Pour la fête de « Rois Mages », je vous offre un nouveau chapitre de « Entre les Lignes ». Il concerne l'épisode 1.10 « Amnésie».
Une de mes résolutions pour 2007 : Avancer considérablement sur cette histoire.
Chapitre VI : Une Erreur selon toi, DiNozzo ...
Suivant les recommandations des ambulanciers, Gibbs avait raccompagné Kate. Elle avait été bien secouée et aurait besoin de temps pour comprendre ce qui était arrivé pendant cette enquête, surtout qu'elle s'était attachée et, plus que probablement, identifiée à Susan Mc Neil. Il lui avait assuré qu'elle avait fait un boulot exemplaire, qu'elle n'avait rien à se reprocher. Kate avait écouté cela d'un air absent mais elle l'avait entendu et à un moment ou à un autre, ça parviendrait à son esprit et surtout, elle savait qu'elle n'était pas seule.
Ensuite, Gibbs était rentré chez lui, mais il tournait en rond en pensant à DiNozzo. Ca ne le changeait pas de l'ordinaire mais il avait l'intuition qu'il y avait quelque chose de différent cette fois. Il avait donc repris ses clés de voiture et la route...
Gibbs se gara en bas de l'immeuble de Tony. Une fois sorti de la voiture, il leva les yeux vers la fenêtre de l'appartement de DiNozzo : pas de lumière. Pourtant la panne ne concernait que la chaudière donc le chauffage et l'eau chaude. Mais Gibbs n'était pas étonné, lui aussi avait tendance à ne pas allumer quand trop de choses tournaient dans sa tête... Et cette enquête n'avait pas été de tout repos... l'enquête et ce qu'elle avait entrainé.
Tony était assis à terre, la tête appuyée sur le sofa, un rayon de lune baignant son visage d'une clarté qu'il avait fui en fermant les yeux. Des images, des visages revenaient sans cesse à son esprit : une de ses erreurs... Pourquoi celle-là en particulier ? Tony l'ignorait. Il avait réussi à la canaliser pendant longtemps mais il fallait bien qu'elle refasse surface à un moment ou à un autre. Refaire surface, comme lui cette nuit-là... respirer et vivre... Et Tony frissonna... La seule chose qui le réchauffait était la phrase que Gibbs lui avait dites alors qu'il s'éloignait de BFF : "Ma porte est toujours ouverte..."
Tony entendit alors qu'on frappait, il se leva, perplexe, en se demandant qui ça pouvait être et il fut totalement surpris en découvrant Gibbs sur le pas de sa porte. Gibbs à sa porte.
- Boss ?
- DiNozzo, je peux entrer ?
- Bien sûr.
- On entre comme dans un moulin ici, la porte principale ferme mal, annonça Gibbs, en laissant Tony sur place.
C'était la première fois que Gibbs entrait chez Tony. DiNozzo louait cet appartement depuis qu'il était venu travailler avec lui. Une nouvelle preuve du fait qu'il ne restait jamais très longtemps dans un endroit. Il donnait son renon et hop, DiNozzo était parti. Ses anciens appartements devaient ressembler à celui-ci. Appartement classique : vestibule avec une penderie pour les vestes et chaussures, un salon avec un canapé confortable, vu qu'il devait s'y endormir régulièrement ainsi qu'une cuisine fonctionnelle qui pourtant semblait «fonctionner» souvent, cassant l'image des commandes au traiteur que Gibbs croyait journalières. Une porte pour la salle de bain et une autre pour la chambre... Quand à la décoration, Tony avait un goût certain, encore une idée convenue sur DiNozzo qui volait en éclat. Bien sûr, son enfance dans le luxe de sa famille avait dû lui apprendre à avoir le goût des belles choses. Pourtant, l'instinct de Gibbs lui disait que Tony ne dépensait pas l'argent de la famille, qu'il n'y avait sûrement pas accès. "Ils m'ont coupé les vivres", répétait-il souvent et ça, Gibbs le croyait aisément. Et puis, on ne devenait pas flic pour l'argent qu'on en ait ou pas... Le décor était également marqué par la collection colossale de dvd et un Juke-Box, annonçant tout de suite les passions de Tony pour le cinéma et la musique.
Jethro avait bien des fois ramené DiNozzo, mais il n'était jamais monté. Tony ne le lui avait jamais proposé et il en était soulagé car Gibbs ne serait peut-être pas arrivé à se contrôler et il l'aurait entrainé dans la chambre immédiatement la porte d'entrée refermée. Du coup, Gibbs tourna son regard vers la chambre. Il secoua la tête bien vite et reprit pied, il le fallait : le visage de Tony était soucieux et son regard rempli de souvenirs vraiment pas agréables. Tout ex-Marine qu'il était se sentait un peu coupable, la dernière phrase échangée plus tôt dans la soirée avait sûrement tout déclenché. Et maintenant il se tenait dans cet appartement sombre et froid. Gibbs allait changer ça. Il serait là pour Tony, un ami si c'était ce dont il avait besoin...
- C'est bien ce que je pensais, tu ne peux pas rester ici.
- Pardon ?
- Tu m'as parfaitement entendu.
- Je n'ai pas froid, j'ai connu pire.
- Ca m'étonnerait.
- Oh si, l'eau était bien plus froide...
- L'eau ?
- Fais comme si je n'avais rien dit, c'est gentil ta proposition mais...
- C'est un ordre, DiNozzo ! Ne m'oblige pas à le répéter.
Tony se dirigea donc vers la chambre où un sac de voyage était toujours prêt au cas où une enquête demanderait un déplacement. Une fois le sac sorti de l'armoire, Tony resta pourtant un moment immobile au centre de la chambre, il faillait non seulement qu'il reprenne son masque habituel mais aussi qu'il réalise qu'il allait dormir chez son Boss. Il allait dormir chez l'homme qui peuplait ses rêves et son coeur. Tony avait aimé chaque instant passé chez Gibbs, seulement ce soir, il avait trop de choses dans la tête et il ne savait pas s'il arriverait à les contenir. Il aurait préféré que ça se passe autrement, à un autre moment. Combien de fois n'en avait-il pas rêve ...Se réveiller et savoir que Gibbs dormait à quelques pas de lui, à défaut d'être dans le même lit. Pourtant, il ne pouvait nier que ça le touchait que Gibbs soit venu jusqu'à son appartement et qu'il veuille qu'il vienne passer la nuit chez lui. Tony respira un grand coup et franchit la porte.
Le trajet jusque chez Gibbs fut silencieux, Jethro ne voulait pas brusquer Tony même s'il voulait savoir... Etre là était ce qui comptait pour le moment. Tony était le plus important.
Arrivé à destination, Gibbs laissa entrer Tony. Ce dernier déposa son sac dans le couloir près de l'escalier, puis sa veste sur le dossier d'une chaise..
"La même que la dernière fois... "
Gibbs sourit face à ce nouvel élan qui le prenait. Chaque petit détail était gravé en lui.
« J'ai aimé chaque moment que Tony a passé ici avec moi, rendant cette maison vivante. Comme je voudrais que ce soit la même chose pour DiNozzo.»
- Café ? Pour te réchauffer.
- Je préfèrerais quelque chose de plus fort si tu veux bien !
Gibbs hocha la tête et partit vers la cuisine. En passant devant son vieux poste radio, il l'alluma.
"...Through no light the darkness seems to be
So very strong
How does one alone against the world
Find the strength to carry on?
What happened to the way we used to love
It seemed as though life had just begun
But now that love has come and gone to fade away
Like the setting sun
Cuz' you won't let me in..."
- Je sais que tu détestes le silence.
- Merci. Tu as raison.
Tandis que Gibbs préparait les boissons, Tony essaya de retrouver le nom du groupe qui interprétait cette chanson... C'était toujours mieux que de se laisser envahir par ses noirs souvenirs...
" All that I wanted from you
Was something you'd never do
So let me in
Oh please tonight
Don't let this end
Tonight
Cuz' I'm starting to fall
So let me in
It was all that I wanted from you
It was something you never knew
To let me in
But not tonight
For this is the end
Tonight
I fall"
Gibbs rejoignit Tony et lui tendit son verre au moment où la chanson prenait fin :
- Vous venez d'écouter le groupe Save Ferris avec « Let Me in »...
Une fois son verre en main, Tony éteignit le poste et reprit sa place près de la fenêtre.
- La chambre d'ami est prête.
- C'est gentil, Patron.
- Tu n'as pas sommeil, je suppose.
- Pas vraiment, c'est vrai... Tu as parlé à Kate.
- Bien deviné.
- Tu as bien fait. Je n'aurais pas su quoi lui dire...
- Et à moi, tu pourrais le dire ?
Devant le silence de Tony :
- Tu sais de quoi je veux parler, DiNozzo. L'erreur.
- Ce n'est pas important...
- Si Tony, je suis là pour les bonnes comme pour les mauvaises choses. Les tapes derrière la tête et les souvenirs qui font mal. Il est temps que tu me laisses comprendre certaines choses.
- Si tu veux, dit Tony, essayant de faire comme si tout allait bien.
Ce que Gibbs venait de dire l'avait touché mais en même temps, lui raconter !!! Il ne l'avait jamais fait, ça ou d'autres choses de son passé qui faisaient mal non plus d'ailleurs. Il n'était pas habitué qu'on prenne en compte ses états d'âme puisque beaucoup pensait qu'il n'en n'avait pas.
- Alors, mon erreur... Ma promotion pour Philadelphie, dit-il en relavant la tête. J'ai pas réfléchi. J'ai cru que je l'avais méritée... Surtout que je retrouvais un ami de l'école de police : Ethan Miller. Il était marié, futur papa, attendant une promotion de son beau-père, le chef de district Evans ... Et oui, il avait épousé la fille du patron ! En tout cas, dès mon arrivée, il a demandé pour faire équipe avec moi. C'est au bout de trois mois qu'il a commencé à me parler du clan Wolovitch.
- Mafia russe ?
- Inspiration russe oui, mais ils fonctionnaient en solo. Ils enlevaient des gens sur commande avec commission sur la rançon, dit Tony, en se tournant vers la fenêtre.
- Et ?
- Et je suis un DiNozzo... Ethan arrivait, introduit par un indic, contre un service. Il leur présentait un coup en or : moi. Du coup, les infos biographiques étaient vraies, il n'y avait que le parcours professionnel à modifier.
- Et Evans ?
- Pas au courant. Ethan me tenait à l'écart. Il s'était bien gardé de me dire que c'était son beau-père qui avait appuyé ma mutation dans son service pour lui. Au lieu de ça, Ethan n'arrêtait pas de me dire que c'était un tortionnaire, un homme froid et vindicatif et moi je le croyais. Et je l'ai aussi cru quand il a dit qu'une équipe nous couvrait qu'Evans avait fini par accepter son projet.
De profil, Gibbs voyait Tony forcer sur lui-même pour canaliser ses émotions mais les mâchoires crispées montraient sa colère.
"Sa colère contre lui-même." devina aisément Gibbs, tout en laissant DiNozzo continuer son récit.
- Ethan disait que je ne devais pas m'inquiéter, qu'il se chargeait de la souricière, qu'il avait des équipes en renfort... En fait, il avait à peine deux gars avec lui. Et quand les autres se sont amenés à 10, il les a laissé m'emmener ... abandonné encore une fois, laissa échapper Tony. Ethan croyait que mon père payerait. Il rêvait, prononça Tony d'un ton neutre, comme une notion évidente pour lui. Preuve qu'il ne me connaissait vraiment pas et qu'il croyait que ce que je lui avais confié était exagéré... qu'un père ne pouvait pas ... mais le mien oui ! annonça Tony, un sourire résigné sur le visage. Alors quand ils ont compris que DiNozzo senior ne payerait pas, j'ai eu droit au fleuve.
Gibbs sentit parfaitement le frisson qui parcourut Tony, il aurait voulu l'enlacer, lui réchauffer le corps et le coeur. Et ils se seraient nourri l'un de l'autre...
Gibbs avait désormais la preuve définitive que ses sentiments n'étaient pas un délire.
« Comme je voudrais ... Arrête de penser à toi !!! Il a besoin de toi. »
- Comment as-tu fait ?
Tony se tourna vers Gibbs. Il avait besoin de courage et les yeux de l'homme qui représentait tant pour lui l'aiderait comme toujours.
- Si je ne suis pas mort, c'est uniquement parce que je sais ouvrir les portières de voiture comme personne. J'ai sans doute perdu un peu la main maintenant mais tu ne t'imagines pas toutes les situations qui m'ont obligé à ouvrir une porte en moins de 15 secondes et l'eau était si froide... Me mouiller ne me fait plus peur depuis... c'est juste le froid qui revient toujours et me glace le sang...
- Et les vêtements qui rétrécissent, annonça Gibbs, pour détendre un peu l'atmosphère et sortir Tony des eaux noires où il devait encore se croire.
- Oui et ça ! répliqua Tony, reconnaissant envers Gibbs de lui sortir la tête hors de l'eau.
- Que s'est-il passé ?
- Même s'il n'était au courant de rien, lorsque Evans a vu la tête des "renforts" d'Ethan, il a compris que quelque chose clochait. Alors, en ancien militaire qu'il était, il a fini par tout faire avouer à Ethan. Il a pris ses renseignements et a laissé son instinct fonctionner... comme il le répétait sans arrêt. Il est arrivé sur les lieux au moment où la voiture sombrait définitivement dans l'eau. Il a plongé et il m'a aidé à sortir de là. Ethan ne m'a plus jamais parlé. Il a été muté ... alors que moi je suis resté à Philadelphie. Evans n'avait aucune rancune à mon égard, il disait qu'il comprenait et moi, j'ai compris combien je m'étais trompé sur son compte... Il m'a beaucoup appris. De mon côté, je me suis mis au boulot. On travaillait bien ensemble mais nous savions tous les deux que je ne resterais pas. Ma mutation à Baltimore, c'est à lui que je la dois... bien qu'il ait dit que je l'avais méritée...
- Tony ?
- Oui, je sais ça surprend.
Gibbs devait reprendre pied, il s'en voulait ... Pourquoi avait-il toujours tendance à oublier que Tony avait été flic et qu'il avait dû voir et surtout vivre des situations difficiles ? Gibbs se promit de ne plus se laisser aveugler par le sourire de Tony, même si c'était la plus belle chose qu'il ait jamais vue et encore plus associé à ses yeux verts. Gibbs réalisa également qu'il n'y avait pas que le passé de flic mais aussi son passé tout court. Comment un père pouvait refuser de payer une rançon !? Gibbs admirait encore plus la force de Tony, cette vie qui l'habitait et qu'il dispensait aux autres. Surtout que Gibbs savait qu'il était sincère. Tony ne faisait que profiter de la protection que ça lui apportait de faire croire aux autres qu'il n'était qu'un sourire... Sous cette image combien y avait-il de blessures et de cicatrices...
De son côté, Tony savait que la part d'ombre qui marquait la vie de Gibbs, même si elle lui resterait cachée, lui permettait de le comprendre et de l'accepter.
Facilitant les choses, Gibbs prit la parole en premier :
- Tu as toujours eu une telle confiance en moi.
- En toi oui, c'est en moi, Boss. C'est en moi que je n'ai pas confiance.
- J'ai confiance en toi, Tony.
- Merci. Je suppose que tu n'es pas prêt à le répéter devant témoin.
- A l'occasion, DiNozzo. A l'occasion ! Ce n'était pas une erreur, Tony.
- Selon moi, tu as dit.
- Et celui en qui tu as confiance te dis que rien n'était ta faute. Crois-moi. dit Gibbs, en posant la main sur l'épaule de Tony.
- Oui, Boss. Merci encore.
- Tu finiras par le comprendre. Avec le temps...
- Avec te temps, répéta Tony, en sentant un sourire naître sans calcul sur son visage.
Tony se sentait mieux, se confier à Gibbs lui avait fait du bien. C'était si dur et facile à la fois de lui parler. Facile car Tony avait besoin du regard de son Boss sur lui et en même temps, dur car il avait peur de le décevoir... Paradoxe à la DiNozzo ! Pourtant là, dans les yeux bleus profond de Gibbs, il y avait de la compréhension, aucune pitié.
"Sa main sur moi... Toujours ce contact dont j'ai besoin. Personne ne me touche comme lui. Même les tapes derrières la tête me montrent une part de moi que je veux meilleure pour et par lui. Cela représente tellement, s'il savait... J'ai besoin d'être sa priorité. Celui à qui il pense sans arrêt.. Je ne l'ai jamais été pour personne et personne ne l'a été pour moi jusqu'à Leroy Jethro Gibbs. Il est là pour moi mais ne le sera jamais comme je l'espère... Et si ... !! Non, je ne veux pas tout gâcher. Je ne peux pas. Une erreur... Je ne suis ... rien, donc tais-toi, DiNozzo ! »
- Je vais aller dormir, Boss.
Pendant un court instant, Gibbs y avait cru. Dans les yeux de Tony, il avait espéré. Il aurait dû agir... mais pour faire quoi ? Lui dire quoi ? Il avait toujours été incapable de mots quand il s'agissait d'affirmer son amour et il avait bien trop peur de ses sentiments et de perdre Anthony pour prendre le risque... d'être heureux...
- Oui, bien sûr, arriva-t-il à articuler.
- A demain.
Et son agent était sorti de la pièce.
Gibbs entendit les pas de Tony s'éloigner et une porte se refermer. Gibbs attendit encore un peu puis, il monta à son tour. Quand il passa devant la porte de Tony, il s'arrêta un instant. Hésitant... Rêvant... Renonçant...
Leroy Jethro Gibbs posa la main sur la porte sans savoir que celle de Tony, de l'autre côté, s'y trouvait posée également.
« Dors bien, Tony. Je serai toujours là.» Et Gibbs entra dans sa propre chambre.
« Merci d'avoir été là, Boss.»
Ils avaient franchi une porte l'un et l'autre. Pendant ce court instant du temps tout avait été possible. Une chose était sûre, ce moment ne serait jamais une erreur...
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J'ai fait de mon mieux pour bien commencer l'année 2007. Qu'en pensez-vous ? Mon imagination au service de Tony et Gibbs...
