La vérité, toute la vérité, rien que la vérité
Note aux lecteurs: Il n'y a pas de spoilers dans ce chapitre. Bonne lecture!
- Où l'on fait de grandes découvertes -
Harry avait roulé presque deux heures. Le soir tombait et l'obscurité se faisait plus dense. Il s'était éloigné de Londres, s'était dirigé vers l'est, avant de se retrouver dans une petite ville de banlieue, dans une de ces villes où les maisons se ressemblent toutes. Il ne tenta même pas un créneau et s'arrêta sans plus de cérémonie où sa voiture se trouvait. Il descendit, et sans prendre la peine de fermer à clef, s'avança à grands pas vers une porte peinte d'un bleu vif, sonna, tappa des pieds pour se réchauffer. Satané pays, où le froid tombe avec la nuit!
C'est les mains profondément enfonçées dans ses poches et une moue contrariée sur le visage qu'il salua celui qui venait de lui ouvrir.
« Bonsoir très cher! Que faites-vous par ici si tard le soir? Je doute que vous me fassiez une simple visite de courtoisie avec la tête que vous avez.
- Oh, ça va hein! Te fous pas de moi, fais-moi plutôt entrer, ce sera plus utile!
- Hey du calme Harry! Tu sais bien que ce n'est pas en t'énervant que tu arrangeras tes affaires. Alors entre, installe-toi et détends-toi. Je vais faire un lait chaud: ce n'est plus vraiment l'heure du thé. » Et le jeune homme tira Harry par la manche pour qu'il entre. Il lui ôta manteau et écharpe avant de l'attirer dans la cuisine et de l'asseoir plus ou moins de force sur un tabouret. Harry, quant à lui, semblait vouloir garder le silence. Il observait son ami préparer le lait chaud en sifflotant. Il songea, amusé, qu'il y a quelques années, jamais il n'aurait pensé que Blaise se trouverait un jour à vivre comme un simple moldu. Blaise Zabini, comme beaucoup d'autres, avait souffert des préjugés qui infestaient les mentalités de la plupart des sorciers. Certes, on ne pouvait pas dire qu'à Poudlard Harry avait été un modèle de tolérance et de compréhension. Mais il avait revu ses opinions et appris à ne juger que ce qu'il connaissait.
C'est d'ailleurs ce qui avait fait de l'ancien Serpentard un de ses meilleurs amis, au même titre que Ron et Hermione. D'ailleurs, depuis que ces derniers étaient mariés et avaient un fils, il s'appuyait davantage sur Blaise, pour ne pas trop peser sur ses deux amis, qui lui étaient reconnaissants de cette marque d'attention. Ainsi, suite à ses mésaventures du jour et à sa fuite inexpliquée de chez Mrs Rowling, il n'avait pas hésité une minute: il s'était rendu chez Blaise.
Celui-ci posa une casserole fumante au milieu de la table avant de remplir deux mugs du liquide qui fleurait bon les épices. Cette odeur réconforta un peu Harry. Il enserra sa tasse entre ses deux mains, comme s'il avait peur que la chaleur ne s'échappe.
« Bon alors, tu me dis ce qui ne va pas? » La voix de Blaise brisa le silence qui commençait à s'installer; pas un silence gêné, non, un silence vaporeux, ouaté, confortable, dans lequel on s'enfonce et on s'endort après avoir oublié tous les soucis qui occupaient notre esprit auparavant.
« Mmm... marmonna Harry. Mais qu'est-ce qui te fait dire que quelque chose ne va pas?
- Voyons Harry! Ne me dis pas que tu te ramènes chez moi à une heure pareille pour me conter fleurette!
- On ne peut décidément rien te cacher! »
Blaise sourit, amusé de voir que son ami ne changerait donc jamais: à vingt-sept ans passés, il n'avait pas encore compris qu'il était toujours aussi prévisible qu'à douze ans. On lisait en lui comme dans un livre ouvert, surtout lorsque l'on était un ancien Serpentard et que l'on s'appelait Blaise Zabini.
Il lança un regard à son ami qui disait clairement « Bon alors? J'attends... », avant que Harry ne se décide enfin à lui raconter ce qui s'était passé chez Mrs Rowling.
« Attends un peu... Mrs Rowling... La Mrs Rowling, auteur à succès de livres pour enfants? s'exclama Blaise.
- Tu la connais? » demanda Harry qui sentait la panique monter en lui.
« De nom seulement, je n'ai pas lu ces livres. Mais, c'est vraiment d'elle qu'il s'agit?
- Mmm... moui, ça se pourrait bien. » Harry était désormais dans le pétrin jusqu'au cou: Blaise n'était pas censé être au courant des liens qui unissaient le trio à l'auteur. Et merde! songea-t-il. Son cas était encore plus désespéré que celui de Hagrid, pourtant expert inconstesté ès gaffes, bévues et boulettes!
« Harry? » L'interpelé se renfrogna et porta toute son attention sur sa tasse de lait, pourtant déjà vide. « Harry? Tu ne me cacherais pas quelque chose par hasard?
- Moimeuhnonjamaisdelavie!
- Excuse-moi, je dois avoir des problèmes d'audition. Pourais-tu répéter s'il-te-plaît?
- Ecoute Blaise, je suis vraiment désolé, mais je n'aurais jamais dû laisser échapper un truc pareil. C'est classé Secret d'Etat: je ne peux vraiment rien te dire.
- Harry... » Le ton de Blaise s'était fait menaçant, signifiant clairement « Je suis un Serpentard atteint de curiosité aiguë; tu sais parfaitement que je ferai tout pour découvrir ce que tu me caches, alors autant me le dire tout de suite! ».
« Blaise, s'il-te-plaît... Hermione me tuera quand elle saura!
- Et si je te promets que je ne dirai rien à personne? Que tout ce que tu me diras restera entre nous? » Après plusieurs minutes de lutte intérieure intense, Harry finit par répondre.« Bien, c'est une longue histoire, et plutôt compliquée si tu veux mon avis. Alors... je peux rester pour la nuit? » demanda-t-il avec un sourire innocent collé aux lèvres. Blaise accepta, non sans penser que Harry pouvait parfois être très serpentardesquement manipulateur. Il avait dû prévoir cela dès le début et avait rebondi sur sa bourde pour se trouver une excuse et passer la nuit chez lui. Mais c'était pour ce genre de choses qu'il appréciait particulièrement Harry, non?
Il fut alors décidé que Harry raconterait son histoire dans tous les détails, depuis le début, pendant que Blaise préparerait le dîner.
« Et tu vois, Joanne a raconté notre histoire pour... » disait Harry tout en mettant consciencieusement les fourchettes à droite de l'assiette et les cuillers dans les verres.
« Harry, je n'ai rien compris. Pourquoi cette Joanne aurait raconté, comme ça, sur un coup de tête, ton histoire?
- Mais je te l'ai dit! Parce que... » Et la conversation s'étira jusque tard dans la nuit.
Ils avaient fini de dîner depuis longtemps, et la lune était déjà haut dans le ciel, lorsque Blaise eut le fin mot de l'histoire. Les deux amis étaient vautrés sans élégance aucune dans le vieux canapé du salon. Devant eux, sur la table basse, reposaient deux tasses de porcelaine blanche au fond desquelles on pouvait voir la trace brunâtre laissé par l'infusion en séchant. Ils restèrent un moment, là, épaule contre épaule, enveloppés dans le silence duveteux qui suivait toujours leurs conversations. Blaise savourait ce qu'il venait d'apprendre, le distallait et l'analysait dans son esprit tortueux. Peu à peu, il sentit la respiration de Harry se faire plus régulière, plus profonde. Le Héros du monde sorcier s'endormait sans plus de cérémonie, désormais complètement avachi sur son ami. Manquerait plus qu'il ronfle, songea celui-ci, un sourire moqueur jouant sur ses lèvres.
- & -
Ron fixait, les yeux grands comme des soucoupes, l'écran de télévision sur lequel défilait une liste de noms. Tantale dissimulait encore son visage dans le giron maternel, n'étant pas tout-à-fait certain que le film était terminé. Hermione, quant à elle, regardait son époux, partagée entre l'amusement et l'exaspération. Finalement, celui-ci ferma la bouche et se décida à communiquer.
« Non mais tu as vu la tête qu'il a?
- ... » La jeune femme fut bien trop surprise pour trouver une réponse construite à ce commentaire primaire. Elle décida donc d'aller coucher son fils, laissant le temps à son mari de réfléchir à des remarques plus intelligentes et constructives. « Je reviens, » annonça-t-elle. Pendant qu'elle tournait les talons, Ron s'emparait de la boîte du DVD.
« Allons Tantale, c'est fini! Le méchant serpent est parti.
- Dis Maman, ça existe pas les basilics, hein?
- Euh... » L'hésitation de sa mère sembla inquiéter Tantale, et les larmes commencèrent à emplir ses deux grands yeux bruns. « Non, bien sûr que non mon chéri! Ça n'est qu'une légende. » Un pieux mensonge, songea-t-elle en embrassant évasivement son fils sur la tempe.
Hermione bordait étroitement son fils lorsqu'il lui demanda: « Dis Maman, pourquoi le garçon il a le même nom que parrain? » Tantale avait décidément le don pour poser les questions les plus délicates. « Et bien... disons que le nom de ton parrain est très répandu, et qu'il y ait un autre Harry Potter est un pur hasard. Allez, il faut dormir maintenant. Ton père viendra te faire un bisou un peu plus tard. Dors bien mon chéri. » Et elle déposa un léger baiser dans les boucles rousses, avant de refermer la porte sur le petit garçon qui dormait déjà.
« Alors? Tu es remis de tes émotions?
- ... » Apparemment, non. Hermione s'approcha de son rouquin de mari et le secoua légèrement par l'épaule. « Ron? Tout va bien?
- Oui, oui, c'est juste que...
- Que quoi?
- Et ben... non mais tu as vu la tête qu'il a? » Elle leva les yeux au ciel.
« Ça a l'air de te tenir à cœur, alors parlons-en, de la tête qu'il a!
- Non mais... mais, tu as vu ça? Un gamin avec des joues rondes et de grands yeux bleus! Ça n'est pas Harry! Il a dû y avoir une erreur dans le titre, je ne sais pas moi...
- Ron! Dois-je te rappeler qu'il s'agit d'un film moldu, réalisé par des gens qui ne savent même pas que notre Harry existe?
- Quand même, j'ai lu le bouquin, et il n'est écrit nulle part qu'il a de bonnes joues rondes. Je te signale quand même que quand on l'a vu arriver en première année, il était bien loin d'être aussi... joufflu.
- Ce n'est pas évident de trouver un acteur qui corresponde totalement à l'image décrite dans le livre. Et puis, il faut trouver un bon act...
- Désolé de te couper, mais ce Daniel Madchiffe ou je ne sais quoi, joue comme un pied!
- Tu n'as peut-être pas tout-à-fait tort sur ce point...
- Et franchement, tu ne vas pas me dire que tu m'aurais épousé si j'avais la tête du gosse qui joue... moi! » Ron grimaça à la mention de son propre personnage.
« Pour être franche, non. Je te préfère nettement comme tu es. Mais il faut reconnaître que le Ron du film est au moins aussi boulet que toi.
- Hey! Ne m'insulte pas! Ou je vais être obligé de dire que la Hermione du film est plus jolie que toi!
- Et tu auras raison, mais on s'en fiche, parce que c'est moi que tu aimes, et pas cette gamine complètement évaporée et superficielle sensée être une ''Miss-je-sais-tout''. Non mais, as-tu déjà vu une première de la classe aussi godiche? On a l'impression qu'elle sort tout juste d'une magasin de poupées... Et puis il y a un truc que je ne comprends pas: pourquoi sont-ils tous habillés en uniforme, alors que la plupart d'entre ne savent même pas ce qu'est un pantalon?
- C'est vrai que je n'ai pas compris non plus... Je préfère amplement nos larges robes de sorciers. Plus confortables, plus pratiques. Tout quoi! Tu imagines si je devais m'amuser à faire mon nœud de cravate tous les matins?
- Sûr que tu serais encore plus en retard. » Hermione eut un rire moqueur devant la moue vexée de son époux. Ce dernier, afin d'échapper aux commentaires de sa chère et tendre, se décida enfin à aller embrasser son fils pour la nuit.
Lorsqu'il pénétra dans l'obscurité de la chambre, il ne put s'empêcher de s'arrêter pour observer le petit garçon dormir. Qu'il était mignon lorsqu'il rêvait! Ron soupira, attendri – comme une fille devant un poulain licorne songea Hermione qui l'observait depuis le couloir.
Sa poitrine se soulevait au rythme lente de sa respiration, ses cils sombres balayaient ses pomettes dodues et couvertes de taches de son, ses boucles rousses s'étalaient sur l'oreiller à la manière d'une auréole. On s'y tromprait presque pensa le père, gagatisé par cette vision. Il s'approcha lentement – c'est fou comme la paternité rendait plus subtil des fois! - et déposa un baiser tout doux sur le nez du chérubin – ou diablotin, l'on ne saurait dire.
- & -
En plein mois de juillet, Draco Malfoy errait dans les rues de Varsovie; il avait perdu toute trace du monde magique depuis plusieurs heures et se trouvait obligé de côtoyer les moldus, ce qui le mettait dans un état d'esprit déplorable. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même et à son géniteur: le sens de l'orientation ne faisait pas partie des gènes de la famille Malfoy.
Ainsi, au milieu de la foule estivale, il traînait sa robe et sa cape. Il était bien sûr bien trop occupé à se lamenter sur son propre sort pour remarquer que la mode était tout autre dans la capitale polonaise. Inlassablement, il passait et repassait sa main gauche dans ses cheveux, que le soleil s'était appliqué à décolorer davantage encore. Il arborait de plus un magnifique coup de soleil sur le nez, souvenir de Saint-Tropez, où il avait passé une semaine, avant de s'en aller crapahuter en Europe orientale.
Il était à présent dans rue large et commerçante. Les touristes se mêlaient aux autochtones dans un chatoiement de couleurs éclatantes. Un attroupement soudain attira son attention. Un groupe s'était formé devant la vitrine de ce qui semblait être une librairie. Intrigué – tout Malfoy qu'il était, Draco nourrissait une curiosité qui faisait rougir de honte ses plus nobles ancêtres – il s'approcha de la devanture. C'est alors qu'il découvrit ce qui attisait les commentaires de ces vaillants Polonais. Un livre assez épais, dont le titre – chose étonnante – était en anglais. Harry Potter & the Deathly Hallows. Draco tiqua à la mention de Harry Potter. Se pouvait-il que...?
Vingt minutes s'étaient écoulées, et notre baroudeur était toujours planté devant la vitrine de la librairie. Quiconque y aurait prêté attention, aurait pu entendre les rouages de son cerveau s'échauffer. Draco tentait tant bien que mal de se persuader que les moldus ne savaient rien, que c'était une simple coïncidence, que le patronyme Potter était un des plus courants du Royaume-Uni. Mais rien n'y faisait. Il avait comme un doute. Un doute énorme, qui lui donnait des sueurs froides. Et, la curiosité aidant, il entra dans la boutique. Quand on le prévint, dans un mauvais anglais, que le volume en vitrine était le septième et dernier d'une saga (Comment? vous ne connaissez pas? Mais d'où sortez-vous mon bon monsieur?), un frisson lui parcourut l'échine. Il acheta les sept d'un coup (avec une pensée émue pour un tailleur célèbre) avant de sortir de la boutique.
Quelques heures plus tard, c'est un Draco horrifié qui était à plat ventre sur son lit d'hôtel, tout habillé, lisant avidement le tome un. Plus il avançait dans les pages, plus son effarement augmentait. Malgré tous ces sentiments peu agréables qui s'emparaient de lui, il ne pouvait s'empêcher de se dire « J'aurais dû m'en douter » ou « Ça ne m'étonne pas de lui ». Mais toutes ces pensées n'étaient que mauvaise foi: il savait bien, au fond de lui, que Harry n'était pas de cette engeance...
