Chapitre III : Garder le Nord !
Washington. Bureau du NCIS. 22h27.
Après leur retour du Foster et du monde des Immortels, l'agent Gibbs savait que sa journée n'était guère terminée, il devait encore remplir les rapports nécessaires. Lorsque la dernière mise à jour fut accomplie, il put enfin mettre un point final à cette enquête. Il n'en était pas mécontent. Il releva la tête et vit DiNozzo penché sur son rapport. Sa réputation en prendrait un coup si les autres apprenaient qu'il était resté aussi tard. Pourtant, Gibbs se doutait que ça arrivait plus souvent qu'il ne pouvait l'imaginer et surtout, il ne s'en vantait pas ! Tony le faisait uniquement pour lui, enfin pour le Boss.
"Il ne cessera jamais de m'étonner ! Une des rares certitudes de ma vie. Quelle liste j'aurais si j'avais tout noté ! Et je sais que je ne suis pas au bout de mes surprises. Si seulement, il pouvait m'offrir celle que j'espère le plus ...
Et si le Boss avait osé espérer un rien, il aurait pu essayer de voir ce qu'englobait cette certitude et si elle pourrait le mener vers le bonheur qu'il attendait de vivre, de vivre avec Anthony. Peut-être était-ce trop tôt ? Ou peut-être était-ce déjà trop tard ?
Jethro éteignit la lumière de son bureau et se leva.
- Toujours là, DiNozzo ?
- J'ai presque fini mon rapport, Patron, dit Tony, en se mettant à taper sur son clavier.
- Je te dépose. Ta voiture est au garage.
Et le doigt de Tony resta figé sur la touche de son clavier et sur l'écran la fin du mot "Amicaux" se transforma en une ligne de X tandis qu'il pensait :
"Comment sait-il ça ! Je n'ai rien dis. Il s'intéresse un peu à moi ? "
Cette pensée réchauffa le coeur de l'agent du NCIS puis comme si un vent violent venait de se lever :
"Seulement, il pense à moi en tant que quoi ? Comme un Patron, un Ami. Oui, possible mais sûrement pas plus. Et puis, Gibbs remarque toujours tout. Donc, arrête de te faire un film..."
Tony revint dès lors à son écran et effaça la ligne complète de X qui n'était qu'une erreur.
"Une de plus à mon actif !"
Et DiNozzo enchaîna :
- Je compte rentrer à pieds, merci quand même.
Gibbs s'appuya sur le plan de travail, tendit la main et coupa la lampe du bureau de son agent. Et l'obscurité put lui permettre de cacher le regard qu'il posa sur Tony tandis que ce dernier relevait la tête vers son Boss.
"Anthony est irrésistible même dans la pénombre : le contour de son visage, de ses lèvres. Je n'aurais qu'à me pencher et y goûter... ! Il faut absolument que je me reprenne ! "
- Allez, ça suffit, DiNozzo ! Tu rentres chez toi. Ton rapport ne sera pas meilleur si tu le relis encore une fois.
- Je peux faire mieux.
- Tu feras ce que tu veux mais demain. Ne m'oblige pas à te frapper.
- D'accord, capitula Tony, qui devait bien avouer qu'il était vraiment fatigué.
Dans son mouvement pour se lever, Gibbs vit le visage de Tony se rapprocher du sien. Un nouveau moment parfait pour l'embrasser et l'ex-Marine, qu'il était, dut faire preuve d'une volonté farouche.
"J'aurais juré qu'il était en train de regarder mes lèvres", pensa Tony alors qu'il prenait sa veste et son sac ainsi qu'un autre plus petit.
- Un cadeau pour quelqu'un d'autre ? demanda Gibbs, pour se donner une contenance.
- Non, c'est un truc que je me suis acheté là-bas, lui répondit DiNozzo, tandis qu'ils se dirigeaient vers l'ascenseur.
- Ah oui !
Anticipant les pensées de Gibbs, comme souvent et sans qu'ils en soient conscients, Tony lui dit :
- Tu croyais que c'était celui de Kate, mais non, elle a fini par le prendre. Elle a dit que le chapeau était joli.
- Et ...
- Je ne l'ai pas cru.
Ils se regardèrent en souriant tandis que les portes de l'ascenseur se refermaient sur eux. Une complicité comme la leur n'avait jamais existé dans leur vie. Dans l'action et pendant les recherches d'enquêtes, même si leur avis différait, ils étaient toujours prêts à suivre l'autre. Ils étaient à l'unisson et il n'y avait pas que cette notion d'instinct qui pouvait l'expliquer, ils étaient plus et s'ils n'avaient pas eu si peur de perdre cet autre, ils auraient pu se perdre dans l'autre. Quand ? Un jour peut-être. Ou peut-être jamais. Jamais !
Voiture de Gibbs...
Gibbs regardait Tony, il n'arrêtait pas de tripoter les cordelières de son sac cadeau. On aurait pu penser qu'il avait quelque chose à lui dire. Cette soudaine timidité lui allait très bien, elle le rendait encore plus beau et il était juste là pour lui. Avec lui. De son côté, Gibbs aurait voulu lui demander ce qu'il avait fait à Porto Rico. Il avait été parfait pour obtenir l'info sur le sabre de cérémonie. Il l'imaginait très bien en uniforme de simple matelot.
"Il devait être sexy... Terrain glissant, Marine. Arrêtes ça et tout de suite !"
Car en fait, c'était plus ce qu'il avait fait après qui occupait l'esprit de Gibbs. Tony avait dû attendre plus de deux heures après l'helico qui le ramènerait sur le destroyer, qui le ramènerait vers lui. Il s'était certainement trouvé un bar sur la plage... et avec ça, des filles en bikini qui ne demandaient qu'à trouver quelqu'un pour leur passer de la crème. Et Tony avait plus d'un atout pour gagner la course.
Et Gibbs accéléra tandis que l'image de Tony, dans cette coursive, se marquait dans son esprit.
"Son magnifique sourire... Je revois le visage de Tony s'illuminer lorsque je lui ai donné la permission d'aller à Porto Rico. Bien sûr, DiNozzo aimait la perspective d'aller là-bas mais je savais aussi qu'il mettrait un point d'honneur à obtenir l'info car ainsi en rentrant, il espérait avoir droit, qui sait, à : "Bon travail, DiNozzo !" Et je sais ce que cette simple phrase provoque chez lui : un de ses merveilleux sourires. Un sourire qui ne sera pas tout à fait comme le précédent et pas encore comme le prochain. Toutes ses filles qui lui tournaient autour le remarquaient-elles ? "
Gibbs aimait provoquer un sourire chez Tony. Par contre, il ne voyait pas qu'il n'y avait que Leroy Jethro Gibbs pour obtenir les plus vrais et les plus sincères. Ceux d'un homme amoureux. Justement, ces sourires, contre lesquels Tony ne pouvaient rien, étaient les seules preuves de ce que DiNozzo ressentait pour Gibbs et le grand enquêteur ne les comprenait pas, ne le devinait même pas. Un jour qui sait...
Après avoir pris un virage sans ménagement, Tony dit à Gibbs :
- Et Boss, on n'est pas sur une enquête, tu peux ralentir.
Au lieu de lui parler, Gibbs se contenta de lui lancer un regard glacial.
"Je suis bien trop souvent à fleur de peau avec Tony à mes côtés. Et je le suis encore plus quand je ne l'ai pas près de moi ! Le NCIS m'offre tant avec lui, mais d'autre part, ce que nous sommes me rappelle que nous ne pouvons pas être plus et je me maintiens éloigné de toutes les façons possibles. Pourtant, quoi que je fasse, quoi que je lui dise, Tony est toujours là. Lui qui de Péoria était allé à Philadelphie et encore après à Baltimore, il reste avec moi. Avec moi. Pourquoi ?"
Même s'il avait parfois du mal à comprendre ce genre de réactions envers lui, Tony, habitué, enchaîna en disant :
- Oh, mais bien sûr ! C'est gentil de me permettre d'être rentré plus vite.
- Alors les plages de Porto Rico valent le détour.
"Pourquoi me parle-t-il de ça ? Je ne comprends pas ce qui le dérange ! Je suis revenu avec l'info et puis, je ne faisais que jouer au téléphone. C'était juste pour me donner l'impression qu'il était jaloux, tout en sachant que je divaguais."
- Eh, ben c'est ...
- C'est bien ce que je pensais !
- Tu pensais à quoi ? Tu lis dans mes pensées maintenant !
"Ca m'étonnerait si non, il saurait que c'est avec lui que je veux être et ça, dans n'importe quel endroit."
- Brune ou blonde ?
- Sûrement pas !
- Ne viens pas me dire que tu as loupé l'occasion, DiNozzo !
- Je n'ai rien loupé du tout, essaya de se défendre Tony.
- DiNozzo ! Je vais te croire !
- Quoi ! Tu crois que je saute sur tout ce qui bougent, c'est ça ? Et si j'avais quelqu'un ? Ou si j'attendais juste la bonne personne, Boss !
Et Tony tourna son visage vers la vitre extérieur sans plus rien ajouter.
"Peux-tu faire pire pour le blesser ?" pensa Gibbs, en discernant dans le reflet du pare-brise, le visage blessé d'Anthony.
A la vitesse où roulait Gibbs, le reste du trajet ne dura pas très longtemps. Garé devant chez DiNozzo, Jethro cherchait quelque chose à dire mais ce fut son agent qui le fit :
- Merci de m'avoir ramené.
- Tony, je ne voulais pas ...
- Pas de problème, Patron. C'est un secret entre nous. DiNozzo attend l'âme soeur... Oh et puis, personne ne te croira si tu le répètes.
Et Tony avait quitté la voiture.
Une fois la portière refermée, Gibbs n'eut d'autre choix que de démarrer.
"L'Ame soeur ... C'était encore pire que la fille d'un jour qu'il aurait pu rencontrer là-bas..."
Tony monta les escaliers en courant sans se retourner. Il avait le coeur qui battait si vite. Pendant un instant, il avait cru qu'il allait parler à Gibbs. Pendant un instant, il avait cru que Gibbs voulait lui dire quelque chose.
"Le soleil de Porto Rico a tapé trop fort sur ma tête. Et puis, j'ai ce sac et ... le cadeau qu'il contient... Et tout avait disparu, le rêve avait cessé car ce ne serait jamais qu'un rêve. Pour Gibbs, je ne suis qu'un dragueur, imbécile, vaniteux, pas professionnel, futile, beau parleur... "
Anthony venait de rentrer, avait refermé la porte et s'était laissé glisser jusqu'à terre alors que résonnait dans sa tête, l'écho des mots dont il se qualifiait lui-même : "Dragueur, futile, vaniteux ..."
"Pourtant parfois, pendant un instant, quand il me regarde, j'ai l'impression que c'est possible. Qu'il a des sentiments pour moi... Même quand il me frappe derrière la tête ... Mais ça ne dure pas, il ne peut pas. On ne m'aime pas, pas vraiment. Et même face à cette réalité, je suis heureux avec lui. Il prendra toujours soin de moi, il sera toujours là. Personne avant lui et personne après lui ne m'offrira cela. Mon Boss, celui de ma vie, de mon coeur, de mon âme.
Il m'a offert la possibilité de découvrir Porto Rico. Porto Rico ! C'était vraiment le paradis : soleil, plages, océan, oranges, citrons, cocktails, ... Pourquoi est-ce que j'aime à ce point le soleil ? Encore une chose que j'ignore. Gibbs lui doit préférer la neige. Gibbs ! Il n'avait pas eu tort, il y avait bien eu cette fille sur la plage. Elle savait ce qu'elle voulait et pour moi, pour l'ancien moi, ça aurait été si facile. Elle était venue avec son tube de crème solaire. Et comme chaque fois, je n'avais rien eu à faire. Le sourire DiNozzo fait le reste. C'était si facile et c'était surtout un moyen de ne plus penser à lui. Et je me suis laissé persuader que c'était tout ce que je voulais, tout ce dont j'avais besoin. Et pendant qu'on nous servait nos verres et qu'elle me parlait d'elle, je l'ai vue dans la vitrine. Je me suis levé, sans un mot, ai franchi les pas qui m'en séparaient et l'ai achetée, pour son bâteau, pour les balades qu'il doit faire, peut-être pour qu'il me trouve et me retrouve aussi... En la tenant dans ma main, je savais combien j'avais besoin de plus, combien j'avais besoin de lui, de son regard sur moi. Il aurait pu me voir s'il acceptait d'ouvrir les yeux. Alors pourquoi ne pas lui avoir donné ? J'étais si content, puis, j'ai eu peur qu'il me rejette et je me suis senti ridicule de croire que ça changerait quelque chose ... alors j'ai acheté ce maillot à Kate, enfin si on peut appeler ça un maillot et ai déniché ce jeu et me suis dit que ça, ça collait à mon image... Comme ce que j'ai réussi à faire croire à Kate. DiNozzo n'a jamais annoncé le décès d'une victime à sa famille. Du Grand DiNozzo."
Tony se décida enfin et ouvrit le sac pour en sortir une boite en bois laqués noir avec de fines gravures en argent...
Maison de Gibbs...
Jethro prit une douche bien venue. Et alors que l'eau coulait sur lui, il réalisa que même si elle avait pu dissoudre ces sentiments pour Tony et les faire disparaître pour toujours dans un monde souterrain, il ne l'aurait pas voulu. Il n'y avait pas de solution. Il n'avait jamais été aussi déboussolé... Il ne lui restait plus qu'à défaire son sac et mettre fin à cette journée.
Alors qu'il jetait les vêtements dans le panier à linge près de la garde robe, comme s'il jouait basket, il sentit une boite sous ses doigts : le cadeau de DiNozzo.
Gibbs se coucha sur le lit, levant la boite au-dessus de lui.
"Je croyais autre chose quand il m'a tendu le sachet ou plutôt, j'espérais autre chose... Je le voyais choisir autre chose. Ce cadeau et celui de Kate, c'était du DiNozzo tout craché. Ca n'avait rien avoir avec Anthony. J'ai été nul avec lui tout à l'heure ! Je ne veux pas qu'il croit que je le prends pour un gigolo. Même si nous ne serons jamais ensemble, je veux qu'il soit heureux. Et pour être honnête, je veux qu'il soit heureux mais pas sans moi. Déboussolé ! Le mot est faible ! "
Gibbs déposa la boite à côté de lui sur le lit.
"J'ai été dur avec lui comme trop souvent d'ailleurs, mais cette fois plus que d'habitude. Alors que je le suis déjà suffisamment et plus qu'avec les autres ! Et dire qu'avec Kate, il nous a sauvé la vie au commandant et moi ! Je sais pourtant quel talent est en lui. Il est le meilleur agent que j'ai eu et que j'aurais et je ne lui dirais jamais. Mais surtout, je ne lui dirais jamais le Talent qu'il a sur moi : il me fait vivre le pire comme le meilleur avec une telle intensité. Avec lui, je suis vivant. Ou plutôt grâce à lui, je suis revenu à la vie... "
Et sans s'en rendre compte, Gibbs s'endormit, sa main serrant la boite de jeu.
Appartement de DiNozzo...
Ce soir-là et le soir d'après et encore d'après, sur son lit, Tony sera couché sur le côté, il observera la table de chevet où la fameuse boîte noire sera ancrée désormais. Il tendra la main et l'ouvrira. Ses yeux papillonneront puis il finira par s'endormir, ses doigts effleurant cette boussole qui lui indiquera toujours le Nord, qui lui indiquera toujours Gibbs...
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Voilà, j'espère que ça vous a plu. Il y a aussi la suite de "Entre Nos Mains", je voulais mettre absolument les nouveaux chapitres avant le 15 juillet car pendant mes vacances, je n'aurais plus accès à internet et ce jusqu'au 15 Aout...
Je ne sais pas comment je vais survivre mais ce que je sais c'est que tous les crayons et papiers que je trouverais me serviront en attendant de pouvoir pianoter sur mon clavier. Merci encore de m'avoir lu jusque là. Faites que le temps passe vite... A bientôt et bonne vacances à vous.
