Auteur : Sayuri Nobara
Base : Nightmare – Merry
Pairing : Sakito (Nightmare) x Gara (Merry)
Disclaimer : Rien n'a changé.
Genre : AU / Adolescence / Amitié / Romance…
Titre : Innocent Teens
Chapitre 11 : Passage à vide
Le silence. Etonnant comme il semblait d'habitude ne pas s'y accoutumer, et comme maintenant il lui faisait songer à des choses plutôt agréables. Le silence qui prenait uniquement l'espace donné, un silence qui envahissait sans appesantir. Un éphémère qui lui rappelait significativement le manoir et son mystère. Allongé sur son lit, ses yeux perdus dans le vague revoyaient nettement pourtant le visage qu'il avait eu devant lui un peu auparavant, les expressions fugitives qui lui avaient noué le ventre. Il avait l'impression de connaître quelque chose de nouveau et de fort qui pourtant n'était le début que d'une autre chose, et cette simple pensée lui faisait courir sur la peau de petits frissons sans qu'il sache trop pourquoi. Il s'était senti incroyablement ému devant le peintre, mais incroyablement bien aussi. Il avait presque voulu aller dans ses bras...
S'apercevant soudainement à quoi il pensait, ses pommettes rougirent et il se redressa pour changer de position, se retournant sur le ventre, un coussin ramené contre sa poitrine. La tête à moitié cachée dans le tissu, il continuait pourtant de ressentir une certaine honte à penser avoir avec l'homme une relation intime... Toutefois, il lui semblait qu'un endroit de son corps était éveillé par des fourmillements d'excitation.
- Sakiiiii !
Sorti en sursaut de sa rêverie, il manqua de tomber du lit en voulant en sortir, et se traîna un peu laborieusement vers la porte.
- Su... Suge-chan ?
- Ouvre, ouvre !
- Hai...
Il déverrouilla la porte d'entrée pour laisser rentrer son ami. Celui-ci paraissait survolté et aussi heureux qu'il l'aurait pu être en cette période un peu difficile de leur vie. D'un geste, il balança son sac à terre et dépassa Sakito pour venir se vautrer sur le sofa. Un peu surpris, Sakito referma la porte et vint s'accroupir à côté de lui.
- Ano...
- C'est merveilleux !
- J'en doute pas mais... Si tu me disais ce qui se p...
- Je sors avec elle !
- Pardon ?!
- Avec Nori ! Je sors avec Nori !
Il se retourna vers Sakito pour lui parler en face à face.
- Et ben... Et ben ça alors !
- C'est tout c'que tu trouves à dire ? bougonna Hitsugi, triturant un de ses piercings qu'il avait remis.
- Ben je dois être tellement content pour toi que j'arrive même pas à l'exprimer !
- J'préfère ça !
- Raconte, comment ça s'est passé ?
- On est allés prendre un thé comme elle le voulait... Et puis j'ai eu envie de lui dire ce que je ressentais.
- Comme ça, d'un coup ?
- Rooh mais laisse-moi finir !
- Ah, pardon...
- Donc, j'ai voulu lui dire dans le salon, mais... mais elle m'a tiré à l'extérieur.
- Pourquoi ?
- Ben en fait ça j'en sais rien... Elle disait que c'était mieux d'aller ailleurs...
- Et après ?
- Ben j'lui ai dit !
- Ah ouais... Quand même...
- Et là je reviens de chez elle.
- Quoiiiii ?! Qu'est-ce que tu lui as fait ?!
- De suite ! J'lui ai rien fait de pervers, nounouille !
- C'est ce que tu dis...
- Ah ben vive la confiance !
- De rien.
- Elle m'a joué un air de... Débushi.
- Débushi ?
- Ouais, un type qui fait du piano...
- Debussy, crétin ! s'exclama Sakito en éclatant de rire.
- Maiiiis ! répliqua Hitsugi sans cesser de sourire.
- Ben bravo, t'as assuré...
- J'avoue... Mais quand même, merci de m'avoir encouragé...
- Y a pas de quoi hein. Les amis c'est fait pour ça.
Il eut un blanc passager durant lequel ils s'efforcèrent de penser à autre chose qu'à Ni-Ya. D'habitude, c'était lui qu'Hitsugi allait voir lorsqu'il s'agissait de filles, puisque Sakito n'était pas très calé en la matière.
- Hm... Ne ne, ton peintre ? Alooors ?
Sakito éloigna sa tête de plusieurs centimètres en considérant Hitsugi d'un air curieux.
- Quoi ?
- Vous avez tous les mêmes mimiques !
- Ah bon ?
- Kanagure-san m'a demandé la même chose sur le même ton !
- J'l'aime bien s'te petite vieille finalement... Bon alors ?
- Ben... oui, je l'ai vu.
- Yataaaaa ! s'écria Hitsugi en s'asseyant en tailleur. Et vous avez fait quoi ?
- Ben on a parlé...
- C'est tout ?
- Parce que t'as fait mieux ?
- Umpf... Vous avez parlé de quoi ?
- De... peinture. Il m'a demandé d'être son modèle...
- WOUAAAAAAAAAAAAAAAAH !
- Hurle pas si fort, bon sang ! Y a des voisins à côté !
- Pardon ! chuchota Hitsugi, une main devant la bouche. Mais tu te rends compte du truc ?
- Ben... C'est bien, non ?
- Mais... Saki, tu sais qu'en peinture on peint aussi des... nus ?
Bouche bée, le jeune garçon regarda son ami d'un air atterré avant de nerveusement jouer avec son tee-shirt.
- Non mais non... Il... Il me fera pas faire des trucs pareils...
- Pourquoi pas ? Je te l'ai dit, ce type est un pervers !
Pourquoi avait-il si chaud tout à coup ? S'imaginer nu devant lui... La sensation devait être énormément perturbante ! Comment allait-il cacher certaines... émotions qu'il ressentait alors qu'il serait sans défense sous ses yeux ?
- Saki ?
- O... Oui ?
- Pourquoi t'es tout rouge ?
- Pour rien...
Hitsugi se pencha significativement vers lui pour le détailler alors que Sakito s'efforçait de ne penser à rien.
- Dis, tu serais pas en train de...
- Rien du tout ! Je rien du tout !
- Si si, reprit Hitsugi d'un air goguenard. Avoue... ça t'excite hein ?
- T'es... T'es vraiment con ! balbutia Sakito en détournant les yeux, les joues plus en feu que jamais.
- Y a pas de honte hein. Je t'avoue que moi quand Nori m'a amené chez elle et qu'il n'y avait personne, qu'elle s'est serrée contre moi un moment en m'embrassant, j'ai cru que j'allais devenir dingue hein... En plus le piano n'était pas loin et... Bref... J'ai évidemment pensé à ça... C'est dans ma nature et dans celle des êtres humains hein, ça s'appelle du désir.
- Mais je... Je ressens pas... ça...
- Je vais pas aller vérifier non plus !
La honte... Même devant son meilleur ami, il se sentait complètement idiot et vulnérable. Mais il n'y pouvait rien, il n'était jamais tombé amoureux comme lui, il n'avait jamais connu d'amour physique non plus, il ne pouvait que se sentir honteux de ressentir ces choses !
- Comment... Comment on reconnaît quand on est amoureux ?...
- T'as le cœur qui bat très fort quand tu vois cette personne, tu as besoin de la voir, tu ferais n'importe quoi pour qu'elle te sourie, hm... quoi encore... Tu as envie de la toucher, de la prendre dans tes bras, de la protéger ou d'être protégé par elle... Enfin, je ne crois pas qu'il y ait vraiment de schéma amoureux, quand tu es amoureux tu le sais. Ça se sent.
- Ne, Suge-chan... Honnêtement... Tu penses que je suis amoureux ?
- Sincèrement ? Oui. Ça te saute peut-être pas vraiment aux yeux parce que t'as pas vraiment connu ça avant et que c'est toi-même qui le ressent mais je peux t'assurer qu'étant à l'extérieur, ce que je vois de ton comportement me suffit à te répondre positivement.
Les mains moites, Sakito essuya comme il le put ses paumes sur ses cuisses.
- Qu'est-ce que je dois faire ?...
- Rester toi. J'ai pas vu ce type non plus, donc je peux pas te dire comment il réagira... Et puis c'est pas très sain quand même, il est beaucoup plus âgé que toi ! A vu de nez comme ça, tu penses qu'il a quel âge ?
- Hm... Je sais pas... Trente voir moins...
- Ah ouais, ça fait quand même treize ans de différence au maximum...
- Mais on s'en fiche ! Hitsugi, je me fous de l'âge qu'il a ! Si je l'a... si je l'aime, ce sont mes sentiments qui importent !
- Mmh... Je vais pas te dire le contraire... En tout cas même si je trouve cette idée un peu immorale... Je te soutiendrai quand même. Tu t'en doute, ne ?
- Ouais...
- Pas de « ouais », Saki ! T'aurai du me dire un net « oui » parce que tu sais que je serai là pour toi ! Bon t'as pas un coca là ? J'commence à avoir soif.
Sans rien demander de plus, Hitsugi se leva pour aller ouvrir le réfrigérateur, et resta un moment interdit devant son contenu quelque peu amoindri.
- Eh, depuis quand t'es pas allé refaire les courses ?
Toujours assis par terre dans sa même position de réflexion, Sakito releva des yeux un peu perdus comme s'il sortait à peine d'un rêve.
- Eto… Depuis…
Il sembla réfléchir un moment, mais l'autre jeune garçon en avait assez vu et entendu pour comprendre.
- Ça va, j'ai compris. Ni-Ya et ton peintre, Ça t'a suffit à te prendre assez la tête et t'oublier de penser à toi-même. Si l'amitié te rend dans cet état, je veux même pas savoir ce qu'il adviendra par amour !
Agitant l'index en signe de désapprobation, Hitsugi secoua la tête comme s'il était une mère tenant conseil à son enfant.
- Je vois que ton laissé aller est bien trop important pour le négliger plus longtemps, alors… alors…
Sa canette à la main, Hitsugi regarda un instant Sakito d'un air gêné, cherchant des mots assez explicites pour qu'il devine sans qu'il ne sente qu'il ne s'impose.
- Alors quoi ?
- Ben alors… J'ai pensé à une chose mais… Enfin… Je sais pas si de ton côté ça semblera…
Clignant des yeux, Sakito se leva à son tour et se dandinna un moment devant lui pour reprendre l'équilibre.
- Tu sais que je lis pas encore dans tes pensées alors peut-être que si tu me mettais sur la voie…
- J'ai pas envie de te demander quoi que ce soit…
- Ah mais ça alors ! Toi et Ni-Ya, même combat ! grommela Sakito en lui prenant vivement le coca des mains pour se désaltérer à son tour.
Hitsugi esquissa un sourire gêné alors qu'il frottait nerveusement la pulpe de son index sur le meuble en grès.
- Ça fait un moment que j'y pense… Mais personne… Enfin chez moi je suis aussi utile que n'importe quel objet… Je suis prêt à te payer si tu veux !
S'étouffant avec la boisson, Sakito s'essuya sommairement les lèvres avec le dos de sa main.
- T'es en train d'me dire que tu veux vivre avec moi ?
- En fait… Hm… Oui… Tu vois… J'ai souvent eu envie qu'on ait tous les trois un endroit où vivre ensemble mais… C'était un peu utopique…
- A mon avis, ça nous ait tous passé par la tête une moins au moins. Même à moi…
- Okey… Je peux rester pour cette nuit ?
Sakito esquissa un sourire et se passa la main sur la nuque pour la soulager un peu de sa tension douloureuse.
- A vrai dire, c'est pesant de vivre seul… J'ai déjà eu envie de demander un peu plus à mes parents pour pouvoir payer quelque chose de plus grand… Et vivre en collocation comme ça…
- Tu sais que…
Hitsugi baissa les yeux en suivant du regard les lignes du sol carrelé.
- Ni-Ya n'acceptera pas, pas maintenant. Il croira que…
- Que c'est de la pitié, murmura Sakito en secouant tristement la tête.
- Tero devait aller le voir, ne ? Si tu essayais de l'appeler ?
- Je n'ai pas son numéro, tu le sais.
- Je parlais de Ni-Ya…
Hitsugi fit une pause avant de continuer.
- Tu prends bien de ses nouvelles, non ?
- On ne sait pas si Tero est allé le voir… Si on appelle maintenant et qu'il y est déjà allé, Ni-Ya va nous en vouloir pour l'avoir poussé à agir.
- Il n'est pas stupide, il se doute qu'on a tenté de ce côté-là pour faire réagir Tero. Mais on a seulement trouvé des arguments susceptibles de les rapprocher, rien d'autre ! Donc il n'a aucune raison de nous en vouloir. Et puis si Tero a fait ce qu'il avait à faire, il ne peut qu'être soulagé…
- Il est tellement dur à cerner ! Je ne pense pas que l'on puisse comprendre ce qu'il ressent…Au fond, il est très seul…
- Pourtant, nous on est là pour lui…
- Il le sait. Il ne peut que le savoir. Et c'est à nous de le lui rappeler chaque fois qu'il en doute.
- Alors autant lui rappeler qu'on ne se fera pas oublier de sitôt !
Hochant la tête, Sakito glissa la main dans la poche de son pantalon pour en ressortir son portable. S'apprêtant à pianoter, il se stoppa soudainement.
- Si Tero n'est pas allé à l'appartement comme nous l'espérons… Si nous nous sommes trop emballés à l'idée d'un succès assuré, que ferons-nous ?
- Saki, moi aussi je mise tout sur son intervention. C'est vrai qu'on en a parlé comme si tout était déjà gagné, mais n'avons-nous pas que ça à quoi nous raccrocher ? On sait très bien toi et moi que si ça échoue on risque d'être encore plus désespérés. Mais on ne perd pas de vue qu'on est prêt à tout faire pour lui et que la façon dont tu as fait tourné les choses m'a redonné courage.
- Je n'y suis pour rien, répliqua le plus jeune. Je n'ai pas pu vraiment faire changer les choses depuis que je sais.
- Ce n'est pas faute d'avoir essayé ! Rends-toi compte, moi je n'ai rien tenté !
Prudemment, Sakito haussa les épaules pour ne pas avoir à confirmer l'affirmation d'Hitsugi. Ce n'était pas la peine de l'accabler davantage.
- Bien…
Il rechercha le numéro du blond dans son répertoire et porta l'appareil à son oreille. Les yeux rivés sur Sakito, Hitsugi attendait lui aussi patiemment que la tonalité résonne. Au bout de quelques secondes, Sakito fit la moue.
- Ça ne répond pas…
- Il est peut-être sorti…
Il ravala une réplique amère et se contenta d'hausser les épaules.
- Ah si attends !... Allô ?
Une voix masculine lui répondit par l'affirmative. Aussitôt les traits de Sakito exprimèrent simultanément surprise et intense soulagement. La curiosité piquée au vif, Hitsugi trépigna sur place en le harcelant de questions.
- Shht ! Tais-toi un peu, j'entends rien ! Tero, Ni-Ya est chez toi alors ?
- Pour le moment oui. On est rentrés il y a quelque temps déjà, il a pris une douche et puis il était épuisé alors je lui ai donné un lit.
- Où est-ce que tu vis ?
Tero eut un petit rire à la fois amusé et désabusé.
- A l'hôtel. Je n'aurai jamais pris un appartement dans une ville que j'avais fuis sans avoir l'intention d'y remettre les pieds un jour.
Sakito eut un pincement au cœur et une ombre d'inquiétude passa dans ses yeux, qu'Hitsugi capta et qui eut pour effet de le tenir tranquille.
- Mais alors… Quand tu repartiras, qu'arrivera-t-il à Ni-Ya ?
Tero fit mine de se racler la gorge pour masquer sa gêne, mais Sakito comprit que le roux avait d'autres choses à régler ici. Et ce fut à ce moment là que sa conversation du salon de thé lui revint en mémoire. Tero avait son… amant ici, et visiblement, cela semblait aussi un sujet complexe.
- Et bien à vrai dire, je ne sais pas quand je repartirai, ni si je repartirai un jour donc d'ici là, je pense que nous trouverons une solution. Après tout, le plus dur est passé, non ?
Il aurait voulu lui crier un « oui » sincère et vibrant, mais il dut se contenter d'un « ouais » peu convaincu. Tero le remarqua sûrement mais ne fit aucun commentaire et lui souhaita bonne nuit avant de raccrocher. Hitsugi lui posa une main sur l'avant-bras alors qu'il laissait son portable sur la table. Sakito releva des yeux un peu perdus dans ses pensées d'un air interrogateur. L'air de son ami semblait grave et hésitante.
- Tu n'as pas l'air rassuré…C'est pourtant une bonne nouvelle !
Sakito courba la nuque d'un air plus dépité qu'il ne l'aurait voulu mais se reprit rapidement.
- Je ne sais pas, Suge-chan… Je suis vraiment soulagé d'un côté, mais quelque chose m'empêche de me réjouir… Un peu comme si nous avions finalement reculé pour mieux sauter…
Sur ces paroles étonnantes de pessimisme, Sakito tapota l'épaule de son ami pour le réconforter sommairement, puis il tourna les talons pour regagner sa chambre. A quoi pensait-il déjà avant qu'Hitsugi ne débarque ? Ah oui… Gara. Un sourire étira peu à peu ses lèvres alors qu'il revenait s'allonger sur son lit, peu soucieux de laisser Hitsugi prendre ses aises.
OoOoO
Note de fin : Chapitre très court, je m'en excuse. Et où il ne se passe rien, d'où le titre du chapitre xD Je vais peut-être songer à produire des chapitres plus longs un de ces quatre... u.u' Mais pour une fois, j'ai pas oublié de poster !
A SUIVRE...
