Merci à audearde, Ellana-san et lalyloula, mes fidèles lectrices, pour vos reviews ;)

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Jack sortit des souterrains en secouant ses bras courbaturés. Le Naquada était un métal extrêmement difficile à extraire même s'il n'était encore que sous forme de roche, donc relativement friable. Lorsqu'il parvint à l'extérieur, il fut littéralement assommé par la chaleur. Il lui fallut quelques secondes pour retrouver ses esprits et courir se réfugier dans leur grotte quelques mètres plus loin.

- Sam ? appela-t-il aussitôt, ne la voyant pas dans la cavité principale.

Mais aucune réponse ne lui parvint.

- C'est pas vrai, rugit-il en empoignant sa radio. Sam !

Il dut attendre quelques secondes avant d'obtenir une réponse.

- Quoi ?
- Tu es folle de rester dehors par cette chaleur ! Reviens immédiatement !
- J'ai presque fini.

Jack sentit aussitôt son cœur se serrer.

Il n'était pas prêt. Il n'était pas prêt à la quitter.

- Presque, c'est à dire ?
- … Trois ou quatre heures tout au plus.

Il soupira intérieurement. Trois ou quatre heures sous ce soleil et elle serait littéralement cuite sur place.

- Tu rentres tout de suite, Sam. Tu ne pourras jamais tenir aussi longtemps.
- Je ne vais pas m'arrêter là ! C'est bientôt terminé.
- Je m'en contre-fous ! répliqua-t-il plus ouvertement devant le ton buté de la jeune femme. Tu rentres ou je viens te chercher par la peau des fesses !

Il attendit une réponse mais seul le silence lui parvint. Dans un soupir, il s'assit lourdement par terre et patienta quelques minutes avant de comprendre qu'il s'était bel et bien fait avoir. Dans un grognement furieux il se leva, vissa sa casquette sur la tête et plongea dans la fournaise. Il eut de nouveau la sensation désagréable d'étouffer mais il serra les dents, partagé entre la colère et l'inquiétude. Il fit l'aller en moins de cinq minutes et parvint en vue de la Porte, essoufflé, luisant de sueur et passablement… énervé.

Sam redressa aussitôt la tête et le regarda approcher avec anxiété. Il s'arrêta cependant près d'elle sous l'abri bien piètre de la tente et prit la gourde de la jeune femme dans sa main avant de la secouer violemment. Elle grimaça involontairement devant le regard noir qu'elle obtint en retour.

- Tu n'as bu que la moitié depuis ce matin ?! demanda-t-il, glacial.

Ouvrant la bouche pour lui cracher sa façon de penser à la figure, elle se retint cependant et plongea de nouveau dans son travail sans daigner répondre. Elle se savait en tort bien sûr mais se refusait à l'admettre devant lui.

Le bruit sourd de la gourde tombant au sol la fit néanmoins sursauter. Quelque peu crispée, elle redressa la tête mais n'eut même pas le temps de réagir que déjà, il lui ôtait des mains l'outil qu'elle tenait et lui agrippait le poignet.

- Qu'est-ce que tu fais ?! s'exclama-t-elle, hargneuse, cherchant à le repousser.

Hélas, la chaleur l'avait rendue plus molle qu'une poupée de chiffon. La chaleur et le contact de sa main sur sa peau. Elle n'eut donc pas la force de réagir lorsqu'il la hissa sur son épaule comme un vulgaire sac de pomme de terre.

- Jack ! s'écria-t-elle cependant, en se débattant.

Il raffermit aussitôt sa prise et s'extirpa hors de la tente. La chaleur était accablante, en plein soleil mais Sam, la tête à l'envers, était beaucoup plus préoccupée par la présence d'une des mains de son ancien amant sur sa cuisse… Sans parler de l'autre sur sa hanche…

- Arrête de bouger sinon je t'assomme, grogna-t-il avant de resserrer son étreinte, ajustant un peu plus haut encore sa prise.

La gorge sèche, Jack se demanda l'espace d'un instant si cet état de fait était vraiment dû à la chaleur ou plutôt à la présence de la jeune femme sur son épaule… ses jolies fesses à quelques centimètres à peine de son visage. Accélérant le pas, il eut la satisfaction de voir Sam se calmer peu à peu. Bien que légère, la porter l'épuisait encore plus mais il n'avait aucune envie de se battre par cette chaleur. Lorsqu'il parvint enfin dans la fraîcheur bienfaisante de la grotte, il s'arrêta, le souffle court, en sueur et fit glisser la jeune femme à terre.

- Voilà ! Si tu veux discut… commença-t-il en la lâchant.

Il s'interrompit cependant très vite et la rattrapa avant qu'elle ne s'effondre au sol. Elle s'était évanouie.

Ce n'était peut-être pas une très bonne idée de la maintenir ainsi la tête à l'envers, compte tenu de la chaleur. Cela dit, elle n'aurait pas été très loin en marchant… si elle avait daigné accepter de rentrer avec lui…

Il la prit de nouveau dans ses bras, en douceur cette fois-ci, et la porta jusqu'à son sac de couchage. Sa peau luisait de sueur et ses lèvres tremblaient légèrement… Elle était brûlante et certainement déshydratée.

- Et merde, grommela-t-il avant de se lever pour aller chercher de l'eau.

Prenant sa gourde, il revint rapidement vers elle et s'agenouilla à ses côtés.

- Sam, appela-t-il doucement en la redressant légèrement. Réveille-toi.

Il la secoua un peu plus et les paupières de la jeune femme finirent par frémir avant de s'ouvrir sur un regard fiévreux.

- Bois ça, dit-il simplement en posant précautionneusement le goulot de sa gourde sur ses lèvres. Doucement…

Il la fit boire juste un peu et la rallongea, glissant une main timide dans ses boucles humides.

- … Chaud… murmura-t-elle en refermant les yeux, les sourcils froncés.
- Je sais… Je vais devoir te rafraîchir. Je suis désolé, dit-il en reposant sa gourde avant de se pencher sur la jeune femme.

D'un geste faible, elle tenta de repousser ses mains qui tiraient déjà sur le tissu de son tee-shirt mais finit par se laisser faire. Il ôta tout d'abord son haut puis s'attaqua aux chaussures et pantalon. Il ne conserva que les dessous mais la força à se redresser pour lui détacher son soutien-gorge. Elle gémit aussitôt en posant une main sur son bras mais il la rassura de suite :

- Pour que tu respires mieux, ne t'inquiète pas.

Jack la rallongea ensuite, laissant le précieux morceau de tissu couvrir une poitrine qu'il connaissait malgré tout par cœur. Mais sa pudeur était compréhensible.

Tentant – difficilement - de faire abstraction de Sam quasiment nue devant lui, il prit une serviette, l'imbiba d'eau et la passer doucement sur le visage fiévreux de la jeune femme. Il la vit lutter de toutes ses forces pour rester consciente mais elle finit par glisser dans un sommeil agité.

Jack poursuivit sa tâche avec application, humidifiant ses bras, puis ses jambes, son ventre et de nouveau son visage. Pour un observateur extérieur, le soin qu'il mettait à sa « besogne » aurait semblé disproportionné. Mais qu'importe… Il détestait la voir comme ça, brûlante de fièvre, en situation de faiblesse. Certains hommes aimaient cela mais pas lui. Ça lui faisait mal au cœur de la voir souffrir, délirer, même si grâce à cela, il était à présent plus proche d'elle qu'il n'aurait pu le souhaiter depuis leur dernière conversation.

En fait, en y songeant, c'était sûrement la dernière fois qu'il passait un moment aussi intime avec elle.

« Et elle est inconsciente… Si c'est pas totalement ridicule », songea-t-il, un brin désespéré.

C'était peut-être même la dernière fois qu'il pouvait la regarder ainsi. La dernière fois qu'il la voyait… ?

Une sourde angoisse vint lui lacérer le cœur.

Ne plus la voir… Ne plus lui parler…

C'était la certitude qu'avec le temps ils se retrouveraient qui l'avait fait tenir ces six derniers mois loin d'elle. Avoir vécu autant de choses ensemble ne pouvait que les lier à jamais.

La gorge nouée, il caressa d'une main tremblante le fin visage de la jeune femme.

Il ne voulait pas la perdre. Il ne voulait pas la quitter.

- Sam… gémit-il en se penchant, posant son front contre sa joue brûlante.
- … Jack…

Sa voix faible lui fit redresser la tête. Il observa ses sourcils froncés, ses lèvres tremblantes, son agitation.

Elle délirait.

- Jack… répétait-elle sans arrêt, lui faisant battre le cœur plus vite.

Il glissa de nouveau une main fraîche sur son front pour la calmer mais elle semblait perdue dans les méandres d'images incontrôlées. Elle l'appelait encore et encore et peu à peu sa voix prit des intonations suppliantes. Mais c'est lorsqu'un sanglot la secoua de part en part qu'il sentit la douleur devenir insupportable.

Elle pleurait.

- Jack…
- Je suis là, répondit-il en se penchant vers elle, ses lèvres près de son oreille. Je suis là… Pardonne-moi…

Il passa alors une main sous la nuque de la jeune femme et l'attira à lui, la berçant dans ses bras, lui murmurant des mots qu'il ne pensait jamais prononcer… et petit à petit, elle se calma.

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Quelques heures plus tard, la température de la jeune femme finit enfin par baisser et son sommeil se fit moins agité. Il faisait déjà nuit mais à l'extérieur la chaleur toujours croissante restait à peine supportable. Bien que protégés dans les tréfonds de la grotte, l'air autour d'eux se réchauffait mais cela restait malgré tout parfaitement vivable.

Jack l'avait rallongée depuis quelque temps déjà sur le duvet et continuait consciencieusement de la faire boire et de la rafraîchir. Lorsqu'elle rouvrit enfin les yeux, Sam mit un certain temps à comprendre où elle se trouvait. Croisant son regard brun, elle se renfrogna aussitôt et referma les yeux afin de se ressaisir.

- Comment te sens-tu ? demanda-t-il d'une voix douce malgré la douleur occasionnée par sa froideur.
- Mal à la tête… mais ça va.

Elle se redressa légèrement et observa la grotte.

- Il fait nuit ?
- Oui, depuis quelques heures, déjà.

Jetant un regard gêné vers lui, la jeune femme acquiesça, n'appréciant pas de lui devoir quoique ce soit, compte tenu de leur situation actuelle.

- Mince… maugréa-t-elle brusquement, les sourcils froncés.
- Quoi ?
- Il faut absolument qu'on récupère le matériel près de la Porte. Le soleil risque de les abîmer…

Elle fit mine de se lever mais il la força à se rallonger, mi-agacé, mi-blasé.

- Et tu penses aller loin comme ça ?… répliqua-t-il avant de se mettre debout. Reste-là, j'y vais.

Et sans attendre sa réponse, il prit une lampe torche et sortit de la grotte.

Sam le regarda partir avec un mélange d'inquiétude et de soulagement. Certes, le soleil ne tapait plus mais l'air brûlant risquait de l'étouffer. Elle finit cependant par balayer ses inquiétudes d'un geste agacé. Jack avait une constitution remarquablement solide.

Dans un soupir, elle se redressa avec difficulté et attacha son soutien gorge avant de tendre le bras vers son sac et prendre un tee-shirt propre. Elle s'en revêtit en grimaçant. Sa tête allait exploser. Balayant la pièce d'un regard fatigué, elle découvrit à proximité la trousse de soin qu'il avait posé à son intention et prit quelques cachets avec un peu d'eau. Elle attendit ensuite, les nerfs à vif. Malgré ses belles paroles, se faire du souci pour lui était comme une seconde nature. Lorsqu'il était là, avec elle, son cœur se serrait si douloureusement qu'elle ne voulait qu'une chose, qu'il parte très loin. Mais lorsqu'il n'était pas là, un manque insupportable l'étreignait. Mais le manque n'était-il pas préférable à la souffrance d'avoir à portée de main ce qu'elle ne pouvait posséder?

Elle ne se souvenait que de peu de choses de sa semi-conscience. Mais l'espace d'un instant, bien que le sachant à ses côtés, elle n'avait plus ressenti ni douleur, ni frustration. Elle s'était sentie étrangement apaisée.

Apaisée…

Elle ne le serait plus jamais.

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Quelques minutes plus tard, enfin, le bruit familier du module de transport se fit entendre. A peine venait-il de pénétrer dans la grotte que Jack titubait jusqu'au mur le plus proche et s'effondrait, dos à la paroi rocailleuse, haletant et vidé. Une main crispée sur son tee-shirt, il tentait de retrouver son souffle, le visage congestionné par la douleur. Ses poumons le brûlaient atrocement.

Sam se leva aussitôt sur ses jambes faibles et, munie de la gourde à moitié vide, le rejoignit avant de s'asseoir lourdement devant lui. Elle attendit patiemment qu'il retrouve une respiration à peu près normale et se détende un peu, la tête rejetée en arrière, les paupières closes.

Hypnotisée, la jeune femme regardait les gouttes de sueur glisser sur sa peau, le long de ses tempes et de sa mâchoire crispée, avant d'atteindre son cou bronzé et de se perdre sous son tee-shirt… Il était toujours aussi désespérément beau.

Déglutissant avec difficulté, elle mit un peu d'eau sur sa main et la passa sur son front brûlant pour le rafraîchir, comme lui quelques heures auparavant. Il soupira aussitôt, laissant les doigts frais de la jeune femme courir sur lui, redessinant ses traits avec une application particulière.
Il dut se faire violence pour ne pas gémir sous cette caresse inattendue. Ce simple contact le troublait, le frustrait, le rendait fou.

Finalement, n'y tenant plus, il ouvrit les yeux et croisa son regard.

Elle était si proche, assise entre ses jambes repliées, le visage tendu vers lui, une main à présent figée sur sa joue. L'envie primitive de la serrer dans ses bras et d'assouvir son besoin d'elle le prit brusquement à la gorge. Sam dut lire son désir dans ses yeux mi-clos car elle se recula brusquement, incrédule. Mais il ne se détourna pas. Pourquoi se cacher maintenant qu'il ne pouvait plus l'avoir ? Ça ne rallongerait qu'un peu plus la liste déjà longue des incohérences de son comportement.

Il la regarda finalement se relever précipitamment et la frustration le fit soupirer malgré lui. Elle referma la gourde d'une main tremblante et la lui lança.

- Débrouille-toi, jeta-t-elle avant de se détourner, le dos raide.

Bien sûr… Il lui avait encore fait du mal. A croire qu'il était passé maître à ce jeu-là.

Sam tituba jusqu'à son duvet et s'allongea, le ventre noué.

Comment expliquer une attitude si… illogique ? Il y avait eu du désir dans ses yeux, certes, mais l'espace d'un instant, elle y avait lu également un manque, un besoin qui lui faisait douloureusement croire qu'il avait des sentiments pour elle.

Tandis qu'il se relevait, la jeune femme se tourna vers lui.

- Je ne te comprends pas.

Il jeta un œil de son côté avant de boire quelques gorgées d'eau. Une fois désaltéré, il essuya ses lèvres et s'avança jusqu'à son propre lit de camps.

- Je t'avoue avoir du mal aussi… grommela-t-il avant de s'affaler sur son sac de couchage.

Face à des propos si énigmatiques, Sam secoua la tête, sentant monter en elle la colère qu'elle réfrénait chaque jour un peu plus.

- Qu'attends-tu de moi, exactement ? cracha-t-elle en s'asseyant.

Jack l'observa quelques secondes avant de répondre. Elle voulait discuter, peut-être pouvait-il tout arranger.

- Ton amitié, Sam.

Un sourire désabusé apparut sur les lèvres sèches de la jeune femme.

- Bien sûr ! C'est de l'amitié que j'ai vue dans tes yeux à l'instant !

Il grimaça en se détournant, maudissant sa faculté de faire exactement l'inverse de ce qui pouvait jouer en sa faveur.

Que répondre à cela ? S'il prétextait qu'il aurait eu cette réaction avec n'importe quelle autre femme, il la blesserait forcément … et s'il lui disait qu'il la désirait toujours… il s'enfoncerait encore plus.

Incapable de choisir, il se tut finalement.

- Tu ne dis rien ?
- Je n 'ai rien à dire.
- Tu n'as rien à dire ?
- Non.

Le souffle court, la colère déformant son visage, Sam se mit vaillamment sur ses pieds et s'activa autour de son sac.

- … Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il au bout d'un moment d'une voix inquiète.
- Je m'en vais. Je ne peux pas rester enfermée ici avec toi.
- C'est une véritable fournaise dehors ! s'exclama-t-il aussitôt en se levant à son tour. Où penses-tu aller ?
- Dans une autre grotte. J'en trouverais bien une.
- Et le temps que cela prendra tu seras morte, les poumons complètement brûlés.

Comme ces mots ne semblaient pas la faire ralentir, il s'avança vers elle et lui saisit le poignet. Elle se libéra aussitôt d'un geste vif et se tourna vers lui.

L'expression désespérée de son visage le prit soudainement à la gorge. Rage et chagrin se mêlaient dans ses yeux brillants.

- Ne me touche pas ! Je ne supporte pas de t'avoir près de moi ! rugit-elle, la respiration anarchique.

Les sentiments, les émotions qu'il suscitait en elle étaient en train de la consumer. Il fallait qu'elle fuie pour sa propre survie.

Et il le comprit.

Elle, toujours si maîtresse d'elle-même ne se contrôlait plus du tout.

- C'est moi qui pars, dit-il alors. Tu ne tiendrais pas cinq minutes dehors.

Et sans un mot de plus, il commença à rassembler ses affaires et partit chercher un bidon d'eau dans les réserves. Sam était à présent immobile, le regardant faire, le visage de marbre.

Quelques minutes plus tard, il lui jeta un dernier coup d'œil et se dirigea vers la sortie.

Mais quelque chose vibra en elle. Une peur panique qu'elle n'avait plus ressentie depuis longtemps. Une peur qui absorba sa colère et la fit courir jusqu'à lui pour l'empêcher de partir.

- Non ! s'exclama-t-elle, lui agrippant violemment le bras.

Il s'arrêta et se retourna aussitôt, incertain.

- Tu mourrais…

Sa voix n'était plus qu'un murmure.

Elle regardait cet homme devant elle. Cet homme dont elle était encore désespérément dépendante. Une lassitude extrême s'abattit soudain sur elle.

- Pourquoi es-tu là… ? demanda-t-elle encore une fois.

Pour elle, c'était pour elle qu'il était là. C'était elle qu'il était venu chercher parce qu'il ne pouvait pas la laisser à l'autre bout de l'Univers sans rien faire. Parce qu'il ne pouvait supporter l'idée de la perdre.

C'est cela que son regard semblait hurler.

- Parce qu'il faut que tu rentres sur Terre au plus vite, dit-il néanmoins. Tu es irremplaçable. Ta présence au SGC est nécessaire et peu importe les conséquences. Alors si ma présence ici t'est insupportable, je m'en vais…

Il s'arrêta quelques secondes avant de rajouter.

- Peu importe les conséquences, Sam. Tu dois retourner au SGC.

Qu'est-ce qui l'avait poussé à répéter cela ? Le besoin de se confier ? Le besoin qu'elle comprenne enfin ? Bien sûr, elle ne mit pas longtemps à faire le lien et lorsque la jeune femme se figea dans une expression de pure incrédulité, Jack sentit un poids immense déserter son cœur. Il observa les émotions diverses traverser son visage, fouillant dans ses souvenirs pour remettre un semblant d'ordre et de logique dans tout cela. Et lorsque enfin elle redressa la tête, seule la douleur persistait.

- Tu n'aurais pas fait ça… ? Tu n'aurais pas fait tout ça pour que je retourne au SGC ? bredouilla-t-elle en reculant légèrement.

Jack se détourna, le regard fuyant.

- … Tu ne nous aurais pas sacrifiés comme ça, sans me le dire ? poursuivit-elle, la voix faible.
- Sam… commença-t-il avant de s'arrêter devant l'expression blessée de la jeune femme.

La réponse pouvait se lire dans ses yeux bruns et, bouleversée, elle s'éloigna de lui, une main tremblante sur ses lèvres blêmes.

Jack finit par la rejoindre et posa ses affaires à ses pieds.

- C'est impossible ! explosa-t-elle alors en lui faisant face. Comment as-tu pu nous faire ça ?

Devant ces reproches, il ne put s'empêcher de se justifier.

- J'ai sauvé plus de six milliards d'êtres humains en agissant ainsi ! Deux semaines seulement après ton retour au SGC et déjà tu empêchais une explosion qui aurait pu tous nous détruire !… C'est à cet instant précis que j'ai su que j'avais eu raison !
- Hailey aurait très bien pu s'en tirer toute seule !
- Je ne suis pas de ton avis ! Et de toutes façons, nous ne pouvions prendre ce risque !
- Alors tu as préféré me mentir ! cracha-t-elle, pleine de rancœur.
- Tu ne voulais pas en parler ! Aurais-tu accepté de partir si je te l'avais demandé encore une fois ?
- Si tu m'avais expliqué que c'était notre seule chance d'être ensemble, oui !
- C'est faux et tu le sais. Tu te serais braquée et tu aurais refusé… Et tu ne serais jamais retournée au SGC !

A ces mots, elle se figea quelques instants… avant de hausser les sourcils, glaciale.

- Ça, nous ne le saurons jamais…

Et sans rien rajouter, elle se détourna et partit s'isoler dans l'une des cavités contiguës à la salle principale.

Sam s'engouffra dans le renfoncement à l'abri de son regard et se laissa glisser le long du mur de roche. Son corps était parcouru d'interminables tremblements qu'elle ne parvenait pas à contrôler. Encore faible et passablement fiévreuse, elle mit quelques minutes à retrouver ses esprits et à se calmer enfin.

Dans un sens, le comportement de Jack semblait logique. Il avait passé tellement d'années à décider de tout, seul dans son coin. A trancher dans l'ombre sans qu'aucun de ses amis n'ait la moindre idée des choix qu'il avait parfois dû faire… Une habitude que ses responsabilités écrasantes avaient renforcée avec le temps. En lui parlant, il aurait risqué un refus et étant donné les conséquences, ce n'était pas une option. C'était un risque qu'il n'avait pas eu le droit de courir.

Car il l'aurait couru, ce risque. Elle se souvenait parfaitement de son état d'esprit, à l'époque. Loin des obligations, loin de son devoir, enfermée dans la bulle de bonheur qu'ils avaient tous deux créée… tout ce qui n'était pas eux n'avait alors plus eu d'importance à ses yeux.
Elle estimait avoir suffisamment donné, avoir suffisamment sacrifié pour le projet. Elle aussi, avait le droit de vivre, et pas seulement les six milliards d'habitants pour lesquels ils se battaient tous les jours.

Et puis, elle avait confiance en Hailey. C'était elle, il y a quelques années, sans expérience.

Dans un soupir, elle balaya tout cela de ses pensées.

Pourquoi chercher à se justifier ? C'est vrai. Elle aurait pu refuser de retourner au SGC. Il y aurait eu ce risque. Un risque que Jack s'était interdit de prendre.

Mais il lui avait fait vivre un véritable enfer. Quelles que soient ses raisons, il l'avait traitée de la pire des façons. Il avait joué la comédie pendant près de deux mois, l'avait rabaissée en se comportant de façon si détestable. Et qu'importait qu'il en ait souffert. Il était parvenu à les sacrifier…

Elle se réprimanda aussitôt. Combien de fois avaient-ils été sur le point d'abandonner l'autre pour la survie de la planète quelques années auparavant ? C'était pareil. Exactement pareil. Peut-être était-ce juste plus concret à l'époque mais finalement, le but était exactement le même.
Alors… Jusqu'à quel point avait-il joué la comédie ? Jusqu'à quel point ?

Elle re-songea à son comportement si contradictoire, pendant les dernières semaines de leur vie commune. Froid le jour et si aimant la nuit. Le combat entre la raison et les sentiments. Comment avait-elle pu ne pas y penser ? Comment avait-elle pu passer à côté de cela ?

Son cœur s'affola soudainement à la simple idée que tout ce qu'elle avait vécu depuis six mois n'avait pas de raisons d'être. Cette douleur due à cet amour à sens unique… Cette souffrance d'avoir cru n'être qu'un simple fantasme assouvi…

Se levant lentement, elle fit quelques pas et apparut sur le seuil de la salle principale.

Il était assis, regardant un point invisible devant lui et lorsqu'il sentit sa présence, Jack redressa la tête.

- Tout ce que tu as dit, ce fameux soir… avant que je ne parte… demanda-t-elle d'une voix hésitante, le regard incertain.
- Je t'ai mentie.

Il la vit se détourner, se mordant la lèvre, cachant un soulagement qu'il parvint néanmoins facilement à sentir. Son pouls s'accéléra aussitôt.

Avait-il eu raison de se montrer si imprudent ? N'aurait-il pas dû être un peu plus réservé afin d'éviter qu'elle ne comprenne ? D'un autre côté, il n'avait pas trahi. Elle avait simplement interprété ses paroles…

« Rahhh ! A qui veux-tu faire croire ça ? »

Son inconscient avait voulu qu'elle sache et avait su exactement quoi dire pour cela.

Mais il n'en pouvait plus. La voir le haïr était pire que tout. Certes, elle le détesterait sûrement encore quelques temps mais finirait par lui pardonner. Elle lui pardonnerait, comme à chaque fois qu'il avait pris une décision la sacrifiant elle.

Et peut-être qu'alors… tout serait encore possible. Il devait juste vérifier une chose.

- Que vas-tu faire ? Rester au SGC ?

Elle croisa son regard indéchiffrable et redressa la tête.

- Oui, puisque vous avez l'air de tous croire que je suis indispensable. Sinon, tout cela n'aurait servi à rien… finit-elle dans un murmure désabusé.

Elle avait parfaitement compris que la demande venait du Président. Jack n'aurait jamais pris une telle initiative.

- Tu l'es… indispensable.

A ces mots, elle se tourna de nouveau vers lui. Parlait-il toujours du SGC ?

- Sam… commença-t-il en se levant pour la rejoindre.

Mais la jeune femme l'arrêta de suite, les mains devant elle.

- Rien n'a changé. Je ne peux plus te faire confiance.

Ce qu'elle ressentait pour Jack était trop fort, beaucoup trop fort. Elle perdrait de nouveau toute raison en retournant vers lui et pour rien au monde elle ne voulait revivre cela. Croire avoir enfin tout ce qu'elle désire pour se le voir arracher.

Non.

Jack acquiesça simplement, comprenant sa rancoeur, et la jeune femme se dirigea sans plus attendre vers ses affaires toujours dans le module de transport afin de fignoler ses recherches. S'occuper l'esprit était encore ce qu'elle avait de mieux à faire. Mais difficile de se concentrer lorsque vous êtes ainsi observée, dévisagée avec une telle intensité. Jack ne se cachait plus.

Partagée entre le malaise, l'agacement et un dérangeant sentiment de plaisir, Sam tentait vainement de le chasser de ses pensées.

- Je n'abandonnerai pas, dit-il brusquement, la faisant presque sursauter. Je ne laisserai pas passer ma chance.

Elle releva la tête et croisa son regard franc. Il était assis, appuyé nonchalamment contre le mur rocailleux de la grotte. Elle crut même percevoir un léger sourire flottant sur ses lèvres fines. Son calme et son assurance mirent la jeune femme dans un état proche de l'énervement… sans parler de la douleur de le voir si désespérément attirant.

- Tu l'as déjà fait pourtant, lâcha-t-elle donc sèchement.
- Non.

Devant l'œillade furieuse qu'elle lui lança en retour, il poursuivit d'une voix plus douce.

- ... Pardonne-moi, Sam. Je te jure que jamais plus je ne te cacherai quoique ce soit.

Face à la sincérité de son expression, la jeune femme faiblit un court instant, avant de sentir le poids dans sa poitrine se faire plus lourd encore.
Non, elle souffrait déjà beaucoup trop. Plus tard peut-être... Non, jamais...

- C'est trop tard.

Une idée lui vint alors à l'esprit. Pourquoi à cet instant ? Pourquoi maintenant, elle n'aurait su le dire mais à peine venait-elle de réaliser la tournure de ses pensées que les mots franchissaient déjà ses lèvres.

- Tu m'as trompée ?

Il fronça aussitôt les sourcils, perplexe.

- Quoi ?
- Avec Kerry ?
- Non ! s'exclama-t-il aussitôt en se redressant. Bien sûr que non !

Jack s'arrêta quelques secondes et passa une main nerveuse sur sa nuque.

- La scène que tu as vue... c'était stupide de ma part. Je te savais dehors... Mais j'ai tout de suite arrêté. Je ne voulais pas que tu me haïsses.
- Eh bien c'est raté, répliqua-t-elle en se détournant, cachant ainsi son soulagement.
- Je sais... Mais je sais aussi que tu ne me détesterais pas autant si tu ne m'avais pas aimé, rajouta-t-il, un sourire dans la voix. Suffit juste d'inverser de nouveau la tendance.

Devant une telle présomption, Sam se redressa, la mâchoire crispée.

- « Il suffit » ? répéta-t-elle avec raideur. Je te souhaite bien du courage !
- Merci.

Elle se sentit de nouveau faiblir devant son assurance. Il avait déjà gagné et elle le savait parfaitement. Lorsque Jack O'Neill désirait quelque chose, il finissait toujours par l'obtenir. Néanmoins, il n'était pas dit qu'elle se laisserait faire de bon gré. Elle était en colère, elle souffrait, se sentait blessée et même trahie. Il avait cassé quelque chose en elle et cela ne pouvait être réparé par quelques sourires et de belles paroles.

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Et c'est ce qu'elle le lui fit comprendre les jours suivants, par son silence et la froideur de son regard.

Encore une fois, il accepta avec patience son besoin de solitude et de réflexion. Il ne la bousculait pas et attendait. Après ce qu'il lui avait fait subir, il trouvait déjà miraculeux qu'elle accepte sa présence à ses côtés sans sourciller.

Parfois il sentait son regard glisser sur lui mais son visage indéchiffrable rendait toute analyse de ses pensées impossible.

Au bout de quelques jours, toujours enfermés dans cette fichue grotte, Jack se permit des tentatives d'approche qui se soldèrent toutes plus ou moins par un échec mais il la sentait peu à peu faiblir. Elle se montrait moins distante, plus réceptive.

Elle était en train de lui pardonner.

A SUIVRE…