A/N : Tout d'abord, je vous souhaite à tous une excellente année 2008. J'espère que le Papa Noël vous a apporté ce que vous voulez et que vous avez passé de bons moments en famille ! La rentrée approche mais plus qu'un mois et vingt jours pour le retour de notre chère série sur les écrans américains… Ah oui c'est long… Heureusement, il y a la fanfiction, et vous voyez, je n'ai pas rien fait pendant les vacances !
Chapitre 12 - Trahisons
Chloé descendit de son lit et se dirigea lentement vers les escaliers. Elle les grimpa, marche après marche. Silencieusement, par habitude, ou juste au cas où. Lorsqu'elle en atteignit le sommet, elle posa ses paumes à plat sur la porte et en approcha son oreille. Elle resta dans cette position, immobile pendant un long moment, mais n'entendit rien. Pas un bruit. Il était parti. Elle essaya de tourner la poignée mais trouva la porte fermée à clef. Evidemment.
Elle se laissa tomber sur une marche. Le poids dans son estomac était devenu trop lourd. Elle laissa couler librement les larmes qui glissèrent le long de ses joues. Elle porta ses doigts à sa bouche et commença à se ronger nerveusement les ongles. Il était parti. Pas comme il le faisait d'habitude, pas juste pour quelques heures. Il était parti, parti pour de bon, la laissant là, dans le noir, terrifiée, affamée et glacée. Il ne l'avait jamais laissée sans rien manger. Mais la faim n'était pas ce qui importait vraiment. Elle n'y pensait presque pas, en réalité. Le noir, non plus, n'était pas la véritable cause de sa peur. Elle s'y était habituée. Et si elle avait trop froid, elle pouvait toujours se pelotonner sous les couvertures. Mais elle n'en fit rien.
En vérité, après autant de temps passé avec lui, après avoir fait sans cesse de son mieux pour être une gentille petite fille, pour rester silencieuse, ne jamais se plaindre, ne jamais pleurnicher devant lui, pour essayer de deviner ses attentes et les devancer, elle réalisa que la simple idée qu'il ait pu partir pour de bon la faisait se sentir perdue, abandonnée. Trahie. La simple idée de ne plus jamais le revoir créait une sorte de vide en elle. Un vide déroutant, douloureux. Quelque chose qu'elle n'avait jamais cru possible de ressentir.
Une partie d'elle-même voulait croire qu'il reviendrait et que tout retournerait à la normale. Une autre partie redoutait qu'elle meure ici, oubliée, abandonnée.
Chloé se leva lentement et descendit les marches, l'une après l'autre. Arrivée en bas, elle se retourna, leva le menton pour regarder en haut de l'escalier et fixa la porte un long moment. Finalement, elle marcha vers son lit et se glissa sous les draps, à la recherche d'un peu de chaleur. Puis, son pouce dans sa bouche, elle ferma les yeux. Il ne valait mieux pas qu'elle reste derrière la porte. Si quelqu'un l'ouvrait brusquement, quelqu'un qui la sortirait d'ici, il ne valait mieux pas qu'elle soit derrière la porte.
Elle n'était qu'une idiote de penser qu'il l'aurait écoutée. Bien sûr que non. C'était lui, l'agent du FBI. Elle, elle n'était que l'anthropologue judiciaire, la scientifique. Comment avait-elle bien pu penser qu'il aurait pris en compte son avis sur ce sujet?
Elle s'appuya sur le bord d'un bureau et se passa la main sur le front. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Elle n'était pas si émotive d'ordinaire. Booth sortit de la sale d'interrogation, tenant fermement l'homme menotté par le bras. Il chercha clairement à rencontrer son regard, mais elle fit tout pour l'éviter et ne se leva que lorsqu'ils l'eurent dépassée. Ce mouvement soudain lui fit tourner la tête et sa vision s'obscurcit pendant quelques instants, mais elle ignora le malaise. Pas le moment.
Elle s'attendait à ce que l'air frais de l'extérieur la revigore, mais en dépit de l'heure matinale, une brise chaude avait déjà commencé à souffler. Les voix autour d'elle résonnaient dans sa tête, ne faisant pas sens. Elle se couvrit le front avec la main. Sa tête commençait vraiment à être douloureuse. C'était comme si un étau se resserrait lentement autour de sa boîte crânienne.
« …teur Brennan ? »
Elle redressa le dos et les épaules en entendant son nom. « Oui ? »
Elle essaya de garder les yeux sur son interlocuteur, un jeune policier avec des cheveux roux coupés courts, au lieu de son partenaire qui se tenait dans le fond avec le suspect.
« On part bientôt. Le problème, c'est qu'on va avoir besoin de deux hélicos et un de nos pilotes est malade. Le shérif a appelé un de ses vieux amis de la Navy, il sera là sous peu. »
« D'accord, » dit-elle avec un sourire poli forcé.
Elle essayait de rester concentrée alors que tout ce qu'elle voulait c'était qu'il se taise. Le moindre bruit, le moindre éclat de voix battait douloureusement dans sa tête. Elle parvint tout de même à garder le sourire, Dieu seul savait comment. Malheureusement pour elle, le jeune homme avait l'air excité par l'affaire et sa première rencontre avec une véritable anthropologue judiciaire. La poisse, c'était une vraie pipelette. Elle répondit à chacune de ses questions, parlant par automatisme, même s'il lui semblait presque que c'était une autre personne qui parlait.
Lorsque son téléphone portable sonna, elle sursauta mais se réjouit d'avoir une bonne excuse pour s'isoler du groupe.
« Bonjour Angela, » répondit-elle après un regard rapide sur l'écran.
« Ma chérie, tu es vraiment impossible, » la gronda son amie.
« Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? » demanda-t-elle, faisant de son mieux pour masquer l'épuisement dans sa voix.
« Tu es revenue en Virginie. »
« J'en déduis que tu as eu mon mot. »
« Bien sûr que oui, » soupira-t-elle. « Enfin bon, j'ai fait des recherches sur ce que tu m'as demandé. Il y a une fille qui correspond à ce que tu cherches. Chloé Brighton, cinq ans, disparue en novembre dernier à Powhatan en Virginie, après l'école. Je t'envoie une photo sur ton portable dès qu'on raccroche. La date, l'endroit, les circonstances, font que ça pourrait être elle. Mais je peux aussi me tromper complètement. »
« Merci, en tout cas. »
« Est-ce qu'au moins tu as dormi un peu ? »
« Bien sûr, » mentit-elle.
« Je t'envoie la photo tout de suite. »
« A plus tard. »
« Fais attention, Brenn. Et je sais quand tu mens, ma chérie. »
Angela raccrocha, évitant à son amie d'avoir à s'expliquer. Elles en reparleraient plus tard, il n'y avait aucun doute. Angela n'en avait pas terminé avec elle. Le téléphone laissa échapper un simple bip, indiquant qu'elle avait reçu un message. Elle l'ouvrit et détailla la photo de la jolie petite fille blonde. Elle était sur le point d'aller la montrer à Booth lorsque le jeune policier se rapprocha d'elle avec un sourire enjoué. « On part bientôt. »
Elle lui adressa un simple hochement de tête et le laissa la mener vers le shérif. Ce dernier était accompagné d'un homme qui, si l'on en croyait l'équipement qu'il portait, était le second pilote. A la façon qu'ils avaient de se comporter entre eux, ils avaient l'air de deux vieux amis qui se retrouvaient après de longues années.
« … ça très souvent, en effet. »
L'éclat de rire général qui avait gagné le groupe de personnes autour d'elle la fit sursauter. Bien qu'elle n'eût aucune idée de quoi il était question, elle se força à rire avec tout le monde. Elle supposa que ça avait quelque chose à voir avec la ressemblance quelque peu amusante des deux hommes : la cinquantaine, cheveux courts, barbe poivre et sel.
« … mieux d'y aller maintenant. »
« Oui, le temps est précieux. »
« Agent Booth, si vous et votre partenaire le souhaitez, vous pouvez aller dans le premier hélico avec le suspect pendant que je… »
Brennan enfouit son téléphone dans la poche de son jean. Tant pis, elle ne lui montrerait pas la photo. Il penserait certainement qu'elle se trompait, de toute façon. « Non, c'est bon, » le coupa-t-elle. « Je vais aller avec vous et… » C'était quoi son nom, déjà? Quelque chose qui se terminait en « man ». « Je vais avec vous deux. »
Elle ne put s'empêcher un regard rapide à son partenaire pour voir quel effet ça avait eu sur lui. Il semblait blessé et lui lançait un regard penaud, mais elle détourna le regard avant qu'elle puisse avoir aucun remord et pressa le pas pour rattraper son groupe. Juste avant qu'il n'ouvre la porte de l'hélicoptère, le pilote se rapprocha d'elle.
« Lieberman. »
« Quoi ? »
« C'est mon nom, » précisa-t-il avec un sourire sympathique.
Elle répondit d'un signe de tête et d'un sourire qui, elle l'espéra, ne semblait pas forcé, avant de monter à l'arrière de l'appareil. Pendant que le shérif s'installait à côté de son ami sur le siège avant, Brennan fut contrariée de voir le policier bavard s'asseoir à côté d'elle avec un large sourire. Lorsque le pilote mit en route les moteurs, elle cru que sa tête allait exploser. Et elle pria pour que le voyage soit aussi court que possible.
Booth poussa Stuart Denton dans l'hélicoptère, obtenant en réponse un grognement de la part de l'homme.
« J'ai été honnête avec vous, la moindre des choses serait de me traiter comme un être humain, pas du bétail ! » se plaignit Denton.
« Honnête, ouais… Ca c'est ce qu'on va vérifier, » soupira Booth en montant dans l'appareil. Il menotta l'homme à une barre à côté de son siège et prit place à côté de lui. Il enfonça son casque sur sa tête et attacha sa ceinture. Puis il posa son coude sur le rebord de la fenêtre et laissa reposer sa tête sur son poing, attendant le décollage.
Il avait le sentiment perturbant qu'il avait fait une grosse erreur avec Denton. S'il mentait, ils auraient perdu un temps considérable. Avec ça, Bones lui en voudrait probablement encore plus. Il aurait voulu avoir le temps de parler avec elle. Il avait du mal à supporter le fait de savoir qu'elle le haïssait probablement en ce moment-même.
Il jeta un regard en coin à l'homme assis à côté de lui. Il donnait des directions au pilote. Est pendant huit kilomètres, puis nord-nord-est pendant environ vingt kilomètres. Ses instructions semblaient plutôt précises et il n'avait pas l'air d'hésiter. Cependant, plus il l'observait, plus il pensait qu'il s'était fait avoir par ce pourri. Denton s'appuya le dos sur le dossier de son siège. Il tourna la tête vers sa gauche et leurs regards se croisèrent, donnant à Booth l'occasion de sonder ses yeux. L'homme semblait détendu mais légèrement excité, comme un enfant sur le point de montrer quelque chose à ses parents.
« Tu ferais mieux de pas te foutre de nous, Stuart, » le prévint-il d'une voix froide. « Tu ferais mieux pas. »
Et avant qu'il ne tourne de nouveau le regard vers la fenêtre, il fut pratiquement certain de voir les yeux de Denton s'emplir d'une sorte d'appréhension.
Stuart Denton jubilait. Pour la première fois de sa vie, il se sentait important. Pour la première fois de sa vie, les gens s'intéressaient à lui. Pour la première fois de sa vie, on l'écoutait avec attention. Pour la première fois de sa vie, on le laissait donner des instructions, et on les suivait. Pour la première fois de sa vie, quelque chose d'important dépendait de lui. Et pour la première fois de sa vie, il avait le contrôle.
Il ne se sentait plus comme un moins que rien, et c'était mieux que n'importe quoi, peu importait ce qui suivrait.
Il donna au pilote une direction au hasard, faisant de son mieux pour paraître précis et confiant. A un moment ou à un autre, ils survoleraient bien quelque chose qui ressemblerait à une habitation. Puis il s'était enfoncé dans son siège, satisfait de lui-même. Il avait même réussi à oublier ses menottes. Il s'en était bien sorti jusque là, il n'y avait donc pas de raison pour que cela change.
Par contre, il n'aimait pas cet agent Booth. Il n'aimait pas la façon dont il le traitait, n'appréciait pas la manière dont il lui parlait, et ne supportait pas son regard inquisiteur, comme s'il cherchait à pénétrer son esprit. Il doutait de lui. Il était pratiquement sûr que c'était à cause de sa partenaire, ce docteur machin qui avait assisté à l'interrogatoire. Ils s'étaient disputés à cause de lui, et maintenant il était clair qu'il se demandait si elle n'avait pas finalement raison. Manifestement, il était embêté parce qu'il voulait se la faire et qu'après tout ça, ça allait être un peu plus difficile. Ah, les femmes. Elles ne vous apportent que problèmes et frustration. Lui-même avait abandonné longtemps auparavant.
Il laissa échapper un soupir de contentement. C'était la première fois qu'il prenait l'hélicoptère. Un voyage gratuit. Peut-être irait-il en prison pour ses mensonges, mais la peine qu'il encourrait valait sans hésitation le coup.
Brennan regarda par la fenêtre, faisant mine d'admirer le paysage verdoyant qui se déroulaient sous eux. C'était loin d'être la première fois qu'elle prenait l'hélicoptère. Rien de bien impressionnant. Elle voulait simplement que son voisin la laisse tranquille. A l'avant, le shérif et son ami pilote bavardaient gaiement. Elle ferma les yeux un long moment. Le bruit du moteur et les rires étaient une torture pour sa tête douloureuse. Elle aurait voulu que ça s'arrête. Elle aurait voulu du silence. Du silence, et du repos. Cette fois, elle était consciente d'avoir clairement dépassé ses limites. Mais il lui fallait tenir bon. La vie d'une petite fille était en jeu. Elle devait tenir bon. Tenir bon. Dieu qu'il était bon d'avoir les yeux fermés. Si elle pouvait juste faire un somme… quelques minutes… seulement quelques minutes…
« Cette maison ? »
« Apparemment. »
« Il y a un endroit où on peut atterrir ? »
Les voix n'étaient qu'un bourdonnement dans sa tête. Une partie d'elle essayait de se convaincre qu'elles n'étaient pas importantes, qu'elles n'avaient pas de sens. Une autre partie l'avertit qu'elle était en train de s'endormir, mais celle-là, elle ne l'écoutait pas.
« Attend, mais… C'est pas ta maison ça ? Qu'est-ce que… Sam, qu'est-ce que tu fais? Sam ? »
« Je sais pas, ya quelque chose qui cloche avec le rotor. »
« Non, regarde-le… »
« Je te dis qu'il y a un problème avec le rotor ! »
Brennan sursauta, cette fois complètement réveillée, alors que tout le monde paniquait autour d'elle. « Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle, commençant elle-même à être gagnée par l'angoisse.
Le jeune policier à côté d'elle était blême, et elle se demanda s'il n'allait pas vomir.
« Rescue 1, panne mécanique, panne mécanique sur le rotor de queue. Je répète, panne mé… »
Elle sentit l'appareil perdre de l'altitude et elle s'accrocha à son siège lorsqu'il plongea subitement. La sensation douloureuse dans son estomac lui coupa le souffle et l'empêcha de crier. Le paysage verdoyant devint des arbres, et les arbres se rapprochèrent. On dit souvent que notre vie passe devant nos yeux juste avant qu'on meurt. Ce qu'on a fait, ce qu'on aurait voulu avoir le temps ou le cran de faire. Les visages de ceux qu'on aime. Foutaises. On n'en a jamais le temps.
« Rescue 2 s'est écrasé, je répète, Rescue 2 s'est écrasé. »
Les mots sonnèrent comme le glas dans les oreilles de Booth. C'était vrai et terrifiant. Rescue 2 s'était écrasé. Il détacha sa ceinture et se leva autant que possible, essayant d'apercevoir l'hélicoptère en bas. Malheureusement, il ne vit rien d'autre que de la fumée s'élevant au-dessus des arbres.
« Atterrissez ! » ordonna-t-il, perdant la bataille contre lui-même pour essayer de rester calme.
« Il n'y a pas de clairière ici, » répondit le pilote d'une voix blanche.
« Trouvez-en une ! »
Le salopard à côté de lui semblait pétrifié et silencieux. Il pouvait faire ce qu'il voulait, de toute façon. Il pouvait dire ce qu'il voulait. Il n'avait plus rien à faire de lui. Ses mains agrippant les bords de son siège, ses ongles s'enfonçant dans la mousse, Booth ne pouvait détacher les yeux de la fenêtre. Bones était là, en bas, au milieu de toute cette fumée. Elle était blessée, peut-être même… non, ça, ça n'était pas possible. Mais elle avait besoin de son aide. Elle avait besoin de lui tout de suite. Elle avait besoin de lui, et vite.
Mais il n'était pas là-bas, avec elle. Il n'avait même pas les commandes. Il ne pouvait encore rien faire. Rien, seulement attendre que le pilote pose ce foutu hélico. Il lui vint à l'esprit de prendre les commandes de force. Mais pour quoi faire ? Crasher celui-là aussi ?
C'est pourquoi, au bout du compte, il se força à se rasseoir, à fermer les yeux, et à respirer, car son souffle… il allait en avoir besoin.
Chloé se figea, tendant l'oreille. Elle connaissait ce bruit. C'était comme un avion, mais pas tout à fait la même chose. Son père lui avait appris le nom de cet appareil, mais pas moyen de s'en souvenir. Le bruit se rapprocha, et très vite elle eut le sentiment qu'il volait au-dessus de la maison. Puis, encore le même bruit. Ou alors il y en avait un autre. Ensuite il y eut cet autre bruit, différent cette fois. Elle resserra ses bras autour de ses jambes et se cacha le visage dans les genoux. Elle ne savait pas ce qui se passait dehors. Elle ne savait pas si ça avait quelque chose à voir avec Sam, ou elle. Elle ne savait pas si c'était bon signe.
Elle réprima un frisson. Elle craignait que ça ne le soit pas.
A/N : A bientôt pour un nouveau chapitre !
