Chapitre II : En Chute Libre

Washington. Appartement de DiNozzo...

Tony dans son canapé, de la glace sur son genou. Son regard glissa vers la télé éteinte...

" J'ignore où peut bien se trouver cette maudite télécommande et je n'ai aucune envie de la chercher. Je pourrais peut-être écrire dans mon carnet, ça fait longtemps que je n'en ai pas eu l'occasion. Et puis, ça va me permettre de penser à autre chose qu'à mon genou et à tout ce que j'ai perdu la première fois qu'il m'a lâché. Je suis arrivé à le surmonter mais être agent de terrain, être l'agent de terrain de Gibbs est la seule chose que je sache faire, que je veuille faire... Tu deviens sombre, DiNozzo ! Ce n'est rien du tout, juste une mauvaise chute. Change-toi les idées et vite..."

Et il attrapa le carnet posé sur la table basse.

"Il y a eu tellement de boulot ces derniers temps. D'abord, le départ de Viv' qui a doublé pour ne pas dire triplé les dossiers sur mon bureau. Je suis désolé pour elle mais peut-être était-ce ce qu'il lui fallait pour qu'elle se remette à vivre au-delà de son frère ... En tout cas, je l'espère !

Ensuite, il y a eu l'enquête sur Air Force One. Une intensité effroyable mais Gibbs a une fois de plus montrer ce dont il était capable c'est-à-dire du meilleur.

Et enfin l'arrivée de Caitlin Todd. C'est peut-être cela qui m'a le plus retenu d'écrire car je ne savais pas quoi penser. J'étais un peu plus perdu que d'habitude.

On peut voir tout de suite que Kate est une fille.. une femme formidable. C'est sûrement cela qui a décidé Gibbs à l'engager. Je l'ai observée avec Ducky et Abby et ça peut marcher. Au regard de Gibbs, je sais que sa période d'essai est terminée. Et je dois l'admettre, elle m'impressionne par son parcours. Elle protégeait le président ! Je dois aussi admettre que j'avais peur que Gibbs et elle ne deviennent plus que des collègues. Peur qu'elle prenne ma place auprès de Gibbs même si j'ignore quelle place j'occupe et que j'aimerai en occuper une autre... Je ne suis pas compliqué comme garçon !

En fait, nous étions bien tous les deux, enfin moi j'étais bien avec lui. Forcément, il était grognon comme toujours. J'avais droit à mes tapes derrière la tête comme d'habitude... Mais j'étais là à ses côtés et j'y serais toujours sans une hésitation. Mais bien sûr, seul avec lui, j'aurais pu faire des bêtises. Des bêtises d'un autre genre qu'à mon habitude. Comme le regarder plus que je ne devrais. D'ailleurs, je commençais à être à court d'excuses : un cil dans l'oeil, un coup de fil à attendre, ... Peut-être aurais-je fini par lui dire ? Avec Kate désormais ça n'arrivera plus. Il s'est installé entre elle et moi une sorte de compétition et des chamailleries bien venues pour contrebalancer tous les trucs moches sur lesquels nous enquêtons. Kate me croit accro aux nanas, macho,... enfin tous les qualificatifs dont j'ai l'habitude. Et qui ne sont pas totalement faux mais plutôt révolus. Pourtant, je ne cherche pas à me défaire de cette image et je continue à la mettre en avant en exagérant pas mal ... Car en fait, la réalité est que j'ignore qui je suis vraiment et maintenant il y a Gibbs. Qui sait, il est peut-être la solution, ma solution ?

Alors, il y a tout de même une chose positive : J'ai sauté en parachute. Cela faisait longtemps que j'y pensais et comme l'occasion se présentait, je n'ai pas hésité. Bien sûr, on ne peut pas dire que j'ai sauté... Pas que j'avais la trouille et qu'il ait fallut qu'on me pousse mais dans la cohue des aveux du Caporal Daffelmayer pour le meurtre du sergent Fuentes, j'ai été éjecté de l'avion mais bon c'était géant. Seulement la réception n'a pas été géniale et ensuite, j'ai du attendre qu'on vienne me récupérer. Maudit genou ! "

Tony bougea légèrement la glace et grimaça.

" Et pourtant, pendant un instant, j'ai été au paradis, plus encore que durant le saut. Gibbs est sorti de la jeep du côté conducteur. D'ailleurs, même dans le noir, il me semble que le passager, un infirmier de la base, était vert comme son uniforme et pas à cause d'un quelconque maquillage de camouflage... Gibbs et sa conduite."

Un sourire sur le visage de Tony apparut puis ses yeux pétillèrent quand la suite de la scène lui revint. Il revoyait Gibbs s'approcher de lui. Il s'était alors relevé et avait claudiqué dans sa direction. Et Tony avait cru lire un soulagement sur le visage de son Boss. Ensuite, Gibbs l'avait agrippé pour l'aider à rejoindre la jeep. Et pendant ce court instant, Anthony avait profité des mains de Gibbs sur lui. Pour une fois, aucun son n'était sorti de la bouche de Tony car il se contentait de savourer. Et la douleur avait disparu.

" Et avec cela, je suis encore plus persuadé de ce que je ressens. Je suis attiré et mon corps me le prouve sans arrêt. Des papillons dans l'estomac, chaud et froid et forcément un désir incontrôlable dans mon pantalon mais je sais surtout que les battements de mon coeur veulent dire plus, tellement plus. Je n'ai jamais vécu cela avec une autre personne, avec une femme. Ducky a dit que Gibbs est un homme qui apporte plus de questions que de réponses mais ses mains sur moi m'ont prouvés sans équivoque que je suis perdu car mes sentiments pour Gibbs sont bien réels, inévitables et aussi que je ne pourrais plus revenir en arrière et que je ne le voulais pas. J'étais en chute libre et j'ignorais où tout cela me mènerait."

Anthony DiNozzo savait combien il avait toujours eu besoin du regard des autres, lui l'invisible. Il jouait, amusait mais n'était pas lui-même et voilà pourquoi il était toujours seul. Pourtant quand Gibbs posait ses yeux sur lui, il avait envie de le lui parler, de se laisser découvir mais il avait encore plus peur de le décevoir alors mieux valait qu'il resta Tony. Anthony n'intéressait personne et sûrement pas Leroy Jethro Gibbs.

Tony se leva et alla changer la poche de glace. Il fallait être en forme demain...

Washington. Maison de Gibbs...

Gibbs venait de revenir de la maison des Fuentes. La construction de la cabane avait bien avancé. Le petit avait souri et c'était le principal. Il lui faudrait du temps et bien sûr, il n'oublierait jamais son père. Gibbs était juste là pour permettre au garçon de se sentir moins seul.

En fait, Gibbs était en train de penser au "léger" détour qu'il avait fait pour rentrer. Il s'était arrêté devant chez DiNozzo. Il voulait prendre de ses nouvelles vu qu'il s'était blessé à la réception de son saut. Tout le temps du trajet en voiture jusqu'à la base, Tony avait une main posée sur son genou, tout en gardant bien sûr son éternel sourire mais Gibbs savait pour sa blessure à l'université et donc, combien il avait perdu en devant abandonner une carrière sportive et que forcément, ça reviendrait à lui.

Arrivé devant chez DiNozzo, Gibbs avait bien coupé le moteur et avait même ouvert la portière mais finalement, il avait redémarré. Il était ridicule. Tony n'avait pas besoin de lui ! Et lui non plus, il n'avait besoin de personne enfin c'était ce qu'il voulait faire croire car Tony avait tout changé. Il était la vie, la vie avant tout. Il le lui avait encore prouvé avec son saut en parachute... Quelle Joie de vivre ! Gibbs l'admirait pour cette faculté à voir le bon côté de la vie, de vivre à fond. Tony avait vu la possibilité qui s'offrait à lui de sauter et même sans être tombé de l'avion, il l'aurait fait, c'était dans ces yeux. Et avec le sourire. Quand il avait été poussé Gibbs l'avait entendu crier de joie...

"J'aurais presque voulu qu'il crie mon nom ! C'est vrai que Tony est toujours souriant, enthousiaste de tout et pour tout... Pourtant parfois quand je l'observe sans qu'il le sache, c'est à dire de plus en plus souvent, j'en viens à me demander si je ne me contente pas de m'arrêter à l'image que Tony montre, que c'est plus facile ainsi. J'ai cette impression de le voir perdu dans la foule cherchant à être trouvé mais seulement personne n'est là pour lui... Alors qu'il est toujours là à mes côtés, une certitude inébranlable et muette entre nous. Tony apporte à l'équipe un équilibre et je suis sûr que nous sommes le sien. Je me doute que derrière ce sourire se cache un enfant solitaire faisant tout pour attirer l'attention. Je me pose de plus en plus de questions : Quelle famille était la sienne ? Comment en était-il arrivé à devenir policier ? Et ainsi de suite jusqu'à vouloir savoir quel est son restaurant préféré ? Je sais seulement comment il prend son café et quelle pizza il préfére ! Je veux tout savoir d'Anthony. Et je ne peux pas. C'est une des raisons qui m'a poussé à choisir Caitlin, ça et toutes les qualités d'enquêtrice que je décele en elle. D'ailleurs, Kate et Tony, j'en suis presque jaloux. Leurs chamailleries m'énervent car je ne peux pas être aussi proche de lui que je le voudrais. Kate est idéale pour l'équipe. Elle est arrivée au bon moment et puis Tony et moi ne pouvions pas rester à deux plus longtemps car je n'aurais pas tenu et aurais fini par poser mes mains sur lui pour une autre raison que de l'aider à marcher... C'est pour cela que j'ai redémarré et que je suis à nouveau là à penser à lui au lieu d'être avec lui... "

Gibbs prit le chemin de sa cave et murmura :

- A demain, au boulot, DiNozzo !