A/N : Merci à toutes les personnes qui prennent le temps de laisser des reviews, ça fait vraiment très plaisir. Je vais essayer de répondre un peu plus souvent, promis ! En tout cas, un gros bisou général.
Chapitre 4 : Le murier
Booth alluma le lecteur CD. Même si son visage était tourné vers la fenêtre, il n'avait pas besoin de voir sa partenaire pour savoir qu'elle était encore plongée dans un profond sommeil. Il la connaissait suffisamment bien pour savoir que la musique ne la réveillerait pas s'il ne mettait pas le son trop fort. Par ailleurs, cela lui permettrait d'éviter de s'endormir, lui aussi, car la route qu'il suivait était des plus droites et monotones.
Les premières notes de la chanson lui rappelèrent que le CD resté dans le lecteur était son Best of Foreigner.
"So long, I've been looking too hard, I've been waiting too long…"
Cherché trop dur, pas vraiment. L'amour ne se cherche pas, il vient lorsqu'on l'attend le moins. Et parfois, avec la personne qu'on attend le moins.
Attendu trop longtemps, certainement. Il ne put empêcher ses yeux de quitter la route pour se tourner vers sa partenaire endormie. Et il ne put retenir un léger soupir.
"Sometimes I don't know what I will find, I only know it's a matter of time…"
En réponse, Brennan inspira profondément dans son sommeil, et sa tête roula de l'autre côté. Il se mordit la lèvre, son regard alternant entre la route et elle. S'il avait osé, et s'il l'avait put, il aurait tendu le bras pour effleurer sa joue.
"When you love someone, when you love someone
It feels so right, so warm and true, I need to know if you feel it too…"
Ses lèvres semblaient si douces ; à demi ouvertes, comme une invitation. Nouveau soupir. Pourquoi cela lui semblait-il si…
Un autre soupir. Non. Vraiment, il fallait oublier ça.
"Maybe I'm wrong, won't you tell me if I'm coming on too strong…"
Il prit une profonde inspiration puis expira lentement, chassant l'air de ses poumons. Il fallait vraiment qu'il se calme ou bien la voiture sortirait très vite de la route. Bien sûr qu'il avait tort. Son cœur avait tort de battre si fort dans sa poitrine lorsqu'il la voyait, son corps avait tort de brûler d'une manière aussi incontrôlable au moindre contact physique avec elle, son esprit avait tort de se concentrer sur elle plutôt que sur son travail.
"This heart of mine has been hurt before, this time I wanna be sure…"
Ca sonnait tellement faux de penser professionnalisme alors qu'il brûlait de l'embrasser, tellement faux de faire comme si rien n'avait changé alors quand cette fichue ligne le narguait.
"I've been waiting for a girl like you to come into my life
I've been waiting for a girl like you…"
« On arrive dans combien de temps ? »
La voix endormie de Brennan le ramena à la réalité. A l'exception de ses paupières à présent ouvertes, elle n'avait pas bougé, et ses yeux encore voilés par le sommeil le fixaient innocemment.
Il coupa le son d'un geste nerveux, se demandant si elle l'avait surpris en train de la regarder.
« Pas longtemps. Une vingtaine de minutes, tout au plus. »
Elle étira ses bras devant elle, puis il sentit qu'elle avait tourné de nouveau son regard vers lui.
« Tu peux laisser la musique. J'aime bien cette chanson. »
"Here we go 'round the mulberry bush
The mulberry bush, the mulberry bush…"
Chloe s'agenouilla dans l'herbe. Elle savait qu'il était là ; qu'il l'observait, qu'il la surveillait. Mais cela n'avait pas d'importance. Elle n'avait qu'à faire semblant d'être seule. Elle tendit le bras et examina le murier. Les baies étaient petites et pales. Bien sûr; c'était seulement juillet.
Elle s'allongea sur le sol et fixa la cime des arbres. Leur ombre fraîche la protégeait de la chaleur du brûlant soleil d'été. Elle ferma les yeux et se concentra sur les odeurs qui lui chatouillaient les narines. L'odeur de l'herbe, de la terre, des arbres ; l'odeur de la brise, le parfum des fleurs. Puis elle tourna son attention vers les sons autour d'elle. Le gazouillis des oiseaux, le bourdonnement des insectes ; le léger tremblement des feuilles.
Les yeux toujours fermés, elle saisit une poignée d'herbe et laissa ses doigts s'enfoncer dans le sol, comme pour se connecter à la terre, se lier à cet endroit. Et elle souhaita pouvoir rester ici pour toujours.
« Le sacrum est petit, encore en développement. C'est une petite fille, de six à huit ans environ. Race blanche. »
Agenouillée sur le sol, ses gants en latex sur les mains, Brennan faisait de son mieux pour enlever la terre et les feuilles séchées qui recouvraient le petit corps, essayant de ne pas se blesser avec les épines du murier qui s'était étalé au dessus du cadavre de la pauvre enfant enterrée dessous.
Le shérif, un homme avenant avec une barbe, s'approcha d'elle, curieux.
« Vous pouvez déjà donner la cause de la mort ? »
Brennan se releva, secouant sa tête en réponse.
« Je ne peux pas affirmer quoi que ce soit si tôt. J'ai besoin que le corps soit transporté à Washington et étudié au Jeffersonian. »
Elle retira ses gants et se tourna vers Booth.
« Je devrais peut-être revenir à Washington moi aussi, et aider Zach. Ca n'est pas si loin, je vais louer une voiture. »
« Non ! » Il s'éclaircit la gorge, l'exclamation étant sortie de sa bouche plus fortement qu'il n'en avait eu l'intention. « Je veux dire, Zach est un grand garçon maintenant, il n'a plus besoin de toi, sinon il n'aurait pas son diplôme, pas vrai ? »
Brennan le regarda pensivement pendant quelques secondes avant d'acquiescer. « Oui, c'est vrai », répondit-elle simplement.
Booth lui lança un regard suspicieux. Il attendait manifestement un contre-argument. Mais il ne vint jamais, ou bien elle n'avait pas eu l'intention d'en amener un. Wow… Il n'était pas encore habitué à ce qu'elle puisse être d'accord avec lui. C'était arrivé quelques fois au cours des dernières semaines, et cela le laissait encore sans voix. Mais, eh, ça n'était pas lui qui irait s'en plaindre.
« De toute façon, je préfère t'avoir ici pour que m'aider avec les interrogatoire. »
« Oui, il y aura beaucoup à faire », lui accorda-t-elle.
Booth ne put empêcher ses lèvres de s'étirer en un sourire. Elle était tellement sexy quand elle était d'accord avec lui. Mais son sourire s'effaça, remplacé par une expression d'agacement qui lorsque le shérif se plaça entre eux, brisant le moment.
« Agent Booth, docteur Brennan, de quoi avez-vous besoin de la part de mon équipe maintenant ? »
« Comme le docteur Brennan l'a dit, le corps doit être amené à Washington. Nous aurons besoin d'un peu de votre temps aujourd'hui : nous avons quelques questions à vous poser avant que le corps soit identifié. »
« Pas de problème. Je suis à votre disposition. »
"Merci, Shérif, j'apprécie ça", dit Booth avec un léger froncement de sourcils lorsque Brennan attrapa la manche de sa veste et tira dessus pour attirer son attention.
« Booth… Je dois te parler en privé. »
« Euh… Oui, bien sûr. »
Il plaça sa main dans le creux de son dos et la mena un peu à l'écart.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« C'est au sujet du corps. J'ai dit que je ne pouvais rien assurer mais j'ai bien remarqué des éléments importants, même s'ils doivent être confirmés par de plus amples examens. Il n'y a pas de marques de blessures. Elle n'a pas été poignardée, ni étranglée, rien de tout ça. Pas même attachée. Je pense qu'elle a été étouffée. »
« Je ne comprends pas… Pourquoi tu n'as pas dit tout ça devant le shérif? »
« Parce que ça n'est pas tout. Je suis pratiquement certaine que cette petite fille a subi des abus sexuels. »
« Oh seigneur… Comment tu le sais ? »
« Eh bien, en regardant son… »
Il agita ses mains pour lui indiquer de ne pas continuer, regrettant immédiatement d'avoir posé cette question.
« Ok, ok », l'interrompit-il. « Finalement je veux pas vraiment le savoir. »
« J'ai pensé qu'il était préférable de ne rien dire avant d'en être sûrs. Mais je pense qu'on devrait commencer à diriger notre enquête vers la possibilité d'un enlèvement d'enfant, et… »
« …et dresser la liste des délinquants sexuels de la région », termina Booth, avant de souffler sous le regard compatissant de sa partenaire. Il commençait à redouter ce qu'ils allaient découvrir. Il pouvait déjà le sentir. Cette affaire s'annonçait longue et difficile.
« Chloe, ma chérie, il faut y aller maintenant. »
Chloe ouvrit les yeux, le sourire aux lèvres. Le soleil jouant avec ses courtes mèches blondes, elle était là, devant elle, les mains sur les hanches. Sa maman. Elle offrit sa main à sa petite fille et, riant, Chloe tendit le bras pour la prendre.
Mais leurs mains ne se touchèrent jamais. Au lieu de cela, ce furent des mains fortes et fermes qui l'attrapèrent sous les aisselles pour la forcer à se redresser.
« Allez, Becky, je dois aller en ville pour faire des courses, alors tu vas être une gentille fille et rester tranquillement dans ta chambre. »
Chose surprenante, cela lui importait peu. Elle ne prit pas la peine de pleurer. Elle ne gémit même pas. Elle ne résistait plus, ne réagissait plus. Elle en était arrivée à se demander si elle pouvait encore sentir quoi que ce soit. Il pouvait faire ce qu'il voulait d'elle. L'appeler Becky, l'enfermer dans une cave sombre et froide. Car il ne pourrait jamais lui voler ses souvenirs, et il ne pourrait jamais effacer ses rêves. Il pouvait lui saisir le bras, mais il ne pourrait jamais l'empêcher d'imaginer que c'était sa mère qui la tenait tendrement. Il pouvait la gronder lorsqu'elle chantait, mais il ne pourrait jamais empêcher cette chanson de tourner dans sa tête.
"Here we go 'round the mulberry bush
So early in the morning…"
La nuit tombait lentement sur la petite ville de Tappahannock, en Virginie. Booth repoussa son assiette vide puis étira ses bras et ses jambes avec un grognement de fatigue. Les pleurs de Parker, les cris de Rebecca, le trajet et cette longue journée de marche et d'enquête commençaient à avoir raison de lui.
« Fatigué ? » demanda Brennan, surprise. « Il est seulement dix heures moins le quart. »
« Eh, qui a conduit? » fit-il remarquer.
« Tu ne me laisse jamais conduire de toute façon », répliqua-t-elle d'un ton boudeur, haussant les épaules.
« Tout-à-fait, parce que j'ai pas envie que t… » Un bâillement l'empêcha de terminer sa phrase. « Oh, peu importe. Je suis trop fatigué pour qu'on se dispute, ce soir. »
Lorsqu'il se leva, Brennan l'imita et ils se dirigèrent ensemble vers l'ascenseur. Le couloir menant vers leurs chambres voisines était vide et silencieux.
« Tu veux venir regarder la télé avec moi ? » proposa-t-il en s'arrêtant devant la porte de sa chambre.
Elle rit légèrement. « Tu vas t'endormir, Booth. Tu ferais mieux d'éteindre la télé et la lumière."
« Oui… tu as raison, je… je ferais mieux de faire ça… Ecoute, Bones, je… » Il se passa la main dans ses cheveux courts, l'air embarrassé. « Il y quelque chose qui me… enfin, qui m'embête. »
Elle lui lança un regard interrogatif. « Qu'est-ce que c'est ? »
« Euh… Tu te souviens de notre dernière séance avec Sweets ? »
« Bien sûr. Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle, glissant sa carte dans le petit boitier pour ouvrir la porte.
Booth la suivit à l'intérieur et appuya son épaule et sa tête sur le mur de l'entrée.
« Qu'est ce qui se serait passé s'ils nous avaient séparés ? »
Brennan s'arrêta et se tourna vers lui, interloquée.
« De quoi tu parles ? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas ? »
« Non! Non, je veux dire, si c'était notre dernière affaire… qu'est ce qu'on deviendrait? »
« Si on ne travaillait plus ensemble ? »
Lorsqu'il acquiesça, elle se laissa tomber sur le lit, perplexe.
« Je suppose qu'on… » commença-t-elle, cherchant ses mots. « Je suppose qu'on se verrait occasionnellement…. Je ne sais pas, Booth. J'aimerais pouvoir dire que je n'aurais jamais plus à identifier la victime d'un meurtre, malheureusement c'est très loin de la vérité. Et manifestement, ils ne vont pas nous séparer, alors pourquoi tu me demandes ça ? »
« Parce que j'y pensais, c'est tout… Parce que si on arrêtait de travailler ensemble, beaucoup de choses changeraient, et je… »
Elle le fixa d'un air à la fois confus et inquiet. « Tu n'es pas en train de me dire que tu veux qu'on arrête de travailler ensemble, quand même ? »
« Non Bones, je voulais seulement dire que si on y était obligés, je veux pas que notre amitié s'arrête avec notre collaboration professionnelle. Après tout ce qu'on a vécu ensemble, je peux tout simplement pas accepter que notre relation se résume à… à un café. »
Visiblement soulagée, elle lui adressa un sourire sincère. « Oh… eh bien… moi non plus. »
Alors qu'il lui rendait son sourire, soulagé lui aussi, elle se leva et se rapprocha de lui.
« Ecoute, Booth, je sais combien tout ça est difficile pour toi, je parle de Parker et de Rebecca. Et je sais combien les affaires concernant des enfants sont difficiles pour toi. Je suis désolée si tu es perturbé à cause de cette affaire… Enfin, je… je voulais juste te dire que je suis là, tu sais, de la même façon que tu es là pour moi quand j'ai des problèmes avec mon père… »
« Merci, Bones. »
Il lui ouvrit ses bras. En vérité, il avait initialement voulu traverser l'espace qui les séparait et l'envelopper de ses bras. Après tout, il se souvenait qu'elle avait approuvé lorsqu'il avait proposé que le jour où il aurait peur à son tour et qu'il se jetterait dans ses bras comme elle l'avait fait lorsqu'elle avait cru son frère mort, ils seraient quittes. Non pas qu'il avait peur dans le moment. Mais ça marcherait aussi, non ?
Non. Pas vraiment. Et c'était vraiment inapproprié.
« Viens là », l'invita-t-il.
Et avec le plus beau sourire d'elle qu'il eut jamais vu, elle vint l'entourer de ses bras, et il la guida contre lui.
Elle le serra un peu plus fort qu'elle aurait dû ; et il ne la serra pas aussi fort qu'il l'aurait voulu. Mais lorsqu'ils s'écartèrent l'un de l'autre, il n'y avait pas de gêne entre eux ; il n'y en avait jamais. Il n'y avait que de la gratitude et de l'amitié dans leurs yeux. Dans tous les cas, il y avait ce fort lien émotionnel que l'une, pour se rassurer, attribuait aux implications de leur relation professionnelle, tandis que l'autre commençait à l'envisager sous un tout autre angle qui aurait expliqué pourquoi leurs deux cœurs avaient battu bien trop fort contre la poitrine de l'autre.
« Bonne nuit, Bones », murmura-t-il, un peu trop tendrement.
« Bonne nuit, Booth », répondit-elle avec un sourire qu'elle ne pensait pas si chaleureux.
Lorsqu'il eut regagné sa chambre, il se rendit compte que la chanson qu'il avait entendu un peu plus tôt dans la voiture lui trottait dans la tête, et qu'il ne pouvait s'empêcher de la fredonner.
"I've been waiting for a girl like you…"
A/N : Si je vous embête avec mes histoires de grève de la WGA, arrêtez-vous de lire tout de suite huhu Juste pour dire que les négociations reprennent après Thanksgiving, c'est-à-dire lundi 26 novembre. La WGA n'a pour l'instant pas décidé de stopper la grève pour autant, ni avant, ni pendant. Mais j'espère que c'est le début d'une série de bonnes nouvelles, croisons tous les doigts pour que ça ne se passe pas comme il y a quinze jours et qu'ils arrivent rapidement à un accord. Je veux plus de 12 épisodes de Bones, House, Heroes, et autres moi :'(
A très bientôt pour un nouveau chapitre !
