Merci à Audearde (contente que ça te plaise toujours :-) ) et Ellana-san (voilà la suite !).

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Après son départ le lendemain matin, Sam resta allongée, les yeux grands ouverts, le cœur plus lourd que jamais.

Elle ne comprenait pas. Elle était incapable d'expliquer le comportement de Jack la veille au soir et incapable de se pardonner sa docilité. Elle aurait voulu redresser la tête, se révolter mais la terreur de le perdre, de dire quelque chose qui pouvait tout détruire l'en empêchait. Mais combien de temps encore pourrait-elle supporter un tel traitement ? L'humiliation, la douleur la faisait suffoquer.

Mais c'était sa faute…Elle avait été trahie par son propre corps, par les émotions inexprimables qu'il faisait naître en elle. Une caresse et elle se liquéfiait sur place. Un baiser et elle oubliait les trois semaines d'enfer qu'il venait de lui faire vivre.

Comment pouvait-elle être aussi faible ?

Comment ?

Un gémissement, presque un sanglot, s'échappa de ses lèvres.

Elle était dépendante. Totalement dépendante de lui. Sa raison, sa fierté n'étaient rien face à ses sentiments. Il lui était aussi nécessaire que l'air qu'elle respirait. Le besoin de lui, de l'entendre, de le voir, de le sentir, étaient bien plus fort que la logique et tout élément rationnel.

Depuis la mort de sa mère, elle s'était pourtant toujours refusée à laisser ses émotions prendre le dessus. C'était en partie pour cela qu'elle était parvenue à rester à ses côtés sans flancher, malgré ses sentiments, malgré le désir qu'il suscitait en elle.

Quelle naïveté d'avoir cru qu'il en était encore de même maintenant, qu'elle était encore capable de gérer sa vie aussi aisément. Non... pas après avoir partagé une telle intimité, pas après avoir eu un aperçu d'une vie avec lui.

Mais il ne s'était écoulé que trois semaines et déjà les deux mois parfaits qu'ils avaient vécus ensemble disparaissaient peu à peu de ses souvenirs. Ses sourires, ses regards amoureux semblaient s'estomper inexorablement malgré ses efforts pour les garder en elle, pour ne rien oublier. Elle se raccrochait désespérément à ces petits instants, tout en sachant que le contraste entre son affection d'alors et la froideur de ces dernières semaines ne lui seraient que plus cruels. Mais elle ne pouvait se résoudre à voir disparaître ces moments parfaits.

Car parfaits, ils étaient. De cela, elle se souvenait parfaitement.

C'était d'ailleurs sa seule certitude.

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La journée s'écoula comme les autres, toujours aussi silencieuse. Pas un appel de Jack. Rien.

Il était déjà près de vingt et une heures et la jeune femme se morfondait chez elle lorsque le téléphone sonna. Elle laissa le répondeur prendre la communication, l'oreille tendue :

Un soupir agacé se fit entendre et son coeur se serra.

- C'est encore une fois Daniel... ça fait trois semaines qu'on n'a pas de nouvelles ! Je vous jure que si vous ne nous rappelez pas, on prend le prochain avion et on débarque à Washin...
- C'est moi, finit par répondre la jeune femme, le combiné dans sa main crispée.
- … Ah ! Enfin ! Bon sang mais où étiez-vous passé ? J'ai eu beau tenté de joindre Jack tous les jours, il a refusé tous mes appels ! Il y a un problème ?
- ... Du tout. On a juste beaucoup de travail, ici.

Mais sa voix faussement enjouée résonna étrangement à son oreille. Jamais ils ne se laisseraient berner. Et en effet, la réponse ne se fit pas attendre.

- Seriez-vous souffrante, Samantha Carter ?

La jeune femme sentit confusément ses yeux s'embuer mais elle se força à retrouver un semblant de calme. Le haut-parleur était visiblement enclenché et elle n'avait pas très envie que toute la base soit au courant de ses problèmes.

- Je ne suis pas malade, Teal'c... Vous êtes au SGC, là ?
- Non, on est chez moi, répondit Daniel. Vous pouvez parler sans crainte.

De nouveau elle se contraint à rire.

- Mais je vous dis que tout va bien... Des soucis, c'est vrai. Mais qui n'en a pas ?
- A d'autres, Sam. Ça fait trois semaines qu'on essaie de vous joindre et rien. C'est Jack ? Il lui est arrivé quelque chose ?

Comme elle hésitait, la voix inquiète du jeune homme retentit.

- Sam ?
- Non, il va bien. Enfin... Il est distant en ce moment. Et je ne sais pas pourquoi.

Un court silence se fit et elle les imagina se concerter du regard.

- O'Neill doit supporter une forte pression depuis quelque temps, finit par déclarer Teal'c d'une voix atone.
- Oui, surtout avec les problèmes qu'on a ici, au SG...
- Ce que Daniel Jackson veut dire, le coupa le Jaffa, désireux de ne pas s'étendre sur le besoin évident qu'ils avaient tous de Sam, c'est qu'il vous suffit de vous armer de patience.
- Euh... c'est vrai, renchérit le jeune homme aussitôt, conscient de sa bévue. Vous connaissez Jack, lorsqu'il a un souci, il n'en parle jamais à personne et préfère se dépatouiller tout seul. C'est juste un mauvais moment à passer.

Sam écouta ses amis tenter de la rassurer mais ils n'étaient pas au courant de tout. Il y avait des limites à la distance, au comportement qu'on pouvait adopter vis à vis d'une personne. Ils ne se doutaient absolument pas de ce que Jack lui faisait subir. Et il valait mieux qu'ils ne le sachent jamais. Daniel appellerait de suite son ami pour lui dire sa façon de penser et cela ne ferait qu'envenimer les choses.

- Je sais, répondit-elle donc. Je prends mon mal en patience. Ce n'est pas bien grave de toute façon…

La discussion finit par dévier à l'initiative de la jeune femme et quelques minutes plus tard, elle raccrocha.

Etrangement, cette courte conversation lui avait fait du bien. Jack devait en effet gérer beaucoup de choses et passait certainement par un moment difficile. Elle devait s'armer de patience. Tout allait revenir à la normale. Trois semaines après tout, ce n'était rien... Trois semaines dans une vie.

Mais lorsque le claquement sourd de la porte d'entrée se fit entendre, Sam ne put empêcher son cœur de se serrer de nouveau. Le réveil affichait près de deux heures du matin. L'oreille dressée, elle l'entendit pénétrer dans la chambre et ôter ses vêtements le plus silencieusement possible avant de se glisser dans leur lit.

Et elle attendit. Le cœur tambourinant dans sa poitrine. Elle ne savait pas quoi, exactement. Il la croyait certainement endormie. Que devait-elle faire ? Un geste vers lui ? Encore un qu'il repousserait aussitôt.

La scène de la veille lui revint à l'esprit. Ses mots durs prononcés pour la blesser. Comment pouvait-il croire que seul le sexe lui manquait ? Comment pouvait-il seulement le lui dire… ? Elle avait juste besoin d'avoir quelque chose de lui. Parler aurait suffit. Mais comme il s'y refusait obstinément, le sentir contre elle, c'est tout ce qu'elle demandait. Juste être dans ses bras.

Après la scène de la veille, elle s'était sentie tellement humiliée par leur étreinte. Avait-il fait cela uniquement par obligation ? Simplement parce qu'il avait pris ses propos comme des reproches ?

Non… Non, il n'avait pas simulé. Il la désirait vraiment.

Au souvenir de ses caresses fiévreuses, son assurance lui revint peu à peu.

Elle se retourna donc doucement et se rapprocha de Jack. Il lui tournait le dos, comme toutes les nuits depuis trois semaines. Lorsque ses mains frôlèrent ses muscles tendus, elle le sentit se raidir mais elle n'en tint pas compte et encercla son torse de ses bras.

Elle voulait juste le sentir. Juste une étreinte paisible.

Les paupières closes, elle se rapprocha un peu plus et se blottit contre lui. Ils restèrent ainsi quelques longues secondes immobiles jusqu'à ce que Sam sente une caresse légère sur sa main.

Elle retint aussitôt son souffle, le ventre noué.

Allait-il la repousser ? Allait-il l'obliger à s'éloigner… ?

Mais non… D 'abord hésitants, ses doigts glissèrent sur son poignet puis remontèrent sur son avant-bras. Bouleversée, elle se blottit un peu plus contre lui et posa ses lèvres sur sa nuque, fermant les yeux de plaisir.

Il ne lui en fallait pas plus. Juste un effleurement de lui.

Et lorsqu'il se retourna pour lui faire face, lorsqu'il prit ses lèvres avec fièvre, elle avait déjà oublié tout le reste. Plus rien n'avait d'importance. Seuls comptaient ses mains sur son corps, ses gémissements à son oreille, la passion désespérée de leur étreinte.

Qu'importaient ces trois semaines quand il la serrait ainsi dans ses bras ?

- Jack…

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Mais voilà… rien ne changea. Toujours la même froideur pendant la journée. Toujours le même silence… Et peu à peu, Sam abandonna.

Le besoin qu'ils avaient l'un de l'autre se faisait pourtant de plus en plus fort, si bien que malgré cette distance, malgré ce fossé qui les séparait, chaque nuit ils faisaient l'amour. Peu importait qui prenait l'initiative. Si ce n'était pas lui, c'était elle et inversement.

Mais la journée… ils ne se parlaient tout simplement plus.

Jack attendait. Il attendait qu'elle ne puisse plus supporter cette situation. Il attendait qu'elle renonce. Il savourait chaque instant dans ses bras et lui faisait l'amour avec une passion constante. Il avait parfaitement conscience qu'en faisant cela, il retardait l'inévitable mais sa raison l'avait depuis longtemps abandonné.

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Plusieurs semaines s'écoulèrent puis un soir, lorsqu'il franchit le seuil et la découvrit au milieu du salon, le regard tremblant mais décidé, il sut que c'était terminé. Tout allait prendre fin, maintenant. Faisant quelques pas dans la pièce, il ôta machinalement sa veste et la déposa sur le canapé, cherchant par tous les moyens, en lui tournant ainsi le dos, à se composer un masque. A se préparer à ce qui allait suivre.

Lorsqu'il se sentit prêt, il se tourna vers elle et attendit.

- Il faut qu'on parle, dit-elle d'une voix tendue. C'est important. Je sais que tu ne veux pas mais j'en ai besoin… Il faut que…
- Je suis désolé, la coupa-t-il, enfonçant ses mains dans ses poches afin d'en cacher les tremblements. Tu as raison, il faut qu'on parle.

La froideur de son ton eut l'effet escompté. Une lueur d'inquiétude traversa le regard limpide de la jeune femme et Jack, troublé, comprit à cet instant précis qu'elle n'était pas là pour le quitter, non… mais encore une fois pour arranger les choses. Comment pouvait-elle vouloir rester après tout ce qu'il lui faisait subir. L'aimait-elle donc à ce point-là ?

Les mains serrées dans ses poches, il se détourna et s'éloigna quelques instants pour rejoindre la cuisine, à l'abri de ses yeux scrutateurs. Machinalement, il ouvrit le réfrigérateur et prit une bière. Il lui fallait encore quelques secondes. Quelques secondes pour renoncer définitivement. Pour lui asséner ce qu'il n'avait pas pu lui dire lors de leur première dispute. Il fallait que ça se termine maintenant, car jamais il ne pourrait tenir une journée de plus.

Après un court moment de lutte intérieure, il revint dans le salon et s'arrêta devant elle.

Elle n'avait pas bougé d'un millimètre.

- Je ne sais pas quoi dire, Sam, finit-il par soupirer. J'ai essayé. J'ai vraiment essayé mais ça ne marche pas. Ça ne peut pas marcher entre nous.

Il s'arrêta un instant, la gorge trop nouée pour continuer.

Elle avait blêmit si violemment qu'il avait craint un évanouissement. Il s'était juré de la regarder droit dans les yeux en lui parlant, simplement parce qu'il ne voulait pas qu'elle lui demande de répéter. Jamais il n'aurait pu. Jamais il n'en aurait eu la force.

- … Pourquoi ? souffla-t-elle d'un voix tremblante.
- … Sam… Je ne veux pas que tu penses que je me suis moqué de toi. Tu compteras toujours pour moi…
- Pourquoi ?! répéta-t-elle avec plus de hargne, coupant ses explications inutiles.

Voilà… C'était là, le moment le plus difficile. Il se mordit la lèvre, se contraignant à ne pas la quitter des yeux.

- Je croyais avoir des sentiments particuliers pour toi mais… j'ai réalisé que je m'étais trompé...

Il la vit tressaillir et l'incrédulité passer dans son regard. A juste titre, vue la façon dont il lui faisait l'amour toutes les nuits.

- … Je ne peux pas nier avoir du désir, c'est vrai, mais… il manque ce quelque chose qui rendait notre relation différente.

Il se tut, lui laissant le temps d'assimiler et de comprendre où il voulait en venir.

- … L'interdit… bredouilla-t-elle tandis que ses yeux se voilaient.

Il la vit se détourner, tenter avec courage de réfréner ses larmes. Sa respiration s'était faite anarchique et un désespoir innommable se lisait sur son visage d'une pâleur inquiétante.

Il était en train de la détruire. Et de se détruire avec.

- Sam, je suis sincèrement désolé. Nous sommes beaucoup trop différents. Je tiens beaucoup à toi mais…

Comme il hésitait, elle se retourna vers lui, les lèvres tremblantes.

- …Mais je n'ai jamais été qu'un fantasme… continua-t-elle à sa place. C'est ça…

Un fantasme… Non ! Bien sûr que non.

- Oui.

Il la regarda accuser le coup avec une force si caractéristique, elle, prête à tout pour le garder. Mais il savait qu'il venait de lui opposer la seule chose contre laquelle elle n'avait aucun recours.

On ne pouvait forcer une personne à vous aimer.

Il la vit se débattre, lutter courageusement contre les larmes qui menaçaient de couler et il lui en fut secrètement reconnaissant. La voir pleurer aurait été au-dessus de ses forces.

Les doigts crispés sur sa bière intacte, il retint son souffle et elle se détourna enfin. Immobile, le cœur glacé, il la regarda prendre ses clefs et sortir de l'appartement sans un mot. La porte se referma doucement derrière elle.

Ce qui le poussa à la suivre aurait pu être sa raison. La crainte qu'il lui arrive quelque chose, tant elle semblait bouleversée. Mais une autre partie de lui le dominait. Une voix qui lui soufflait qu'il n'était pas encore trop tard, qu'il pouvait encore tout arranger. Il lui suffisait de la rejoindre et de la serrer dans ses bras. De lui dire qu'il lui avait menti, que toutes ces semaines n'avaient été qu'un cauchemar et que jamais, ô grand jamais, elle n'avait été qu'un fantasme pour lui. Comment pouvait-elle croire un seul instant une telle aberration ?

Alors il la suivit dans les rues sombres de la ville. Elle dansait devant ses yeux, sa silhouette rendue si fragile par ce désespoir qui se dégageait du moindre de ses gestes. Elle ne semblait pas avoir de but précis, elle marchait au hasard, perdue.

Brisée.

Ils passèrent ainsi leur dernière soirée ensemble.

Lorsqu'elle reprit le chemin du retour plusieurs heures plus tard, il sentit à son pas plus ferme qu'elle venait de prendre une décision. L'espace d'un instant de pure déraison, il espéra, il pria qu'elle ait choisi de ne pas renoncer, de continuer. Mais il se fustigea aussitôt d'avoir de telles pensées. Après ce qu'il venait de lui dire, elle n'avait plus rien à escompter.

La devançant, il entra en premier dans l'appartement et se coucha rapidement. Elle le rejoignit quelques minutes plus tard en silence.

L'espoir, malgré ce qu'on en dit, est un sentiment tenace. Il attendit donc, il alla même jusqu'à supplier intérieurement mais elle ne bougea pas et resta de son côté.

Il passa la nuit sans dormir, torturé entre sa raison et ses sentiments. Jamais bataille n'avait été livrée avec un tel acharnement. Car la raison était forte chez lui. C'était elle qui avait dominé toute sa vie. Mais ses sentiments pour elle… Son amour.

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Le jour se levait à peine lorsqu'il la sentit se glisser hors du lit. Il écouta le son familier de ses préparatifs et quelques minutes plus tard, elle était partie.

Lorsqu'il arriva au Home World Security, il vérifia de suite qu'elle se trouvait bien à son poste et en effet, elle était là. Dans son labo.

Il passa la journée dans un état second, l'incertitude le prenant à la gorge. Afin de la sortir de son esprit, il se plongea dans le travail avec une application particulière mais rien n'y faisait. Elle emplissait totalement ses pensées.

Lorsque sa montre afficha 22 heures, après un long combat pour résister, il finit par se lever et quitta son bureau.

Il devait savoir. Il le fallait.

C'est donc d'une main fébrile qu'il introduisit la clé dans la serrure de la porte et ouvrit celle-ci. Mais à peine venait-il de faire un pas qu'il se figeait sur le seuil.

La petite lampe… Celle qui l'accueillait de sa lumière tamisée et chaleureuse était éteinte. Le ventre noué, il referma la porte et l'alluma lui-même avant de se diriger d'un pas hésitant jusqu'à leur chambre.
Les placards avaient été vidés de ses affaires.
Elle était partie.

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Le lendemain matin, lorsque Jack pénétra dans son bureau, la première chose qu'il vit fut une enveloppe placée en évidence sur le meuble. Il resta immobile quelques secondes puis s'approcha avec appréhension. Il reconnut de suite l'écriture.

Les mains tremblantes, il la décacheta, devinant déjà son contenu.

« Demande de mutation »

Le Docteur Carter désirait retourner au SGC.

Jack contempla la lettre de longues minutes puis, la mort dans l'âme, il se saisit de son stylo et signa.

Voilà… C'était terminé.

Fin de la 1ère partie

A SUIVRE…

Une review:-)