Auteur
:Sayuri
Nobara
Base
:Nightmare
x Merry x Vidoll x the GazettE
Pairing
: Sakito
x Gara ; Sakito x Ni-Ya ; Hitsugi x Nori ; Tero x Uruha
Genre
:
AU / Adolescence / Amitié / Romance…
Titre
:
Innocent Teens
Chapitre
15 : Time
after time (1)
La pluie les surprit sur le chemin, alors qu'ils étaient sur la route du retour. Pataugeant dans les flaques d'eau formées dans les irrégularités des trottoirs, les jambes fatiguées de courir en étant transies de froid, leurs vêtements collant à leur peau, ils soupirèrent de soulagement en apercevant l'immeuble de Sakito. Reprenant un peu leur souffle en arrivant à l'abri dans le hall parfaitement propre, ils empruntèrent l'escalier sur la pointe des pieds, désolés de devoir maculer le sol d'eau sale. Gagnant enfin l'appartement, Sakito entraîna son ami dans sa salle de bain.
- Tiens, assieds-toi sur cette chaise pendant que je me lave. Y a une serviette propre, là ; Tu peux enlever tes vêtements et t'en envelopper en attendant que ce soit ton tour. A moins que tu veuilles passer le premier ?
Ni-Ya mit un temps avant de comprendre que le châtain attendait une réponse.
- Oh non, surtout pas ! Euh je veux dire non, vas-y, passe en premier… Je te… J'attendrai.
Il avait presque faillit lâcher le fond de sa pensée. Je te regarde. Il n'allait pas se refuser ce plaisir là ! Lorsque Sakito lui tourna le dos, le regard du blond tomba sur les reins de son ami qui se découvrirent peu à peu. Bien qu'il frissonnât de froid, il lui sembla qu'il avait un peu plus chaud tout à coup. Sakito ôta son tee-shirt d'un mouvement souple et Ni-Ya fit un effort de déglutition lorsqu'il se retourna vers lui. Il avait le buste fin et un ventre plat, mais le regard appréciateur de Ni-Ya ne s'arrêta pas là. Il observait les moindres gestes de son homologue, y comprit lorsqu'il commença à ôter son pantalon, ce qui eut pour effet de le faire gigoter sur sa chaise.
- Et bien quoi ? demanda Sakito en relevant des yeux surpris et curieux.
- R-rien, je pensais à autre chose...
Les pommettes rougissantes, il se leva pour se déshabiller à son tour, mais la vue du corps nu de dos, pourtant rapide, ne lui échappa pas. Se raclant la gorge, plus pour se calmer que pour attirer l'attention, il fit la grimace en s'apercevant qu'il ressentait une légère tension dans le bas-ventre.
- Non non, pas maintenant, se murmura-t-il à lui-même.
Il jeta un coup d'œil à la cabine de douche mais Sakito avait déjà ouvert l'eau et la faisait couler pour en régler la température. En soupirant de bien-être, Ni-Ya se débarrassa de ses derniers vêtements et s'emmitoufla dans la grande serviette blanche moelleuse qui lui donna presque envie de dormir. Mais en tournant les yeux vers les parois s'embuant peu à peu, les formes du corps debout se distinguant légèrement dans la vapeur de la douche lui donnèrent toutes les raisons de rester éveillé. Il s'interdit fermement d'aller le rejoindre, pourtant ce n'était pas l'envie qu'il lui manquait. Mais il parvenait pour le moment à se contrôler suffisamment pour ne pas faire de faux pas. Peut-être aussi n'attendait-il que le moment propice pour faire cet écart…
Le regard perdu, les paupières à demi closes, il sembla sortir d'une sorte de léthargie lorsque Sakito, les hanches enserrées dans une serviette, sortit de la douche d'un air satisfait.
- A toi.
Ni-Ya jeta un regard global au corps de son ami mais ne s'y attarda pas, probablement pour ne pas se donner trop tôt des envies coupables difficiles à contenir. Il entra à son tour dans la cabine et sentit avec délice l'eau chaude couler sur sa peau froide. S'immergeant dans une sorte de stase, il entendit vaguement Sakito lui parler mais ne compris pas ses mots. Un peu à contrecoeur, il écourta son moment de douce quiétude pour le rejoindre. Il fut presque soulagé de voir qu'il ne s'était pas encore rhabillé, occupé à coiffer ses cheveux secs devant la glace. Il s'immobilisa, posant à nouveau les yeux sur la chute de reins bien faite de son ami et sentit comme l'envol de centaine de papillons dans le bas de son ventre. Lentement, il se posta derrière lui, et l'entendit une nouvelle fois qui lui parlait en lui souriant, mais il ne prit pas la peine d'essayer de comprendre. Il était ailleurs, le corps insensible à tout autre chose que du désir. Il effleura d'abord le bas du dos de Sakito du bout des doigts, et le sentant frissonner de surprise, il ne résista pas à y poser totalement sa paume brûlante.
- Ni-Ya ?
Y avait-il de la crainte dans cet appel ? Il n'aurait su le dire, et si en temps normal il se serait déjà stoppé pour ne pas risquer de l'effrayer et de perdre son amitié, il semblait qu'il perdait le contrôle de lui-même. Il se colla tendrement contre lui, les yeux suivant les gouttes d'eau tombant de ses cheveux pour venir caresser l'épaule nue de Sakito. Ses tétons durcis appuyés contre son dos lui faisaient déjà ressentir d'agréables sensations. Mais ce n'était pas assez. Il embrassa le creux de son cou en y enfouissant son visage, l'enlaçant totalement contre lui pour se perdre un peu plus dans la sensation chaude de sa peau contre la sienne et de son odeur. Il n'eut pas la présence d'esprit de se rendre compte à temps que son membre, se durcissant peu à peu sous l'effet de l'envie physique, se pressait contre ses fesses, exprimant clairement à son ami ce qu'il ressentait. Sakito ne bougeait pas, les yeux agrandis d'un mélange de parfaite stupeur et aussi quelque part de peur. Encore une chose dont il n'avait jamais soupçonné l'existence. Il sentait, se rendait compte que le corps qui le serrait contre lui manifestait son désir de lui… Un de ses meilleurs amis le désirait. Ce qu'il avait alors craint se révélait juste : ils avaient reculés pour mieux sauter. Il aurait voulu le repousser, lui crier d'arrêter de ressentir ce genre de choses, mais d'un autre côté, il ne voulait pas lui faire de mal, pas après ce qu'il avait vécu. D'une voix blanche, il lui demanda de le lâcher. Mais Ni-Ya ne parut pas l'entendre et continua d'embrasser sa nuque jusqu'à ce que ses mains se glissent jusqu'à sa taille.
- Saki, souffla le blond en un murmure étonnement rauque, Saki, je t'aime.
Les derniers mots sonnèrent comme une sorte d'alerte dans sa tête, et l'étrange et légère excitation qu'il avait ressentie aux caresses de son aîné s'estompa instantanément. Il devait le repousser, il n'avait pas le choix, ça allait trop loin, c'était beaucoup plus grave encore qu'il ne le pensait.
- Pardon ?! s'étrangla Sakito en cherchant à se retourner tout en se dégageant.
Il croisa le regard du blond et un étrange froid désespéré l'envahit. Il était trop tard pour ne pas lui faire de mal. Ses yeux brillaient de fièvre.
- Je t'aime… Laisse-moi te montrer…
Sans avoir le temps d'opposer une quelconque résistance, Sakito, maintenant face à Ni-Ya, se retrouva cambré en arrière sur le bord du lavabo, les hanches collées aux siennes, sentant à présent tout à fait l'érection tendue contre son aine. Une langue s'empara soudainement de la sienne à l'intérieur de sa bouche. Elle était chaude et animée d'une vivacité étonnante. Il fut presque tenté de s'y laisser aller. C'était son premier baiser avec un individu du même sexe que lui. Il se souvint alors de cette nuit au parc où Sakito l'avait payé et lui avait proposé de remplacer son client perdu. Ni-Ya aurait pu en profiter… Et pourtant il avait refusé. Il ne pouvait pas douter de ses sentiments, mais à vrai dire il n'en avait pas douté une seule seconde, il en était simplement… désemparé. Même si Ni-Ya était un beau garçon, le cœur de Sakito était déjà pris. Et il le savait ! Le regard d'Hitsugi au restaurant lui revint également en mémoire, et aussi ce qui avait occasionné le départ du blond aux toilettes. C'était au moment où ils avaient commencé à parler de Gara…
Sakito chercha à échapper à son étreinte, mais plus il tentait de se détacher, plus Ni-Ya se serrait contre lui, et plus il sentait le désir mordant qu'il ressentait.
- Non…
Il parvint à détourner la tête et à rompre le baiser, les yeux au bord des larmes. Pourquoi fallait-il que Ni-Ya soit tombé amoureux de lui ? Il aurait pu être heureux, même après ce qu'il avait vécu, avec du soutien et beaucoup d'attention… Mais il avait fallu que ses sentiments pour lui soient plus que de l'amitié alors qu'ils savaient tous les deux que c'était impossible.
- Arrête ! Arrête, onegai !
L'emprise des mains du jeune garçon sur ses flancs sembla se relâcher.
- Quoi ?...
Mais il y avait dans son regard le voile terni de la mélancolie. Il le savait. Il savait que Sakito ne pouvait pas l'aimer de cette manière.
- Lâche-moi s'il te plait…
Et Ni-Ya le lâcha totalement, l'ivresse du désir remplacée petit à petit par une sensation d'échec. Sakito ne s'était même pas laissé aller un peu à lui…
Dès qu'il fut libre, Sakito lui jeta un regard profondément désolé et triste et quitta la salle de bain d'un pas précipité sans rien ajouter. Ni-Ya le laissa lui échapper, son bas-ventre sensiblement douloureux. Il ne pleurait pas pourtant. Il n'en avait pas la force.
OoO
Une petite pile d'habits l'attendait sur une chaise lorsqu'il sortit à son tour de la salle de bain. Il s'habilla en silence, fixant à la lueur de la lampe de chevet le renflement de la couette à l'extrémité du lit. Il avait entendu des sanglots lorsqu'il était encore à se regarder d'un air morose dans le miroir ; c'était ce qui l'avait décidé à sortir. Il avait d'abord dû prendre une douche froide pour se calmer, et il sentait encore des frissons glacés lui courir dans le dos, mais il se sentait dégoûté de son laissé aller. Par sa faute, Sakito avait été blessé, se rendant compte du mal qu'inconsciemment il lui faisait. Découvrir qu'une personne que l'on considérait comme son frère avait imaginé avoir avec lui des contacts physiques très intimes ne devait pas être quelque chose de particulièrement agréable… Plutôt troublant.
Une fois le pantalon passé, il hésita entre aller dormir sur le canapé ou se glisser dans le lit pour tenter maladroitement de le réconforter. Il choisit résolument la deuxième solution. Il voulait que Sakito comprenne qu'il ne lui en voulait pas de la souffrance que lui infligeait son amour et que, même s'il était terriblement jaloux de ce Gara, il ne chercherait pas à entraver sa relation. Il l'aimait, il respecterait ses choix. Il souleva la couette et il lui sembla que le corps de Sakito se recroquevillait un peu plus sur lui-même. Posant une main sans intention cachée sur sa cuisse, Ni-Ya se rapprocha de lui jusqu'à ce que son corps épouse la position du sien. Mais l'étreinte était bien différente de celle qu'ils avaient échangés tout à l'heure. Il lui faisait comprendre ce qu'il ressentait et qu'elle n'était que protectrice et tendre. Ne bougeant plus, il le laissa sentir la différence. Et ce fut le cas. Sakito se détendit doucement, et Ni-Ya glissa son visage contre sa nuque en fermant ses yeux douloureux. Ils restèrent un moment ainsi, jusqu'à ce que le châtain ne s'endorme et ne se retourne dans son sommeil. L'autre n'avait pas fermé l'œil. Il regarda son beau visage endormi et repoussa quelques mèches de cheveux en le caressant au passage avant de presser délicatement ses lèvres contre les siennes, entrouvertes sur un souffle apaisé. En passant un pouce sous une de ses paupières fermées, il y trouva quelques traces de larmes et poussa un soupir en attirant Sakito à lui pour qu'il se love inconsciemment dans ses bras. En glissant ses doigts dans ses cheveux, il songea avec amertume que Gara aurait sûrement la chance de l'étrenner de la même façon que lui… mais en beaucoup plus intime.
OoO
Se réveiller dans ses bras fut une expérience à la fois étrangement rassurante et perturbante. Bien des fois il s'était imaginé dans ceux d'un homme, mais il était désolé que ce ne soit que Ni-Ya. Il baissa les yeux sur le bras qui enserrait sa hanche et posa la main sur le poignet fin comme pour s'excuser de la situation. Ni-Ya bougea dans son sommeil et murmura quelque chose d'inaudible avant de se resserrer contre lui. Sans comprendre, les larmes vinrent presque immédiatement aux yeux de Sakito. Il se maudit de ne savoir réagir quede cette manière là. Il serra fort contre lui la tête endormie, luttant pour contenir ses sanglots. Qui des deux avait le plus de raison de pleurer au juste ? Ni-Ya semblait s'être complètement plié au choix de Sakito sans même s'être réellement battu pour le faire changer d'avis. Sakito le connaissait, il savait cette soumission. Et il s'en sentait d'autant plus mal que Ni-Ya acceptait et subissait, comme avec sa mère. Se retrouver dans la même position que cette horrible femme qui lui avait fait tant de mal était insupportable.
- Pardon, Ni-Ya… Crois-moi, tu es quelqu'un de bien, mais je ne peux pas nier mes sentiments… Je ne peux pas te mentir…
Il le serra plus fort sans s'en rendre vraiment compte mais remarqua au bout d'un moment que la main blanche s'était refermée plus fermement sur sa hanche. Il cessa de sangloter et le visage émergea de contre sa poitrine.
- Je sais, Saki, murmura-t-il, ses yeux emplis de compréhension. Je sais.
- Mais je… J'aurai voulu être autrement… J'aurai voulu pouvoir te rendre heureux…
- Non, je n'aurai pas voulu que tu sois un autre. Parce que ça n'aurait pas été toi… Pas celui que j'aime…
Tristement, Sakito caressa son visage et se pencha pour embrasser sa joue.
- Tu ne peux pas aller contre toi-même… Et une amitié se base sur de la sincérité. J'espère… J'espère que ce Gara saura reconnaître ce qu'il a gagné…
Le châtain eut un petit sourire à travers ses larmes.
- Merci…
- C'était sincère…
Ses bras agrippèrent un peu plus fort le corps contre lui et Sakito sentit que Ni-Ya pleurait.
OoO
La pièce empestait fortement un mélange d'alcool et de cigarette très marqué lorsque Tero y pénétra, les traits tirés et l'air abattu. Il était à peine rentré chez lui, après avoir fait plusieurs bars, dont pas mal de sa propriété, et s'être livré aux penchants les plus pervers de l'homme que sont l'ivresse et la luxure. Il n'aurait pu donner le nombre exact d'hommes, de transsexuels et de femmes avec lesquels il avait fait certaines choses inavouables. Abruti par l'alcool, il avait du faire pis encore, mais il ne se rappelait pas de toutes ses activités nocturnes, seulement de sons, d'odeurs et d'images qui se rappelaient à lui par brefs flashs. Sa façon d'agir ne le surprenait pas outre mesure. Il lui était déjà arrivé de faire ce genre de chose, livrant un corps sans morale à des vices extrêmes, mais cette fois-ci, il s'y était jeté avec davantage de volonté de se faire auto disparaître en tant qu'individu.
Il jeta un coup d'œil las à son réveil, un goût infect de bile dans la bouche. Il ne savait pas vraiment comment il pouvait se sentir réveillé alors qu'il avait passé toute la nuit debout, mais il ne voulait pas chercher à comprendre. Il refusait de penser à Uruha et pourtant il devait chercher une solution. Mais après tout ce n'était pas lui qui était en tort, alors pour quelle raison devait-il se soucier de lui ? La réponse était évidente mais il ne voulait pas y penser, la considérant comme hors sujet. Il aimait Uruha mais il lui en voulait. Cependant, même s'il ne l'avouerait pas, il reconnaissait que sa colère était peu raisonnable. Tout ce que Sakito lui avait dit était vrai, mais la personnalité quelque peu rancunière et fragile de Tero ne l'entendait pas de cette oreille. Il savait qu'il devrait aller le voir mais il s'y refusait pour le moment. S'aurait été se montrer faible. Tero renâcla en grommelant. Sa colère était dirigée vers lui-même en vérité, c'était pour cette raison qu'il avait été si violent envers Uruha. Il avait vu ressurgir ses faiblesses, la peur d'être trahi alors qu'il savait que le blond ne lui voulait pas de mal. Il devait se combattre et ne pas considérer Uruha comme un ennemi, car il n'en était pas un. Mais il fallait du temps, du temps pour s'accepter, pour se contrôler. Du temps pour accepter que les autres fassent partis de sa vie sans les craindre. Car il avait toujours peur de s'attacher et de se rendre compte un jour qu'on l'avait trompé. Comme avant, lorsqu'il était enfant…
Nerveusement, et malgré les nausées persistantes et son état actuel, il s'alluma une cigarette. Son corps sentait la sueur et d'autres fluides corporels qu'il préférait ne pas identifier. Chaque fois qu'il rentrait de soirée de ce genre, il évitait de se regarder dans le miroir, histoire de ne pas s'effrayer ou de se rendre vraiment compte de son état. Il se laissa tomber au bas du mur ; ses vêtements sales et poisseux le mettaient mal à l'aise. La chambre d'hôtel lui parut bien vide tout à coup, et il chercha inconsciemment une présence autre que la sienne. Il était tout aussi seul physiquement que psychologiquement, et le rougeoiement de la cendre de la cigarette qui d'habitude lui apportait quelque réconfort, ne parvenait pas à masquer ce vide là. Son visage piteusement baissé, éclairé par moment d'une petite lueur, paraissait plus abattu que content de son inflexibilité. En fin de compte, il n'était pas le seul à faire des erreurs. S'il avait toujours considéré qu'il avait commise la plus grave, c'est-à-dire de vivre, il se rendait compte à présent combien vivre en regrettant un acte devait être plus dur encore. Uruha devait être rongé par le remord...
Portant vivement le tabac à ses lèvres, il soupira d'apaisement en laissant sa tête partir en arrière, les yeux clos, revoyant dans sa tête l'expression du blond lorsqu'il avait ouvert la porte de son appartement. Même Tero avait été surpris qu'ils soient ainsi face à face, après des années de silence... Des années d'abandon auxquelles il aurait voulu remédier mais dont il doutait à présent d'avoir la force.
OoO
Hitsugi avait dû se débrouiller pour ne pas dormir chez lui cette nuit là. Il n'avait pas eu trop de mal à trouver un toit, une de ses connaissances qui lui devait des comptes n'avait pas rechigné à le laisser entrer. Un peu avant dix heures, il avait quitté l'appartement sans avoir l'intention d'aller quelque part. Marcher dans les rues, au hasard, bifurquer à gauche sans savoir où menait le chemin... Du temps, il en avait devant lui. A foison. Il comptait bien profiter de cette bouffée de liberté illusoire tant qu'il en avait encore l'occasion. Un sourire béat collé aux lèvres, il ne cessait de repenser à l'agréable après-midi qu'il avait passée en compagnie de Nori. Oh, pas grand-chose de bien palpitant, mais ça avait suffit à le rendre heureux. Se dire que son sourire, cette espèce d'illumination qui envahissait son visage, lui était uniquement adressé lui donnait comme une envie de bien faire, de prendre une sorte de revanche sur sa vie. Comme si cette relation était la seule chose qu'il avait réussie. Il pouvait à présent glisser sa main dans la sienne et voir dans son regard la chaleur dont il avait besoin pour se sentir bien.
Chantonnant d'un air évasif, ne regardant pas vraiment devant lui mais plutôt en l'air, il ne fit pas attention à la silhouette qui venait en face de lui et ne paraissait pas plus attentive que lui à ce qui se passait autour d'elle. D'un coup d'épaule, Hitsugi percuta le sac que portait la vieille femme, et qui chuta à terre sous le choc.
- Oup's, sumimasen !
Tout en s'excusant de son moment d'égarement, il s'accroupit pour remettre en place le contenu du cabas qui avait glissé sur le sol.
- Oh, ce n'est rien, je ne regardais pas non plus.
Alors qu'il acquiesçait d'un mouvement de tête, il s'aperçut que ce qui gisait à ses pieds n'étaient que des boîtes de thé.
- J'avais besoin de réapprovisionner, répondit-elle comme en réponse à son regard étonné. Je reçois rarement de la visite, mais en ce moment le manoir est plus animé !
- Le manoir ?
Hitsugi releva vivement la tête et fixa attentivement son visage ridé.
- Ne seriez-vous pas par hasard... Kanagure-san ?
Elle eut un pincement de lèvres tout en s'étonnant à son tour du fait qu'il ait connaissance de son identité.
- Nous nous connaissons ?
- En quelque sorte... Tous les mardis, n'y a-t-il pas un adolescent d'environ mon âge qui passe chez vous ?
Elle battit des paupières, puis se mit vivement à ramasser les boîtes restantes sans répondre.
- Ne vous affolez pas ! Il se trouve simplement que c'est mon ami, et qu'il m'a parlé de vous et de Gara-san.
Kanagure se stoppa dans son geste puis se releva sans le regarder.
- Je ne connais pas de Gara-san.
Sans ajouter un seul mot que ce soit, elle tourna les talons en laissant un Hitsugi perplexe, se demandant s'il n'avait pas fait une bourde. Il fut tenté de la rattraper et de s'expliquer avec elle sur les raisons de son vif renfermement, et surtout pour que Sakito ne souffre pas prochainement de son manque de tact, mais il n'eut pas le courage de faire un pas dans sa direction. Elle marchait vite, comme s'il lui tardait de s'éloigner au plus vite de cette rencontre inattendue. Il la regarda un moment s'éloigner avant de hausser les épaules, ramassant son sac pour se remettre à marcher, le regard toujours aussi vague.
OoO
- Tu t'en vas ?...
Ni-Ya eut un léger sourire face à la glace, alors qu'il passait son tee-shirt. Il voyait par-dessus son épaule dans le reflet qu'il hésitait à le regarder, même de dos il n'avait pas le courage de l'affronter.
- Oui... Enfin ce n'est pas que ta compagnie me dérange...
Il se retourna à demi, et se sentit gêné à son tour de la phrase qui lui échappa.
- Bien au contraire...
Sa langue sembla comme se figer dans sa bouche, sentant comme un blocage l'empêcher de continuer. Mais il n'y avait de toute manière rien d'autre à ajouter.
- Tu... Tu ne veux pas manger avant ?
Le blond se déplaça à travers la chambre, ramassant sa veste posée sur le lit et l'enfila en mettant son temps pour l'arranger correctement. Puis il s'avança vers Sakito, à moitié collé contre le mur et l'encadrement de la porte, et s'arrêta devant lui. Instantanément, le châtain baissa les yeux et se racla la gorge en fixant le sol. Il agit de la sorte pendant plusieurs secondes avant d'oser relever la tête. Ni-Ya le regardait avec une sorte de concentration rêveuse, comme s'il se passait tout un tas de choses dans sa tête en relation avec lui.
- Q...quoi ? émit Sakito d'une voix faible.
Le blond fit un pas de plus pour se rapprocher de lui, et du même mouvement, il posa sa main sur sa joue, la caressant doucement un instant, puis Sakito ferma les yeux au moment où Ni-Ya l'embrassait. D'abord cette légère pression sur les lèvres, et puis cet abandon de soit lorsque la langue demande à entrer... D'une main ferme et tremblante, le plus jeune l'arrêta.
- Ne fais plus jamais ça...
Ni-Ya le regarda sans rien dire puis se décolla très lentement de lui.
- Oui... Pardon...
Et il prit le chemin de la sortie sans un regard derrière lui. Après avoir réalisé avec quelle tristesse son visage s'était tourné, Sakito se lança sur ses talons pour le rattraper, mais juste au moment où il l'atteignait, Ni-Ya passait la porte d'entrée et la faisait claquer dans son dos.
- Ni-Ya...
Celui-ci s'avança dans le couloir de l'immeuble en retenant mal son envie de pleurer et partit en courant pour s'éloigner au plus vite de cet amour cruel et sans espoir. Ses pas résonnaient un peu trop à son goût dans l'immeuble vide, et ses reniflements marquaient chaque martèlement du sol alors que son épaule se cognait au mur anguleux à sa droite. Pourquoi est-ce que Sakito avait voulu qu'ils soient seuls tous les deux ? Tout ressemblait beaucoup trop à un piège qu'on avait voulu lui tendre... Ou bien peut-être devenait-il tout simplement parano ?
Lancé dans sa course, Ni-Ya sortit de l'immeuble et tourna à droite sans savoir réellement où il allait, supposant simplement que le centre ville devait être de ce côté-ci. Pourtant il connaissait très bien la ville. C'était juste... qu'il était trop bouleversé pour avoir la volonté de réfléchir.
- Eh ! Où tu vas comme ça ?
Le blond releva les yeux et les essuya du revers de la main.
- Hitsugi...
Celui-ci se pencha vers lui pour s'apercevoir qu'il avait pleuré et Ni-Ya se sentit ridicule et honteux sous ce regard curieux.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda le jeune garçon en prenant une voix étonnement douce.
- Te mêle pas de ça, grommela Ni-Ya en le contournant pour continuer à avancer.
- Eh ! Attends !
Hitsugi le rattrapa et commença à marcher avec lui.
- Tu lui as dit ?
- De quoi est-ce que tu parles ?
- A Sakito. Tu lui as dit que tu l'aimais ?
Ni-Ya se figea et tourna mécaniquement la tête vers lui.
- Comment est-ce que...
- Comment est-ce que j'ai deviné ? Bah... Y avait qu'à t'observer pour comprendre. J'suis peut-être pas aussi malin que Saki mais j'suis pas non plus totalement stupide...
Ayant un peu de mal à avaler la pilule, Ni-Ya acquiesça un peu difficilement et reporta un regard neutre sur le trottoir.
- Hm... ça c'est mal passé, c'est ça...
- Attends une minute... Tout ça là... C'était une de tes idées foireuses, je me trompe ?
Il se retourna vivement vers lui et l'empoigna presque aussitôt par le col de son uniforme. Etonné de son brusque mouvement de colère, Hitsugi en lâcha son sac.
- Mais... Calme-toi, je voulais simplement t'aider...
- Et bien à l'avenir ne cherche plus à m'aider !
Il relâcha la pression et le plus âgé des deux se massa la nuque en lui lançant un regard blessé.
- C'est ta faute si tout a foiré ! Pas la mienne ! Je voulais simplement t'aider à t'expliquer avec Saki, rien d'autre ! Tu savais autant que moi que c'était foutu d'avance !
Ni-Ya ne répondit pas, se contenta d'offrir la vue de son dos muet à son ami. Au bout d'un moment, Hitsugi l'entendit sangloter et il s'approcha doucement de lui.
- Désolé... Je voulais pas te dire ça comme ça... Tu le sais... J'voulais pas te faire mal...
Le blond se laissa attirer contre lui, et l'autre jeune garçon, quoi qu'un peu gêné d'agir de la sorte en pleine rue, le calma du mieux qu'il put en lui murmurant des paroles de réconfort.
- Allez... Viens... On va ailleurs...
Il lui prit doucement le bras et l'entraîna avec lui alors que d'un peu plus haut, le rideau légèrement tiré sur le côté, Sakito les observait avec une pointe de regret et d'envie s'éloigner de son champ de vision. Le regard mélancolique, il repoussa le tissu et soupira en s'adossant momentanément au mur. C'était vrai, rien ne pourrait redevenir comme avant. Ils n'étaient jamais tous les trois en fin de compte ; toujours par deux. C'était triste, c'était navrant, et par-dessus tout désagréable de se dire, lorsque l'on était seul, que les deux autres se confiaient des secrets que l'on ne saurait jamais, ou très tardivement.
OoOoO
(1) Time after time, you try to find yourseeelf, nagareru toki no naka deeeeee…
Note de fin : A SUIVRE... xD
