A/N : Un grand merci pour vos reviews et votre fidélité. Comme promis, un nouveau chapitre avant la fin du week-end. Pfiou, j'ai bien failli pas y arriver ! Il n'est pas très long mais j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !


Chapitre 16 – Dans ses bras


Il ne savait plus bien depuis combien de temps il la cherchait. Il ne savait pas depuis combien de temps il marchait dans cette forêt, serrant très fort la boucle d'oreille dans son poing, ses ongles s'enfonçant dans la chair de sa paume. Il ne savait plus combien de coups de feu il avait entendu. Il ne voulait pas le savoir. Lorsque ses yeux se posèrent sur les deux formes humaines étendues inertes sur le sol, son cœur fit un bond dans sa poitrine et il se rua dans cette direction. C'était elle. Il le savait. Et le pilote, qui qu'il soit. Le fils de pute qui l'avait forcée à quitter l'hélicoptère, blessée. Il n'était pas certain de tout comprendre. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il lui tirerait volontiers une balle entre les deux yeux, s'il n'était pas déjà mort.

Il courut plus vite, son cœur cognant dans sa poitrine. L'un deux était sûrement mort. Il courut, priant pour qu'elle soit celle qui tenait l'arme. La chemise de l'homme était couverte de sang. Une seule balle dans la poitrine. C'était elle qui tenait l'arme. Ou qui l'avait tenue, car le revolver gisait désormais sur le sol à côté d'elle.

Il s'agenouilla près d'elle et plaça ses doigts au niveau de son cou pour lui prendre le pouls, mais à peine l'avait-il touchée qu'il remarqua sa poitrine se soulever. Il s'aperçut que ses mains étaient menottées. Il ne put s'empêcher de penser combien elle était surprenante. Blessée, à bout de forces, elle s'était débattue contre lui, et probablement contre elle-même, également. Elle avait atteint ses limites, elle les avait même certainement dépassées. Elle n'avait pas craqué avant d'être sûre d'avoir gagné, d'avoir repris le contrôle, d'être en sécurité.

La boucle d'oreille semblait plus précieuse que jamais au creux de sa main. Elle n'avait jamais abandonné. Parce qu'elle savait qu'il viendrait. Parce qu'elle avait confiance en lui.

Il laissa glisser sa main vers sa joue alors qu'il se penchait plus près. Il n'aimait pas le sang qui avait coagulé autour de la blessure sur son front, et il n'était pas non plus rassuré par le temps qu'elle mettait à réagir. Il effleura de ses doigts son visage sale, de son nez ses cheveux humides, de ses lèvres la peau fine de sa tempe. Il continua à appeler son nom, le murmurant à son oreille, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle gémisse et bouge légèrement. Et alors seulement, il enfouit le bijou dans sa poche, comme s'il n'en avait plus besoin maintenant qu'elle était réveillée. De sa main libre, il saisit l'une des siennes, son regard ne quittant jamais son visage.

« Ca va aller, Bones, c'est fini. Je suis là. Je suis là, c'est fini. »

Elle n'ouvrit pas les yeux immédiatement. Elle ne parla pas. Elle semblait l'écouter, paraissait se sentir en sécurité avec lui. Un léger sourire de soulagement apparut sur les lèves de Booth. En vérité, qu'elle soit complètement réveillée ou non, elle savait que c'était lui.


Lorsqu'elle reprit conscience, elle ne fut pas surprise. Elle ne se sentit pas non plus désorientée. Tout semblait se dérouler comme elle l'avait imaginé. Comme elle l'avait espéré. Ca aurait aussi bien pu être un rêve, elle le savait parfaitement. Mais elle était trop fatiguée pour tout remettre en question. Elle gémit légèrement, et bougea à peine, seulement pour lui prouver qu'elle était réveillée. Elle écouta simplement ses paroles rassurantes, savoura le contact de ses mains sur sa peau. Elle n'ouvrit pas les yeux. Pas besoin. Elle savait que c'était sa voix, tout comme elle savait que c'étaient ses mains. Elle savait qu'il lui était inutile de parler. Il était là, c'était suffisant.

Elle craignit que ce ne soit qu'une hallucination, à nouveau. Elle décida qu'il n'en était pas une.

Et alors, comme s'il avait ressenti son angoisse, il lui serra la main doucement pendant que son souffle chaud lui caressait le visage, lui faisant presque oublier la douleur dans sa tête. C'était tellement rassurant de l'avoir ici, tellement bon de savoir qu'elle pouvait se reposer sur lui, enfin. Qu'elle pouvait se laisser aller et dormir sans crainte, parce qu'elle n'avait plus besoin de s'enfuir, qu'elle n'avait plus à avoir peur pour… Chloé…

Tout-à-coup, une vague de panique l'envahit et elle ouvrit les yeux brusquement, son corps tendu par l'appréhension. Elle croisa son regard sombre et profond, et vit sa propre inquiétude se refléter dans ses yeux.

« Il… il est mort, hein ? » demanda-t-elle, consciente que sa voix n'était pas plus forte qu'un murmure.

« Oui, Bones. Il est mort. »

Ses paroles avaient été chuchotées, elles aussi. Parce qu'il comprenait que sa tête la faisait souffrir, probablement. Ou peut-être parce que leurs deux visages étaient si proches. En dépit de cela, le ton assuré de sa voix l'avait calmée et elle se détendit dans ses bras.

« Chloé… Où est Chloé ? » parvint-elle à articuler. Elle devait en être sûre. Elle avait promis de la protéger, de la faire sortir de la forêt, saine et sauve, de la ramener à ses parents.

« Chloé ? »

« Elle… Elle va bien ? »

Surpris, Booth jeta un œil autour de lui avant de poser de nouveau le regard sur elle. « Qui est Chloé ? »

Il lui fallut un moment pour répondre. Il était difficile de se concentrer sur le sens de ses mots, et encore plus dur de formuler ce qu'elle voulait dire. « La… la petite fille. Elle… elle va bien ? » Sa voix était rauque. Elle réalisa que sa gorge était atrocement sèche. Elle déglutit, essayant d'apaiser sa propre soif. Elle supposa qu'il n'avait pas de bouteille d'eau, sinon il lui aurait déjà fait boire quelques gorgées.

Booth la dévisagea, confus, et hésita avant de prendre de nouveau la parole. « Une équipe a été envoyée à la maison, à sa recherche. Ne t'en fais pas. »

Sa tête lui faisait tellement mal qu'elle ne put empêcher ses yeux de se fermer à nouveau. Elle voulait être forte, mais elle ne le pouvait plus. Ses oreilles bourdonnaient douloureusement. Elle ne se souvint pas exactement de ce qu'il venait de dire, mais il lui semblait avoir entendu quelque chose comme « Ne t'en fais pas. » Chloé ne pouvait pas être loin, de toute façon. Elle ne serait jamais partie seule. Et elle ne l'aurait pas laissée seule.

« Je vais te ramener, maintenant, d'accord ? »

Elle hocha faiblement la tête en signe de compréhension, même si tout était confus. Quoiqu'il se passât ensuite, elle se reposait totalement sur lui. Pourtant, elle ne put s'empêcher d'avoir peur lorsqu'elle l'entendit se lever et s'éloigner d'elle, mais un court moment plus tard il lui ôtait ses menottes. Très vite, elle le sentit glisser un bras derrière son dos, l'autre sous ses genoux, et en ce qui lui sembla une fraction de seconde, il l'avait soulevé du sol dur et inconfortable, la serrant fort contre lui. Alors, le noir, le silence, la confusion ne furent plus une menace.


Le chemin du retour vers l'hélicoptère lui sembla un court voyage comparé à l'aller, quand il était à sa recherche. Cette fois, il savait où il allait. Cette fois, elle était saine et sauve dans ses bras, respirant contre sa poitrine. Ni ses contusions, ni la blessure qu'elle avait au front ne semblaient vraiment sérieuses. Il essaya de se convaincre qu'elle était simplement fatiguée. Toutefois, il se demanda pourquoi elle s'inquiétait tellement au sujet de la petite fille. Il ne pouvait s'empêcher de trouver étrange la façon dont elle en avait parlé. Pendant un moment, il avait eu l'impression qu'elle s'attendait à la voir à côté d'eux, comme si elles avaient été ensemble auparavant, mais très vite il avait abandonné cette idée. Lorsqu'il avait suivi ses traces, il n'avait jamais remarqué d'empreintes d'enfant. Non, elle avait probablement fait référence à l'hypothèse qu'une petite fille fut peut-être encore en vie. Il ne comprenait pas comment Bones pouvait bien connaître son nom, s'il était effectivement exact, mais cela devait avoir un rapport avec le coup de fil qu'elle avait reçu avant qu'ils partent.

Il s'arrêta un moment pour reprendre son souffle. Elle était plus lourde qu'elle en avait l'air, et ses muscles commençaient à fatiguer. Mais pour rien au monde l'aurait-il posée. Il cessa de penser à ses bras douloureux et savoura la sensation de sa chaleur contre lui. Il ferma les yeux un moment, effleurant son front de ses lèvres, avant de réaliser combien son comportement était inapproprié. Dans moins de dix minutes, il arriverait en vue de l'hélicoptère. Il devait continuer.

Lorsqu'il entendit les voix, il pressa le pas. Un deuxième appareil s'était posé dans la clairière, et l'équipe de secours était en train de s'occuper d'un homme blessé sur une civière. Il ne prit pas la peine d'essayer de le reconnaître. Probablement le jeune policier, Robbie. Puis tout se passa très vite. Deux médecins se précipitèrent vers lui avec une civière et il y déposa délicatement sa partenaire inconsciente. A contrecœur, il recula pour les laisser faire leur travail.

Il aurait voulu la garder pour lui plutôt que de la confier aux soins d'autres personnes. Il aurait voulu ne pas avoir la charge de cette mission, pour avoir pu aller avec elle. Il aurait voulu être la première personne qu'elle voit lorsqu'elle se réveillerait. Mais il avait des responsabilités, et sa vie n'était pas en danger. Alors il la laissa partir. Il les laissa l'emmener.


Chloé se réveilla doucement avec un sentiment étrange. Elle roula sur le côté et se pelotonna sous les couvertures. Elle était pratiquement sûre d'avoir entendu des voix, mais maintenant il n'y avait plus que le silence. Elle ouvrit les yeux, seulement pour voir la pièce plongée dans le noir. Rien de nouveau. La nuit, le jour, l'hiver, l'été, un temps chaud ou froid, ça ne faisait pas grande différence ici. De toute façon, elle y était habituée depuis longtemps.

Elle se souvint subitement ce qui s'était passé avant qu'elle s'endorme. Qu'il était parti, la laissant seule. Et s'il n'était pas vraiment parti pour de bon ? Elle tendit l'oreille, retint son souffle, mais elle n'entendit rien de plus.

Alors qu'un sentiment angoissant la submergeait, lui nouant l'estomac, elle prit une grande inspiration et s'obligea à se rendormir. Mais à peine avait-elle glissé dans un demi-sommeil qu'un bruit fort la fit sursauter. Elle s'assit dans le lit, repoussant les couvertures. Il y avait quelqu'un dans la maison. Non. Plusieurs personnes. Elle les entendait marcher là-haut. Elle attendit, le bruit des battements de son cœur résonnant dans ses oreilles, ses petites mains s'accrochant au drap. Elle attendit, partagée entre l'espoir et la peur.

Lorsque la porte s'ouvrit, elle ne bougea pas. Elle ne dit pas un mot. Elle se contenta de le regarder dans l'encadrement de la porte, sa silhouette se détachant dans la lumière comme une apparition surnaturelle. Il ne semblait pas aussi grand que Sam et il était plus fin. Ses cheveux étaient plus longs et il ne portait pas de barbe. Il portait une tenue sombre avec de grosses lettres écrites sur sa poitrine qu'elle ne pouvait distinguer. Depuis l'obscurité, elle le regarda descendre les escaliers, lentement. Elle retint son souffle et fit semblant d'être invisible. Ce fut amusant quelques secondes, mais bientôt, il fut trop proche d'elle pour qu'elle soit rassurée. Comment pourrait-elle savoir si elle pouvait lui faire confiance ?

Une mèche de cheveux lui tomba sur le visage, mais elle ne fit pas un geste pour la repousser. Il se rapprochait, descendant doucement les marches, sans un bruit. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Etait-ce pour qu'elle ait moins peur de lui, ou pensait-il qu'il l'attraperait plus facilement de cette façon ? Lorsqu'enfin il atteint le lit, elle ne put s'empêcher d'avoir un mouvement de recul. Mais elle ne le quitta pas des yeux un seul instant. Voyant sa réaction, il s'arrêta et ils se regardèrent un moment avant qu'il s'agenouille à même le sol, laissant reposer ses bras sur le lit, sans pour autant essayer de la toucher.

« Je ne vais pas te faire de mal, ma puce. Je ne te toucherai pas si tu ne le veux pas, d'accord ? »

Elle sonda ses yeux, analysa sa voix. Son regard était doux et son ton, bas et rassurant. Elle voulait le croire, mais elle n'était pas encore sûre.

« Comment tu t'appelles ? » demanda-t-il doucement.

« Becky, » répondit-elle rapidement. Par habitude, ou juste au cas où. « Où est Sam ? »

L'homme ne répondit pas immédiatement, comme s'il hésitait. « Sam n'est pas là, ma puce. »

« Il reviendra quand ? »

De nouveau, elle supposa qu'il réfléchissait à la meilleure réponse à lui donner. « Je m'appelle Will. Je suis du FBI. Je suis là pour t'aider, » dit-il, tendant le bras avec précaution pour qu'elle lui prenne la main si elle le désirait. Comme elle ne bougea pas, il ajouta, « Tes parents t'attendent. Tu leurs manques beaucoup. »

« Ils me manquent aussi, » murmura-t-elle. Des larmes lui remplirent soudain les yeux et elle renifla. « Ils sont dehors ? »

« Non. Mais je peux te conduire à eux. »

« Sam a dit que mon papa avait eu un accident et qu'il me conduirait à l'hôpital. Et à la place, il m'a amenée ici. »

Elle l'entendit soupirer tristement. « Oui, je sais, ma puce. Mais Sam n'est plus là. Il ne te fera plus jamais de mal. »

Il s'interrompit et la fixa avec quelque chose dans ses yeux qui lui rappelait la manière dont son père la regardait quand elle était malade. Cela lui semblait s'être déroulé il y a tellement longtemps…

« Je suis du FBI, tu vois ? » ajouta-t-il en pointant le doigt vers les grosses lettres blanches sur sa poitrine. « F.B.I. Federal Bureau of Investigation. Je sais que c'est compliqué pour toi, mais ça veut dire que je suis là pour te protéger. C'est mon travail. »

Elle contempla les lettres un moment. F. B. I. Il avait raison, elle ne savait pas ce que cela signifiait, mais ça lui fit penser aux uniformes de police. « Tu es un policier ? »

« En quelque sorte. Sauf que j'ai un plus gros pistolet. »

Elle se surprit à sourire. « Et les autres gens là-haut, c'est des policiers aussi ? »

« Oui. »

« Où est Sam ? » s'inquiéta-t-elle de nouveau.

« On est en train de le chercher, et quand on le trouvera, on le mettra en prison. »

« D'accord, » dit-elle d'une petite voix.

« Tu veux bien monter avec moi ? »

Elle hocha la tête en signe d'accord. « Tu peux me prendre dans tes bras ? »

« Bien sûr, ma puce. »

Il ouvrit les bras et elle entoura son cou de ses petits bras.

« Je m'appelle pas vraiment Becky, » lui confessa-t-elle à l'oreille. « C'est Chloé. Chloé Brighton. Mon adresse c'est 23, Fox Drive, Powhatan, Virginie."

Alors, elle laissa reposer sa tête sur son épaule rassurante et ferma les yeux, persuadée qu'elle n'aurait plus jamais peur, car elle était en sécurité, à présent. En sécurité dans ses bras.


A/N : N'hésitez pas à me laisser vos impressions ou vos questions, et à bientôt pour un nouveau chapitre !