A/N : Comme promis, un autre chapitre aujourd'hui. Je dois vous prévenir qu'il y a quelques références à la saison 3, mais c'est pas grand-chose (une référence à quelque chose qui a été dit chez le psy). Pas un gros spoiler (enfin je ne crois pas…), mais ne vous étonnez pas si vous ne voyez pas bien d'où ça sort. Bonne lecture !
Chapitre 3 : Les prières du dimanche
"This is the way we go to church
Go to church, go to church…"
Elle avait l'habitude d'aller à l'église avec son père, chaque dimanche. Sa mère les accompagnait parfois, mais la plupart du temps, cela restait son moment spécial avec lui. Dans la voiture, il lui racontait des histoires sur Moïse, et Jésus, et les apôtres. En vérité, ces récits lui paraissaient bien plus captivants lorsque c'était lui qui les relatait. Madame Barbe était… Eh bien, comme son nom l'indiquait, elle était vraiment, vraiment barbante. Et elle avait du poil au menton.
Chloe laissa échapper un gloussement au souvenir de ses amis et elle-même imitant la vieille femme en train de brailler « Silence, les enfants ! »
Mais très vite, son rire mourut à la pensée qu'elle aurait préféré être avec Madame Barbe, ses histoires barbantes, ses cookies rassis et ses poils au menton plutôt que dans cette pièce sombre et froide.
« Mais Papa, tu m'as promis qu'aujourd'hui on irait au zoo ! » pleurnicha Parker qui, par son gigotement incessant, rendait à son père la tâche difficile de lui faire enfiler son tee-shirt.
« Parker, je viens de te dire que je suis désolé. Je sais que tu es déçu, mon grand, mais c'est pas comme si j'avais vraiment le choix… Papa est obligé de partir, tu comprends ? »
Parker tapa du pied et croisa les bras sur sa petite poitrine d'un air entêté. « Je m'en fiche. Je veux aller au zoo. Avec toi."
Booth s'agenouilla devant son fils et plaça tendrement ses mains sur ses épaules.
« Ecoute, Parker. Il s'agit de parents qui ont perdu leur enfant. Papa va les aider à le retrouver, tu comprends?
Enfin, le petit garçon s'arrêta de se plaindre pour écouter son père, pesant toutefois le pour et le contre de continuer à bouder ou non.
« Si tu étais perdu, tu n'aimerais pas que d'autres personnes t'aident à retrouver Papa et Maman ? »
Parker leva les yeux au plafond, réfléchissant à l'idée d'être perdu, loin de ses parents, et ce qu'il ferait dans ce cas.
« Je pense que oui… » admit-il, ses yeux rencontrant ceux de son père.
« On pourra aller au zoo le prochain week-end qu'on sera ensemble, non ? Mais ce petit garçon, il n'ira plus jamais au zoo avec ses parents si on ne le retrouve pas, tu comprends ? »
Lorsque l'enfant acquiesça, Booth sourit fièrement et déposa un baiser sur son front, soulagé que son fils ait oublié sa déception, même s'il se sentait un peu honteux d'avoir dû lui mentir. Car, quoiqu'il fasse, ces parents n'iraient plus jamais au zoo avec leur enfant.
Malheureusement, lorsque Brennan monta dans la voiture et se retourna pour lui dire bonjour, Parker décida que c'était le bon moment pour rappeler à son père combien il était déçu, et qu'il ne cracherait pas sur quelques mots réconfortants de la part de la séduisante jeune femme assise devant lui.
« Mon papa et moi on aurait dû aller au zoo aujourd'hui », se plaignit-il en faisant la moue.
« Oh, je suis désolée, Parker. Mais je suis sûre que vous pourrez y aller une autre fois. »
« Parker, tu te rappelles ce dont on a parlé tout-à-l'heure ? » demanda Booth.
« Oui mais je voulais voir les bébés tigres ! »
« Mes bébés tigres seront encore là quand on reviendra », déclara Booth, agacé.
« En réalité, un bébé tigre grandit très vite », expliqua Brennan, ne paraissant pas saisir que l'enfant était susceptible de devenir impossible après sa petite leçon de zoologie. « Vous feriez mieux de ne pas trop attendre ou ils… »
« Merci beaucoup, Bones ! » la gronda son partenaire.
Elle haussa les épaules, ne comprenant pas vraiment pourquoi il était énervé, ni s'il l'était vraiment. « Je t'en prie. Je ne savais pas que tu t'intéressais autant aux bébés tigres. »
« C'est pas le cas, Bones! Ok ? Je veux dire, tu… » Il souffla d'exaspération et se passa les doigts dans sa chevelure courte. « Laisse tomber. »
Il se concentra sur la route, tapotant nerveusement le volant. Brennan haussa les sourcils, finissant par comprendre que, pour une raison ou une autre, il valait mieux qu'elle se taise.
Mais ce silence fut rapidement brisé par le curieux petit Parker.
« Vous allez chercher le petit garçon perdu avec mon papa, docteur Bones ? »
Brennan fronça les sourcils et tourna son regard vers Booth. « Tu ne m'as pas dit que c'était un petit garçon. »
Mais lorsqu'elle rencontra son regard noir, elle eut l'intuition qu'il valait mieux qu'elle essaye de garder la bouche fermée tant que Parker était dans la voiture, même si elle ne comprenait pas vraiment pourquoi.
« Mon papa m'a dit qu'il allait aider une maman et un papa à retrouver leur petit garçon pour qu'ils puissent retourner au zoo avec lui, aussi. »
Brennan arrondit les yeux et se mordit la lèvre pour s'empêcher de parler et de révéler tout haut que le petit garçon était très probablement mort. Même si elle n'était pas d'accord avec cette façon de mentir à un enfant pour le protéger de la vérité, le regard de Booth lui rappela que ça n'était pas ses affaires. Manifestement, se mettre entre lui et son fils serait une très mauvaise idée.
« Moi je suis fier de mon papa ! » s'exclama joyeusement Parker.
Brennan se tourna dans son siège pour regarder l'enfant.
« Oui, tu peux être fier de lui, Parker » dit-elle avec un sourire. Booth ne la gronderait pas pour ça, si ?
« Il aide à faire arrêter des gens méchants, hein ? »
Elle acquiesça. « Oui, tout-à-fait. »
« Quand je serai grand je veux arrêter des gens méchants comme lui ! »
Booth ne put s'empêcher de rire. « Ouh la, chaque chose en son temps, hein ? »
« J'ai pas besoin de temps, c'est ça que je veux faire ! Maman dit que c'est dangereux mais je m'en fiche. J'ai pas peur. J'aurai un pistolet comme toi, et si les méchants essayent de tuer, je les tuerai avant. Et si ils me tirent dessus, j'aurai un gilet pour balles. »
Avec ses mains, le petit garçon mima une arme imaginaire qu'il pointa sur Brennan, faisant semblant qu'elle était une ennemie et qu'elle le menaçait.
« Pan ! Pan ! T'es morte ! »
« Wow ! Ca n'est pas très gentil de ta part ça, Parker », se plaignit Brennan.
L'enfant éclata de rire.
« Eh, Parker. Tu te souviens ce que j'ai dit ? » lui rappela fermement Booth. « Une arme n'est pas un jouet, et tuer des gens n'est pas un jeu. »
Un air penaud apparut sur les traits attendrissants de Parker. « C'est aussi ce que Maman dit. »
« Et elle a raison. »
« Ben, il est contale. »
« Comptable, Parker » corrigea son père. "Tu sais ce que ça veut dire?"
« Oui, ça veut dire qu'il fait des maths toute la journée. Baaaaaarbant ! »
Brennan sourit. Cet enfant, c'était vraiment quelqu'un.
« Je comprends pas pourquoi Maman préfère le travail de Ben. Le travail de Papa est mieux. Celui de Ben est pourri », ajouta Parker, insistant sur le dernier mot.
Un air de fierté s'affiche sur le visage de Booth et, satisfait que son fils trouve son travail plus intéressant que celui du nouveau petit ami de Rebecca, il oublia de lui rappeler que 'pourri' n'était pas l'expression la plus polie qui soit.
Brennan regarda Booth accompagner Parker à la porte de la maison de son ex-femme, un sac dans chaque main. Lorsqu'il se tourna rapidement et lui adressa un sourire, elle se demanda s'il signifiait « Ne t'en fais pas, je ne serai pas long » ou bien « Souhaite moi bonne chance ». Peut-être les deux.
Elle lui rendit son sourire, sincèrement. Et alors qu'il lui tournait déjà le dos, elle ne se rendit même pas compte qu'elle continuait à sourire. Aussi fatiguée qu'elle fut de sa soirée (et surtout des verres de trop) de la veille, elle ne regrettait pas de n'avoir pu rester chez elle. En réalité, durant les dernières semaines, à aucun moment elle ne s'était plainte de devoir laisser quelque chose en plan pour aller sur le terrain. Quelque chose qui ne lui ressemblait pas. Son nouveau roman, ses entraînement d'arts martiaux, ses sorties, même son travail au labo ne lui donnait plus autant de satisfaction qu'avant.
Ce qu'elle ne saisissait pas encore bien, c'était si elle s'était soudain découvert une passion pour le travail de terrain en lui-même, ce qui était fort probable mais surtout rassurant ; ou si elle était tout simplement impatiente de passer plus de temps avec son partenaire, une possibilité un peu plus perturbante.
La vérité était qu'elle ne cessait de repenser à l'une de leurs dernières sessions avec le docteur Sweets, lorsqu'ils étaient parvenus à la conclusion que, mises à parts les affaires qu'ils traitaient ensemble, leur relation se ramenait à un simple… café. Et cela le préoccupait. Beaucoup. Elle se rappela le moment où leurs yeux s'étaient rencontrés. Même si elle était très mauvaise pour lire dans les pensées, elle avait remarqué combien il avait semblé blessé, lui aussi. Comme giflé au visage. Ils étaient partenaires, mince, et ils étaient des professionnels, d'accord, mais n'étaient-ils pas aussi amis ? Lorsqu'ils savaient qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre, était-ce seulement une nécessité professionnelle ?
Elle aimait à penser que non.
Lorsque Booth revint et qu'elle vit l'air affiché sur son visage, elle comprit que dans le moment présent, être une amie signifiait se taire. Et essayer de ne pas s'endormir, juste au cas où il éprouverait le besoin de parler.
« Elle m'a dit que c'était la dernière fois », dit Booth, brisant le silence qui s'était installé au cours du dernier quart d'heure. « Elle m'a dit que si mon travail était plus important que mon fils, je pouvais oublier Parker. »
Brennan le regarda d'un air navré.
« Je suis désolée, Booth. Je ne sais pas quoi dire. Peut-être que la prochaine fois, on pourrait l'amener à Angela… Elle adore les enfants et je suis sûre qu'elle serait ravie de s'occuper de Parker. »
Booth rit. « Elle était bourrée, hier, tu te souviens ? »
« Oui, c'est vrai », admit-elle en haussant les épaules. « Mais Hodgins aime aussi les enfants. »
« Merci, Bones, mais c'est pas le problème. Tu sais, Rebecca, elle… Enfin, si c'est pas moi qui lui ramène Parker le dimanche soir, elle piquera une crise. »
« Désolée. En tant que père, tu ne mérites pas ça. »
Booth fut stupéfait du compliment, mais peut-être parce qu'elle venait de réaliser qu'elle avait dit quelque chose de gentil, Brennan décida de préciser son point de vue.
« Je veux dire, tu es un père attentif et aimant, qui fait des tas de choses avec son fils, tout en lui donnant l'éducation qu'il pense être la meilleure. Je pense que c'est la définition d'un bon père. »
Elle fit une pause, comme pour réfléchir à ce qu'elle venait de dire.
« J'aurais aimé avoir un père comme toi », ajouta-t-elle, sa voix trahissant le regret qu'elle éprouvait.
S'il n'avait pas été en train de conduire, il l'aurait embrassée sur les deux joues et l'aurait serrée dans ses bras. Bien que, pour être tout-à-fait honnête, l'embrasser passionnément sur les lèvres aurait été plus près de ce qu'il aurait effectivement souhaité.
Mais tout ce qu'il put lui donner à ce moment-là fut son regard le plus reconnaissant.
« Merci, Bones. Tu sais, ça… Ca signifie beaucoup pour moi. »
« Je t'en prie. »
« Tu sais quoi ? »
« Quoi ? »
« Je me suis bien amusé en Floride… »
« Je n'en doute pas une seconde »
« … mais ma partenaire m'a manqué » termina-t-il, lui adressant son plus beau sourire.
« Oh, je suis sûre que c'est faux », dit-elle d'un air peu convaincu.
« Non, c'est vrai. Tu m'as vraiment manqué. Je pourrais dire que je suis content qu'on ait enfin une affaire sur laquelle travailler ensemble si ça ne concernait pas… tu sais… un enfant."
« Oui, je comprends », dit-elle sur un ton compatissant. « D'ailleurs, pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'il s'agissait d'un enfant quand tu m'as appelée ? »
Elle n'avait pas dit clairement qu'elle ressentait même chose, mais quelque part, il savait que c'était le cas. Ou il l'espérait.
« Je sais pas, j'étais fatigué, je suppose. J'ai essayé d'aller à l'essentiel. »
Il ne dit pas combien il avait été perturbé par les détails donnés sur le corps. Il n'en avait pas besoin, car elle savait combien il détestait chaque affaire qui impliquait des enfants.
« Je comprends », dit-elle simplement.
De nouveau, le regard de Booth quitta brièvement la route pour se poser sur sa partenaire.
« Tu devrais dormir, tant que tu peux. Ca va être une longue journée. »
Elle lui adressa un sourire reconnaissant, s'enfonça un peu plus dans son siège, et ferma les yeux. Après une profonde inspiration, suivie d'une longue expiration, chaque muscle totalement relaxé, elle sombra dans le sommeil presque immédiatement.
Booth savoura le silence et la sensation réconfortante que lui procurait la présence de sa partenaire endormie à côté de lui. Il avait prévu d'aller à l'église avec Parker, ce matin-là. C'est pourquoi il profita de ce moment pour prier. Il pria pour l'enfant innocent dont les parents inconsolables devraient apprendre le sort de sa bouche. Il pria pour la sécurité de son propre enfant.
Il jeta un œil à Bones. Elle semblait si paisible avec sa tête sur le côté, et sa bouche à-demi ouverte. Il pria pour elle aussi. Pour qu'elle comprenne combien son père l'aimait. Et il pria pour eux. Pour leur collaboration, leur amitié. Une amitié qu'il ne pensait pas une seconde pouvait se résumer à un simple café.
"This is the way we go to church
So early Sunday morning…"
Chloe s'agenouilla sur le sol, au pied de son lit. En dépit de la chaleur qui régnait dehors, le sol était froid et dur sous ses jambes nues. Elle joignit ses mains, plia la tête et commença à prier.
Elle pria pour que sa maman aille bien, pour que son papa soit heureux, pour que sa grand-mère soit en bonne santé. Elle pria de pouvoir les revoir. Elle pria pour que quelqu'un vienne et la sorte d'ici. Elle pria pour qu'il la laisse tranquille, pour qu'il ne la touche plus jamais. Mais, sachant que Dieu n'aimait pas les vilaines pensées, elle ne pria pas pour qu'il meure.
A/N : Merci de m'avoir lue et à bientôt pour le prochain chapitre !
