Merci à Ellana-san, audearde et ALittleSeaStar pour vos reviews! Je poste la suite rapidement pour me faire pardonner de l'attente précédente J'espère que ça vous plaira!
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O'Neill pénétra dans le salon ovale d'un pas conquérant et Hayes fronça les sourcils devant cette soudaine assurance. Se levant pourtant il sera la main de son invité et tous deux s'assirent l'un en face de l'autre.
- Eh bien, Jack ? Vous avez demandé à me voir de toute urgence ?
- En effet. Il s'agit du Docteur Carter.
- Oui, ça je l'avais deviné. Et je sais aussi ce que vous vous apprêtez à me dire. Mais il est hors de question que je vous laisse y aller. Aucun homme ne retournera sur cette planète sans l'assurance d'un retour possible. On lui envoie le nécessaire et maligne comme elle est, elle saura se débrouiller.
Jack serra les poings, furieux. Il répondit cependant de façon posée.
- Elle risque d'avoir besoin d'aide. Vous avez dit vous-même qu'elle était irremplaçable… Nous n'aurons qu'une occasion d'ouvrir un vortex dans le mois puisque qu'à peine la Porte activée grâce au ZPM d'Atlantis, il faudra le leur rendre. Les Wraiths se font de plus en plus agressifs. L'équipe du Docteur Weir risquerait gros sans défense.
Comme Hayes soupirait, Jack poursuivit.
- Une seule chance dans le mois, Monsieur le Président ! Il peut s'en passer des choses sur une planète inconnue !
Il en savait quelque chose.
Sentant son interlocuteur réfléchir avec attention, il jeta sa dernière carte.
- Et il y a beaucoup de Naquada là-bas. Pendant que Carter s'occuperait de faire remarcher la Porte, je pourrais me charger d'en extraire.
- Vous ? s'exclama le Président, incrédule.
- Moi, acquiesça Jack avec une fermeté qui ne pouvait plaire à son interlocuteur.
Mais quelle importance ? Il ne supportait plus d'attendre son retour sans bouger le petit doigt. Il ne supportait plus d'être tenu dans l'ignorance.
Il ne supportait plus de ne plus la voir.
Hayes se leva, fit quelques pas dans la pièce, le regard sombre. Jack savait qu'il estimait sa présence à la tête du Home World Security comme indispensable. Accepter de le laisser partir pouvait engendrer la perte de deux personnes de valeurs au lieu d'une seule. Et le Président ne tarda pas à jeter cet argument sur le tapis. SG1 pouvait très bien se charger de récupérer le Colonel Carter. Mais Jack se montra inébranlable. S'il ne passait pas seul la Porte, il démissionnerait de ses fonctions. Le Président rechigna un temps mais Jack sentit peu à peu sa détermination faiblir.
- Très bien, finit par maugréer Hayes. Vous avez mon accord.
O'Neill se leva à son tour, un sourire satisfait sur les lèvres.
- Merci, Monsieur le Président.
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Malgré les recherches incessantes du Lieutenant Hailey, l'origine de la surcharge ne put livrer ses secrets et tous durent attendre l'appel mensuel d'Atlantis pour avoir un semblant d'espoir.
Jack arriva au SGC le jour même. Daniel et Teal'c quelque peu surpris furent cependant soulagés de le voir sur place. Mais moins lorsqu'ils apprirent qu'il partirait seul, sans eux.
- Vous plaisantez ! On vient avec vous !
- Hors de question, répondit-il froidement en salle de Briefing, le regard rivé sur la Porte des Etoiles attendant fébrilement qu'elle s'active enfin.
Comme celle-ci restait obstinément fermée, Jack se retourna vers ses amis.
- Il y a un trop grand risque. On a besoin de vous ici.
- Mais et vous, O'Neill ? demanda le Jaffa.
- On se débrouillera. Avec mes muscles et sa tête, ça devrait aller, répondit-il un sourire au coin des lèvres pour détendre l'atmosphère pesante.
- Sauf votre respect, Jack, il vaudrait mieux envoyer Teal'c… se permit Daniel, avec une pointe d'inconscience.
Mais le sourire de Jack s'accentua au contraire.
Se retrouver ici avec son ancienne équipe, se chamailler avec Daniel, et l'idée de revoir Sam… Il se sentait plus excité que jamais, même si l'inquiétude persistait.
Mais il allait la revoir. Si tout se passait bien, dans quelques heures tout au plus, il serait avec elle… Après tout, ce n'était pas la première fois qu'elle restait seule pendant deux semaines sur une planète… et selon les dires de Mitchell, Daniel et Teal'c, elle ne risquait rien. Alors…
Le bruit sourd de la Porte se fit brusquement entendre et Jack se retourna tandis que les chevrons s'enclenchaient un à un. L'alarme retentit et les quatre hommes s'élancèrent dans l'escalier pour rejoindre la salle de commande.
Landry arriva quelques secondes plus tard, au moment où l'iris se refermait sur l'ordre d'O'Neill.
- Un signal ?
- C'est Atlantis, Monsieur.
- Ouvrez l'iris et activez le micro.
Quelques secondes plus tard une voix retentit dans la salle.
- Ici le Docteur Weir, me recevez-vous, Général ?
- Parfaitement Docteur, répondit Landry. Est-ce que tout va bien sur Atlantis ?
- Tout va pour le mieux. Nous vous envoyons la totalité de nos rapports du mois.
Comme pour confirmer ses dires, Harriman acquiesça, tapotant sur son clavier.
- Nous venons de les recevoir, Monsieur.
- Parfait, Docteur. Je me trouve en ce moment même avec le Général O'Neill. Il a une requête à vous soumettre.
Au mot « requête » tous se concertèrent du regard mais personne ne pipa mot.
- Bonjour Général, le salua Elisabeth, un sourire dans la voix.
- Bonjour Docteur, répondit Jack, sur le même ton. Content que tout se passe bien sur Atlantis. Pas de regrets d'être partie ?
- Aucun ! lâcha-t-elle de suite, faisant sourire les personnes présentes par sa précipitation.
Daniel laissa échapper un soupir de frustration ce qui lui valut aussitôt un coup d'œil amusé du Jaffa.
- Parfait… En fait, je suis au SGC pour vous demander un service. Nous aurions besoin de votre ZPM.
Devant le silence pesant qui s'en suivit, Jack rajouta :
- Pour une petite heure tout au plus, Docteur.
- Une heure ?
- Pas davantage.
- Ça signifie que pendant une heure, nous n'aurons plus de défenses, plus aucun moyen d'utiliser quoique ce soit ici…
- Je sais tout cela. Une heure, c'est tout ce que je veux.
L'utilisation du « je veux » eut raison de Weir.
- Bien sûr Général. Je vous envoie tout de suite le Colonel Sheppard avec le ZPM.
- Merci. Terminé.
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Quelques minutes plus tard, le vortex se refermait sur le Lieutenant Colonel John Sheppard.
Juste après l'entretien avec le Docteur Weir, Jack était parti se changer et accueillit le jeune homme en tenue d'assaut, son P90 dans la main.
- Un problème, Mon Général ?
- Je vais juste aller récupérer le Docteur Carter qui s'est perdue en chemin, répliqua O'Neill en indiquant à Sheppard de donner le précieux ZPM à Siler.
- Ah ! Moi qui avais un message pour elle de McKay.
Jack haussa un sourcil circonspect mais John leva une main molle, se raclant la gorge.
- Laissez tomber...
A cet instant, un MALP pénétra dans la salle et l'anneau majestueux de la Porte des Etoiles se mit en branle.
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Sam soupira et s'effondra à côté du DHD. Assise en tailleur, l'engin ouvert devant elle, la jeune femme dut se résoudre à abandonner. Elle avait découvert l'origine du problème mais sans outils, sans rien… impossible d'y remédier. Et toujours pas de nouvelles du SGC. Mais elle ne devait pas désespérer. C'était aujourd'hui qu'Atlantis devait les contacter. Et si tout allait bien, c'était aujourd'hui que la Porte s'ouvrirait.
Comme pour confirmer ses dires, le bruit familier des chevrons enclenchés se fit entendre. Sam se leva aussitôt, le cœur cognant dans sa poitrine. La main sur son P90 par réflexe, elle s'éloigna un peu afin de se mettre à couvert.
Une fois le vortex formé, un MALP en sortit et Sam s'élança vers lui avec soulagement. Se positionnant devant la caméra, elle attendit quelques secondes et la voix de Landry lui parvint distinctement.
- Docteur Carter, me recevez-vous ?
La jeune femme acquiesça de suite.
- Affirmatif, Général.
- Content de l'apprendre. Que s'est-il passé ?
- Un disfonctionnement dû visiblement à des surchauffes récurrentes.
- Pouvez-vous y remédier ?
- Absolument, j'ai juste besoin de quelques outils qui se trouvent dans mon labo.
- Ça prendra longtemps ?
- Quelques jours, je le crains.
- Très bien. Le Lieutenant Hailey est avec moi. Donnez lui la liste de tout ce qu'il vous faut.
- Merci Monsieur.
Après s'être exécutée, elle fouilla dans la petite remorque attachée au MALP et y trouva quelques kits de survie et surtout de la nourriture. Beaucoup de nourriture… Elle ne comptait pas rester aussi longtemps sur cette planète... Enfin… Mieux valait trop que pas assez.
Elle sourit en y découvrant un plat chaud avec un petit mot de la part de SG1.
« Après deux semaines de ration, on a pensé que ça vous ferait du bien ! Revenez vite ! »
Elle lança un regard entendu à la caméra. Elle devinait facilement ses trois coéquipiers derrière l'écran, en train de la regarder.
- Merci les gars… murmura-t-elle avant d'entamer son repas avec appétit.
- On aimerait bien vous rejoindre, répondit Daniel.
- Le premier que je vois débarquer, je lui botte les fesses ! s'exclama-t-elle entre deux bouchées.
La remarque fit rire les trois hommes mais certainement pas pour la même raison… Ils discutèrent encore quelques minutes de tout et de rien et Sam s'épongea le front, regardant avec appréhension le ciel. Elle posa sa coupelle vide et se tourna vers la caméra.
- Pourriez-vous m'envoyer aussi quelques bidons d'eau supplémentaires ?
- Bien sûr… mais pour quoi faire?
- Une intuition. La température a pas mal augmenté en deux semaines.
- Très bien ! On rajoute ça à la liste. Tout est bientôt prêt.
Sam acquiesça et guida le MALP en contrebas afin de laisser de la place au second engin contenant son matériel de recherche. Lorsqu'elle revint près de la Porte, elle regarda sa montre en fronçant les sourcils et empoigna sa radio :
- Plus que cinq minutes avant la fermeture du vortex.
- C'est prêt, Docteur, répondit le Général Landry.
Elle s'écarta donc et quelques secondes plus tard, un module de transport fit son apparition. Sam mit un genou à terre et se pencha aussitôt pour en vérifier le contenu. Elle voulait être certaine d'avoir tout le nécessaire et fut surprise de découvrir parmi ses affaires du matériel d'extraction.
- Vous avez tout ce qu'il vous faut ? demanda Landry
- Oui, Général…
- Très bien. Bonne chance, Docteur.
Indifférente à La Porte se refermant dans un bruit familier, Sam, la tête toujours penchée sur ses affaires, fouillait sans vergogne le module.
- Qu'est-ce que ça vient faire là, tout ça ? maugréa-t-elle, un brin perplexe.
C'est à cet instant qu'un pied puis un second entrèrent dans son champ de vision. Incrédule, elle redressa lentement la tête, remontant le long des jambes de l'inconnu mais se figeant sur la main posée en évidence sur un P90.
Cette main… Elle ne la connaissait que trop bien. Elle avait passé près de huit années à l'observer en cachette, rêvant d'en connaître la douceur et la caresse.
Sentant une boule se former dans sa gorge, elle se contraignit à lever les yeux plus en hauteur et rencontra le regard brun et chaud de son ancien amant.
- Alors Carter ? Prête à me botter les fesses ?
Sa voix grave résonna étrangement dans son cerveau. Et son sourire en coin, son regard, son visage, lui… la firent presque suffoquer. Le chambardement dû à cette présence ô combien inattendue la bouleversa si bien que, devant sa soudaine pâleur, il fronça les sourcils, inquiet.
- Sam ?
Au prix d'un terrible effort, elle retrouva ses esprits et se redressa vivement.
- Qu'est-ce que tu fais là ? bredouilla-t-elle en reculant.
- Je suis venu te chercher.
Incapable de parler, elle le fixa un moment, encore abasourdie, puis finit par se détourner.
Elle n'allait pas rester là comme une idiote à l'observer la bouche grande ouverte. Mais il lui fallait un peu de temps, juste un peu de temps pour se remettre du choc. Le voir… lui était plus douloureux qu'elle ne l'aurait cru. A croire que ces six mois passés loin de lui n'avaient eu aucun effet…
Maudits soient Teal'c et Daniel ! Ils auraient pu la prévenir !
Elle s'éloigna un peu plus et Jack la laissa tranquille, appréciant sa présence à elle, même si ce n'était pas réciproque. Il patienta quelques minutes, l'observant de loin avec délectation. Elle avait maigri, certes mais était toujours aussi belle. Ses cheveux étaient de nouveau coupés à la garçonne malgré son désir de les laisser pousser après avoir quitté l'armée. Et il préférait autant en fait. Le contraste entre sa féminité parfaite et ce petit côté rebelle lui avait toujours plu. Le besoin de la prendre dans ses bras, de la serrer contre lui le prit brusquement à la gorge mais il se réfréna aussitôt. Il n'était pas là pour ça et se mettre de telles idées dans la tête risquaient fort, soit de le faire déraper, soit de le torturer un peu plus encore.
Finalement, au bout de quelques secondes, elle se retourna et se rapprocha de lui d'un pas lourd.
- Je n'ai pas besoin de toi ! s'exclama-t-elle, le doigt pointé vers lui.
- Je sais mais va falloir me supporter. Je suis bloqué ici, que tu le veuilles ou non.
- Qu'est-ce qui t'a pris de venir ?
- D'après toi ? répondit-il en soupirant. Sam… Ce qui s'est passé entre nous ne m'empêche pas de tenir à toi.
Au regard douloureux qu'elle lui lança, il se tut et se détourna.
Voilà. Ce qu'il avait désespérément voulu éviter était arrivé. Elle le détestait. Certes, il y avait de quoi mais, le voir… croiser son regard blessé et presque haineux lui était intolérable. Alors que pour lui, pouvoir la regarder, entendre sa voix, passer quelques jours seul avec elle lui semblaient paradisiaques… « elle » ne voulait qu'une chose… qu'il s'en aille.
Mais il est vrai, sa présence ici était purement égoïste. Il avait vu dans cette occasion, non seulement le moyen de faire taire son inquiétude, mais en plus celui de se lier de nouveau à elle… et ce, sans prendre en compte les désirs de la jeune femme.
Mieux valait éviter pour un temps les discussions d'ordre personnel.
- Occupons-nous d'établir un campement. Où t'es-tu installée ?
Il la vit serrer la mâchoire pour se reprendre puis finalement retrouver tout son sang froid.
- En contrebas, dans une des grottes.
- Très bien, allons-y.
La jeune femme passa devant, désireuse de ne pas avoir Jack dans son champ de vision. Sa présence lui était insupportable. Après ces longs mois partagés entre la douleur et ses efforts pour se cacher, le surplus d'émotion qui l'envahissait était difficilement gérable.
C'était lui. Cet homme qu'elle avait attendu pendant plus de huit ans, qui l'avait faite espérer, résister, survivre parfois. Cet homme qu'elle cherchait par tous les moyens à oublier.
Déglutissant avec difficulté, elle tenta vaillamment de se concentrer sur sa respiration pour se calmer, mais le bruit familier de ses pas s'insinuait en elle de façon troublante. C'était un son qu'elle avait toujours trouvé rassurant, un son qu'elle avait appris à aimer.
Mais aujourd'hui, Dieu qu'il lui faisait mal… Si atrocement mal… Il n'y avait plus d'espoir. Il ne restait plus qu'un vide insondable, un manque insupportable qui ne serait jamais comblé. Et cette certitude, en sa présence, n'en était que plus douloureuse.
Gardant obstinément les yeux posés sur le chemin rocailleux, Sam avait pourtant eu le loisir de le regarder, quelques secondes… Il avait maigri. Beaucoup même. Ses traits étaient creusés, son travail ne devait pas être de tout repos. A cette simple idée son cœur se serra mais elle se reprit aussitôt.
Au diable cet homme et sa fatigue ! Quelle importance qu'il se tuât à la tâche ? Grand bien lui fasse !
D'un geste agacé, elle rajusta son arme et l'idée saugrenue de s'en servir contre lui lui traversa l'esprit quelques folles secondes. Que n'aurait-elle voulu être d'une parfaite indifférence… Mais, bien que survivre loin de lui était « tolérable », elle en était encore à trouver insoutenable l'idée de subsister dans un monde où il ne serait plus…
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Sous le pas hâtif de Sam, ils arrivèrent rapidement jusqu'à la grotte. Celle-ci comportait plusieurs cavités et elle avait choisi la plus spacieuse d'entre elles pour établir son campement. L'endroit était sec, relativement propre et la température beaucoup plus agréable qu'à l'extérieur.
- Mitchell m'avait dit qu'il ne dépassait pas les vingt deux degrés sur cette foutue planète…
- En deux semaines, la température a beaucoup augmenté. Nous devons avoisiner les trente cinq à l'ombre.
- J'espère que ça va s'arrêter là…
- J'en doute. Une chaleur extrême et récurrente est selon moi responsable du disfonctionnement de la Porte. Dans les prochains jours, la planète devrait se transformer en une véritable fournaise.
- Génial… On va éviter de s'attarder ici, si tu es d'accord.
Elle lui jeta un coup d'œil agacé.
Evidemment, tout reposait sur elle et monsieur allait se tourner les pouces en attendant. Elle se demandait vraiment pourquoi il était venu jusqu'ici…
Pour elle ?
Comme s'il lisait dans ses pensées, Jack posa ses affaires près de celles de la jeune femme et fouilla à la recherche de sa gourde.
- Pendant que tu répareras la Porte, je m'occuperai d'extraire du Naquada…
Ah… bien sûr… le Naquada. Où avait-elle la tête ?
- … C'est la seule excuse que j'ai trouvée pour qu'ils acceptent de me laisser partir. Heureusement que notre stock est presque vide, maugréa-t-il en se redressant pour boire.
Occupé à se désaltérer, il ne vit pas le trouble que ces paroles eurent sur elle et, la gorge nouée, Sam se détourna.
Comment pouvait-il lui dire ce genre de choses comme si de rien n'était ? Comment pouvait-il sous-entendre qu'il était là pour elle ? Elle ne voulait pas de son amitié ! Elle ne voulait pas de son affection fraternelle ! Elle voulait qu'il parte !
La respiration soudain anarchique, les larmes aux yeux, elle serra les dents et rejoignit l'entrée de la grotte.
- Sam ? l'appela-t-il tandis qu'elle sortait.
Mais elle ne répondit rien et accéléra le pas. Elle voulait mettre le plus de distance possible entre eux. S'éloigner de lui. De l'origine de cette souffrance insupportable. Se retournant quelques secondes de crainte qu'il ne soit juste derrière, elle fut soulagée de constater qu'il ne cherchait pas à la suivre. Jamais elle n'aurait pu garder plus longtemps le peu de sang froid qui lui restait.
Jack la regarda s'éloigner le cœur serré. La détresse de la jeune femme était palpable. La rapidité de ses foulées, la raideur de ses épaules, le serrement de ses poings… tout chez elle la trahissait.
Dans un soupir, il finit par se détourner.
Il allait lui laisser un peu de temps pour s'habituer à sa présence.
Dans un soupir, il empoigna son P90 et partit repérer les lieux. Demain, il commencerait à creuser.
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Lorsqu'il revint au campement, il faisait pratiquement nuit. La jeune femme n'était pas encore arrivée, mais le module de transport était à présent dans la grotte. Elle était donc passée pour mettre la nourriture à l'abri de la chaleur. Jack leva la main pour l'appeler à l'aide de sa radio mais se retint finalement. Dans moins d'une heure, le soleil serait couché, elle serait alors bien obligée d'arrêter de travailler et de venir le rejoindre.
Fouillant le module, il sortit de quoi les nourrir et entreprit de faire la cuisine. Rien de bien compliqué. Les rations étaient d'une extrême simplicité d'utilisation. Un peu d'eau chaude et le tour était joué. S'approchant du foyer qu'elle avait déjà mis en place, il entreprit de rallumer le feu.
Quelques minutes plus tard, le pas sourd de la jeune femme se fit entendre et le cœur de Jack s'emballa furieusement d'excitation. Depuis combien de temps cela ne lui était-il pas arrivé ? Depuis combien de temps ne s'était-il pas senti aussi vivant ? Depuis son départ, seul l'angoisse faisait battre son cœur. L'angoisse de la savoir à l'autre bout de la galaxie. Mais aujourd'hui, il était avec elle et ça changeait absolument tout.
Elle et lui. Seuls. Pour un peu, il rêverait presque de ne jamais retourner sur Terre.
Le cœur soudain lourd, il leva les yeux au moment où elle pénétrait dans la grotte. Sans un regard vers lui, elle se dirigea vers le réacteur à Naquada qu'elle avait entreposé un peu plus loin et entreprit d'installer de quoi les éclairer pour la nuit.
Comprenant que tenter de lui parler ne servirait à rien, il se contenta de poser près d'elle ce qu'il venait de lui préparer et s'éloigna pour manger sa part.
La soirée se passa ainsi. Pas un mot ne fut échangé.
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Cette nuit-là, Jack mit longtemps à s'endormir. Le fait de la savoir enfin à côté de lui le tint éveillé plusieurs heures. Il s'était installé de façon à avoir le meilleur angle possible pour la regarder à son aise, même allongé. Bien sûr, elle lui tournait le dos mais quelle importance. Après ces six mois à vivre sans elle, à tenter de l'oublier sans jamais y parvenir un instant, à souffrir d'être ainsi responsable en partie de cette séparation… se retrouver juste avec elle l'apaisait.
Il savait parfaitement que ce sentiment ne durerait pas. Bientôt le manque, le désir, la frustration et la jalousie allaient le ronger peu à peu, rendant encore plus insupportable sa douleur… mais il savait aussi qu'il savourerait à sa juste valeur l'opportunité d'être avec elle. Il ne devait pas songer à leur prochaine séparation, à leur retour sur Terre, à cet homme qui peut-être l'attendait là-bas… Il devait juste penser à elle, allongée à quelques mètres de lui. Et ça, ce n'était pas très compliqué.
Penser à elle.
C'était même pour lui la chose la plus naturelle qui soit.
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Lorsqu'il s'éveilla le lendemain matin, elle était déjà partie. Dans un soupir, il se leva, fit une toilette rapide et après avoir bu l'indispensable café, passa la matinée à extraire du Naquada des entrailles de la montagne.
Les deux premiers jours passèrent ainsi sans qu'ils aient échangé la moindre parole. Jack tentait de se montrer conciliant, patient. Hélas, malgré ses efforts, la jeune femme restait de glace.
Mais il ne réalisait pas à quel point le plus petit geste, la plus petite attention de sa part était autant de poignards fichés dans le cœur de Sam. Sa prévenance, son amitié la faisaient bien plus souffrir qu'une totale ignorance.
Et un midi, alors qu'il venait lui apporter son repas, elle finit par exploser.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle sèchement, sans pour autant prendre ce qu'il lui tendait.
Il haussa les sourcils, perplexe.
- Comment ça ?
- Pourquoi tu fais ça ?
- Fais quoi ?
- Ça ! s'exclama-t-elle en désignant le sandwich sous plastique qu'il tenait encore à la main.
- Je t'apporte à manger…
- Je peux le faire moi-même !
Jack baissa le bras en soupirant.
- Sam…
- Je veux que tu arrêtes ! Je veux que tu arrêtes ça tout de suite !
Sa voix monta étrangement dans les aigus, ce qui lui fit reprendre en partie ses esprits. Elle était en train de se couvrir de ridicule… Serrant les dents, elle ferma les yeux quelques secondes afin de se calmer. Lorsqu'elle les rouvrit, il continuait de l'observer gravement, sans porter le moindre jugement sur son comportement excessif. Et curieusement, cela l'agaça encore plus.
- Qu'est-ce que tu veux ? Qu'on redevienne bons amis ? Que tout soit comme avant ?
Elle laissa ces questions en suspend quelques secondes avant d'y répondre d'elle-même.
- Ça n'arrivera pas, Jack. C'est fini… Je sais que tu n'es pour rien dans tout ça. S'il y a une chose qu'on ne contrôle pas, ce sont les sentiments… mais je ne veux pas de ton amitié. Tu as compris ?
Quelle importance qu'en disant cela, elle se mettait à nu ? Non, elle ne l'avait pas oublié. Et oui, sa gentillesse était insupportable parce qu'elle espérait plus, toujours plus de lui. Elle voulait qu'il la serre dans ses bras et que jamais il ne la quitte. Elle voulait sentir ses mains sur elle, ses lèvres sur sa bouche, son corps contre le sien. Elle voulait entendre ses sentiments dans la douceur et la caresse de sa voix, puisqu'il ne savait pas parler d'amour… Elle voulait qu'il l'aime… Et c'était la seule chose dont il était incapable.
Levant un regard d'une froideur contraire aux émotions qui l'étreignaient, la jeune femme croisa celui plus que décidé de Jack.
- Tu ne m'empêcheras pas de me faire du souci pour toi, répondit-il au bout d'un moment. Que tu le veuilles ou non… Je disparaîtrai de ta vie, puisque c'est ce que tu veux, mais jusqu'à notre retour sur Terre, je ne te lâcherai pas.
Et sans un mot de plus, il posa le sandwich près d'elle et s'éloigna.
Au moins, maintenant, il savait qu'elle ne l'avait pas oublié. Mais c'était justement parce qu'elle ne l'avait pas oublié qu'il l'avait perdue définitivement.
A SUIVRE…
