Chapitre IV : Vu de l'extérieur

Stan regarda l'agent DiNozzo grimper dans l'appareil qui le ramènerait à Washington. Ensuite, il fit demi-tour, il ne resterait pas pour le voir décoller. Il avait besoin de voir quelqu'un, seulement, il n'avait pas beaucoup de temps et il voulait en profiter sans tarder. Il avait été content de revoir Gibbs, il savait pouvoir compter sur lui et se souvenait régulièrement des années passées avec l'ex-Marine. Il était sorti grandi des ces moments. Il était un homme meilleur et ce grâce à Gibbs. Il ne lui dirait jamais bien sûr, c'était un accord tacite entre eux. Gibbs savait, Gibbs savait tout ou presque ! Stan était étonné de cette constatation, qu'il avait comprise pendant ces quelques jours et il sourit. Combien de fois dans ces décisions à un moment donné ou à un autre, il s'était demandé "Qu'aurait fais Gibbs ? "

Stan sourit à nouveau en descendant vers sa coursive car il avait vu un Gibbs pourtant différent. Tellement plus vivant. Stan percevait toujours cette blessure en lui mais quelque chose l'avait apaisé ou plutôt quelqu'un. Il avait vu l'équipe, il savait qu'Abby et Ducky étaient toujours là, à attendre leur retour au bureau. Kate, quant à elle, n'était pas avec eux depuis longtemps mais sa place était faite pour toujours. Le Patron avait une bonne équipe, celle qu'il avait probablement cherchée sans le savoir. Et le dernier mais pas des moindres, Tony DiNozzo ! Etrange ce type ! Il avait beau sourire, on ressentait tout de même chez lui une fragilité contre laquelle il ne pouvait rien : pas de tiroir assez profond où la cacher. Et il avait besoin de Gibbs... Stan avait vu la façon que l'ex-Marine avait de l'ignorer volontairement mais l'agent du NCIS avait aussi très bien vu ce qui se passait lorsque Gibbs le regardait. Et alors, tout devenait limpide...

Stan arriva devant une cabine, il s'agissait du bureau du NCIS qu'il occupait sur l'Enterprise. Il regarda à gauche et à droite, ne vit personne dans le couloir et enfin, il entra.

Un jeune homme lui tournait le dos, il devait avoir plus ou moins 25 ans, les cheveux noir de jais. Il ne se retourna pas, il attendait ce geste, leur geste.

Stan ferma la porte, s'avança et déposa sa main sur l'épaule du jeune lieutenant.

- Tu as été long.

Et le jeune se leva tout en pivotant vers Stan. Il était de la même taille que Burley, ses yeux fluctuaient entre le bleu et le vert, accentuant encore plus le mystère qui marquait son sourire.

- Je suis venu te retrouver, comme toujours Adam.

Désormais, ils étaient face à face. Ils savaient tous les deux ce qu'ils étaient l'un pour l'autre et qu'ils ne pouvaient être plus...pour le moment. Adam Slater arrivait en fin de période de service pour l'armée. Adam n'avait jamais voulu s'engager. C'était son père qui l'y avait forcé et ce fut d'ailleurs avec le visage tuméfié de coups qu'Adam avait signé son enrôlement. Les coups pour le forcer mais surtout, les coups de rage d'un père, qui pensait pouvoir changer ce fils, qui s'obstinait à ne pas vouloir être un homme à part entière. Un fils qui avait pourtant eu le courage de lui annoncer, de lui confier qui il était vraiment. Adam avait accepté la colère de son père mais pas sa haine. Le temps viendrait où il serait libre. Et contre tout attente, l'armée lui avait offert un avenir, une fraternité et un amour. Un amour... il avait aimé Stan dès le premier regard, lorsqu'il avait été affecté temporairement comme assistant au nouveau NCIS du navire. Il était chargé d'aider Stan à mettre de l'ordre dans le capharnaüm de son nouveau bureau.

Il avait aimé et détesté chaque jour passé avec Stan. Aimé passer tout son temps avec lui, avec celui qui faisait battre son coeur et détesté l'impasse de ses sentiments car il ne pouvait être avec Stan, le toucher et se laisser toucher. Lorsque son affectation avait pris fin, il s'était saoulé, un soir de permission. Adam voulait se noyer dans l'alcool au lieu de suivre sa première idée et de se noyer dans les eaux du port. En revenant, titubant sur le quai, Stan était apparu, comme s'il l'avait attendu. Il l'avait soutenu et ainsi Adam avait pu faire bonne figure devant la sentinelle. Ensuite, dans les vapeurs d'alcool qui lui embrouillaient l'esprit, Adam ne remarqua même pas qu'il était dans les quartiers de Stan et non dans sa couchette, alors qu'il aurait dû voir la différence, lui qui subisait tous les soirs le champion des ronfleurs et le rêveur agité. Par contre, la main de Stan sur sa joue, il la sentait encore. Une caresse, une douceur comme sa peau n'en avait connu. Et il s'était endormi apaisé comme jamais.

Le lendemain matin, Stan était là, endormi sur sa chaise. Parfaitement sublime. Comme mû par un lien entre eux, l'agent du NCIS avait ouvert les yeux et ils s'étaient souris. Le mal de tête clouait Adam au lit mais quand Stan se pencha vers lui et que leurs lèvres se rencontrèrent enfin, Adam n'eut plus mal nul part. Ils s'étaient ensuite beaucoup parlés et ils avaient compris l'un et l'autre que leur vie à deux commencerait quand Adam reviendrait à la vie civile. Stan refusait qu'Adam risque quoi que ce soit car il connaissait les règles de l'Armée et en même temps, cette armée était bien trop importante à leurs yeux à tous les deux pour la trahir. Ils étaient ce qu'ils étaient, ils ne le refusaient pas mais ils ne renieraient pas leur engagement. Stan était un civil travaillant pour l'armée et bientôt, il choisirait un poste dans une antenne locale. Bientôt ... Et chacun décomptait les jours. Les baisers volés, trop peu nombreux, leur faisaient rêver d'une nuit entière d'extase et au-delà à une vie entière à deux...

Stan vit la case du calendrier qu'Adam venait de barrer et sourit.

- La journée n'est pas encore finie.

- Je passais par hasard alors je me suis dit : pourquoi pas ?

- Par hasard ?

- Enfin, tu connais mes hasards.

- Oui, je les adore.

- Ils sont partis ?

- Oui et c'était vraiment ...

- Ne dis rien !

- Tu es jaloux de Gibbs ! Tu sais que si je l'ai contacté, c'était pour que cette enquête soit règlée avant notre départ. C'est lui le meilleur des ...

- Je sais tout ça.

- Adam !

- Sais-tu combien de fois tu m'as déjà parlé de lui ?

- Pas tant que ça.

- Sans arrêt.

- Tu exagères ? Mais ça me plaît que tu sois jaloux.

- Je ne suis pas jal...

Seulement, Stan ne le laissa pas finir, il l'embrassa d'un coup. Il n'en pouvait plus d'attendre alors il demanda :

- Combien de jours ?

- 10, répondit Adam avec de la joie dans la voix.

- 10, répéta Stan, un sourire aux lèvres, en serrant Adam encore plus contre lui.

Et Stan l'embrassa à nouveau, amenant sa langue dans la bouche d'Adam tandis que ce dernier parcourait le dos de Stan.

- Bon, il faut qu'on arrête, dit finalement Stan.

- Ce n'est pas moi qui ai commencé.

- Pour une fois, ajouta Stan alors qu'Adam, tout en restant collé à lui, tourna autour de Stan pour l'enlacer par derrière. Alors, il est bien reparti ?

- Oui.

- Et ?

- Et quoi ?

- Ca t'a rappelé des souvenirs.

- Les bons comme les mauvais, oui.

- Les mauvais !

- Les enquêtes n'étaient pas comme ici, Adam.

Stan se détacha d'Adam et s'assit.

- Je comprends, dit Adam.

Il restait en Stan des parts de secrets. Adam lui-même n'avait pas tout dit à Stan. Ils avaient encore des choses à découvrir l'un sur l'autre et Adam savait qu'ils auraient leur vie pour ça.

- En tout cas, il a changé tout en restant le même !

- D'après ton sourire, tu sais quelque chose ?

- Gibbs est bien piégé.

- Piégé !

- Oui, DiNozzo. Ah oui, tu ne les as même pas croisés.

- Croisé, non. Mais je l'ai vue.

- Vue ?

- Oui ... de la vigie avec mes jumelles, avoua Adam.

Stan sourit et pensa :

" Est-ce possible d'être encore plus amoureux de lui ! Mon amour pour Adam dépasse toutes les idées que je me suis toujours faites sur l'Amour."

- Je ne t'espionnais pas... Je voulais juste voir.

- Je comprends, ne t'en fais pas. Mais pourquoi dis-tu "vue" ?

- Et bien, la... Non ! réalisa Adam, en voyant l'expression sur le visage de Stan.

- Et oui.

- DiNozzo ! C'est vrai qu'il est plutôt agréable à regarder.

- Adam ?

- Quoi ? Il faut être honnête.

- D'accord, tant que tu te contentes des jumelles.

- Promis, annonça le jeune homme en riant. Alors tu crois que ...

- J'en suis sûr.

- Ils sont ensemble ?

- Oh non ! Ils sont chacun persuadés que c'est impossible. Qu'aucun éclat de Paradis n'est pour eux.

- Pourquoi n'as tu rien dis ?

- Ce n'est pas à moi à leur ouvrir les yeux. Je ne connais pas assez Tony pour lui parler ainsi et Gibbs est bien trop imperméable à toute conversation personnelle. Et si je lui parle, il serait capable de se braquer et ils se rateraient et je ne le veux pas.

- Et les autres de l'équipe ?

- Ils sont sûrement trop proches et avec mon recul, c'est plus facile. Et puis, tu sais, ils sont parfaits dans leur rôle. Gibbs se cache derrière son impassible froideur et Tony surjoue et ajouté à cela son image de drageur sûr de lui. Quel duo !

- Comment l'as-tu compris ?

- La façon qu'ils ont de se tourner autour et de se regarder, tout en jouant les indifférents. Gibbs est plus dur avec lui et l'a ignoré volontairement. Ca lui permet de voir si ça provoque quelque chose ou pas chez Tony. Ce dernier a bien essayé de faire comme "si" mais c'était dans ses yeux. En plus, cela faisait deux ans qu'il était dans l'équipe et comme j'ai pu comprendre, Tony a souvent changé...

- Changé ?

- Il a été policier à Philadelphie et Baltimore et encore à Péoria avant le NCIS...

- Et il doit avoir peur que Gibbs ne veuille plus de lui. Alors que pour une fois, et peut-être pour la première fois de sa vie, il veut rester plus que tout, finit Adam.

Stan savait que son compagnon l'avait compris parce qu'il l'avait vécu lui aussi, avant que Stan ne s'avoue enfin qu'il devait faire ce pourquoi il était fait : aimer Adam, tout simplement.

- Stan, dis-moi comment ils sont l'un avec l'autre ?

- Par exemple : Gibbs lui demande de faire quelque chose puis revient à moi, comme rien. Moi qui représente un passé que Tony ne connaît pas et qui lui fait peur car Gibbs a l'air de regretter...

- Alors Tony reste figé un instant, comme pétrifié de le perdre, reprit

Adam.

Stan hocha la tête de façon affirmative et continua en disant :

- Gibbs insiste et Tony quitte la pièce.

- Et Gibbs le regarde s'éloigner, annonça le jeune homme car aujourd'hui, il savait que Stan avait fait pareil.

- Et tout en restant impassible, bien sûr, Gibbs se dit : un pas qui l'éloigne encore plus de moi.

- Et Tony ? l'interrogea alors Adam.

- J'ai entendu dire que la fouille des cabines avait été énergique. Il les a mis sans dessus-dessous à lui tout seul.

- J'ai connu ça aussi. Mais moi, je changeais tout le rangement que j'avais mis en place la semaine précédente.

- Et je le savais, dit Stan, en prenant la main d'Adam. J'avais tous ces sentiments en moi et je savais que tu les ressentais aussi, seulement j'avais peur de te faire du mal. Avant Toi...

Adam s'approcha de Stan et déposa un tendre baiser sur ses lèvres.

- Je sais, mon homme de terrain. Allez, continue.

- Malheureusement, pour Gibbs et Tony, c'est différent, ils ne se voient pas.

- Pas encore.

- Tu es l'optimiste de nous deux. En tout cas, pendant que Tony testait la présence de drogue, Gibbs était près de lui. Juste tout près de lui et c'était déjà ...

- Torride !

- Yep ! J'espère avoir pris la bonne décision en me taisant. En fait, j'ai tout de même dit à Tony que Gibbs doit beaucoup "l'apprécier" pour le regarder dans les yeux comme il le fait. Alors qu'avec moi, ça n'était jamais arrivé. Et c'est la vérité.

- Et ...

- Et tant que maintenant il va sûrement garder ça en lui et se persuader que ça ne concerne que son statut d'agent. Combien de temps il tiendra reste une énigme ? Ca doit lui faire si mal. Et un jour, j'ai peur que ...

- Ils y arriveront, Stan.

- Je l'espère, je l'espère vraiment...

Adam enlaça Stan et l'embrassa à nouveau. Il était dans les bras de l'homme qu'il aimait. Il avait eu la chance de le rencontrer et qu'ils se soient trouvés. Il espérait, du fond de son coeur, qu'un jour l'amour de Tony et Gibbs pourrait prendre son envol. Pour l'instant, quoi qu'il advienne, les deux agents du NCIS seraient toujours là l'un pour l'autre. Et Adam croyait vraiment que Tony et Gibbs finiraient par ouvrir les yeux et qu'ils comprendraient alors ce que Stan avait vu de l'extérieur...

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J'ai donné la parole à quelqu'un d'autre cette fois. Cet épisode est un de ceux qui est le plus rempli de Gibbs et Tony. Quand on a fini de le regarder on sait que Tony et Gibbs c'est plus que spécial, c'est unique.

A vous de me dire ...

A quand la suite ? J'y travaille, promis...