Chapitre 2 : Il est revenu.

Le mois de juillet commençait à peine. Père avait appelé Draco pour « parler sérieusement ». Quand il lui avait demandé de venir dans son bureau, Draco n'avait pu réprimer un mouvement d'angoisse. Evidemment, Père n'avait rien remarqué.

« Tu as fait quelque chose, récemment ? Lui chuchotai-je discrètement.

-Je crois pas. Me répondit-il, frissonnant de peur à l'idée d'un face à face avec l'Autre.

Je le regardai, perplexe, disparaître dans le couloir sombre à la suite de l'Autre. C'est bien un des avantages à ne pas être apprécié par mon père. Il se moque royalement de ce que je vais devenir et considère que je ne vaux pas la peine d'être remise dans le droit chemin. Il ne me bat pas trop. Enfin, un peu quand même, il ne faut pas abuser. Mais il ne m'a pas « endurcis » avec des doloris comme Draco. Et il ne me viendrait pas l'idée de m'en plaindre. C'est moi qui m'occupe de Draco, après les « séances », et je peux vous garantir que ce n'est pas beau à voir. J'ai été obligé d'apprendre un nombre incroyable de sorts médicaux.

Je me suis approché de la porte sombre qui donne sur le bureau de Père. Après un moment d'hésitation, je me suis avancé et j'ai collé mon oreille contre le bois froid. Il n'y avait de cris, c'était déjà ca. Mais depuis le temps, Draco avait compris que crier ne faisait qu'exciter la soif de violence que l'Autre éprouvait souvent. J'écoutais plus attentivement encore. Je n'entendais pas le bruit mat des coups. J'attendais, anxieusement, qu'un indice quelconque ne me révèle ce qui se passait dans le bureau.

Des bruits de voix, ténus, parvenaient à mes oreilles. Mais je n'arrivais pas à saisir ce dont il s'agissait.

-…ta sœur….là…

Ho, « ta sœur », c'est moi, ca ! Depuis quand il parle de moi, celui là ? Je croyais qu'il avait oublié mon existence, et sincèrement, ca m'arrangeait.

Le raclement du fauteuil sur le plancher indiquant que Draco se levait résonna jusque dans mes feuilles de chou. J'en déduis avec une rapidité d'esprit extraordinaire que j'avais intérêt à me barrer à toute vitesse si je ne voulais pas que mon cher et adoré père ne me remarque. Sans me donner la peine de réfléchir j'optai pour une retraite légèrement précipitée en direction des quartiers communs de Draco et moi. Pour résumer, je détalais comme un lapin. J'avais à peine eu le temps de me dissimuler dans un recoin sombre lorsque le grincement de la lourde porte se fit entendre.

-Vas te préparer, Draco.

Pas la moindre pointe de chaleur, pas un mot affectueux. Même pour le seul enfant qu'il apprécie. Il y a vraiment des fois où mon père mériterai une bonne paire de baffes. Dommage que je ne puisse faire ce genre de chose sous peine d'être deux heures plus tard dans une jolie tombe, avec marqué sur la pierre « Elisabeth Maria Clarisse Malefoy, désespoir de la famille, ne sera jamais regrettée ».

Malgré toute mon attention, je ne pus m'empêcher de sursauter quand la porte claqua.

-Lisa, où es-tu ? Tu peux sortir…

Il ne m'en fallut pas plus pour me révéler à ses yeux.

-Qu'est ce qui c'est passé ?

-On doit se préparer, Lisa ! C'est fantastique, ce soir, on le verra !

C'est à ce moment là que je remarquai cette étincelle dans ses yeux.

-De quoi parles-tu ?

-Ce soir, nous devrons représenter dignement la famille Malefoy, nous devront être magnifiques !

-Mais…

-Viens, on va choisir ta robe !

-Draco ! Si tu m'expliquai un peu ce qu'il se passe ?

Mon frère me regarda, dissimulant à grand peine sa joie et son excitation.

-Il est revenu ! Après tout ce temps, il est revenu !

Sur le coup, je n'ai pas bien compris de quoi il causait. Puis, j'ai un peu réfléchis. Qui pouvait bien « revenir » ? Ca m'étonnerai très franchement que Draco soit aussi heureux de revoir le vieux tonton dont personne ne se rappelle le nom. Et personne d'autre dans la famille n'était parti.

Mais, en y pensant, qui était pour mon frère une idole ? Qui était suffisamment important pour que Père en parle à Draco en privé ? Qui n'était plus là depuis…au moins tout ça ? Qui était le fondateur de la façon de penser de mon père et de mon frère ? Mais…ce n'était pas possible, il était mort ! Depuis tout ce temps ? Il était donc en vie ?

Devant mon regard ébahi, Draco eut enfin le tact de me dire de qui il parlait. C'est encore plus invraisemblable lorsqu'on l'entend dire. Vous-savez-qui en personne était encore vivant. Il n'avait pas été tué par Harry Potter. Et il avait retrouvé sa puissance d'antan. Plutôt flippant, je dois avouer. D'autant plus que j'allais devoir le rencontrer. Moi. Gamine de douze ans. D'après Draco, il voudrait rencontrer les enfants de ses serviteurs. Et malheureusement, j'en fait parti. Triste à dire.

Et devant mon armoire, je demande stupidement à Draco ce que je dois mettre. J'ai été, un instant, tentée de m'habillé à la façon moldue. Je savais, moi, apprécier les avantages de leurs cultures. Et il faut bien reconnaître que certain moldu ont très bon goût. Mais je me doutais bien que me présenter comme ca devant Père serait littéralement suicidaire. Je ne me sentais pas l'âme d'un kamikaze. Dommage, ca aurait put être drôle. Finalement, Draco finit par choisir lui-même ma tenue. Je devais, attention, je cite, « être élégante en bonne Malefoy mais discrète en tant qu'humble servante ». La robe qu'il avait sélectionnée était très simple, noire, évidemment. Après qu'il soit parti, j'enfilais la tenue. Je devais reconnaître que Draco avait l'œil, la robe m'allait comme un gant. J'étais très élégante. Cette idée ne m'enchantait d'ailleurs pas franchement. Je n'avais, après tout, que douze ans ! Qu'avais-je besoin d'être habillé avec classe ? Douze ans, c'est l'âge où on court dans la forêt et où on se tache avec de la framboise. Mais une Malefoy, quel que soit son âge, est toujours élégante, discrète, belle, et surtout, elle ne dit RIEN d'intelligent ! Règle essentielle de savoir-vivre.

Je ne pouvais m'empêcher d'être nerveuse. J'allai quand même rencontrer l'un des hommes les plus dingues que cette terre avait jamais vu. Je dois avouer que malgré mes origines « fiables », je ne suis pas franchement en accord avec sa doctrine. D'abord, parce que je ne vois pas ne quoi les ancêtres peuvent changer quoi que ce soit à la valeur d'un homme. Je ne vois pas l'intérêt de me targuer d'être d'une famille « pure ». Surtout qu'il aurait fallu, pour ca, que toute les femmes de la famille Malefoy soient restées parfaitement fidèles à leur mari. Et s'ils étaient tous aussi con que mon père, ca serait très étonnant. Mais si le nombre de famille au sang « pur » est aussi peu nombreux, ce n'est pas pour n'importe quoi. Ca veut seulement dire que sans les

« sang-de-bourbes » et les « sang-mêlé », les sorciers seraient en voix de disparition.

Mais ca, les mangemorts ne l'ont pas vraiment percuté. Mais de toute manière, je trouve absolument ridicule que le leader du mouvement contre les moldus, sang-de-bourbe, sang-mêlé et autre racaille ainsi que pour la pureté absolue du sang chez les sorciers ne soit qu'un sang-mêlé. C'est peut-être moi qui suis idiote, mais la logique m'échappe.

De toute façon, tuer n'est pas le meilleur moyen pour s'imposer. Trucider tout le monde me semble quelque peu expéditif. Et puis, à force d'assassiner tous les gens qui ont le malheur de passer par-là, ils finiront par n'avoir plus personne à commander. C'est peut-être ridicule, mais je pense que tous autant que l'on est, on a le choix. Moi, j'ai eu le choix, et j'ai apprécié. Je considère que notre vie ne doit pas nous être dictée par qui que ce soit d'autre. Illusoire, me dirait mon père. Et stupide. Dans la vie, il y a les forts, et les faibles. Je ne trouve pas, personnellement, que se ratatiner devant un mégalomane qui a la grosse tête soit une preuve de force. Mais vous comprendrez que je n'ai pas l'esprit suffisamment rebelle pour le dire à Père.

Comment j'ai pu me forger une opinion par moi-même ? Comment ais-je pus échapper à l'influence de mon père ? Je ne sais pas trop. Je suppose que c'est du au fait qu'il ne m'a jamais vraiment considéré comme étant son enfant. J'en viens à bénir Merlin tous les jours d'être une fille. Ainsi, Père n'a pas tenté de m'éduquer. Trop insignifiante pour ca. Une fille, ca ne sert à rien. Et j'ai appris toute seule. A grandir. A penser. Du coup, je n'agissais pas comme j'aurais du le faire si j'avais voulu gagner son respect. Et son opinion de moi baissait un peu plus chaque jours. Je ne suis rien pour lui. Et je sais très bien que si, pour une raison qui m 'échappe, son maître n'avait pas demandé à voir tous les enfants de chaque mangemort, il n'aurait pas pris la peine de m'amener pour me présenter.

Draco rentra brusquement dans ma chambre. Il me regarda.

-Tu fais deux ans de plus. Me complimenta-t-il.

Enfin, je suppose que c'était sensé être un compliment. Je ne pus m'empêcher de serrer nerveusement ma cape entre mes doigts, la peur me serrait l'estomac. Au fond de moi, je sentais, sans trop savoir pourquoi, que ma vie entière allait prendre un sens nouveau. Et cela m'effrayait atrocement. Je relevais la tête, je ne ferai pas le plaisir à mon père de lui laissait voir que je suis morte de trouille. Aujourd'hui, moi, Elisabeth Malefoy, 12 ans, allai rencontrer le plus grand assassin de tous les temps, l'idole de tout les fous furieux assoiffés de sang, j'ai nommé Lord Voldemort.