentait pas le courage de continuer à tenir son rôle s'ils n'étaient plus là pour le soutenir.

Il buta du pied dans un caillou et maugréa en soupirant, relevant mollement la tête pour regarder de l'autre côté de la rue, mu par un instinct soudain. A ce moment là, les couleurs de la carrosserie du bus entrèrent dans son champ de vision et il ne réalisa que trop tard qu'à trop se perdre dans ses idées, traînassant sur le chemin, il n'avait pas pensé à se dépêcher pour ne pas le rater. Il jura tout haut et commença à courir, le sac se balançant sur ses reins le faisant grogner d'un air agacé. Mais qu'il soit entraîné, il lâcha bien vite son rythme, car le chauffeur, ayant constaté qu'il n'y avait personne à l'arrêt et n'ayant pas pris gare au jeune homme sur le trottoir, continua sa route sans s'arrêter. Sakito le regarda s'éloigner avec regret, puis se résolu à marcher un peu plus vite pour ne pas être en retard chez sa si étrange hôtesse.

OoO

Il faillit bien se perdre, tant le lacis de chemins était complexe. Il trouva cela étonnant, mais se souvint en un sourire que tout ce qui touchait à cette histoire ne pouvait être que tel. La route lui parut inexplicablement trop longue, et se fut en traînant les pieds, avec une demi-heure de retard, qu'il se présenta enfin devant la porte du manoir.

- Oh ! C'est toi ! Je ne pensais pas te voir aujourd'hui... Mais tu as l'air essoufflé, qu'est-il arrivé ?

Elle fit entrer le jeune garçon qui se retrouva assis à la même chaise, sous la véranda, que la fois précédente. Fatigué, il s'y laissa tomber sans répondre, reprenant calmement son souffle avant de se justifier.

- Je suis vraiment désolé d'arriver aussi tard, mais j'ai raté mon bus, et mon lycée n'est pas à côté...

- Ce n'est pas grave, sourit Kanagure, l'essentiel c'est que tu sois là. Peut-être pourras-tu rester un peu plus longtemps cette fois ?

A cette remarque, Sakito ne pu s'empêcher de tendre l'oreille pour essayer de capter la petite mélodie de l'autre fois. Mais il n'entendit rien de la sorte et se sentit un peu dépité.

- Okurozano-kun ?

- Hm ? Ah euh oui, tout à fait...

- Bien ! Ah mais où avais-je la tête ! Peut-être devrais-je te servir quelque rafraîchissement ?

Il acquiesça de bonne grâce et la suivit des yeux lorsqu'elle sortit, avant de s'apercevoir avec stupéfaction qu'un autre tableau avait fait son apparition sur le mur. Il se leva pour s'en approcher et constata que c'était une nouvelle version d'une vue du jardin, la même que les autres, à cela de différent qu'elle semblait un peu plus claire, pas vraiment plus optimiste mais moins porteuse de douleur. Et cela se voyait très nettement lorsque l'on regardait les tableaux dans leur intégralité sur tout ce pan de mur. Il se déplaça pour venir au portrait qui le fascinait tant. Il était maintenant habitué à ce regard si pénétrant et triste, mais il lui faisait toujours ressentir la même émotion. Il se détacha des yeux noirs et de leur éclat presque terni pour faire courir son regard sur la texture onctueuse des joues, bien qu'elles aussi soient là pour rappeler le caractère presque désespéré de cet homme. Ses cheveux semblaient être nuancés de brun et de noir profond, et leur brillance les faisait presque passer pour des vrais. Sans pouvoir s'arracher à ce reflet de l'inconnu qu'il était persuadé d'avoir aperçut à la fenêtre, ses doigts se posèrent avec légèreté sur la toile, courant avec douceur le long des sinuosités de la peinture, épousant la forme du menton, du cou, puis revenant caresser les lèvres fines et belles, se perdant le long de l'arête du nez...

- Tu apprécies ce tableau ?

Sakito sursauta et ôta sa main du tableau alors que Kanagure le regardait attentivement, debout à ses côtés sans qu'il ne l'ait entendu venir.

- Oui, je... Je trouve que celui ou... celle qui l'a peint a fait là un véritable chef d'œuvre, on ressent toute les émotions du personnage, sa tristesse se lit dans ses yeux et... Il est très réaliste, et le sujet est très... beau...

Il avait murmuré le dernier mot en baissant les yeux au sol, un peu gêné d'avoir avoué ce genre de chose. Il avait l'impression d'avoir exhibé ce que personne ne savait encore, cette question qu'il se posait depuis quelques mois de savoir s'il était possible qu'il ressente un attrait pour les personnes du même sexe que lui. Il n'en avait pas parlé, pas encore, il n'y avait qu'à ses deux amis qu'il pouvait potentiellement se confier, et aux vues des tensions au sein du groupe, cela semblait presque inopportun.

Il vit un sourire presque tendre s'étaler sur les lèvres de la vieille femme qui considéra avec quelque chose comme de la compassion et une chaleur presque maternelle dans le regard.

- Je suis sûre que c'est ce qu'a voulu faire passer l'auteur de ce tableau. Tu sais, chaque peinture a sa vie propre, et celle-ci plus encore, car c'est un autoportrait.

Un autoportrait ! Le cœur de Sakito se mit à battre plus fort, et il écouta d'une attention soutenue chaque mot qui sortait de la bouche de Kanagure, les intégrant puis les analysant avec avidité et passion.

- L'artiste qui a peint cette œuvre serait, je pense, très touché que tu sois aussi marqué par un tableau d'apparence simple et pas vraiment intéressant, mais qui représente tout ce qu'il est.

- Quelqu'un qui souffre... murmura-t-il, perdu dans ses pensées. J'aimerai vraiment le rencontrer, voir un peu quel est l'homme qui ressent tant de douleur...

Il coula un regard discret à son hôte, qui cligna des yeux comme si la demande silencieuse avait était perçue, et elle eut l'air de réfléchir un moment, comme pesant le pour et le contre. Le jeune garçon jubilait intérieurement, il savait qu'il avait marqué un point. Enfin, la vieille femme hocha la tête et passa à autre chose, le conduisant vers la cuisine en lui demandant s'il connaissait bien les vertus des plantes. Un instant déstabilisé, Sakito ouvrit des yeux ahuris avant de comprendre qu'il lui faudrait être patient avant d'espérer pouvoir rencontrer celui à qui il rêvait maintenant toutes les nuits, qui l'obsédait sans qu'il sache vraiment pourquoi. En passant dans le couloir, il jeta un œil vers l'étage du dessus et s'arrêta, rêvant éveillé du moment où il pourrait enfin lui dire de vive voix ce qu'il pensait de ses tableaux, et le voir lui, en chair et en os, le voir et le toucher... Il secoua la tête et au moment où il sortait de ses pensées, il crut entendre s'élever le doux murmure d'une mélodie.

OoOoO

Mot de la fin : Par curiosité, est-ce que quelqu'un lit cette fic'? XD

...A SUIVRE...