Merci à Audearde et solo1861 pour vos deux reviews !
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Après une nuit sans sommeil à observer la jeune femme à son insu, Jack finit par se lever une heure avant la sonnerie du réveil. Le Président n'avait pas donné de date pour le départ de Sam et Jack voulait faire cela le plus en douceur possible, même si… quoiqu'il arrive, elle souffrirait. Il ne voulait pas la perdre définitivement. Il ne voulait pas qu'elle le haïsse. Jamais il ne pourrait supporter sa haine. Jamais il ne supporterait l'idée qu'elle puisse ne plus vouloir le revoir.
Avec le temps… plus tard… Peut-être…
Non.
Il devait accepter l'idée qu'il perdait sa seule chance d'être avec elle. Il devait cesser d'espérer. C'était terminé.
Garder son amitié, c'était à présent tout ce qui importait.
Enfin… plus tard. Lorsqu'elle aurait oublié sa douleur.
Lui, jamais il ne pourrait oublier.
Laissant la jeune femme dormir, il se lava, s'habilla et partit travailler comme n'importe quel autre jour. Mais à partir de cet instant, tout devint différent.
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Lorsque le réveil sonna, Sam attendit patiemment que Jack l'éteigne mais le son persistait désagréablement. Tendant le bras vers son amant, sa main ne rencontra que le vide.
Il était parti. Elle ne l'avait même pas entendu.
Rampant jusqu'à la partie droite du lit, elle coupa la sonnerie stridente et s'étira avec délice.
Cette nuit avait été… magique. Ils n'avaient encore jamais fait l'amour comme ça, avec ce mélange d'urgence et de passion. Elle l'avait presque senti… désespéré.
Fronçant les sourcils quelques instants, elle finit par secouer la tête. Pourquoi se triturer les méninges au moindre détail sortant de l'ordinaire ?
- Tu es parano, ma fille !
Se levant prestement, elle se lava et s'habilla avant de rejoindre la cuisine pour se servir un café. Jetant un œil machinal sur la table, elle haussa les sourcils, surprise.
Rien… Pas le moindre petit mot.
Et le café n'avait pas été fait.
Etrange.
Haussant les épaules, elle se chargea des préparatifs, songeant avec une pointe d'angoisse qu'il avait certainement du partir en catastrophe. Elle espérait juste qu'il ne se soit encore rien passé au SGC.
A chaque nouvel incident, un sentiment profond de culpabilité lui étreignait le cœur. Elle savait parfaitement que tout le monde espérait son retour… Même le Général O'Neill. Pas Jack, non. Mais le Général, oui. Cependant, elle ne voulait plus se sacrifier. Elle avait donné huit années de sa vie à ce programme et n'en donnerait pas une de plus. Ils pensaient tous qu'elle était indispensable mais elle se refusait à le croire. Cela faisait deux mois qu'elle n'était plus au SGC et, même s'ils avaient rencontré des difficultés, la planète était encore là !
Hailey était parfaitement capable de gérer les choses. Certes, elle n'avait pas son expérience mais encore quelques mois à ce rythme-là et elle serait certainement parfaite pour prendre la relève !
Alors non. Il était hors de question qu'elle quitte Washington, qu'elle s'éloigne de lui. Jamais plus elle ne s'éloignerait de lui.
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La journée s'écoula sans qu'elle ne parvienne à le voir. Elle avait bien tenté en fin de matinée de le joindre pour déjeuner avec lui mais il n'avait pas pris son appel. Elle ne s'en formalisa pas pour autant, le devinant très occupé. Le soir, elle rentra donc seule et l'attendit une bonne partie de la soirée en vain.
Son silence commença alors à l'inquiéter. Ce n'était pas dans ses habitudes de la laisser sans nouvelles une journée entière.
Elle finit cependant par se coucher mais ne parvint pas à trouver le sommeil.
Lorsqu'elle entendit enfin la porte de l'appartement s'ouvrir doucement, elle laissa s'échapper un léger soupir et se fustigea aussitôt de s'inquiéter ainsi. Jetant un œil sur le radio-réveil, elle haussa les sourcils en constatant l'heure déjà avancée.
2h21.
Elle l'entendit entrer dans la chambre avec discrétion, ôter le plus silencieusement possible ses vêtements et se glisser à ses côtés.
- Jack, ça va ? demanda-t-elle aussitôt en l'encerclant de ses bras, surprise de voir combien il lui avait manqué aujourd'hui.
- Oui… Rendors-toi.
Perplexe, elle resta immobile, lui dos à elle.
- Un souci particulier ? Je me suis inquiétée.
- Tu n'aurais pas dû, répondit-il d'une voix atone. J'ai eu beaucoup de travail, c'est tout. Maintenant, je suis crevé. Si tu le permets, j'aimerais dormir.
Encore plus indécise, elle se détacha pourtant de lui.
- Bien sûr. Bonne nuit.
- Mmmm.
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Et ce fut ainsi le lendemain, et le surlendemain…
Il partait tôt et rentrait tard. La journée, elle ne parvenait jamais à le joindre et ses tentatives de discussion se soldaient toujours par un échec. Il prétextait sans cesse la fatigue et quelques soucis passagers, mais rien qu'il ne pourrait résoudre à court terme.
Le malaise qui enserrait à présent le cœur de la jeune femme l'incita un midi à aller le voir. Peu importaient ses priorités, elle avait besoin de lui parler. Cela faisait une semaine qu'elle n'avait plus eu un seul sourire, un seul baiser. Rien. Elle comprenait son besoin de solitude. Jack n'était pas homme à partager ses soucis, non. Il gardait toujours tout en lui et elle l'avait accepté. Cela faisait partie de sa personnalité et pour rien au monde, elle n'aurait voulu le changer mais… il fallait qu'ils se parlent, qu'il la rassure ne serait-ce qu'un peu.
Lorsqu'elle parvint devant son bureau, elle s'avança vers le secrétaire d'un pas décidé.
- Je souhaiterais parler au Général O'Neill, s'il vous plait.
- Il est en rendez-vous mais je vais lui dire que vous désirez le voir.
Il décrocha aussitôt le téléphone et attendit quelques secondes.
- Le Docteur Carter désire vous parler, Mon Général… Bien… A vos ordres, Monsieur.
Il raccrocha et se tourna vers Sam.
- Cela peut prendre encore un certain temps, déclara le jeune sergent en lui indiquant d'un geste significatif une chaise.
Désireuse d'avoir cette discussion coûte que coûte, elle acquiesça et partit s'asseoir un peu plus loin, à l'écart. Elle dut patienter près de vingt minutes avant que la porte ne s'ouvre enfin. Elle se leva aussitôt mais se figea en découvrant Kerry Johnson, Jack sur ses talons, le sourire aux lèvres.
- … Remettons cela à plus tard alors, disait la jeune femme, le regard étrangement brillant.
- Avec plaisir.
Sam sentit son cœur se glacer mais se força à garder un semblant de raison. Sa jalousie était vraiment stupide et malvenue. Après tout, si ces deux-là n'étaient plus ensemble, c'était parce qu'il l'aimait elle.
Avec agacement, pourtant, elle les observa se serrer la main puis Kerry s'éloigna sous les yeux un peu trop insistants de Jack. Beaucoup trop insistants au goût de Sam. Et ce sourire sur ses lèvres. Ce sourire qui disparut dès que son regard accrocha le sien.
Elle eut le sentiment atroce de recevoir un couteau en plein cœur. Pourquoi ne lui souriait-il pas à elle ?
- Un souci ? demanda-t-il sans pour autant l'inviter à entrer dans son bureau.
- Bonjour, tout d'abord… dit-elle, se forçant à garder une voix enjouée. On ne s'est pas vu, ce matin.
- Oui, désolé. Mais je n'ai pas trop le temps là, lui répondit-il, lui tournant déjà le dos.
- Jack ! appela-t-elle cependant avant de se mordre la lèvre devant le regard noir de ce dernier.
Ils s'étaient pourtant mis d'accord pour éviter les familiarités sur leur lieu de travail. Elle se reprit donc :
- Général… Je voudrais vous parler. C'est important.
- On verra ça plus tard.
- Général…
- J'ai dit plus tard, Docteur, répliqua-t-il un peu trop sèchement.
Devant le regard douloureux de la jeune femme, il ne put pourtant retenir un sourire rassurant.
- A ce soir…
Et il referma la porte de son bureau.
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Mais à l'instar du reste de la semaine, il rentra tard et resta obstinément silencieux. Sam attendait avec impatience le dimanche, jour de repos qu'il s'octroyait la plupart du temps afin de passer une journée avec la jeune femme.
Elle dut cependant déchanter. Le samedi dans l'après-midi, il l'appela dans son labo.
- Carter, répondit-elle d'une voix fatiguée.
- C'est moi.
Curieusement, ce simple coup de téléphone la mit dans un état proche de l'euphorie. Elle serra confusément le combiné entre ses doigts et jeta un rapide coup d'œil vers son assistant à quelques mètres d'elle. L'espace d'un instant, elle se revit plusieurs années en arrière, lorsque le moindre appel de sa part, la moindre attention lui faisait battre le cœur d'excitation. C'était bien évidemment encore le cas, mais la certitude de son affection avait rendu tout cela plus paisible. Un calme intérieur qui d'ailleurs lui manquait à cet instant précis. L'incertitude, elle l'avait côtoyé suffisamment longtemps.
- Un souci ?
- Non, du tout. Je t'appelais juste pour te dire que j'ai des amis qui sont à Washington ce week-end. Je pensais les voir ce soir et passer la journée de demain avec eux.
Sam resta silencieuse quelques secondes, la déception alourdissant douloureusement son cœur. Elle se reprit cependant très vite.
- Je les connais ? demanda-t-elle d'une voix faussement enjouée, espérant encore qu'il lui demande de se joindre à eux.
- Non.
Elle attendit qu'il poursuive mais il n'en fit rien.
- … Tu les as rencontrés il y a longtemps ?
- Ça va faire une vingtaine d'années, maintenant… Ecoute Sam, j'ai pas trop le temps, là.
Oui… ça, elle l'avait compris, depuis une semaine.
- Eh bien ça marche ! répondit-elle de nouveau avec le sourire. Amuse-toi bien !
- Merci… Je rentre demain soir.
Et il raccrocha.
Sam reposa le combiné, les larmes aux yeux.
Est-ce qu'il voulait la tuer, à se comporter ainsi ? A être aussi distant ? Sa froideur était insupportable. Qu'il aille voir ses amis, se changer les idées, elle n'y voyait absolument rien à y redire. Et étant donné son comportement de cette semaine, c'était peut-être même nécessaire. Mais pourquoi était-il si froid ?...
Elle ne l'avait jamais connu ainsi.
Si, en fait… A la mort de Daniel, il s'était refermé sur lui-même et pendant quelques mois, s'était tenu obstinément éloigné de Teal'c et d'elle. Sans parler de ce pauvre Jonas.
Avait-il perdu quelqu'un, une personne dont il ne pouvait parler ? C'était possible.
Refoulant le chagrin que ce silence rendait plus vivace que jamais, elle reprit peu à peu le dessus.
Elle devait absolument le soutenir. Quelque soit son comportement, elle devait lui montrer qu'elle était là pour lui. Qu'elle serait toujours là pour lui.
Forte de cette décision, elle se sentit plus sereine. Inutile de paniquer, de chercher à analyser le moindre de ses gestes. Avec le temps et sa présence à ses côtés, il remonterait la pente. Il fallait juste s'armer de patience et lui apporter tout l'amour dont elle était capable.
Et de cela, elle en regorgeait.
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Sam passa la journée de dimanche à astiquer l'appartement. Malgré ses belles paroles, c'était dans sa nature de s'inquiéter.
Elle filtra les appels et ne prit même pas celui de Daniel. A sa voix, il aurait tout de suite compris que ça n'allait pas et elle ne se sentait pas le courage de lui parler.
Vint ensuite la soirée où elle tourna en rond, attendant désespérément son retour. Et enfin, le bruit significatif d'une clé contre la serrure se fit entendre. Elle se releva aussitôt du canapé et remit le son de la télé afin de faire croire qu'elle passait une agréable soirée devant un bon film.
Le bruit de serrure persista cependant sans que rien ne se passe pour autant. Elle s'avança donc, déverrouilla et ouvrit la porte… pour laisser le passage à un Jack au regard sombre et à l'allure négligée. Il tenait sa veste dans la main et son tee-shirt pendait sur son pantalon. Une légère sueur perlait sur sa peau et une forte odeur d'alcool vint envahir l'atmosphère du salon. Refermant la porte de l'appartement derrière lui, elle le regarda tituber en direction de la chambre avec incrédulité.
Il était ivre… Jamais jusqu'ici elle ne l'avait vu ainsi, se mettant sciemment dans une position qui l'empêchait de garder le contrôle.
Dans un bruit sourd, la hanche de Jack vint heurter un meuble et Sam s'élança vers lui afin de l'aider.
- Bordel de merde ! rugit-il d'une voix pâteuse, son équilibre devenu précaire.
Sentant la main de la jeune femme se frayer un chemin dans son dos, il se retourna vers elle et d'un geste agacé la repoussa violemment. Mais il mit plus de force qu'il ne l'aurait voulu et Sam percuta brutalement le mur. Passablement assommée, elle redressa la tête et croisa le regard bouleversé de Jack, ce qui, malgré la situation lui apporta un peu de réconfort.
- Ça va… murmura-t-elle en se redressant.
- … Je suis… désolé, Sam…
- Je le sais, répondit-elle en souriant.
Elle s'avança de nouveau vers lui et l'aida à rejoindre le lit. Il se laissa faire, les dents serrées, cherchant cependant à éviter le moindre contact avec elle.
Sa présence à ses côtés, sa compréhension, son affection… et cette tristesse au fond de ses yeux lui étaient insupportables. Cette semaine avait été un véritable cauchemar. Se coucher à côté d'elle sans la serrer dans ses bras, sans répondre à ses étreintes, sans lui faire l'amour… La repousser sans arrêt, rester froid et distant tout en sachant qu'il lui faisait du mal… Jamais il n'avait fait quelque chose d'aussi dur de toute sa vie…
Alors il était parti se saouler, prétextant des amis de passage pour s'éloigner l'espace d'une nuit et d'un jour. Mais il avait beau vouloir l'oublier, il savait que c'était peine perdue. Il ne l'avait pas pu pendant huit ans, il ne le pourrait pas maintenant, après tout ce qu'ils avaient partagé. Et se saouler n'y changerait rien, si ce n'est anesthésier un peu la douleur dans son cœur. Juste un peu… Mais juste assez pour pouvoir continuer.
Allongé sur le lit, il ferma les yeux, concentrant malgré lui ses pensées sur la jeune femme qui s'activait autour de lui. Elle lui ôta ses chaussures, ses vêtements, et rajusta la couverture au-dessus de lui. Elle s'éloigna quelques secondes puis revint avec une cuvette, juste au cas où, des cachets et un verre d'eau.
Il sentit ensuite le matelas se creuser légèrement sous le poids de la jeune femme et une main fraîche se poser sur son front.
Il gémit, partagé entre le plaisir de sa présence à ses côtés, de cette agréable sensation sur son visage et la souffrance qui lui déchirait les entrailles.
L'espace d'un instant sa volonté faiblit. Son besoin d'elle était trop fort, trop puissant… presque vital.
Il se détendit alors, laissant son imagination prendre le dessus, ne retenant que le plaisir et la douceur de cette main sur lui. Son esprit embrumé par l'alcool lui fit oublier le reste… Le président, le SGC, la planète tout entière. La douleur, les choix impossibles, les supplices insurmontables. Seule sa voix apaisante, la tendresse de ses gestes, la légèreté de son souffle sur son visage brûlant lui importaient.
- Ça va aller… Je suis là…
Ses lèvres se posèrent sur son front, ses doigts glissèrent dans ses cheveux humides. Et son cœur se serra de nouveau si douloureusement qu'il suffoqua.
- Jack… s'inquiéta-t-elle aussitôt.
- Va-t-en… Laisse-moi… gémit-il, les sourcils froncés, la repoussant d'une main molle mais cependant inflexible. J'ai besoin d'être seul.
Sa tendresse… Son amour. Il ne pouvait pas les supporter. Pas avec ce qu'il devait faire. Pas avec sa raison qui sans arrêt lui renvoyait en pleine figure ses obligations…
- Laisse-moi…
Un silence pesant se fit, puis Sam se releva et sortit, refermant doucement la porte derrière elle.
Elle s'appuya alors contre le battant, le cœur serré puis se laissa glisser jusqu'au sol et pleura longtemps.
Silencieusement.
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Le lendemain, ce fut le bruit d'une porte qui s'ouvre qui la réveilla. Elle avait dormi dans le salon, sur le canapé et redressa la tête à l'instant où Jack apparaissait, une lueur inquiète dans le regard. Il se détendit passablement en la découvrant allongée sur le sofa et frotta sa nuque douloureuse d'un geste machinal.
L'espace d'un instant, elle crut qu'il allait s'excuser mais il se contenta d'un morne :
- Tu aurais du dormir dans la chambre.
Elle glissa une main nerveuse dans ses boucles blondes et fut surprise de le voir se raidir à cette simple vision.
- Tu m'as demandé de te laisser…
Il l'observa quelques secondes en silence, la mâchoire crispée, puis finit par se détourner sans un mot et pénétra de nouveau dans la chambre. Quelques secondes plus tard, le bruit caractéristique de la douche se fit entendre.
Sam resta assise sur le canapé, la gorge serrée.
Elle ne comprenait pas.
Elle ne comprenait pas…
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La semaine s'écoula ainsi. Jack rentrait toujours aussi tard et parfois saoul sans pour autant lui donner la moindre explication. Et plus elle l'aidait, plus il se montrait détestable. Plus elle était patiente, plus il devenait agressif.
Cela faisait maintenant près de trois semaines qu'ils n'avaient pas fait l'amour. Il ne la touchait plus et malgré ses quelques tentatives, Jack l'avait à chaque fois repoussée, prétextant une trop grande fatigue. Supportant de plus en plus difficilement cette situation, elle se décida enfin à lui parler. Elle avait bien tenté à plusieurs reprises d'entamer la discussion, hélas en vain jusqu'ici. Mais cette fois-ci, elle n'abandonnerait pas. Hors de question. Certes, Sam avait voulu se montrer patiente et compréhensive mais elle devait penser aussi un peu à elle.
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Pour ne pas déroger à ses nouvelles habitudes, il rentra tard, ce soir-là mais Sam fut soulagée de le trouver à jeun. Dans le cas contraire, elle aurait été contrainte de repousser la confrontation. Difficile d'avoir une discussion sérieuse avec un homme ivre.
Lorsqu'il la découvrit au milieu du salon, debout, le regard décidé, il soupira et posa sa veste d'uniforme sur une chaise.
- Je suis fatigué, Sam.
- Moi aussi. Moi aussi, je le suis.
Il lui lança un regard scrutateur avant de se détourner vivement. Mais pas assez vite. Elle était presque sûre d'y avoir lu de l'inquiétude.
- Il faut qu'on parle, Jack. Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle d'une voix qu'elle aurait aimé moins suppliante.
Mais la peur la rendait faible. La peur de le perdre.
Il le sentit aussitôt et reprit le dessus.
- Je n'ai pas envie d'en parler, dit-il traversant la pièce pour rejoindre la chambre.
Elle ne se laissa pas pour autant démonter. Se sermonnant, elle se força à redresser la tête et lui bloqua le passage, la mine fermée.
- Tu n'iras nulle part. Je veux qu'on parle. Je veux que tu me dises ce qui ne va pas.
Il s'arrêta et plongea un regard glacial dans le sien.
- Des soucis… sur lesquels je n'ai aucune envie de m'étendre. J'espérais un peu plus de compréhension de ta part.
- De la compréhension ? s'exclama-t-elle abasourdie. Je ne fais que ça, être compréhensive. Comment peux-tu dire le contraire ? Jack, je t'en prie. Quoique ce soit, tu sais que je suis là pour te soutenir et t'aider.
- Je ne peux rien te dire ! rugit-il agacé.
Sam se tut quelques secondes et acquiesça.
- Alors ne me dit rien. Mais ne me raye pas ainsi de ta vie.
- Qu'est-ce que tu racontes… soupira-t-il cherchant de nouveau à passer afin de clore le sujet.
Mais elle le retint, posant une main ferme sur son torse. Il se raidit aussitôt, la mâchoire crispée. A croire que son contact le répugnait.
- Nous n'avons pas terminé, répliqua-t-elle le cœur serré. Tu m'ignores, tu ne me parles plus… ça va faire presque trois semaines que tu ne me touches plus…
- Pour l'amour du ciel, Sam ! Je suis crevé quand je rentre ! Est-ce que tu vois les journées de fou que je fais ?
- Eh bien ralentis.
- Je ne peux pas ! cracha-t-il avec véhémence.
Une autre qu'elle aurait abandonnée. Surtout lorsqu'il avait ce regard là. Mais non, il n'en était pas question.
- Que tu sois surmené, épuisé, je le comprends. Mais jusqu'ici, ça ne t'a jamais empêché d'être un minimum…
Elle hésita à poursuivre. Comment lui expliquer qu'elle avait besoin de son contact à défaut de parler. Qu'elle avait un besoin vital de le sentir contre elle.
Mais il avait parfaitement saisi, et c'est pour ça qu'il se montrait si agressif. Voilà près de trois semaines qu'il s'évertuait à la garder loin de lui, à ne pas la toucher, à ne pas la regarder... Parce que la regarder... si belle, si désespérément attirante était une torture abominable.
Non ! Il perdrait forcément la raison. Lui faire l'amour alors qu'il essayait par tous les moyens de la faire partir d'elle-même... S'il la touchait de nouveau... jamais il ne pourrait supporter son départ.
Mais voilà... La nuit, elle se collait à lui et chacune de ses caresses le mettait au supplice. Le moindre de ses gestes, le moindre contact le rendait fou. Il la repoussait mais elle revenait encore et encore. Toujours aussi patiente... toujours aussi aimante. Si elle s'était montrée un tant soit peu boudeuse ou caractérielle, cela lui aurait semblé plus facile... Mais non. Bien au contraire. Jamais elle ne s'énervait. Elle continuait de l'entourer d'affection, s'occupant patiemment de lui lorsqu'il rentrait ivre mort... sans se plaindre. Et même maintenant, debout devant lui, elle ne se plaignait pas. Elle cherchait juste à comprendre. Et à défaut de comprendre, elle désirait juste un peu de tendresse.
- Jack... murmura-t-elle, la main toujours posée sur son coeur, le rendant fou par ce simple geste, par cette voix si douce, par son visage si proche. Tu n'as plus envie de moi ?
Il la repoussa aussitôt, cachant sa respiration hachée derrière une rage à peine contenue.
- Je passe mes journées à bosser comme un fou et quand je rentre c'est pour entendre ces conneries.
Elle blêmit violemment. Il la regarda se détourner légèrement, cherchant à cacher des larmes qui menaçaient déjà de couler sur ses joues pâles et les yeux de Jack glissèrent sur elle sans qu'il ne parvienne à se retenir. Elle portait un négligé de satin crème sur une courte nuisette dévoilant ses jambes interminables. Les mains serrées nerveusement sur sa poitrine, elle semblait si perdue... et si désespérément désirable.
L'envie d'elle, de la posséder lui arracha un gémissement de douleur. Il la voulait à en mourir.
Dans un suprême effort, il parvint à se protéger. A sauvegarder ces trois semaines d'efforts et de souffrance par ces mots cruels :
- En fait, c'est ça... Tout ce qui te manque, c'est juste le sexe !
Elle se retourna vers lui avec incrédulité mais n'eut pas le loisir de répondre. Il était déjà sur elle, ses lèvres sur les siennes, ses mains avides sur son corps. Passé le moment de surprise de cette attaque imprévue, Sam tenta de le repousser mais il emprisonna les poignets de la jeune femme dans ses paumes et de son poids la força à reculer. Elle retint un gémissement de douleur lorsque ses cuisses percutèrent le bureau et ne retrouva sa liberté qu'un court instant, le temps pour Jack de balayer d'un revers de la main les livres posés sur le meuble.
- Arrê... commença-t-elle avant d'être de nouveau bâillonnée par ses lèvres.
Elle sentit ses mains nerveuses glisser sous le négligé, écartant les pans du vêtement avec impatience et empoigner ses hanches, la soulevant afin de l'asseoir sur le bureau. Elle tenta de nouveau de le repousser mais cette fois-ci plus faiblement. Son corps était pris de violents frissons et bien que sa raison lui dictait de se rebeller contre des manières si humiliantes, le désir enflait inexorablement en elle.
Les lèvres de Jack continuaient inlassablement de jouer avec les siennes, cherchant à éveiller le corps de la jeune femme. La sentant s'amollir contre lui, sa langue força le barrage de ses dents, et lorsqu'elle répondit enfin à ses baisers, il gémit contre sa bouche.
D'un geste fébrile, il remonta la nuisette sur ses cuisses nues et ôta sans plus attendre sa culotte.
- Jack... ? voulut-elle intervenir mais il la bâillonna de nouveau, l'embrassant avec toujours plus de passion, étouffant ses plaintes de ses lèvres avides.
Grisée par son désir, elle se laissa enfin aller, rendant caresse pour caresse, baiser pour baiser. Elle entendit dans un état second le bruit d'une ceinture qu'on défait, puis celui d'une fermeture éclair et quelques secondes plus tard, il était en elle, la prenant avec une rage désespérée.
Il gémit contre son corps, inlassablement, l'embrassant à perdre haleine. Il avait envie de hurler son nom, de crier qu'il l'aimait à en mourir, qu'il ne pouvait pas vivre sans elle... mais il se tut. Sa raison, toujours. Malgré la folie de cet instant, elle était toujours là. Inexorablement. Et lorsqu'une vague de plaisir déferla enfin en lui, il serra passionnément la jeune femme, partagé entre la jouissance et la souffrance de cet amour impossible.
Quelques courtes minutes plus tard, il la tenait toujours contre lui, attendant que son coeur retrouve un rythme plus lent. Il ne savait même pas si elle avait pris du plaisir. Sur le moment, seul la nécessité d'atténuer sa douleur avait eu de l'importance. Mais la caresse douce et lancinante de sa main légère dans ses cheveux le rassura un peu.
Et pourtant...
Il finit par se redresser, évitant soigneusement de la regarder et rajusta son pantalon sans un mot avant de se diriger vers leur chambre. Dos à l'entrée, il percevait parfaitement l'intensité de son regard tandis qu'il ôtait ses vêtements. Finalement, il l'entendit rejoindre la salle de bain et ce court instant de solitude lui permit de souffler un peu.
Baissant la tête, il s'assit lourdement sur le lit et prit son visage entre ses mains tremblantes. Il aurait pu lui dire que tout était fini entre eux. Il aurait pu cesser cette mascarade uniquement destinée à brouiller les pistes, afin qu'elle ne se doute pas de la supercherie par une rupture trop rapide et sans aucune raison valable. Trois semaines, c'était peu mais suffisant… Et pourtant, lorsqu'il avait cru qu'elle en avait assez, qu'elle abandonnait, une peur panique lui avait broyé le cœur.
Il n'était pas prêt. Pas encore. Il n'était pas prêt à vivre sans elle.
Mais maintenant… Il fallait qu'elle parte. Vite. Car même si sa présence lui était vitale, jamais il ne parviendrait à garder le contrôle de ses émotions encore très longtemps... Pas après ce qui venait de se passer.
Sentant le retour proche de la jeune femme, il s'allongea sur le lit, sachant parfaitement qu'il ne parviendrait jamais à trouver le sommeil. Quelques secondes plus tard, Sam vint le rejoindre et se glissa à ses côtés, encerclant son dos de ses bras hésitants.
Mais il ne fit aucun geste.
A SUIVRE…
