A/N : Merci infiniment pour vos reviews, elles me font vraiment très plaisir. Je suis désolée de ne pas mettre à jour aussi vite que vous le voudriez, je me doute que c'est pénible d'attendre. Mais je promets que je fais de mon mieux !

Bonne lecture !


Chapitre 14 – En confiance


Elle attendit, pensant le voir bouger d'un moment à l'autre. Elle attendit, mais elle finit par conclure qu'il était inconscient. Aussi inconfortable qu'était sa position, elle aurait préféré pouvoir simplement fermer les yeux et rester étendue là, peu importait ce qui se passerait, ou qui viendrait. Mais c'était hors de question. Elle le savait parfaitement. Elle devait se lever, et revenir sur ses pas. Même si cela semblait impossible, elle devait se convaincre que ça ne l'était pas.

Elle étira ses bras, parvint à passer les menottes au-dessus de la tête de Lieberman et roula sur le dos. Puis elle s'assit et, poussant fort sur ses mains, elle se hissa sur ses pieds. Elle ramassa l'arme par terre mais, déséquilibrée par ses jambes tremblantes, elle pressa involontairement la détente. Le bruit la fit sursauter. Elle baissa les yeux vers l'homme étendu inerte à ses pieds. Il semblait encore inconscient. Peut-être même mort. Mais elle ne vérifia pas. Aucune importance.

Au lieu de cela, elle jeta un coup d'œil autour d'elle, à la recherche de l'enfant, mais cette dernière se cachait manifestement derrière un arbre ou un buisson. Le coup de feu lui avait sûrement fait peur. Pauvre petite. Elle devait être déjà assez effrayée comme ça.

« Chloé? Chloé Brighton? » appela Brennan d'une voix forte mais rassurante.

« Elle est partie par là. »

Brennan sursauta et se retourna, pour se retrouver nez-à-nez avec sa mère, son doigt pointé vers sa droite. Elle ferma les yeux. Elle les ferma très fort. Elle se concentra, s'ordonna de cesser de voir des choses ou des personnes qui n'existaient pas, se répéta que ça n'était pas réel. Mais lorsqu'elle les rouvrit, l'hallucination était toujours là, au même endroit, dans la même position, pointant toujours du doigt la même direction.

« Laisse moi tranquille, tu n'es qu'une illusion. Va-t-en. »

Aussi illogique que cela puisse paraître, elle continuait à s'adresser à l'hallucination. Ensuite, elle aurait pu choisir le chemin opposé, juste pour la contredire. Mais, aussi stupide que cela soit, elle ne le fit pas. Pourquoi un autre aurait-il été meilleur que celui-ci, de toute façon ?

« Tu ne s'en sortiras pas sans mon aide, ma chérie. »

Brennan secoua la tête, comme si cela pouvait l'aider à se débarrasser de l'hallucination. Et elle pressa le pas, comme si elle pouvait la distancer.

« Je t'ai dit de me laisser tr… »

Elle ne put finir sa phrase car elle buta sur une racine et dévala une pente douce. Pendant sa chute, elle lâcha le revolver qui resta quelques mètres plus haut. Elle se releva immédiatement, essayant d'ignorer ses muscles endoloris et le battement persistant dans sa tête. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre du temps. Elle ne pouvait pas se permettre de penser à chaque partie douloureuse de son corps. Alors qu'elle allait se remettre en route, un bruit la fit se retourner.

Chloé l'avait suivie. Elle l'avait vue tomber ; elle avait ramassé le revolver. Et maintenant elle se tenait là, le pointant droit sur elle, le doigt sur la détente, prête à tirer si nécessaire. Cet objet, conçu pour tuer, paraissait déplacé dans les mains d'une enfant d'apparence si jeune et fragile.

Brennan fit un pas vers elle, puis un autre, lentement. L'enfant semblait terrifiée. Pas surprenant, après tout ce qu'elle avait vécu.

« Chloé, ça va. Je suis ton amie, » dit-elle en faisant de son mieux pour avoir l'air rassurante et digne de confiance. « Je t'ai cherchée. Des tas de gens te cherchent. Je ne vais pas te faire de mal. Donne-moi juste l'arme."

« Non. Tu es son amie. Je t'ai vue avec lui. »

Brennan leva les bras pour montrer ses menottes. « Parce qu'il m'a emmenée de force. Il m'a mis ça. »

Chloé secoua la tête et ne baissa pas son arme. « Menteuse. »

« Chloé, je te promets que j… »

« Tu m'auras pas, » l'interrompit la petite fille d'une voix plus forte.

Brennan soupira en son fort intérieur, se demandant comment faire pour gagner la confiance de cette enfant perdue et terrifiée. Mais avec toute son énergie mobilisée pour essayer de rester debout, penser et se concentrer étaient devenus pratiquement impossibles. Si elle s'était écoutée, elle se serait étendue ici, à même le sol, et elle aurait fermé les yeux pour de bon. Elle aurait dit à Chloé de tirer si elle pensait que c'était la meilleure chose à faire ; que peu lui importait.

« Tu peux le faire, Temperance, » chuchota une voix douce à son oreille. « Demande-lui si tu peux te laver le visage à ce ruisseau. »

« Où il est ? » s'enquit Chloé, regardant autour d'elle comme si elle s'attendait à ce que Sam surgisse de derrière un arbre à tout moment.

« Il est parti, je te le promets, » l'assura Brennan. « Ecoute, Chloe… Tu veux bien que j'aille juste me laver le visage là-bas ? Tu sais, des fois… On se sent tellement mieux après."

La petite fille prit quelques instants pour réfléchir à sa demande avant d'approuver de la tête.

Brennan la remercia d'un léger sourire. Elle se dirigea vers le ruisseau et s'agenouilla au bord. Elle plaça ses mains en coupe pour prendre un peu d'eau et lava soigneusement le sang du côté droit de son visage. Ce faisant, elle détacha sa boucle d'oreille droite d'un mouvement rapide et la garda dissimulée dans son poing.

« Tu es sûre qu'il est parti ? »

Brennan tourna la tête vers la petite fille. Elle dirigeait toujours l'arme vers elle, son doigt prêt à presser la détente si jamais elle se sentait menacée. Toutefois, quelque chose avait changé dans son regard, dans le ton de sa voix. Elle commençait à lui faire confiance.

Brennan hocha la tête, aussi fermement qu'elle en était capable. « Oui, j'en suis sûre. » Alors qu'elle s'appuyait sur ses mains pour se relever, elle laissa discrètement la boucle d'oreille sur un rocher, juste au cas où quelqu'un suive ses traces. En espérant que si Booth la voyait, il la reconnaîtrait comme la sienne. « J'en suis sûre. Il ne nous ennuiera plus. » Le simple fait de se lever l'avait laissée hors d'haleine. Elle avait l'impression que sa tête était sur le oint d'exploser et ses jambes tremblantes menaçaient de se dérober sous elle. « Si tu veux, je peux te montrer. »

« Non ! » s'écria l'enfant. Alors qu'elle commençait à retrouver confiance en quelqu'un, la simple mention de son kidnappeur avait réveillé la terreur en elle.

Dis-lui que tout va bien, » lui murmura à l'oreille la voix de sa mère.

« Tout va bien, » la rassura Brennan d'une voix douce.

« Dis lui qu'elle n'a pas à faire quoi que ce soit qu'elle n'a pas envie de faire. »

« Tu n'es pas obligée de faire quoique ce soit que tu n'as pas envie de faire, » répéta-t-elle d'un air absent, trop fatiguée pour penser à ce qu'elle était en train de faire. Elle voulait simplement sortir d'ici. Sortir d'ici avec la petite, saines et sauves.

Laisse-la penser qu'elle a le contrôle. »

« C'est toi qui as le contrôle, Chloé, » répéta-t-elle. « D'accord ? »

« D'accord. »

La fillette semblait plus calme, à présent.

« Alors… Qu'est-ce que tu veux faire ? »

« Je dois trouver… Je veux… Je voudrais voir… » balbutia Chloé, soudain au bord des larmes.

« Tu dois trouver comment sortir d'ici, » termina Brennan pour elle. « Tu veux voir tes parents, c'est ça ? »

L'enfant hocha simplement la tête.

« D'accord. On peut faire ça. Tu connais le chemin pour revenir à la maison de Sam?"

Chloé, qui n'avait toujours pas baissé son arme, hocha la tête de nouveau.

« Alors montre-moi par où tu veux aller. Si tu veux, je peux marcher devant. Et si je fais quoique ce soit qui ne te plait pas, tu pourras me tirer dessus. »

« D'accord, » approuva la petite fille d'une petite voix.

« Bien. Et maintenant… Par où ? » Sa tête tournait tellement qu'elle se demanda combien de temps encore elle pourrait marcher.

Chloé réfléchit avant de pointer le doigt vers un chemin sur sa droite. Brennan lui sourit et se dirigea dans cette direction. Elle marcha, en regardant où elle posait les pieds pour éviter de trébucher de nouveau, essayant de se convaincre que ses jambes n'avaient pas l'air de ne plus pouvoir porter son corps. Elle marcha, et l'idée de remettre en question la capacité d'une enfant de six ans à retrouver son chemin ne lui vint même pas à l'esprit. Elle continua à marcher, concentrée sur un mouvement habituellement simple : marcher droit et suivre le chemin.


Sam Lieberman reprit lentement conscience. La première chose qu'il remarqua fut la poussière dans son nez et sa bouche, à quoi il comprit qu'il gisait sur le sol. Ensuite, il réalisa combien sa gorge était douloureuse. Et finalement, il se souvint pourquoi il était là. Elle avait réussi à l'étrangler avec la chaîne de ses menottes. La chienne.

Il s'assit et laissa vagabonder son regard. Elle avait emporté l'arme, bien sûr. Il se demanda combien de temps il était resté inconscient. Il regarda sa montre. Elle ne pouvait pas être bien loin devant. Il se leva et débarrassa rapidement ses vêtements de la poussière qui les souillait. Il avait vu combien elle avançait doucement, menaçant de tomber dans les pommes à chaque pas. Même lorsqu'ils avaient été présentés, il avait remarqué les poches sous ses yeux, son air absent, comment elle sursautait à chaque bruit. Il avait l'habitude d'observer les gens. Il avait toujours aimé essayer de lire en eux. Et il pouvait lire en cette femme comme dans un livre ouvert. Mais ce qui l'intéressait à ce moment là, c'était son évident manque de sommeil. Elle était épuisée, et à ce train là, elle n'irait pas bien loin. Il la trouverait probablement gisant quelque part au bord d'un chemin. A un moment ou à un autre, elle renoncerait, ou son corps l'y obligerait. Il réalisa qu'il avait encore une chance. Ca n'était pas terminé. Il pouvait encore gagner.

Il n'avait même pas besoin de courir. Il prendrait son temps pour suivre ses traces et il la traquerait.


Elles marchaient depuis ce qui semblait à Brennan une éternité. Elles marchaient en silence, se contentant de suivre le chemin. Son pas était mal assuré, mais elle tenait toujours bon. La question était, pour combien de temps ?

« Tu es sûre que c'est le bon chemin ? »

« Je sais pas, ils se ressemblent tous… » La voix de la fillette derrière elle était tremblante, emplie de doutes.

« Tu te souviens à quel endroit du ciel était le soleil quand tu es partie ? » Elle essayait de se montrer rassurante, mais c'était difficile quand elle-même était sur le point de craquer. Il lui vint à l'esprit que ça avait été une belle erreur de faire confiance au sens de l'orientation d'une enfant. Qu'elle aurait dû suivre son idée initiale, qui était de revenir à l'hélico. Mais ça n'était pas elle qui tenait l'arme. Et elle ne savait pas vraiment comment revenir à la scène de l'accident mieux que Chloé se souvenait quel chemin menait à la maison. Elles étaient perdues.

Elle réalisa que Chloé s'était arrêtée. « Non... » gémit l'enfant.

Brennan se retourna lentement, prenant garde à ne pas l'effrayer, et la trouva à genoux, les larmes glissant le long de ses joues et le revolver posé à côté d'elle. Elle se rapprocha et s'agenouilla devant elle. « Ca va. Ca va aller. »

Aussi épuisée qu'elle était, elle trouva encore la force de placer une main réconfortante sur l'épaule de la fillette.

« Et si on trouve pas la maison avant que la nuit tombe ? » demanda Chloé, la voix entrecoupée de sanglots.

« Alors on s'arrêtera un moment et on se reposera. On essaiera de dormir. »

Les yeux de l'enfant s'écarquillèrent de peur. « Non, on peut pas ! Il y a des choses dans les bois ! »

« On est ensemble. Tout ira bien. »

Comme il était difficile de paraître crédible. Elle détestait mentir. Même aux enfants. Particulièrement aux enfants. Elle n'en avait jamais compris le but. Peut-être avait-elle toujours souhaité que ses parents leur disent la vérité, à elle et à son frère.

« C'est bien, Temperance, » l'encouragea la voix de sa mère. Oh non. Voilà que ça continuait.

« Tu promets ? »

Brennan hésita un long moment, fixant les grands yeux clairs de l'enfant. Elle s'était arrêtée de pleurer, comme si elle avait réalisé qu'elle pouvait enfin se reposer sur une adulte digne de confiance. Après tout, elle n'était qu'une enfant. Mais les attentes qu'elle pouvait lire dans ses yeux créèrent lui nouèrent l'estomac. Elle pouvait à peine se tenir debout, elle était perdue, découragée, mais elle était l'adulte et c'était sa responsabilité de protéger cette petite fille et de la faire se sentir en sécurité.

Promets-lui n'importe quoi, chérie. »

Elle savait que la voix n'était pas réelle, elle aurait voulu qu'elle s'arrête. Et pourtant, elle continuait à faire ce qu'elle lui disait. « C'est promis. »

Chloé saisit le pistolet et le lui tendit. « Tu veux le récupérer ? »

Sa manière de la tenir prouvait combien l'arme avait été un fardeau pour elle. Quelque chose de trop lourd, de trop dangereux. Une trop grande responsabilité.

« Seulement si tu veux me le donner. »

Elle ne se le fit pas dire deux fois. Elle plaça l'arme dans la main de Brennan, avec précaution.

« Bien joué, chérie. »

Elle aurait voulu crier à la voix de se taire, mais elle n'était pas seule, alors elle choisit de l'ignorer.

« Tu es prête ? » demanda-t-elle à la place.

Chloé hocha la tête.

« Moi aussi, » déclara Brennan. Encore un mensonge. Elle n'était pas du tout certaine que s'arrêter et s'asseoir n'avaient pas été une mauvaise idée. Elle n'était pas certaine d'être capable de se relever et de marcher à nouveau, maintenant. Pourtant, elle le fit. Un peu trop vite, toutefois, parce que tout devint flou et sombre devant ses yeux. « Par… Par quel… Par quel chemin on… » bredouilla-t-elle avant de s'effondrer durement sur le sol.


Le premier coup de feu, il n'était pas certain de ne pas l'avoir imaginé. Mais il l'avait incité à tendre l'oreille, et quand le second avait résonné dans les bois silencieux, il avait su qu'il n'avait pas rêvé. La chasse n'était pas autorisée dans cette forêt. C'était une zone protégée.

Il pressa le pas en direction des coups de feu, les scénarios se bousculant dans sa tête. Deux coups de feu, puis plus rien. Rien qu'un silence angoissant. Même les oiseaux avaient cessé de chanter.

Il trouva d'autres traces, ici et là. Il savait qu'elles étaient fraîches, car c'était l'été et il n'avait pas plu depuis un long moment. Il savait parfaitement qu'elles pouvaient tout aussi bien appartenir à un randonneur. Il y en avait des tas par ici. Mais les traces partaient justement dans la bonne direction, alors il continua à les suivre, en espérant qu'elles le mèneraient à elle. En espérant que c'était elle qui avait tiré.

Il laissa échapper un juron lorsqu'il marcha dans une flaque et éclaboussa de boue ses vêtements. Un regard agacé aux jambes mouillées de son pantalon lui indiqua que ce n'était en réalité pas une flaque mais un ruisseau. Il sortit de l'eau, se demandant comment il pouvait bien se préoccuper de s'être éclaboussé de boue alors qu'il ne savait même pas ce qui était arrivé à Bones. Il cherchait des traces quand quelque chose attira son attention. Quelque chose, sur un rocher, qui reflétait la lumière du soleil. Il se rapprocha pour examiner ce n'était probablement qu'une pierre de quartz. Lorsqu'il se pencha en avant pour y regarder de plus près, il réalisa que ça n'était pas un caillou mais une boucle d'oreille en argent. Une boucle d'oreille de la paire préférée de Bones.

Elle l'avait laissée pour lui. Parce qu'elle savait qu'il la reconnaîtrait. Parce qu'elle lui faisait confiance.

Il referma sa main sur le bijou. Puis il se remit en route immédiatement, imaginant le sourire qu'elle lui ferait quand il la rattacherait à son oreille. Il se souvint combien elle avait eu l'air surprise et heureuse lorsqu'il lui avait rendu la boucle d'oreille qu'elle pensait avoir perdue à la Nouvelle Orléans, presque deux ans plus tôt. Il se força à concentrer ses pensées sur cette image d'elle, et sur ce qu'elle dirait alors. Elle dirait qu'elle savait qu'il la trouverait. Qu'elle savait qu'il n'abandonnerait jamais. Qu'elle avait confiance en lui. Et il dirait qu'il savait qu'elle tiendrait bon. Qu'il savait qu'elle n'abandonnerait jamais. Qu'il avait confiance en elle.

C'était elle qui tenait l'arme. Il ne pouvait en être autrement.


A/N : Merci de m'avoir lue, et merci à ceux qui voudront bien prendre le temps de me laisser leurs impressions. A très bientôt !