Chapitre 8 : La colère me hante…
Cela fait bien trois heures que j'ai trouvé cette clairière. Je suis bien incapable de savoir si elle nous appartient ou pas. Derwin broute tranquillement. Je ne sais pas comment on peut être aussi…passif. Moi, je suis survolté. J'ai passé pas mal de temps à cueillir des fruits, des noix, des plantes pour faire des potions. Dans le sac que j'avais pris, il n'y avait pas grand chose. Quelques bols, des sachets que j'utilisais pour les herbes et les plantes, une bouteille d'eau. Je m'installe contre un arbre en réfléchissant. Je ne sais plus trop quoi faire. Non, en fait, je suis largué. Je ne peux empêcher un soupir. Est-ce que quelqu'un a la moindre idée de ce que je dois faire ? Je peux, si vous le voulez, vous rappeler la situation. A même pas treize (mon anniversaire n'est que le lendemain. Techniquement, je n'ai donc pas treize ans !), je suis mangemorte alors que je ne suis pas dans le genre à me considérer comme étant en droit de cracher sur tout, je ne parviens pas à désobéir aux ordres d'un type alors que je suis radicalement contre ses idées et ses méthodes, et en plus, je viens de me barrer de chez moi, en volant accessoirement le cheval de mon père. Vous, je ne sais pas. Mais ce genre de situation ne m'arrive pas très souvent. Bref…y a de quoi prendre sa tête, prendre un mur et…refaire la décoration murale…avec des morceaux de cervelle intégrés gratis dans la peinture. Je baisse la tête. Et tout d'un coup, je décide que j'ai faim. J'ouvre le sac, des fruits à la pelle… Je prends une pomme et sors une poignée de noisettes, amandes et autres trucs dans le même style. Et évidemment, c'est LE moment que je choisis pour penser au fondant au chocolat que Fandell m'avait promis de faire pour ce soir… RHAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Bon, la prochaine fois que je fais une fugue, je l'emmène avec moi. Soudain, un…truc, y a pas d'autre mot, tombe à côté de moi. En regardant attentivement, je finis par observer qu'il s'agit d'un rongeur, genre écureuil en un peu plus gros, beige, plutôt marrant. Il me regarde, ou plus exactement, il regarde le cerneau de noix que je tiens. -Toi aussi, t'es tout seul ? Je lui demande. Il me regarde pour de bon, cette fois, avec de grands yeux, façon « S'il te plait… ». Je me penche vers lui et me retrouve à dix centimètres de son museau.
-Que ce soit bien clair, machin. Si je te nourris, ce n'est pas à cause de ton minable petit regard d'écureuil battu dont même un acteur d'une mauvaise série moldue classe C ne voudrait pas mais uniquement parce que je me sens l'âme généreuse, capish ?
Je pourrais aussi bien lui dire qu'il n'est qu'une sale bestiole répugnante, ca serait kiff-kiff. Après un dernier soupir concernant le manque de gratitude évident des jeunes de nos jours, je me résigne. Je prends dans mon sac une énorme poignée d'arachides en tout style et les dépose. Il se jette tout de suite dessus comme un morfale. Je le regarde avaler mes noix que j'ai mis tant de tant à cueillir dans cette forêt (où il fait parfois très froid) en même pas cinq minutes. Même mon frère ne mange pas aussi vite. Et pourtant, Drago, c'est un cas… Je prends une framboise. La bestiole me regarde.
-Quoi ? Qu'est-ce que t'as ? Tu me cherches ?
Devant mon air redoutablement redoutable, le monstre (comment voulez-vous que je l'appelle ?) monte sur ma main, et me bouffe ma framboise. Sous mon nez. Quelle honte ! Imaginez, si ca…Mais qu'est-ce que je fais, c'est pas vous que je dois engueuler…
-Et, ho ! Ca va, tranquille ? C'est la fête ? C'est pas le restau, ici ! Et si c'était ma dernière ? Qu'est-ce que j'aurais fait ? J'aurais pas eu de framboise ?
Il me regarde, l'air de dire « Je m'en fous, j'ai eu à bouffer, je suis content. Ca y est. ». Décadent. Il pourrait au moins avoir l'air de dire : « Mais puisque tu en as d'autres dans ton sac ! », non, Mossieur dit « Je m'en fous ». C'est mal élevé, les pseudos écureuils, de nos jours…
-Ces jeunes…
Je le pose délicatement sur mon ventre, il est plus lourd qu'il en a l'air…
-Alors toi aussi, t'es tout seul ?
Hou, c'est le regard qui tues, ca ! Il a les yeux revolvers, il a le regard qui tue, il a tiré la première… Sérieux, c'te bestiole, elle est sympa.
-J'ai une idée pour toi, le monstre. Si on était seul à deux ?
Pour toute réponse, le monstre s'enroula sur lui-même, bien installé au creux de mon bide.
-Je prends ca pour un oui, le monstre. On sera solitaires ensembles.
Je suis pas sûre qu'il m'ai entendu, à mon avis, il dort déjà. Moi, c'est une autre affaire. Il ne me reste plus qu'a réfléchir. Je caresse machinalement la bestiole. Je pense alors à toute ma vie, à ce qui m'arrive. Brusquement, j'ai envie de pleurer. Je n'y arrive pas. Mes larmes sont mortes, je l'avais presque oublié. Cette marque, j'aimerai tant l'effacer… L'effacer de ma vie, de mon bras… Je ne suis qu'une petite fille… Je mis beaucoup plus de temps que le monstre à m'endormir.
Le lendemain, ce fut des mouvements sur mon ventre qui me réveillèrent.
-Drago, arrêtes…
Ouvrir les yeux me sembla difficile. Quand enfin j'y arrivai, le spectacle ne manqua pas de me surprendre. Je n'étais pas dans ma chambre mais dans une clairière. Ce n'était pas Drago qui tentait une nouvelle technique pour me réveiller, mais une bestiole dont je ne sais strictement rien à part que j'ai décidé de l'appeler le monstre. Et ce n'était pas Fandell qui m'avait renversé accidentellement du café dessus mais Derwin qui me léchait le visage consciencieusement.
-Beuark…
Faut dire, un cheval n'a pas forcément une bonne haleine… Je me relève. La bestiole n'est pas partie, j'ai une bouche de plus à nourrir. Chic. Bha, ca me fera de la compagnie… Je lui donne une poignée de fruits secs, avale une pomme. Le monstre me saute sur le bras. Je le regarde.
-Comment je vais t'appeler, toi ?
Il me regarde à son tour. Ce n'est pas de la stupidité qui brille au fond de ses yeux. Je crois même qu'il me comprend.
-Charles ? Diego ? Tic ? Tac ? Merlin ? Arthur ? San-A ? Harry Potter 2 ? Dumbo ? Tarzan ? Attila ? Banzaï ? Céline ?
Aucun des noms proposés ne semble lui plaire, je me demande pourquoi...
-Pff ! T'es vraiment difficile, le monstre !
Tiens, il fait une pirouette.
-Attends, tu veux que je t'appelle « Le monstre » ?
Re-Pirouette.
-Je suppose que je dois prendre ca pour un oui ! Bon, première chose, Le monstre, tu apprends à parler. Si à chaque fois que tu veux me dire oui, tu dois faire une pirouette, on est pas sorti de l'auberge.
Nouvelle pirouette.
-Le monstre, tu es officiellement un cas désespéré.
Je suis resté trois jours dans la forêt à vivre de fruits secs et d'eau de source. Je me sens régénérée. Et ca m'a permis de bien réfléchir. Je n'étais plus la même. Je me devais d'obéir à Lord Voldemort. Et la petite fille qu'était Lisa ne le peut pas. Maintenant, c'est Elizabeth. Drago avait raison de ne plus oser prononcer mon diminutif. J'ai treize ans, mais j'ai cent ans. Je me sens vieille, comme si j'avais beaucoup vécu.
Mais…c'est vrai, ca ! J'ai treize ans ! J'avais oublié… D'habitude, Drago rentre dans ma chambre à quinze heures sept précise (heure à laquelle je suis née) en faisant un bruit monstre avec tout les elfes de maisons portant un gâteau et tout les cadeaux que Drago m'offrait (il m'en faisait des tas à chaque fois ! Moi aussi, d'ailleurs… C'est pour compenser pour les parents, en fait…). Mais peut-être que cette année, il ne l'aurais pas fait… Finalement, c'est une bonne chose que je n'ai pas été là. J'aurais risqué être déçue.
Je suis maintenant sûre et certaine que l'on est très près du manoir. Derwin va vite, impatient de retrouver son box et son avoine. Il n'y a personne, dehors. J'installe Derwin dans l'écurie, m'en occupe soigneusement. Il est deux heures du matin. Doucement, je rentre dans le manoir. Pas un chat, même les elfes doivent être en train de se reposer. Sur mon épaule, Le monstre a compris qu'il valait bien mieux se taire. J'ai toujours su qu'il était intelligent.
J'avance en silence. Je passe devant la porte de bois. Le bureau. Je pose mon oreille, je n'entend rien. Le monstre, qui a l'ouïe plus développée que moi ne réagit pas plus. Doucement, je pousse le panneaux de bois. Evidemment, personne dans la pièce. Je cherche du regard la pensine. Elle est sur le bureau. Mais cette fois, je sais (me demandez pas comment) que ce n'était pas volontaire de sa part. Il ne pensait pas que je reviendrai, tout simplement. Je m'en approche. Le monstre saute sur le bureau, évitant la pensine. Je me penche vers elle.
Tout d'un coup, je suis devant le maître. Le croque-mort qui déclare m'avoir donner la vie est là aussi. Il parle avec Voldemort. Il a presque l'air gêné.
-Maitre…est-il vrai que vous avez demandé à ma fille…
J'ai envie de gueuler « je ne suis pas ta fille ! » mais il m'entendrai pas.
-…de ne rien répéter de vos entretiens ?
Ho la vache ! Il a osé ! Si j'avais su qu'il le ferai… Je vais me faire trucider…
-Non. Dit calmement le maître.
Croque-mort en chef ne se tient plus de joie, là. Une bonne raison de tuer sa fille, une !
-Mais elle a eu raison de te dire ca. Cela montre son esprit d'initiative et une intelligence. Lucius, cette petite est douée, je lui réserve un futur grandiose…
Ho, la tête ! On apprend à un gamin que cette année, Noël est annulé, il a la même tête ! Et…
-Elizabeth !
Je sors du souvenir en me dépatouillant comme possible, me retourne.
-Drago ?
Ho, la vache ! Je le regarde, effaré. Sur son front, une grande trace violette.
-Drago, qu'est-ce qui s'est passé ?
-Il a pas aimé que tu parte comme ca, il a fait une séance pour « m'endurcir ».
-Ho, c'est pas vrai… Et j'était pas là…
Aussitôt, je regarde ses blessures. Avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, j'ai repéré d'autre plaies sur son dos, sur ses bras. Drago me jette alors un regard catastrophé.
-Espèce de petite garce !
Ho, ho… Ca ressemble bien au come-back du croque-mort, ca… Je, me retourne en me préparant mentalement pour… Je sais que je me répète, mais ho, la vache ! Je ne l'avais jamais vu comme ca… Les cheveux décoiffés, la mine hagard, les yeux rouges et une bouteille de whisky pur feu dans la main. Je le fixe, ébahi. Et stupidement, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est « si Mère passe par là, elle aura la honte de sa vie… ».
-Tu n'es qu'une petite garce !
Et en plus, il se répète… Souffle dans le ballon…ca sera tout vert !
-Je sais très bien pourquoi tu ne veux pas me dire ce qu'IL t'as dis !
Parce que j'aurais fait n'importe quoi pour te contrarier ?
-Parce qu'il t'as dis que j'allais tomber en disgrâce !
Hein ? Quoi ? Mais il est pas bien, dans sa tête ! Parano, un jour…
-Je sais bien que tu veux ma place !
…parano toujours ! Là, je peux rien dire devant le spectacle de la déchéance humaine.
Il sort sa baguette, pas besoin d'entrer dans son esprit pour savoir ce qu'il compte faire. Deux trois sortilèges qui font bien mal, et puis il utilisera la bonne vieille méthode manuelle. Bien sûr, la baston, c'est beaucoup moins distingué et beaucoup plus « moldu », mais ca a l'avantage d'être efficace, et en plus, ca défoule.
Drago essaie de se mettre devant moi pour prendre le sort à ma place, sa jambe flageole trop, il tombe. Il a du y prendre un coup. Soudain, je sens une rage froide m'envahir. Je n'ai même pas envie de hurler. Il a osé frappé Drago. Une fois de trop. Il lève sa baguette.
-Endo…
Je lève le bras. Il ne finit pas de prononcer la formule. Le fait qu'une tornade sortie de nul part (ou de mon bras, si vous préférez…) l'ai plaqué contre le mur doit y être pour quelque chose. Sa baguette est tombé, à une bonne dizaine de mètres de lui. Je m'approche.
-Promets de ne plus jamais toucher Drago. J'articule haineusement.
Il tenta de se redresser.
-Esp…
Deux mains invisibles l'attrapent au col, le soulevant de cinquante centimètres. Je m'approche encore, je le regarde dans les yeux.
-Promets de ne plus jamais toucher Drago. Je lui crache.
Il ne dit rien. Les mains invisibles commencent à le secouer.
-Je…je promets.
-Bien, gentil toutou.
Je me retourne, il tombe à terre. Je l'entend vomir. Je me tourne vers Drago, m'avance. Il recule. Je le regarde, étonnée. Je détourne mon visage. C'est quand je me vois dans un miroir que je comprends. Mes cheveux et mes yeux sont devenus intégralement noirs. Je respire à fond. Petit à petit, mes cheveux s'éclaircissent. De même pour mes yeux. Bien sûr, mes cheveux sont plus sombres que d'habitude, et mes yeux sont plus gris que bleu, mais c'est mieux que rien. Je me tourne à nouveau vers Drago.
-Viens, Drago. Je vais soigner tes blessures. Dis-je avec la plus grande douceur.
Il hésita un peu, avant de venir vers moi, titubant de fatigue et de douleur.
