A/N : J'avais promis la suite rapidement, la voilà ! Ce chapitre est l'avant-dernier. Bonne lecture !
Chapitre 20 – Sous le ciel étoilé
« Et maintenant, je pense toujours que c'est une mauvaise idée. »
Booth sentit une vague de frustration mêlée de colère l'envahir. Si ça n'était pas une bonne idée, alors pourquoi l'avait-elle laissé la serrer dans ses bras ? Alors pourquoi l'avait-elle laissé l'embrasser, et pourquoi ne s'était-elle pas écartée ? Pourquoi ne l'avait-elle pas encore giflé ? Pourquoi ne l'avait-elle pas encore fichu dehors ? Pourquoi n'avait-elle rien fait ? Pourquoi le laissait-elle se ridiculiser ? Seigneur, tout mais pas ça...
Fou… Cette femme était vraiment en train de le rendre fou.
Il ne relâcha pas son emprise sur elle et continua à la fixer droit dans les yeux sans ciller, dans l'espoir ridicule que l'intensité de son regard la fasse changer d'avis. Lorsqu'elle baissa les yeux, il se demanda si le soupir qu'elle laissa échapper sonnait sa victoire.
« Booth, on travaille ensemble. On est des professionnels, il y a cette ligne, tu le sais. »
Comme si ces mots lui avaient redonné de la confiance, elle releva le regard, et à ce moment précis il regretta de ne pas être capable de lire dans ses yeux. Ce qu'il y vit n'était pas clair. C'était un de ces moments agaçants où rien en elle n'était clair. Où elle ne faisait que nier l'évidence, que cacher la moindre émotion qu'elle pouvait ressentir. Où elle s'efforçait de rester parfaitement détachée, ramenant tout à des faits rationnels. Lorsqu'elle le voulait, elle était excellente à ce petit jeu. Cela faisait partie de son travail, après tout.
« Tu le sais, » répéta-t-elle, comme si elle pensait qu'une seule fois n'avait pas été suffisamment douloureuse pour lui. « C'est même toi qui en a parlé en premier. »
Aïe. Ca, ça faisait mal. Très mal. Il se sentait pris à son propre piège, comme empêtré dans des sables mouvants.
« Je sais, » fut-il forcé d'admettre. « Je sais. Mais c'était il y a un an. »
Ce fut tout ce qu'il trouva pour sa défense. Et au regard qu'elle lui adressa, il devina que c'était loin d'être suffisant.
« Rien n'a changé depuis. On travaille toujours ensemble et on est sans arrêt confrontés à des situations à haut risque. Ce qui s'est passé avec Epps pourrait arriver de nouveau. »
« Et qu'est-ce que tu fais des sentiments dans tout ça ? »
Il se mordit la lèvre. Et voilà. L'impatience et la colère avaient fini par le lui faire dire.
« Il y a une ligne qui ne doit pas être franchie. Tu as prononcé ces mots exacts, Booth. Et c'était très rationnel, venant de toi. »
Pour une fois. C'était très rationnel de ta part, pour une fois. Ce qu'il pouvait détester quand son air devenait insensible, quand sa voix prenait ce ton scientifique et froid. Ce qu'il pouvait détester le mot "rationnel"…
« Rationnel ? Rien dans les sentiments n'est rationnel, Bones. Rien. Tu ferais bien de le comprendre, un jour ou l'autre. Et de l'accepter. »
Il espéra que les mots n'avaient pas sonné trop dur. Que la colère qui bouillait en lui ne transparaissait pas trop dans sa voix. Il réalisa que sa main agrippait toujours son cou et qu'elle ne s'en était pas plainte. Elle ne bougea pas non plus lorsqu'il la libéra pour reculera d'un pas, embarrassé.
« Ca n'a pas eu l'air de te poser tant de problèmes pour mettre fin à ta relation avec Cam, » fit-elle remarquer avec un haussement d'épaules.
Sacrée Bones. Si quelqu'un devait calmer les choses, ça n'était jamais elle. A la colère, elle répondait par la froideur; à des mots durs, elle répliquait avec des mots plus durs encore. Habituellement, ce genre de comportement de sa part le faisait sortir de ses gonds, et ils se disputaient jusqu'à ce que l'un des deux, c'est-à-dire elle, la plupart du temps, ait le dernier mot. Mais ça, ça n'avait rien à voir avec leurs chamailleries habituelles. Parce que 'habituelles' signifiait 'relatives au travail', et que cette conversation n'avait rien de professionnel. Pas pour lui, tout du moins.
« Ca, Bones, tu n'en sais rien. D'accord ? Tu. N'en. Sais. Rien. Et laisse-moi te dire quelque chose. Tu veux connaître la différence ? Hein ? »
« Oui. »
Bêtement, il avait pensé l'entendre répondre quelque chose comme 'pas vraiment', ou 'ce ne sont pas mes affaires'. Pris à son propre piège. Pourquoi avait-il décidé de passer la voir, déjà ?
« Cam et moi étions juste des collègues et des amis. Des amis qui se permettaient un peu plus, si tu veux. C'est tout. Et maintenant on est toujours amis. Seulement de bons amis. Et des collègues. »
« Je ne comprends pas. »
Il ferma brièvement les yeux et souffla d'exaspération. « Evidemment, que tu ne comprend pas. »
« Je ne comprends toujours pas quelle est la différence avec nous. Enfin, on est partenaires, alors on est collègues. Et on est amis, je crois. »
Il ne put s'empêcher de détourner le regard quelques instants, se sentant comme un suspect derrière la vitre sans teint d'une salle d'interrogatoire.
« Ce que tu ne comprends pas, Bones, c'est que tout ne peut pas s'analyser scientifiquement. Tout ne peut pas s'expliquer de manière anthropologique. La différence n'a rien de rationnel. Et la différence, c'est que je t'aime. »
Cynthia Brighton ne trouvait pas le sommeil. Pas parce qu'elle pleurait encore de joie, pas à cause de l'excitation et du soulagement qui se joignaient pour faire battre son cœur trop vite. Mais il y avait cette angoisse en elle, ce nœud à l'estomac qui l'empêchait de se relaxer ne serait-ce qu'un peu. Ca ne changeait pas vraiment de d'habitude, à vrai dire. Trop de nuits sans sommeil, à se demander où était sa petite fille, si elle était seulement toujours en vie, si elle la reverrait un jour; A présent, elle ne pouvait s'empêcher de se demander si tout n'avait pas été qu'un rêve. Deux fois déjà, elle s'était rendue dans la chambre de sa fille pour vérifier qu'elle était bien en train de dormir paisiblement dans son lit. Deux fois déjà, elle l'avait embrassée sur le front pour s'assurer que ses lèvres ne faisaient pas que rencontrer un oreiller vide, assez longtemps pour sentir la chaleur de son petit corps et savourer son odeur d'enfant, mais avec précautions, pour ne pas la réveiller.
Pourtant, deux fois ne semblaient pas assez. Et si, pour une fois, ses cauchemars récurrents s'étaient transformés en un rêve impossible ? Et si cela ne faisait que sembler réel, sans l'être vraiment ? Et si... Et si elle était finalement en train de devenir folle ?
Elle tourna la tête pour vérifier si son mari dormait. Dans le noir, elle pouvait deviner que ses yeux étaient clos, et sa respiration semblait paisible. Elle était sur le point de descendre du lit discrètement lorsqu'elle se sentit soudain stupide. Elle ne pouvait pas passer toute la nuit à faire le va et vient entre son lit et la chambre de sa fille. Elle n'était pas du genre à toujours tout vérifier d'une manière obsessionnelle. Elle ne revenait jamais voir si elle avait bien fermé la porte de sa maison, elle n'appuyait jamais plusieurs fois sur la télécommande de sa voiture pour s'assurer qu'elle était bien verrouillée. Elle n'avait jamais été une mère angoissée. Elle essaya de se convaincre de se rendormir, mais la peur finit par se montrer plus forte et elle se leva.
Alors qu'elle traversait la pièce et le couloir, son cœur battait violemment dans sa poitrine. Combien de temps faudrait-il pour que cette angoisse disparaisse ? Des jours ? Des semaines ? Des mois, peut-être ? Disparaîtrait-elle vraiment jamais ? Serait-elle un jour capable de se sentir à nouveau confiante, de dormir sur ses deux oreilles, d'être certaine que sa petite fille était revenue pour de bon ? En dépit d'elle-même, sa main tremblait lorsqu'elle la posa sur la poignée; et sans même le réaliser, elle retint son souffle lorsqu'elle poussa doucement la porte de la chambre de Chloé. Doucement, pour ne pas la réveiller. Lentement, pour retarder inconsciemment le moment où elle serait confrontée à cette image qu'elle redoutait. L'image d'un lit vide et froid.
Elle entra sur la pointe des pieds et se rapprocha de la petite forme étendue sur le lit. Elle effleura de ses doigts la chevelure soyeuse, puis se pencha et déposa un léger et tendre baiser sur la joue moelleuse. Elle aurait pu rester des heures à la regarder dormir, respirer.
Elle étouffa un sanglot et ferma les yeux, essayant de se calmer. Quand serait-elle capable d'arrêter de pleurer de manière incessante ?
La chaleur de son petit corps semblait réelle sous ses doigts, l'odeur de ses cheveux ne pouvait pas être un tour de son esprit. La douceur de sa peau d'enfant n'avait pas l'air d'une illusion, le son de sa respiration ne semblait pas être un rêve. Alors, après une dernière caresse sur le front de sa fille, elle décida qu'elle en avait eu assez pour être rassurée. Et aussi silencieusement qu'elle était entrée, elle sortit de la pièce, se promettant que c'était la dernière fois.
Du moins, pour ce soir.
Elle ne pouvait pas dire honnêtement qu'elle était surprise. Elle ne pouvait pas vraiment prétendre qu'elle n'avait rien remarqué. Elle était anthropologue judiciaire. C'était son travail d'étudier les attitudes des gens, de leur donner une signification, d'en découvrir le but. La manière qu'il avait de la regarder quelques fois, la manière qu'il avait de lui parler. Sa façon de la toucher. Sa façon de ne pas la toucher. Elle aurait dû le voir venir. Mais il y a toujours une différence entre la théorie et la pratique. Et la théorie n'est jamais aussi claire lorsque l'on est soi-même impliqué. Pourtant, elle s'en voulait de ne pas avoir agi plus tôt; pour ne pas arriver à rien faire maintenant. Elle était trop faible pour l'arrêter, pas assez forte pour s'écarter de lui. Deux fois, elle avait laissé les choses aller trop loin. Et maintenant ?
« Je t'aime, » répéta-t-il, comme pour s'assurer qu'elle avait bien entendu. Peut-être pensait-il que ça la secouerait, que ça la réveillerait de l'état de torpeur dans lequel elle semblait tombée.
Elle avait déjà entendu cette phrase, plusieurs fois. Ca avait été plus facile, alors. Plus facile de ne rien répondre, plus facile de fuir. Plus facile de couper tout contact, plus facile de passer à autre chose. Plus facile de ne rien ressentir, plus facile d'oublier, plus facile de n'avoir aucuns regrets et plus facile de n'en avoir rien à faire. Mais cet homme n'avait rien à voir avec un petit ami de passage. C'était son partenaire, quelqu'un avec qui elle travaillait. Plus encore, son ami, quelqu'un en qui elle avait confiance. Alors ça lui semblait important de trouver les bons mots, de faire ce qui était juste, de réparer les erreurs qu'elle avait déjà commises. Restait à savoir comment, et pourquoi il était si difficile de le laisser partir.
Toujours frappée de mutisme et clouée au sol, elle le regarda se diriger vers la porte, et la seule vue de son pas traînant lui serra le cœur. Mais pas autant que l'air sur son visage lorsqu'il se retourna. Leur regards se rencontrèrent, avant que celui de Booth ne tombe au sol. Et quand, après quelques instants, il releva les yeux vers elle, ce qu'elle y vit lui fit réaliser que si elle n'avait pas pu empêcher tout cela d'arriver, elle ne pouvait pas non plus le laisser partir. Pas comme ça.
« Ne t'en fais pas, j'ai compris. Ca n'arrivera plus. Et personne ne sera au courant. »
Elle aurait voulu dire quelque chose, faire quelque chose. Mais, pour quelque raison, elle n'y parvint pas. Le bruit de la porte qui se refermait, seulement, la sortit de son état catatonique. Il ne l'avait même pas claquée, la porte. Peut-être qu'alors, tout aurait été plus simple. Ou pas.
Elle marcha vers la porte et posa la main à plat sur le bois frais, comme si ce geste pouvait encore le retenir. Lorsqu'il devint clair qu'elle avait tout fichu en l'air, elle posa le front sur la porte et éclata en sanglots, sans vraiment savoir pourquoi. Prise d'une soudaine vague de colère, elle frappa la porte du poing. De la colère, parce qu'elle se détestait pour ce qu'elle venait de faire, ou parce qu'elle s'en voulait de pleurer. Probablement les deux. La douleur aigüe qui lui parcourait la main ne fit que faire redoubler ses sanglots.
Elle se tourna et s'appuya le dos contre la porte, essayant désespérément de se calmer. Lorsqu'elle parvint enfin à retrouver un rythme de respiration normal, elle essuya rapidement les larmes qui lui mouillaient le visage et parcourut la pièce du regard à la recherche de ses clefs de voiture. Rien sur la table, rien dans ses poches. Elle empoigna son sac et en déversa le contenu par terre. Ou étaient donc passées ces foutues clefs ? Ah oui... La table basse. Elle enfila la première paire de chaussures qui lui passa sous la main et claqua la porte derrière elle.
Elle conduisit jusqu'à chez lui sans porter tout-à-fait attention au chemin qu'elle empruntait, l'esprit bien trop occupé à essayer de décider ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire. Et lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était arrivée à destination, elle n'était toujours pas sûre quoi dire. Pourtant, elle sortit de la voiture, et alors seulement elle remarqua que la voiture de Booth n'était pas garée devant la maison.
En soupirant, elle s'assit sur la plus haute marche. Des voisins devaient être en train de terminer de dîner dehors, car elle pouvait entendre des rires et des voix. Elle leva les yeux vers le ciel étoilé et attendit. Il finirait bien par rentrer.
Chloé se réveilla au milieu de la nuit, avec la sensation rassurante de doux doigts posés sur sa peau. Elle ouvrit les yeux, et le magnifique spectacle du ciel étoilé au-dessus d'elle. Pas le vrai ciel, mais le plafond de sa chambre. Pas la cave glaciale dans laquelle elle avait été forcée de rester pendant des mois. Pas cette chambre-là. Sa véritable chambre, celle avec les murs violets et les rideaux roses. Et le ciel étoilé que son père avait créé pour elle. Confortablement installée sous les couvertures, allongée sur le dos, les bras le long du corps, elle passa un moment à admirer les grosses et les plus petites étoiles de plastique phosphorescentes qui parsemaient le plafond. Et lorsqu'il devint trop difficile de résister au sommeil, elle ferma les yeux en souriant, n'ayant plus peur de rêver, car il n'y avait plus de cauchemar pour l'effrayer. Il n'y avait que des rêves, et la certitude qu'en se réveillant au petit matin, les étoiles seraient toujours là, collées au plafond ; qu'elles ne brilleraient plus, alors, mais qu'elles continueraient à veiller sur elle.
Lorsqu'il vit la voiture garée devant chez lui, il ne la reconnut pas immédiatement. Et lorsqu'il l'aperçut, assise devant la porte, ses bras reposant sur ses genoux, il se figea. Il lui avait fallu plus d'une heure pour se calmer, essayant de la chasser de son esprit, et voilà qu'elle était là à l'attendre ? Il lui sembla tout d'abord qu'elle le narguait, et il se rapprocha avec la ferme intention de lui dire froidement de le laisser tranquille avant de s'enfermer à l'intérieur. Mais plus il se rapprochait, plus il pouvait distinguer son visage, et moins il avait envie de réagir de cette façon. Elle se leva lentement, sans un mot. Elle se pinça les lèvres, ne le quittant pas du regard.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Elle lui adressa un semblant de sourire avant de répondre, non sans une certaine hésitation. « J'attendais que tu reviennes, sûrement. »
« Qu'est-ce que tu veux ? » soupira-t-il.
Elle haussa légèrement les épaules. « M'excuser. »
Elle fit un pas en avant d'un air embêté. Il ne prit pas la parole immédiatement, préférant lui laisser l'opportunité d'en dire plus, de s'expliquer. Mais, après plusieurs longues secondes à se regarder dans les yeux, rien n'était encore sorti de sa bouche. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien lui vouloir ? Juste s'excuser et partir, pour se sentir un peu moins coupable ?
« Ouais, je vois. C'est très gentil de ta part mais tu vois, je vais bien, merci. Maintenant si ça ne t'embête pas, je vais… »
D'ordinaire, lorsqu'elle lui coupait la parole, elle se contentait de parler plus fort que lui. Parfois, elle commençait à bouder, et d'autres fois, lorsqu'elle était frustrée de réaliser qu'elle n'aurait probablement pas le dernier mot cette fois-ci, elle claquait la porte violemment. Mais c'était la première fois qu'elle utilisait la méthode du baiser, et il devait reconnaître que c'était plutôt efficace.
Il laissa passer quelques secondes, s'attendant à ce qu'elle s'écarte. Mais lorsqu'elle ne le fit pas, il comprit que ça n'était pas un simple baiser d'excuse. C'était un abandon, un forfait, et ses doigts fins qui lui caressaient le cou lui donnaient des frissons, la sensation du corps de sa partenaire pressé contre le sien le rendant fou.
Et c'était tellement romantique, bien qu'un peu étrange, d'embrasser Bones sous le ciel étoilé.
A/N : Je ne suis pas tout-à-fait satisfaite des derniers chapitres, j'ai grandement manqué d'inspiration. En espérant que ça vous aura plu quand même. Le dernier chapitre est un court épilogue, il arrive dans les jours qui viennent, promis !
