Auteur : Sayuri Nobara
Base : Nightmare x Merry
Pairing : Sakito x Gara ; Sakito x Ni-Ya ; Hitsugi x Nori ; Tero x Uruha
Genre : AU / Adolescence / Amitié / Romance / Yaoi…
Titre : Innocent Teens
Chapitre 19 : Beside you (1)


Il n'avait attendu personne, ni Hitsugi, et encore moins Ni-Ya. Il avait laissé le premier en compagnie de sa petite amie, peu désireux de devoir tenir la chandelle et se faire courtiser par Megumi, et n'avait pas revu le deuxième de toute la journée. Sachant pertinemment qu'Hitsugi devait se rendre chez Nori le soir même, il ne lui avait pas dit au revoir, se hâtant simplement à l'arrêt de bus pour ne pas rater le sien. Enfin il allait pouvoir décompresser un peu, retrouver l'air familier chargé d'odeurs lourdes de la chambre du peintre, retrouver la voix rieuse de la vieille dame, et se couper du monde extérieur. Car c'était ça en fin de compte, un petit monde retranché derrière les murs d'une bâtisse européenne, protégée par un jardin sauvage et naturel, au-delà des inquiétudes de sa vie quotidienne. Il s'assit au fond du bus, laissant sa tête reposer contre la vitre froide et ferma les yeux pour s'abandonner à un rêve calme et reposant. Il compta dans sa tête le nombre d'arrêts auquel le bus pila, et laissa à nouveau la lumière pénétrer sous ses paupières lorsqu'il fut convaincu d'être arrivé. Il salua le chauffeur, descendant sans se presser, un petit sourire aux lèvres et un cœur battant un peu plus fort d'excitation dans sa poitrine. Le portail grinça, ses chaussures crissèrent sur le gravier blanc du chemin, il leva les yeux vers la fenêtre et poussa un petit soupir de n'y voir personne. Bizarrement, il avait l'impression que tout était trop silencieux, que quelque chose clochait. Il frappa à la porte et attendit, les mains dans les poches, qu'on vienne lui ouvrir. Mais personne ne vint.

- Kanagure-san ?

Il recula, jetant un regard autour de lui, pour voir si éventuellement elle ne serait pas sortie, mais il n'y avait aucune trace d'elle aux alentours. C'est à ce moment là que les paroles d'Hitsugi lui revinrent en mémoire. J'crois que j'ai fait une bourde. D'un coup, une multitude d'émotions explosa dans sa poitrine, dominées par l'angoisse et la peur. Si Kanagure ne répondait pas, c'est qu'elle lui en voulait d'avoir parlé de Gara. Non… Non, ça ne peut pas être ça ! Faites que je me trompe ! Désespéré, il se mit à frapper un peu plus fort contre la porte, réitérant son appel, qui bientôt se transforma en un gémissement de supplication, de même que ses coups, espacées et nettement plus faibles, ne faisaient que lui faire perdre un peu plus espoir. Il hoqueta, posa son front contre la porte, et se laissa choir sur le seuil, ses épaules tressautant de sanglots. Je ne le verrai plus… C'est fini… J'ai été si bête !...

La porte grinça, et Sakito releva vivement la tête, plein d'espoir.

- Okurozano-kun ?

- Oui !

La vieille femme le détailla du regard, sans demander la raison de ses pleurs.

- Pourquoi ne… ne répondiez-vous pas ?...

- Je suis désolée, mais mon neveu est malade.

- Malade ?...

Elle hocha la tête puis les épaules, lui signifiant clairement de rentrer chez lui. Maladroitement, il se leva pour la retenir.

- Je vous en prie, laissez-moi entrer ! Je resterai moins longtemps si vous voulez ! Mais s'il-vous plaît !... J'ai besoin de le voir…

Y avait-il tant de désespoir dans ses yeux pour qu'elle soit touchée de sa requête ? Elle soupira puis s'effaça pour le laisser entrer, et Sakito crut qu'il allait se remettre à pleurer, tant il en était soulagé.

- Je peux lui amener du thé peut-être ?

- Si tu veux… Je pense que ça lui ferait plaisir.

Elle s'éloigna vers la cuisine et Sakito s'adossa au mur, un regard rêveur rivé sur l'étage du dessus. Lorsqu'elle revint vers lui, un bol entre les mains, il lui demanda des renseignements sur son état.

- Il avait de la fièvre cette nuit. Je pense qu'elle est un peu tombée cette nuit. Il a du prendre froid.

- Mais… Il ne sort pourtant pas…

- Oui, mais maintenant il passe ses journées devant la fenêtre… alors qu'elle est ouverte.

Ouverte ?Sakito laissa choir son sac au bas des escaliers et riva son regard sur la surface liquide pour bien faire attention à ne pas en renverser, montant les marches une à une. Il tendit la main devant lui, tâtonnant pour trouver la poignée et referma ses doigts dessus avant d'appuyer. Aussitôt, et comme prévu, l'odeur caractéristique de la peinture lui sauta au nez. Et son parfum à lui

- Hm… Kanagure ?

Sakito releva les yeux et déglutit, un peu gêné d'arriver comme ça sans prévenir.

- Non, c'est… C'est moi…

Le lit s'agita, et il put apercevoir le visage fatigué du peintre, qui tenta de se redresser pour s'asseoir à demi. Il lui sourit.

- Tu es revenu…

- O-oui…

Il s'approcha du lit, posant le bol sur la petite table de chevet, et se tritura les doigts sans savoir quoi faire. Gara eut un petit air attendri et tendit la main ; son index et son majeur caressèrent la joue du jeune garçon, qui rougit en sentant le contact chaud de ses doigts sur sa peau.

- Je suis désolé de me montrer comme ça…

- Oh, ce n'est rien. Kanagure-san m'a prévenu que vous étiez malade.

- Oui…

Sakito déglutit et baissa les yeux, le regard rivé sur la plainte du lit. Il ne savait tout à coup pas quoi dire, il se savait dévisagé muettement mais ne trouvait rien à avancer pour changer la situation.

- A… Ano…

- Est-ce que tu voudrais revenir vendredi ? Ou… Un autre jour ?

- He… Hein ? Dôshite ?

- Hm… Je pense que… D'ici là je me serai un peu remis... On pourrait commencer un portrait, non ? A moins que tu n'aies d'autres choses à faire…

L'adolescent avait presque l'impression de parler à un camarade de classe, tant la timidité dans son attitude était perceptible. Et cette façon d'être l'attendrissait, ils ne semblaient pas si différents en fin de compte…

- Ça me ferait très plaisir !

- Vraiment ? Dans ce cas… On pourrait aussi… Enfin tu pourrais venir un peu plus souvent… Comme ça le tableau avancerait et je…

Gara se racla la gorge et souleva un de ses bras pour faire mine de remettre le drap. Sakito sentait sa gêne, mais il crevait d'envie d'entendre le reste de sa phrase. Aussi ne se laissa-t-il pas démonter et le poussa à continuer.

- Vous ?...

- Je…

Le peintre hésita à sourire puis finit par oser le regarder.

- J'aurai de la compagnie… De la… visite…

- Oui… Je vois…

Déçu ?

- Est-ce que… Je pourrai vous poser quelques questions ?... Si ça ne vous dérange pas ?...

- Bien entendu. Je t'écoute… Mais avant assieds-toi près de moi, je doute que tu sois à l'aise ainsi debout.

Effectivement, Sakito commençait à ne plus sentir ses jambes. Mais quand il regarda autour de lui et ne vit aucune chaise apparente, il comprit qu'il allait devoir s'asseoir dans le lit du peintre.

- Vous… Vous êtes sûr ?

Gara se déplaça légèrement sur le côté et tapota la petite place qu'il lui avait faite sur le matelas. Un peu gêné, Sakito grimpa dans l'imposant utilitaire et se sentit tiré vers l'avant par deux bras minces. Gara le lâcha après quelques secondes, juste assez pour avoir permit au cœur de l'adolescent de s'emballer. La proximité troublante, le fait de se retrouver dans sonlit lui donna quelque part envie d'en profiter…

- Et bien ?

- Mmh… Je… Je me demandais… Pourquoi, même si vous êtes handicapé… Vous ne sortez pas de cette chambre ?

Gara détourna la tête pendant un moment, et Sakito eut peur d'avoir gaffé.

- Kanagure me l'interdit.

- Mais… Pourquoi ?

- Je suis… Quelqu'un qu'il faut cacher…

- Cacher ? Je ne comprends pas… Vous êtes… Intéressant, doué… La vie extérieure vous est interdite ! Pourquoi ?

A nouveau, les doigts du peintre frôlèrent la joue du jeune garçon, mais il s'y abandonna un moment, fermant les yeux en laissant sa tête doucement venir toucher l'épaule de Gara. Un fourmillement lui remonta la colonne vertébrale ; son souffle était sur ses lèvres…

- Je ne suis pas… Celui que tu crois que je suis…

Surpris, Sakito s'arracha à son moment d'égarement et se redressa vivement.

- Comment ?... Pourquoi… Dites-vous ça ?...

- Je… Je n'ai normalement pas le droit de… de le dire…

S'apercevant que Gara était perturbé et inquiet, Sakito posa sa main en tremblant sur les siennes jointes. Sa peau était douce…

- Ça ne sortira pas de ma bouche…

- Mais… Kanagure m'a dit… Quelqu'un sait que j'existe… Un ami à toi…

Comme frappé sur place par la foudre, il n'esquissa aucun geste pendant plusieurs secondes.

- Je suis désolé… On ne m'avait pas dit que ça devait rester un secret…

- Combien d'autres personnes sont au courant ?

Gara semblait amère… Distant… Son cœur se serra lorsqu'il s'en rendit compte, et il eut du mal à contenir son émotion.

- Trois… Trois personnes…

Les muscles de la mâchoire du peintre saillirent sous la peau, tandis que Sakito était assaillit de remords.

- Pourquoi leur as-tu dit ?

- Parce que… parce que… je…

- Dis-moi s'il te plaît !

L'éclat de voix de Gara acheva de contaminer ses barrières psychologiques, qui s'effondrèrent comme un château de cartes alors qu'il reculait pour sortir du lit, les yeux brouillés de larmes. Il n'avait plus qu'une envie, celle de s'enfuir d'ici et de courir, courir sans savoir où aller, mais courir, courir pour oublier… La douleur dans sa poitrine… Comme des milliers d'éclats de verre fichés dans sa chair…

- Sakito ! Attends !

Il n'avait pas envie de faire demi-tour, pas envie de poser son regard sur un visage fermé… Il voulait simplement trouver un moyen d'oublier…

- Arrête ! Arrête… J'ai besoin de toi…

Ses jambes refusèrent de le tenir plus longtemps, et il tomba à genoux sur le plancher, des pleurs semblables à ceux d'un enfant, désemparé par ce qu'il avait fait. Il entendit néanmoins un certain désespoir dans sa voix lorsqu'il lui demanda de revenir vers le lit, son handicap l'empêchant de venir le rejoindre.

- Viens…

Presque à contrecœur, l'adolescent se remit debout et marcha mécaniquement vers lui.

- Monte… S'il te plaît…

Il ne voulait pas. Ses demandes lui faisaient mal… Il ne voulait pas le rejoindre… Il ne voulait pas ses bras…

- Pardonne-moi… Tu ne pouvais pas savoir…

Il fut rapidement contre lui, sans même s'apercevoir de la transition, ses paupières mouillées se levèrent vers lui, et ses prunelles brillantes rencontrèrent les siennes. Sous ses fesses, il sentait les cuisses qu'il aurait crues maigres du fait de leur inactivité, mais elles étaient bien fermes et rondes. Sans réfléchir, il glissa son visage dans le creux du cou de l'homme et sentit qu'il le serrait un peu plus fort, comme si lui aussi désirait qu'il lui appartienne.

- Pourquoi, alors ? demanda Gara d'une voix douce.

- J'étais… heureux…

- Heureux ? Pour quelle raison ?

Devait-il lui avouer maintenant ses sentiments ? Non… Pas encore… Attendre… Un peu…

- De vous avoir rencontré…

- C'est vrai ?...

La tête légèrement décoiffée du jeune garçon émergea contre sa poitrine.

- Oui… J'aime être avec vous et… discuter… regarder vos peintures… et… tout ça…

Gara ne dit rien pendant un moment, puis se mit à sourire d'un air tendre.

- Ça me fait très plaisir d'entendre ça…

Il glissa son pouce sous les yeux de Sakito, puis se pencha pour embrasser ses larmes. Le temps sembla basculer dans une immobilité troublée seulement par les battements de cœur rapides de l'adolescent, qui espérait de toute sa volonté que ses lèvres glissent un peu plus bas. Et elles glissèrent. D'abord sur la rondeur de sa joue, puis sur la commissure de ses lèvres…

- Gara ! Tu ne dois pas trop te fatiguer !

Ils sursautèrent en même temps, brisant ce moment intime qu'ils étaient en train d'échanger, s'éloignant un peu l'un de l'autre de peur que la tante n'entre inopportunément.

- Hum… Je dois bientôt partir… Ne ? murmura Sakito sans le regarder.

- Je n'en ai aucune envie pourtant…

- Moi aussi… Je voudrai… rester là sans jamais en bouger…

La main du peintre se glissa dans ses cheveux, caressant les mèches soyeuses sous ses doigts, et soupira en attirant de nouveau le jeune garçon contre lui.

- Sakito ?

- Hum ?

- Tu as déjà entendu parlé de la famille Kawashima ?

- Eto… C'était des voleurs organisés qui sévissaient dans les années 90 si je me souviens bien… Dans le nord du pays.

- Oui… Tu étais sûrement trop jeune pour t'en souvenir… Sais-tu comment ils ont fini ?

- Et bien… Ils ont eu des problèmes avec un groupe rival non ?

- C'est ce que dit l'histoire officielle… Kawashima Kiyoshi était en quelque sorte la tête de ce réseau de malfaiteurs… C'était un genre de pègre qui agissait dans l'ombre mais était crainte par la ville entière. Mais ils étaient intouchables. Kawashima avait trois fils… Katsuro, Hiroshi et Saishiro. L'organisation comprenait la famille entière des Kawashima, les filles étaient aussi importantes que les hommes, et toutes les générations s'y confondaient. Bien entendu, il y avait également une quantité d'hommes de main de valeur et d'honneur qui leur étaient associés. Mais un traître avait réussi à se glisser parmi eux, et non des moindres… Katsuro, le fils aîné qui devait hériter de la succession. A cause de son manque de foi, les hommes de la Main Rouge, un autre groupe influent mais moins important, se sont glissés une nuit dans leur quartier général, pour simplifier, et les ont assassinés. Un par un. Ce qu'ils n'ont jamais su, c'est qu'un des enfants avait survécu.

Un peu interdit, Sakito renifla et fronça les sourcils.

- Mais… Pourquoi est-ce que vous me dites tout ça ?...

Comme s'il n'avait pas entendu, Gara poursuivit sur sa lancée.

- Le dernier fils, Saishiro… A l'époque il n'avait que treize ans… Aujourd'hui, il vit encore… Caché…

Il se tut, laissant à son interlocuteur le temps de comprendre le sens de ce récit.

- Ga… Gara-san, vous êtes… Kawashima Saishiro ?!

Le peintre esquissa un faible sourire, les yeux rivés sur le collier que portait Sakito autour du cou.

- Tu comprends maintenant pourquoi personne ne doit savoir que j'existe ?

Se passant la main sur le visage, Sakito reprit une position correcte et se gratta la nuque.

- Mais… Comment… Comment est-ce que vous et Kanagure-san, vous… ?

- La façon dont on a réussi à s'en sortir ? Kanagure ne t'a pas menti, elle est bien la sœur de ma mère. Sa sœur aînée. Elle n'a jamais approuvé le choix qu'elle avait fait de se marier à un homme si dangereux et de faire courir tous les jours des risques à sa propre famille. Comme tu as pu le constater, je suis atteint d'un handicape moteur… De manière héréditaire, j'ai été atteint d'une maladie qui touche les tendons de la jambe, plus précisément ceux qui relie les articulations, comme par exemple aux genoux. Mon grand-père maternelle a eut le même problème en vieillissant. Mon oncle également. J'ai été très tôt touché par les symptômes, car déjà, dès la naissance, j'avais des problèmes de santé. Mes défenses immunitaires étaient très faibles. Depuis, grâce à de longs traitements, elles sont à peu près similaires aux tiennes. Mais j'attrape vite mal.

Ma maladie m'a petit à petit empêché de marcher correctement, je me suis mis à me traîner, je ne pouvais pas suivre le reste des Kawashima. Un enfant inutile pour l'organisation, voilà ce que j'étais. Alors ma mère m'a confié à Kanagure pour qu'elle s'occupe de moi…

- Alors… Il n'y a que vos jambes qui ne fonctionnent pas…

- Mes cuisses fonctionnent, mon bassin aussi. Je n'ai pas l'intention de perdre des muscles, alors je les fais travailler au possible. Mais je ne dis pas que la chose n'est pas ardue.

Alors… Si son bassin… Et ses cuisses… Le reste non plus…

Les pommettes de l'adolescent rosirent légèrement, et il s'empêcha d'embrailler pour ne pas se laisser aller.

- Alors vous n'étiez pas là lorsque l'attaque à eu lieu ?

- Si… Mais je ne t'ai pas dit en quoi cette action a aggravé mon cas. La maladie en elle-même affaiblissait, mais n'empêchait pas de marcher totalement. J'étais au premier étage, à l'écart du reste de ma famille, et Kanagure dormait dans une chambre contigüe à la mienne. Lorsqu'ils sont arrivés, je les ai entendus. J'ai réveillé ma tante, mais ils étaient déjà dans le bâtiment. On ne pouvait plus rien faire pour les autres. Alors je suis allé jusqu'à la fenêtre de ma chambre qui donnait sur le jardin arrière… Et j'ai sauté. C'est de cette façon que nous avons pu nous sauver. Mais en faisant cela, je me suis ôté tout espoir de pouvoir un jour remarcher correctement… La chute m'avait brisé les os… Kanagure m'a portée comme elle a pu, et nous nous sommes enfuis, sans un regard en arrière… Je me souviens encore du cri terrible que j'ai poussé en me réveillant… Car je m'étais évanoui sous la violence du choc. Je suis resté plusieurs mois dans des plâtres, et on m'a annoncé que jamais plus je ne pourrais poser le pied par terre…

Le récit prit fin sur un mot soufflé par une voix brisée, par la douleur que remuer ces souvenirs lui infligeait.

- Souvent, je me demande s'il n'y aurait pas mieux valu que je meurs avec eux…

- Vous ne… Vous ne pouvez pas dire ça !

- Mais regarde ma vie aujourd'hui… Condamné à rester cloitrer dans cette chambre… Sans voir personne… Sans vivre…

Gara se sentait si seul… La détresse que l'on percevait dans sa voix était telle que l'on pouvait aisément comprendre que la présence de Sakito lui soit tout autant nécessaire qu'à lui.

- Mais… Elle vous étouffe alors…

- J'ai déjà voyagé… Mais j'ai changé mes papiers. Je ne suis plus Kawashima Saishiro, j'ai effacé cette identité. Si les hommes de la Main Rouge savaient… Ils finiraient le travail, par soucis de propreté. Bien que la majorité ait été arrêtée et que les autres soient disséminés dans le pays, il restera toujours quelqu'un pour exécuter le sale boulot. Quant à mon éducation, je l'ai faite par correspondance, avec l'aide de Kanagure. J'ai aussi vécu quelques temps en Angleterre, d'où l'image que tu vois de ce manoir… Mais ma vie est incomplète…

- Elle est… si triste… Mais… maintenant vous aurez de la visite. Et personne d'autre que mes trois amis ne saura que vous existez. Je vous le promets. Je garderai votre identité passée secrète, et personne ne viendra vous menacer.

- Tu as l'air si déterminé, remarqua Gara en souriant, ses jolis yeux brillants d'émotion. Je suis très touché que tu sois aussi passionné vis-à-vis de moi… Reste contre moi un moment… J'ai besoin… de toi…

Sakito ferma à nouveau les yeux et se laissa attirer vers le torse fin, son odeur masculine endormant ses sens, produisant comme une sorte de douce tiédeur environnante.

- Moi aussi… Moi aussi, j'ai besoin de vous, Gara-san… Si vous étiez mort dans cette maison, je ne vous aurai jamais rencontré…

L'index du peintre se posa sur ses lèvres entrouvertes et il déposa un baiser sur le front caché par les mèches de cheveux du jeune garçon. Il eut l'impression de ne jamais s'être senti aussi bien de sa vie, de n'avoir jamais connu pareille quiétude. Il n'aspirait qu'à rester à ses côtés et à le faire vivre comme il n'avait pas pu le faire auparavant. Et même la voix de Kanagure qui mit fin à leur entrevue ne put réellement mettre de point final à cette sensation d'apaisement et d'affection que Sakito garda au fond du cœur en quittant la chambre du peintre, lui lançant un dernier regard empreint de soutien et d'amour…

- A vendredi…

OoOoO

(1) Magnifique chanson de SADS.

Note de fin : Je ne sais plus comment goupiller la chose : dois-je poster directement Dear Close Friends après le chapitre 20 ou laisser une pause en postant un OS ?

A SUIVRE…