J'avance. Tout est déjà dans ma tête, je sais où, quand et comment tout va se passer, il me reste à trouver le temps de taper tout ça... Merci de continuer à me lire ... et à me laisser un avis.

Chapitre VII : Entrevoir

Kate était enfin revenue au bureau. Elle avait déjeuné en route et devait maintenant finir son rapport à tout prix. L'heure de la reprise du boulot n'avait pas encore sonné, elle avait un peu de temps devant elle. L'agent Spécial Todd sortit de l'ascenseur d'un pas décidé et à son grand étonnement, elle trouva DiNozzo, assis à son bureau. Elle porta son poignet à son oreille pour s'assurer que sa montre ne s'était pas arrêtée.

Lisant dans la tête de sa collègue, Tony lui dit :

- Oui, Kate, je suis là et ta montre fonctionne très bien.

- Tu n'es pas allé déjeuner ?

- Je suis resté ici, oui. J'ai fini mon rapport.

- Seulement maintenant ?

- Le tien n'est pas fini, il me semble ? la taquina DiNozzo, dissimulant ainsi la raison pour laquelle il avait mis autant de temps à terminer ce maudit rapport.

Gibbs sortit de l'ascenseur, un gobelet de café à la main. Arrivé devant les bureaux de ses deux agents, il leur dit :

- Alors ces rapports ?

- Le mien est sur ton bureau, Boss.

- J'en ai pour un quart d'heure maximum, il y a une information que je dois ajouter.

Face au silence interrogateur de Gibbs :

- Kyle Hendricks a été adopté, ce qui confirme le profil.

- Qu'est-ce que l'adoption à avoir là-dedans ? s'exclama Tony, qui aurait tout compte fait préféré se taire.

- Et bien, Tony, son instabilité et son aptitude à fonctionner seul marque son profil. La nouvelle de son adoption a pu provoquer une rupture...

- Ce sont des préjugés cela, agent Todd. Les enfants adoptés n'ont pas tous une propension plus grande à passer du côté obscur de la force.

- Son foyer ne présentait aucune anomalie..

- Comment peux-tu le savoir ?

- J'ai rencontré sa mère et ...

- Et tu l'as crue ? Encore un préjugé !

Kate avait rarement vu Tony réagir ainsi. Ce n'était pas leur échanges verbaux habituels et encore moins une des divagation à la DiNozzo pour se rendre intéressant.

Surprise, Caitlin laissa continuer Tony :

- Pourquoi une famille d'adoption serait un meilleur foyer que les traditionnels qui ont leur part de problème ?... Mais attends, tu as rencontré sa mère ? Quand ? dit Tony, en se levant pour se diriger vers le milieu de l'allée.

- Pendant la pause, je tenais à la rencontrer...

- Pourquoi ne m'as-tu pas demandé de t'accompagner ?

- Pourquoi t'aurais-je demandé ? Toi qui te vante de n'avoir jamais annoncé la mort de quelqu'un.

- Pardon !!! s'exclama Gibbs.

- Quoi ? annonça Kate, en regardant Tony en train de s'éloigner d'eux.

- Répète ce que tu viens de dire !? lui demanda Gibbs.

- Tony n'a jamais annoncé le décès d'une personne... Où est-ce qu'il va ?

- Prendre l'air, j'imagine. Et je peux comprendre pourquoi. Par contre, il va falloir que tu m'expliques comment tu peux croire que Tony n'ait jamais annoncé la mort de quelqu'un ?

- Il me l'a dit.

- Et tu l'as cru ? Quand était-ce ?

- Lors de l'enquête Weylin, l'immortel.

- Il a été flic, Kate. Bien avant le NCIS.

- Je sais.

- Je ne suis pas sûr. Tu n'étais pas là depuis 3 mois et tu l'avais déjà annoncé et tu imaginais qu'il ait pu échapper à ça ?

- C'est Tony ... Oh mon dieu, comment ai-je pu !?

En prononçant ces mots, Kate venait de réaliser. Oui, c'était Tony et c'était bien pour ça qu'elle aurait dû aller plus loin que les mots. Tony était doué mais elle aurait dû savoir. Et Gibbs la vit s'éloigner. Il n'avait pas besoin de lui demander où elle allait.

Caitlin Todd retrouva Tony à l'extérieur du NCIS. En s'approchant de DiNozzo, elle se demanda pourquoi elle l'avait cru et agit de la sorte ? Depuis qu'elle était arrivé dans l'équipe et bien qu'elle n'ait rencontré aucun problème, elle cherchait sa place, elle savait qu'elle devait faire ses preuves mais surtout vis à vis d'elle-même. Elle avait décelé entre Gibbs et DiNozzo une dynamique incroyable qui allait bien au-delà de ce jeu du chat et de la souris qu'ils maintenaient entre eux. Inconsciemment ou pas, Tony faisait tout pour énerver Gibbs, uniquement pour attirer son attention. Il avait besoin du regard du Boss sur lui. Et Gibbs avait beau être dur avec Tony, ils étaient un duo hors paire ... un duo d'enquêteurs, bien sûr. Kate commençait surtout à comprendre que Tony avait de multiples facettes et qu'il en jouait à volonté. Tony semblait si facile à cerner alors que ce n'était qu'un masque parmi tant d'autres... Il était de ce fait aussi inaccessible que Gibbs. Les chamailleries entre Tony et elle, comme disait Gibbs, étaient, pour elle et pour le reste de l'équipe aussi, un brin d'oxygène. Tony s'arrangeait toujours pour contrebalancer la noirceur de leur boulot. Elle n'avait jamais connu une telle relation même si elle ignorait, pour l'instant, comment la qualifier. En tout cas, elle s'y sentait bien, DiNozzo avait cette faculté de vous faire vous sentir vivant. Caitlin lui en était reconnaissante et aurait dû le respecter mieux que ça... Elle allait se rattraper.

Elle arriva près de Tony, il était assis sur un banc de pierre au bord de l'Anacostia, une vue qui, au-delà du cours d'eau, montrait toute l'étendue du parc.

- Je m'excuse, Tony.

- Pourquoi tu as cassé quelque chose ? Pas mon ordi ! dit-il, innocemment alors qu'il savait pertinemment de quoi voulait parler sa collègue... et amie.

- Tony ? Tu sais de quoi je parle. Pourquoi m'as-tu dit ça ?

- Je ne pensais pas que tu me croirais.

- D'accord, explique moi.

- Kate, ce n'est pas la peine. Il n'y a aucun problème.

- Tony, s'il te plaît.

Ils se regardèrent un instant. Tony savait depuis quelques temps maintenant que sa relation avec Kate lui était essentielle. Elle allait au-delà des liens de collègues, tout comme il le savait pour Abby et Ducky. Ils étaient sa famille, lui qui pensait ne jamais en avoir !! De plus, Kate lui permettait de canaliser ses émotions face à Gibbs et il ne pouvait nier qu'il aimait ces moments où ils « s'affrontaient » verbalement, il en avait besoin et aujourd'hui, ils avaient besoin de se parler.

- C'est juste plus facile, Kate. Dès que je rencontre quelqu'un et que j'ai donné la signification de NCIS, la question suivante est : « C'est quoi le plus dur dans ton boulot ? » Avant je disais la vérité : annoncer le décès d'un proche. Puis, que la personne soit subtile ou pas, la question suivante est souvent la même : « La pire, raconte ?! »

- Alors c'est plus facile de dire...

- .. Que je ne l'ai jamais fait. Alors, je redeviens Anthony DiNozzo. C'est plus facile pour eux comme pour moi.

- J'aurais dû ...

- Je suis doué, n'est-ce pas ?

- Très.

- Allez, rentrons. Tu as un rapport à finir, lui dit Tony, en souriant.

Il se leva et entraina Kate.

De retour à leur bureau respectif, Kate ne put résister bien longtemps et elle finit par se lever :

- Bon la pire, raconte !

Une fois que Tony eut relevé son visage vers elle :

- Tu me le dois bien.

- Bon, d'accord.

- Si tu as besoin d'y réfléchir..., lui dit Kate.

Sur la passerelle du MTAC, Gibbs avait observé ces agents revenir. A leur visage, il avait compris que leur tête à tête avait été réparateur. L'ex-Marine ne s'attendait pas à autre chose. Il avait parfois peur que Tony et Kate ne franchissent la règle 12, mais bizarrement, quand il les regardait c'était des amis qu'il voyait, une relation fraternelle. Même avec leur petites joutes verbales et leur façons différentes de voir la vie, une fois qu'il s'agissait d'agir pour l'enquête, c'était sans un mot, avec juste un regard et la priorité de protéger l'équipe, se protéger l'un l'autre. Oui, ils voulaient sans arrêt impressionner leur Boss mais pas au détriment du NCIS.

Cette réalité entre Tony et Kate ne dispensait pas Gibbs de la peur qui ne le quittait plus que Tony trouve enfin quelqu'un pour partager sa vie. Gibbs voulait que Tony soit heureux, même si lui devait souffrir mille mort de ne pas être celui qui le rende heureux. Pourtant quelque part, Gibbs savait aussi que DiNozzo n'était pas prêt à se laisser aimer, il parlait beaucoup de ses conquêtes mais aucune ne comptait... Et même si une âme soeur ne se trouvait pas à chaque coin de rue, Gibbs ressentait au fond de lui que Tony refusait qu'on l'aime, qu'on s'approche trop près de lui. Et ce qu'il avait fait croire à Kate en était une preuve supplémentaire. Il ne montrait jamais son vrai visage. Gibbs faisait pareil depuis la perte de sa famille et il se demandait ce que la vie avait provoqué comme cicatrices chez Tony pour qu'il ait développé de tels masques ?!

Il aurait, bien sûr, dû laisser Tony parler à Kate sans témoin mais il resta là haut et écouta ce qui suivit :

- Non, je n'ai rien oublié... C'était à Philadelphie... Quand je suis arrivé devant la maison, c'était la réplique exacte de ce que tu imagines quand tu penses à la maison parfaite avec la famille parfaite qui pourrait vouloir t'accueillir. Une maison blanche et sa barrière en bois tout autour et une balançoire suspendue à la plus solide des branches de l'arbre. Et des fleurs magnifiques et tous ces jouets qui jonchent la pelouse. Tu t'approches de la porte et tu es encore le seul à savoir que tout est différent. Quand il a ouvert, je suis resté muet, juste capable de montrer ma plaque. Je ne me souviens plus quelle formule j'ai utilisé mais aucune n'aurait convenu et aurait toujours été aussi mal dite et choisie... Comment dire qu'un type, probablement saoul et roulant trop vite, avait coupé la route à sa femme et que sa voiture avait fini sa course dans un camion venant en face... Lui dire que j'étais le premier sur les lieux... que sa fille était morte sur le coup et que lorsque sa femme mourante m'a demandé comment elle allait, je lui ai menti !!! Cet homme n'a pas crié, n'a rien dit, il a juste reculé et une fois le dos au mur, il s'est laissé glisser. Je me suis assis à ses côtés et lui ai promis d'attraper le responsable. J'ai tout fait : analyse des résidus sur place, de la peinture, des débris de phares, j'ai demandé pour les vidéos des caméras de surveillance, j'ai fait tous les bars alentours pour traquer les habitués qui lèvent trop le coude ou les fêtards d'une promotion... Et finalement, je l'ai coincé. Il a joué l'amnésie, sans aucun remord. Au procès, après mon témoignage, je suis passé devant le jury avec une photo.

- De la famille ?

- De leur tombe, en disant que ce n'était pas une vie, ni même deux mais trois qu'il avait détruite. J'ai eu droit à deux semaines de mise à pieds mais ça en valait la peine.

Les images dans la tête de Tony se retrouvaient à cet instant dans celle de Leroy Jethro Gibbs. Mais d'autres vinrent se superposer à elles : celles de son passé, de Shannon et de Kelly... d'un bonheur perdu. Tony avait connu une situation similaire, avait été de l'autre côté et il avait agi, il avait été là pour cet homme... Lui avait eu le NCIS pour s'en sortir... Pour la première et unique fois, Gibbs s'imagina pouvoir parler à quelqu'un de son passé. Même Ducky ignorait tout. Sans qu'il le sache, Tony et lui étaient donc liés par bien plus que le NCIS...

- Tony, je ...

Tony et Kate savaient qu'il n'y avait rien à ajouter. Ils n'en reparleraient sans doute jamais, reprendraient leur place respective, tout en sachant que quel que soit les évènements, ils ne douteraient plus jamais l'un de l'autre.

- Pas la peine, on oublie.

Gibbs lui n'oublierait jamais. Il était tombé amoureux de Tony une fois et il venait de recommencer.

« Anthony DiNozzo !!! »

Jethro repensa à nouveau à ce qui s'était passé plus tôt. Il revoyait le visage de Tony avant le retour de Kate... Il avait passé toute la matinée ainsi que l'heure du déjeuner à trouver les mots pour écrire qu'il avait tué quelqu'un... Oui, ce Hendricks était un meurtrier mais c'était une vie que Tony avait prise et l'on est jamais fier de l'avoir fait. Le jour où ça arrive, il faut démissionner au plus vite. Ensuite, il y avait eu les paroles de Kate sur le profil du tireur d'élite...

« Préjugés ... Adoption... »

Et alors, Gibbs repensa à ce que Tony lui avait dit lors de son séjour chez lui après l'affaire McNeil

« 'Abandonné encore une fois' ... Non, ça ne peut pas être ça ! »

Pourtant l'instinct de Gibbs lui disait que oui. Il venait enfin d'accepter d'entrevoir une chose importante sur Anthony. L'ex-Marine prit son portable :

- Allô, Phil ?

- ...

- Oui, c'est Jethro. J'ai besoin d'un service. Tu me le dois bien.

- ...

- Merci. Cherche un dossier au nom de DiNozzo.

Je voulais par ce chapitre revenir sur une scène du 1.04 qui m'avait toujours semblé incongrue. Pour moi, il était impossible que Tony ait pu échapper à cet aspect du métier de flic. Ensuite, Kate était pour moi un personnage important et je voulais marquer sa relation avec DiNozzo. Et enfin, je tenais à amorcer un axe de mon histoire qui aura une influence sur nos deux personnages préférés. J'espère que ce chapitre vous a plu. Je suis contente d'avoir pu le finir aussi vite. Je me mets au suivant...