A/N : Je sais, ça fait un petit moment que j'ai pas mis à jour mais j'étais trop occupée avec les spoilers -gloussement débile- Je sais, j'ai encore douze ans dans ma tête. Bonne lecture en tout cas !


Chapitre 5 : Petite fille perdue


"This is the way we mend our clothes
Mend our clothes, mend our clothes
This is the way we mend our clothes
So early Wednesday morning…"

Elle se souvenait de ce jour. C'était un mercredi après-midi ensoleillé. Elle s'en souvenait bien parce que son amie Franny venait juste de l'inviter à son goûter d'anniversaire, supposé se dérouler le samedi suivant.

Ses parents lui avaient strictement interdit de parler aux étrangers. Ils avaient eu cette conversation avec elle des milliers de fois, et insistaient fermement pour que jamais—'Tu m'as bien compris ?', avait insisté son père en pointant son doigt vers elle—jamais elle n'accepte quoique ce soit venant d'un étranger, en particulier si c'était un adulte, et en particulier si c'était un homme. Voilà pourquoi Chloe n'acceptait jamais de bonbons lorsqu'on lui en proposait, et n'aurait jamais suivi qui que ce soit dans un parc d'attraction, aussi fantastique fut il.

Mais ce jour-là, alors qu'elle sortait de l'école, elle n'avait vu sa mère nulle part. Et cet homme, il n'avait pas de bonbons, ni de glace, pas même des tickets gratuits pour le manège. Il avait seulement des yeux bleus gentils et une barbe amusante, et dans ses mains, un ours en peluche qui, elle en avait été absolument certaine alors, était le sien, car son nez était griffé exactement de la même manière que son Tommy. Il avait dit que son père avait eu un accident et qu'il était à l'hôpital, et que c'était la raison pour laquelle sa maman ne pouvait pas la récupérer ; qu'elle ne devait pas s'inquiéter, toutefois, car son père serait très vite guéri ; qu'il allait la conduire à l'hôpital et qu'elle pourrait l'embrasser sur la joue pour l'aider à guérir encore plus vite, car les baisers des petites filles étaient magiques ; qu'il était un vieil ami de ses parents mais qu'elle ne pouvait pas se souvenir de lui puisque la dernière fois qu'ils s'étaient vus, elle n'était encore qu'un bébé.

Alors, lui disant combien elle avait grandi vite et combien elle était mignonne, il l'avait menée jusqu'à sa voiture, et ils avaient voyagé un long moment avant qu'elle ne comprenne qu'en réalité ils n'allaient pas vraiment à l'hôpital. Les yeux bleus gentils s'étaient transformés en des yeux gris très durs, et sa barbe n'était plus du tout amusante.


Angela fixa pensivement le croquis qu'elle tenait dans les mains. Longs cheveux blonds, grands yeux clairs. Elle avait choisi de lui donner un air innocent et un joli sourire. Il ne lui venait tout simplement pas à l'idée de dessiner un enfant d'une autre manière. Un poids sur l'estomac, elle laissa échapper un profond soupir. C'était décidément la partie de son travail qu'elle détestait le plus.

Elle plaça la feuille de papier sur le scanner. Après quelques secondes, l'image s'afficha à l'écran. Pauvre petite chérie…

Elle ouvrit le logiciel de reconnaissance faciale et lança une recherche parmi les enfants disparus dans la période que Brennan lui avait indiquée, en sélectionnant dans un premier temps les états voisins. Elle attendit, le cœur au bord des lèvres, les photos passant devant ses yeux. D'une minute à l'autre, le défilement s'arrêterait sur l'une d'entre elles. C'était un peu comme une loterie funeste. Dans quelques heures, les parents de l'un de ces enfants connaîtraient la vérité. Et dans quelques jours, ces mêmes parents pourraient enfin enterrer correctement leur petite fille. Enfin, ils pourraient la pleurer.

Elle retint son souffle, les yeux collés à l'écran.

Eeeeeeet…

L'image se figea ; elle correspondait parfaitement à son croquis.

Nous avons une gagnante ! Elle s'appelle Sarah, elle a cinq ans et demi, elle est blonde avec les cheveux longs, de jolis yeux bleus, et elle vit à Staunton, en Virginie.

Vivait. Disparue en Août 2005. Morte à l'automne 2006. Son squelette à présent étendu sur une table d'examination de l'institut Jefferson.

Angela sentit des larmes lui brûler les yeux, et elle eut du mal à retenir un sanglot. Elle n'était généralement pas aussi sensible, mais ce jour-là… cette photo… ces yeux, ce sourire… C'était plus qu'elle n'en pouvait supporter.

Elle sursauta légèrement lorsque les mains de son fiancé se posèrent sur sa taille.

« Tu veux qu'on aille dans la salle de stockage des objets médiévaux ? » murmura Hodgins dans son oreille avant de déposer un baiser tendre dans son cou.

Lorsqu'elle ne répondit pas ni ne bougea, il leva les yeux vers l'écran. « Oh, on dirait qu'on a une gagnante ! »

Angela tourna la tête pour le regarder dans les yeux, un air furieux affiché sur son joli visage. « Ne dis pas ça comme si tu étais content, Jack. C'est une petit fille, elle a disparu, et je ne veux même pas savoir quelles ignominies on lui a fait subir avant qu'elle meurt. »

Il nota les larmes dans ses yeux, il pouvait les entendre dans sa voix. « Je… Je suis désolé, Angela, tu sais bien que c'est pas ce que je voulais dire. »

« Oui, je sais… Désolée, je sais pas ce qui m'arrive. C'est juste que… Parfois, c'est difficile… Ce genre d'affaires…"

« Je sais, Angie », dit-il en lui caressant la joue.

Elle appuya sa tête contre son ventre, savourant la chaleur et le réconfort qu'il lui procurait, et se surprit rapidement en train de sourire. C'était toujours comme ça avec Jack. Il lui donnait de la force, lui apportait de la joie, chassait ses doutes. Et pour ça, elle était reconnaissante.


Booth était perturbé. Non pas que penser à ce qui était arrivé à leur petite victime et étudier le dossier de chaque délinquant sexuel de la région était facile pour elle, mais elle savait à que point il était toujours affecté par les affaires impliquant des enfants. De plus, leur enquête ne progressait pas puisqu'ils n'avaient toujours pas reçu d'appel de l'équipe du labo pour leur donner une identité. Ils avaient parlé à des douzaines de personnes, mais comme d'habitude, personne n'avait rien vu, personne ne savait rien, et personne en pouvait penser à qui que ce soit capable de commettre un acte aussi horrible envers une petite fille.

Oui, Booth était perturbé. Elle pouvait le voir tellement clairement. Il lui souriait, mais ses yeux étaient emplis de fatigue. Il blaguait comme d'habitude, mais il avait appelé Parker deux fois depuis la veille. Il ne l'appelait jamais aussi souvent. Il était stressé, et il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour ça. Des partenaires apportaient du réconfort à l'autre lorsque l'un d'eux en avait besoin, elle avait bien saisi l'idée. Mais elle ne pouvait tout de même pas l'étreindre toutes les cinq minutes… Ca ressemblerait à quoi ?

Elle se mordit la lèvre, puis sourit en pensant à quel point elle le connaissait bien maintenant. Avait-elle jamais connu quelqu'un aussi bien ? Avait-elle jamais été capable de terminer les phrases de quelqu'un d'autre comme elle le faisait avec lui ? Quelqu'un s'était-il jamais confié à elle aussi honnêtement qu'il l'avait fait ? Elle connaissait une partie de sa vie qu'il cachait à la plupart des gens. Et, de la même façon, il la connaissait mieux que personne. Elle pouvait voir ses vieilles blessures, il connaissait ses cicatrices ; elle comprenait ce qu'il endurait, il pouvait lire en elle.

« Pourquoi tu souris, Bones ? »

Sa voix n'était ni dure, ni accusatrice. Elle était douce et curieuse. Pourtant, elle la fit sursauter. A cause de ce à quoi elle était en train de penser, peut-être.

Elle haussa les épaules, comme pour faire disparaître ces pensées.

« Je ne sais pas. »

Il parut légèrement déçu.

« Oh, allez, Bones. A quoi tu pensais ? »

"A r…"

Son téléphone portable sonna, lui évitant le trouble d'avoir à se justifier.

« Désolée, c'est Cam, ils ont peut-être une identité. »

Il la fixa avec intérêt. Non pas qu'il était impatient de connaître les nouvelles pistes de l'affaire. Quelques minutes auparavant, il aurait écouté attentivement, mais à présent ça n'était plus si important. Il aurait tout donné pour savoir à quoi elle avait pensé. Son air était tellement rêveur, presque tendre. Un air qu'il lui voyait rarement.

Lorsqu'elle raccrocha, il avait toujours son regard fixé pensivement sur elle.

« On a une identité. Sarah Scott, cinq ans, disparue en août 2005. Ses parents vivent toujours au même endroit, près de Staunton. On devrait aller leur parler rapidement. »

Ce fut son tour de laisser échapper un léger soupir. Il adorait la voir imiter ses réactions, anticiper ses décisions, répéter ses mots. Il ne s'en lassait pas.

« Pourquoi tu ris ? » demanda-t-elle avec un léger froncement de sourcils.

Il la dévisagea en silence un moment avant de répondre. Pauvre Bones. Elle devait penser qu'elle avait dit quelque chose de mal.

« Pour rien. »

« Je vais réserver l'hôtel alors. J'aimerais bien avoir une chambre avec une clim qui marche, cette fois. »

Avec un sourire malicieux, il la regarda se lever. Je t'ai eue, Bones.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Il se mordit la lèvre, secouant la tête d'un air innocent.

« Rien rien. »

Elle le regarda suspicieusement, plissant les yeux comme si ça pouvait l'aider à voir en lui. Mais ça ne l'effrayait pas, c'était lui celui qui lisait dans les pensées. Et il se sentit satisfait de lui-même, car ce soir ce serait lui qui dormirait dans la plus confortable des chambres d'hôtel, payée par l'institut Jefferson.


La première nuit, elle n'avait pas dormi. Elle avait pleuré sans interruption.

Tout d'abord, parce qu'en dépit de son application à se conformer aux règles de ses parents, elle était parfaitement consciente qu'elle avait fait quelque chose de mal, et qu'ils la gronderaient. Ensuite, parce qu'elle ne comprenait pas ce qui allait se passer ensuite. Sucer son pouce n'était pas suffisant pour lui apporter le réconfort dont elle avait besoin, et elle voulait sa maman. Et finalement, parce que la fatigue commençait à prendre le dessus, et qu'elle avait compris qu'elle ne rentrerait jamais chez elle.

A présent, elle ne pleurait plus autant. Elle s'était habituée à ce que son pouce soit son seul réconfort, et d'une certaine façon, elle savait que ses parents ne la gronderaient pas. En réalité, elle se demandait s'ils étaient tristes. S'ils se souvenaient seulement d'elle. Et une partie de son esprit espérait qu'ils pensaient à elle en cet instant précis, pendant qu'elle pensait à eux.


Debbie Scotts pressa l'ours en peluche contre sa poitrine et s'appuya contre le montant de la porte, balayant de son regard la chambre de sa fille. Il n'y avait pas de poussière sur les étagères, pas de moutons sous le lit. Les peluches sur la commode, le papier peint couleur parme, les rideaux roses, même les vêtements d'enfant dans l'armoire ; rien n'avait été changé ou déplacé. Le silence, simplement, avait remplacé les rires.

Elle savait ce que les gens pensaient tout bas. Elle sentait leurs regards de pitié lui piquer la nuque. Ceux de ses amis, de ses anciens collègues, de sa famille. Même celui de son mari. Elle pouvait entendre leurs murmures. Non, elle n'était pas passée à autre chose. Elle ne le pouvait pas.

Elle remit l'ours en peluche sur la commode, au milieu de ses petits camarades. Elle continuerait à nettoyer la chambre, et à s'assurer que tout était à sa place, juste au cas où, jusqu'à ce qu'elle sache ce qu'il était arrivé à Sarah, sa petite fille.

Sa petite fille perdue.


A/N : Je sais ce que vous vous dites, pas très drôle le chapitre. Bon en même temps j'avais dit Romance/Drama. Le prochain chapitre sera différent, avec plus de B/B, et un peu plus léger, avec un cliffhanger à la fin. Merci de m'avoir lue et à très bientôt !