A/N : Une petite update avant de partir en week-end. Pour ceux qui ne sont pas au courant, et qui suivent les épisodes en même temps que les Etats-Unis, je viens d'apprendre que les trois épisodes restants ne seront diffusés qu'à partir du 22 février. Une bonne chose, je pense, parce que ça démontre selon moi que la Fox attend de voir si la grève va s'arrêter bientôt, dans l'espoir que la suite de la saison soit tournée. Si la grève s'arrête, disons, avant fin janvier, voir début février, alors il y aura le temps de tourner et enchainer. Voilà, c'était la petite parenthèse pour ceux que ça intéresse. Bonne lecture !


Chapter 9 : Dans son monde


This is the way we sweep the floor,
Sweep the floor, sweep the floor.

Il serait content quand il reviendrait. Il aimait retrouver la maison propre.

Chloé étendit le torchon à vaisselle sur le dossier d'une chaise et ouvrit le placard. Le manche du balai était bien plus grand qu'elle. Elle se demanda combien de temps cela prendrait pour qu'elle atteigne cette taille. Elle savait qu'elle avait beaucoup grandit. Lorsque les vêtements qu'il lui avait donnés étaient devenus trop petits, il lui en avait donné d'autres. Elle ne pensait pas que ceux-ci soient neufs, toutefois. Ils ne ressemblaient pas à des vêtements neufs. Mais ils étaient jolis, alors peu lui importait qu'une autre petite fille les ait portés avant elle. Ca n'était pas comme si elle avait le choix, de toute façon. La plupart du temps, il choisissait lui-même ce qu'elle allait porter.

Elle savait qu'il y avait eu une autre petite fille. Une petite fille comme elle, qui avait porté ces robes et ces tee-shirts avant elle. Elle ne savait pas à quoi elle ressemblait. Elle ne savait pas où elle était, ni qui elle était. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle s'appelait Becky.


Elle n'était qu'une idiote de s'être rapprochée autant de lui. Elle n'était qu'une idiote de l'avoir laissé l'étreindre. Elle n'était qu'une idiote de se jeter dans ses bras chaque fois que quelque chose n'allait pas dans sa vie. Elle n'était qu'une idiote de l'avoir laissé l'embrasser, qu'une idiote de lui avoir rendu ce baiser. Elle n'était qu'une idiote de penser qu'il recommencerait.

Elle voulait qu'il recommence.

« … hors de danger. Vous êtes avec nous, Docteur Brennan ?"

Le docteur avait légèrement élevé la voix, la ramenant hors de ses pensées. Elle lui adressa un regard d'excuse. Il la regarda avec compréhension, sa tête légèrement penchée sur le côté.

« Je sais que c'est difficile pour vous, » dit-il d'une voix compatissante. « Mais votre père est un homme robuste, il sera très vite remis sur pieds, vous verrez. »

Elle le remercia silencieusement de n'avoir pas ajouté « et il retournera en prison en un rien de temps. »

« Dans combien de temps ? »

« Plusieurs jours, certainement. Et si je peux vous donner un conseil, vous devriez rentrer chez vous et dormir un peu. Vous avez l'air épuisée. »

« Merci, docteur… » Elle s'interrompit, réalisant qu'elle n'avait pas prêté attention à son nom lorsqu'ils avaient été présentés. Et elle s'en voulut, car elle se souvenait de Booth lui reprochant de ne faire attention à personne autour d'elle. Ou peut-être s'en voulait-elle de penser à lui encore une fois.

« Walsh, » précisa l'homme avec un sourire patient.

« Pardonnez-moi. Merci, docteur Walsh. »

« Reposez-vous, » répéta-t-il en tapotant son bras d'un geste amical, avant de tourner sur ses talons et de disparaître au détour d'un couloir.


This is the way we sweep the floor,
So early Tuesday morning.

Elle rêvait parfois qu'elle était quelqu'un d'autre. Elle se souvenait de quelques uns des contes que sa maman lui racontait. Sam n'aimait pas les contes. Il disait que c'étaient des histoires pour les bébés et les idiots. Il aimait d'autres genres de livres qu'il lui lisait en la tenant sur ses genoux. Elle n'aimait pas ça. Elle n'aimait pas s'asseoir sur ses genoux, et ces histoires, elle ne les comprenait pas. Ces livres n'avaient pas d'images et les mots qu'ils contenaient étaient bien trop compliqués.

Lorsqu'il lui demandait si elle aimait l'histoire, elle répondait que oui. Lorsqu'il lui demandait si elle comprenait bien, elle hochait la tête. Mais en réalité, elle n'écoutait pas vraiment. Les mots glissaient sur elle comme la pluie sur ses joues. Elle n'était jamais mouillée, si elle ne le voulait pas. Elle avait ses propres histoires, son propre monde. Une autre réalité qui, lorsqu'elle en avait besoin, pouvait remplacer celle, véritable et terrible, qui était la sienne.

Et ce matin-là, alors qu'elle lavait le sol, elle trouva amusant d'être Cendrillon.


Il n'était qu'un idiot d'avoir des sentiments pour sa partenaire. Qu'un idiot, car cette femme était Temperance Brennan. Il n'était qu'un idiot de penser sans arrêt à elle, qu'un idiot de penser à elle tout court. Il n'était qu'un idiot de l'avoir embrassée en public. Qu'un idiot de l'avoir embrassée. Il n'était qu'un idiot de vouloir le refaire, de la vouloir. Il n'était qu'un idiot de n'être pas capable d'oublier le contact brûlant de ses lèvres sur les siennes, qu'un idiot de n'être pas capable de chasser de son esprit le goût de sa bouche, qu'un idiot de…

« Quelque chose ne va pas, monsieur ? »

Booth tourna le regard vers l'agent qui se tenait devant lui, et réalisa qu'il s'était arrêté sans s'en rendre compte.

« Euh… Non, non, ça va, » marmonna-t-il en dépassant l'homme. Il n'était qu'un idiot de croire que ses pensées pouvaient se voir sur son visage comme sur un livre ouvert.

« Euh… Monsieur ? »

Booth s'arrêta, agacé malgré lui. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Le premier corps est juste là. »

Il baissa les yeux, suivant la direction que l'agent lui indiquait du doigt, et vit le petit squelette qui gisait à-demi caché sous les feuilles mortes.

« Attendez… Vous avez dit le premier corps ? » Booth demanda avec une grimace.

« Oui, monsieur. On n'a pas trouvé un mais deux corps ce matin. L'autre est par ici."

Trois corps. Trois enfants. Alors qu'il suivait l'agent, Booth pensa qu'il n'était qu'un idiot d'avoir cru qu'enquêter sur la mort d'un enfant était la pire chose au monde, car enquêter sur plusieurs à la fois était définitivement un cauchemar.


Brennan referma la porte de son appartement. Elle posa le courrier sur la table sans même prendre la peine d'y jeter un œil. Elle regarda la pendule et lu qu'il était dix heures cinq, mais elle n'y fit pas vraiment attention. Elle se sentait perdue, bouleversée, effrayée. Trop de sentiments différents en même temps. Trop de choses s'étaient passées en quelques heures.

Elle ôta ses chaussures et se dirigea vers la cuisine pour se servir un verre d'eau. Le liquide froid hydrata sa bouche et sa gorge mais ne fit pas disparaître la sensation brûlante de ses lèvres sur les siennes. Il soulagea sa soif, mais n'apaisa pas son besoin de lui.

Elle s'assit sur le canapé et ferma les yeux, mais cela ne fonctionna pas. Ca n'en était que pire. Alors elle se força à penser à quelque chose d'autre. N'importe quoi d'autre. Elle pensa à son père. Un peu plus tôt, elle s'était concentrée sur son partenaire pour cesser de penser à son père. Cette fois, c'était le contraire. Ironique.

Son père. Elle était restée avec lui pendant deux heures de plus. Elle n'avait tout simplement pas pu pas aller dormir et le laisser seul. Il l'avait trouvée distraite, l'esprit ailleurs. Il lui avait dit de rentrer chez elle, plusieurs fois. Elle avait fini par l'écouter. A la fin, ça ressemblait plus à un ordre d'un père à sa fille. Alors elle était rentrée chez elle. Et à présent qu'elle était enfin là, elle se dit qu'il valait mieux qu'elle dorme. Que pouvait-elle faire d'autre, de toute façon ?

Elle s'étendit sur le canapé et ferma les yeux. Mais le sommeil semblait avoir juste commencé lorsque la sonnerie de son téléphone portable la réveilla en sursaut. Nul besoin de regarder le nom affiché sur l'écran pour deviner qui appelait. Elle hésita durant quelques longues secondes avant d'appuyer sur le bouton.

« Brennan. »

« Hé… »

« Salut. »

« Je ne te réveille pas, au moins? »

La voix de Booth était mal assurée, légèrement tremblante.

« Non. Tu ne me réveilles pas, » répondit-elle, cachant la nervosité dans sa voix beaucoup mieux que lui.

Le ton détaché qu'elle employa sembla le déstabiliser, car il marqua un silence avant de reprendre la parole.

« Ok, euh… Donc… Je ne t'envoie pas un corps mais deux. Deux enfants. »

« Ah. D'accord. »

« Je… » Elle l'entendit soupirer, clairement. « Ecoute, Bones, à propos de… de tout-à-l'heure… Je suis désolé, j'aurais pas dû… »

« Non, on n'aurait pas dû… »

« Ouais. »

« On est des partenaires. »

« C'est ça. Des partenaires. Alors… tout va bien ? »

« Tout va bien. »

« Bien. Appelle-moi dès que tu as quelque chose. »

« Oui. »

« A plus tard. »

Brennan jeta violemment son téléphone sur le canapé, avant de s'y effondrer littéralement, la tête dans les mains. Ils étaient à l'aise l'un avec l'autre, avant. Maintenant, plus rien ne serait pareil. Elle pouvait voir distinctement comment ce serait. Ils éviteraient le regard de l'autre, frémiraient au moindre contact entre eux.

Cette fichue tension s'installerait confortablement entre eux.

Elle se leva, soufflant de frustration, et se dirigea vers la salle de bain. Elle ôta ses vêtements, les laissant glisser sur le sol, et sauta dans la douche. L'eau chaude relaxa son corps et apaisa son esprit. Lorsqu'elle fut plus calme, elle coupa le robinet et s'enveloppa dans une serviette moelleuse. Elle ramassa les vêtements et les jeta dans la corbeille à linge sale avant de se rendre dans sa chambre et d'ouvrir la penderie.

Elle ne retournerait pas dormir. Elle allait au labo.


Il était onze heures moins le quart lorsque Brennan passa sa carte dans le lecteur qui restreignait l'accès à l'institut Jefferson. Par habitude, elle se dirigea vers son bureau, mais elle changea d'avis en passant devant la porte d'Angela. Il aurait été injuste de ne pas lui dire qu'elle était là.

Le « ouais » distrait qu'elle reçut en réponse à ses coups sur la porte lui indiqua que son amie était occupée. Et en effet, il fallut un moment pour qu'Angela daigne lever le nez de son écran d'ordinateur.

« Zach, je t'ai dis que j'étais… »

Angela s'interrompit d'elle-même lorsqu'elle réalisa que ça n'était pas Zach mais Brennan qui était entrée. Elle l'accueillit avec des yeux ronds, tout d'abord, puis avec son plus beau sourire qui semblait réservé à son amie.

« Brennan ! Qu'est-ce que tu fais là, ma chérie ? Tu n'es pas sensée être en Virginie? Est-ce que Booth t'a renvoyée pour aider Zach avec les corps ? Il a appelé Cam ce matin, et elle nous a dit pour les deux autres enfants… C'est tellement horrible, je peux pas croire que… »

Elle arrêta son interrogatoire lorsqu'elle vit que Brennan refermait la porte derrière elle.

« D'accord. Il y a autre chose. »

Ca n'était pas une question. Angela se leva et se rapprocha de son amie, attendant qu'elle prenne la parole.

« Angie, je… Je suis rentrée parce que mon père est à l'hôpital, » expliqua-t-elle, aussi neutre que possible.

Etouffant un cri de choc d'une main sur sa bouche, Angela entoura son amie de ses bras.

« Oh, chérie… Je suis tellement désolée… Je sais pas quoi dire… Si je peux faire quoique ce soit… »

« Ca va. » Brennan s'écarta légèrement de l'étreinte de son amie, juste assez pour la regarder dans les yeux. « Ils m'ont fait peur au téléphone, c'est pourquoi je me suis précipitée ici sans le dire à personne, mais il est hors de danger maintenant. Il sortira dans quelques jours, il ira bien. Mais, s'il te plait, garde ça pour toi. »

« Ne t'en fais pas. Je serai une tombe. »

« Même avec Hodgins ? »

Angela hocha fermement la tête. "Motus et bouche cousue. Même avec Jack."

Brennan sourit. A présent, il était temps de penser un peu moins à elle-même et un peu plus aux deux enfants dont les corps arriveraient bientôt.


Le bruit de la porte brusquement ouverte la fit sursauter. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'un jour, ce serait une autre personne qui passerait cette porte. Un homme gentil qui la prendrait dans ses bras et la serrerait fort. Un homme doux qui lui murmurerait des mots rassurants à l'oreille. Un homme fort qui n'aurait pas peur de Sam. Quelqu'un qui la ramènerait à son papa et sa maman. Qui la ramènerait chez elle.

Elle pouvait continuer de se l'imaginer tant qu'elle ne l'avait pas vu, tant qu'elle ne l'avait pas entendu parler. Pourquoi serait-ce forcément Sam ?

Elle ferma les yeux, comme pour rendre cette réalité alternative encore plus vraie.

« Qu'est-ce que tu fais, Becky ? Tu dors ? »

Sa voix rude et forte la ramena à la réalité. La vraie. Ce jour-là n'était pas le bon.


A/N : Bon week-end à tous (ou plutôt toutes, je pense pas qu'il y ait beaucoup de personnes de la gente masculine ici P)