La vérité, toute la vérité, rien que la vérité

Note aux lecteurs: Il n'y a pas de spoilers dans ce chapitre. Bonne lecture!


- Où Harry rencontre Draco -

« Parrain?

- Oui?

- Pourquoi tu es parti quand on était chez la dame?

- Tantale! Laisse Harry tranquille, » Même dans ses casseroles, Hermione avait toujours une oreille qui traînait. Par curiosité ou pour surveiller son fils, Harry n'aurait su le dire. Après quelques minutes de calme relatif, on entendit la jeune femme élever la voix. À qui donc pouvait-elle parler? Ron fronça les sourcils et allait voir de quoi il en retournait lorsqu'elle sortit de sa cuisine. « Harry, je crois que c'est pour toi. »

« Draco! Mais qu'est-ce que tu fiches ici? » Le visage de son ancien rival apparaissait dans l'âtre, nimbé de flammes.

« Ne t'inquiète pas, elle ne m'a pas reconnu.

- Comment ça?

- Sort de dissimulation.

- Bon. En tout cas, t'abuses de me cheminetter ici! C'est risqué et...

- Mais je vais bien! Je suis content que tu me le demandes...

- Oh ça va! Depuis le temps, on n'a plus besoin de ce genre de civilités.

- Merci encore de t'inquiéter de ma santé! Je pensais que je comptais au moins un peu pour toi? » Draco leva un sourcil de braise – le gauche pour être plus précis (il n'avait jamais réussi à lever seulement le droit). Son air de prince offensé fit sourire Harry.

« D'accord. Comment allez-vous mon cher?

- Avec un peu moins de préciosité – ça ne te va pas du tout – ce serait parfait.

- Très bien. Bonjour Draco! Comment vas-tu?

- Je me porte comme un charme, je te remercie. Et toi? Ça m'a tout l'air d'aller.

- Bon allez, ça suffit. Qu'est-ce que tu fais ici alors que tu es censé être en Pologne ou je ne sais plus trop où en Asie?

- En Asie? Mon pauvre Harry, il va vraiment falloir que je te donne des cours de géographie.

- Si ce sont des cours particuliers, j'accepte volontiers! » Un éclat s'était allumé dans l'œil vert de notre héros. Puis, se reprenant: « Mais ne change pas de sujet. Pourquoi es-tu là?

- Bien. Je me promenais dans les rues de Varsovie, lorsque j'ai vu un attroupement de badauds...

- Accouche! J'ai mal au dos à force d'être penché sur cette cheminée! Je ne vais pas te tenir la jambe cent sept ans!

- Pour ça, il faudrait déjà que tu puisses l'attraper, ma jambe!

- Draco... » Le ton s'était fait plus abrupt, et l'interpelé se dit qu'il ferait mieux de cracher le morceau, avant que Furie ne s'empare de l'esprit de son... son quoi au fait? Amant? Partenaire? Compagnon de couche (comme disaient si bien les Grecs)? Bref.

« J'ai besoin de te voir, et le plus vite sera le mieux. Ce que j'ai à te dire est trop important pour être annoncé comme ça, dans une cheminée.

- Qu'est-ce qui se passe? Il t'est arrivé quelque chose? Rien de grave j'espère...

- Arrête de paniquer! Bien que je sois touché que tu t'inquiètes pour moi à ce point, c'est plutôt toi le concerné en fait.

- OK. Qu'est-ce qui ce passe? Qu'est-ce que j'ai encore fait?

- Mais rien Harry! Cesse de te vexer à chaque fois que j'ouvre la bouche! Et je t'ai dit que c'était trop délicat pour t'en parler par Cheminette. Alors je dois te voir. Je suis rentré à Londres...

- Bien, mais là, tu vois, je suis invité. Et ce soir on va dîner au Terrier.

- Tu ne peux pas annuler?

- Attends, tu me fais rire! C'est toi qui débarques sans prévenir alors que tu es censé être à l'autre bout de la planète et...

- Hey! Je ne suis pas censé être à l'autre bout de la planète! Il était prévu que je rentre avant Noël.

- Oui, bon. Et tu me demandes d'annuler une invitation pour que toi, tu puisses me parler de je ne sais quoi?

- Harry, s'il-te-plaît... » Il y avait comme de la panique dans sa voix, Harry le réalisa soudainement.

« Bon, je vais voir ce que je peux faire. J'essaierai de partir plus tôt du dîner, mais je ne peux pas l'annuler comme ça. Molly m'en voudrait, et Ginny aussi.

- Ginny... tssssk!

- Oh, ça va! Je sais que tu ne l'aimes pas. Bon, je serai chez toi vers onze heures ce soir, ça te convient?

- Je suppose que je devrai m'en contenter... A ce soir. » Et Draco disparut dans un nuage de suie.

- & -

« Harry! Mon chéri! » Molly lui planta deux baisers sonores sur les joues, avant de consentir à le relâcher pour qu'il puisse saluer Luna et Théodore. L'étrange couple observait la scène, amusé comme à chaque fois. Ils ne faisaient certes pas vraiment partie de la famille, mais aux yeux de Molly, c'était tout comme. Après tout, Luna était la marraine de Tantale: elle ne pouvait pas décemment être invitée sans son Serpentard de mari.

Au début, cela avait été difficile, les préjugés ayant bon train après la chute de Voldemort. Mais au fur et à mesure, Théodore Nott avait fini par être accepté. Harry pensait que si ça n'avait pas été le cas, le jeune homme n'en aurait pas fait une maladie: on avait l'impression qu'il aurait pu vivre seul dans un coin du monde des plus reculés sans que cela l'eût dérangé. Finalement, il était d'une compagnie plutôt agréable, bien que peu loquace. Ses propos étaient toujours pertinents et concis; il rappelait à Harry son amie, mais en moins expansif. Cela dit, Hermione et Théo pouvaient discuter des heures durant, sous le regard jaloux de Ron et rêveur de Luna.

« Mais allez donc vous asseoir! Ne restez pas plantés là comme des souches. » Molly s'agitait, comme à chaque fois qu'elle recevait plus de deux personnes. Ils la précédèrent donc dans le salon, où ils prirent place. Luna et Théo, Hermione et Ron, Tantale sur les genoux de Harry, Arthur dans son fauteuil, à côté de la cheminée et Molly qui s'affairait autour de la table basse. « Je vous laisse patienter ici, je m'en retourne aux fourneaux. Ginny! » Un bruit de pas précipités se fit entendre dans l'escalier, et elle déboula dans le salon. Harry se tendit légèrement en la voyant se précipiter vers lui, mais fut soulagé de voir que ce n'était que pour prendre ''son Tatale'' dans les bras.

Ridicule, songea-t-il, avant de réaliser avec horreur que Malfoy déteignait décidément trop sur lui pour son propre bien. Maintenant qu'il se retrouvait les bras ballants sur son fauteuil, il se rendit compte qu'il était seul face à tous ces couples. Certes, Ginny était célibataire aussi, mais ce n'était pas la même chose. Lui, il y avait bien une personne qu'il voyait régulièrement, cependant, dire qu'ils avaient une vraie relation, c'était s'avancer en terrain instable. Leur relation n'était pas amicale; elle n'était pas non plus haineuse. Amoureuse? Certainement pas. Conflictuelle? Sûrement un peu. C'était comme une lutte permanente entre eux, une rivalité sans fin. Et il y a avait ce besoin que Harry ressentait clairement – et il était prêt à parier que Malfoy ressentait ce besoin lui aussi. Parce qu'il s'agissait de lui bien sûr: Draco Lucius Malfoy, le seul, l'unique.

« Tu ne dis rien Harry?

- Laisse tomber Maman, il est encore dans ses pensées fumeuses. Il est peut-être amoureux, qui sait? » La réplique de Ginny le fit redescendre sur Terre brusquement.

« Comment? Excusez-moi, je suis désolé. Je dors peu en ce moment et...

- Oh mon pauvre chéri! Rien de grave j'espère?

- Non, non, rassurez-vous Molly. Ce n'est pas comme si d'habitude je dormais bien. » Il eut un petit sourire gêné alors qu'il remontait ses lunettes sur son nez. Une sonnerie retentit dans la cuisine.

« Je crois que l'on va pouvoir passer à table les enfants, » déclara Mrs Weasley. Arthur, Ron et Tantale furent les premiers autour de la table, un sourire immense éclairant leur visage: les chiens ne font pas des chats. Harry s'était attardé au salon avec Luna.

« Alors, comment va Blaise? » demandait la jeune femme, qui arborait pour l'occasion, de très jolies boucles d'oreilles dans un métal pour le moins intrigant: trop pâle pour être de l'argent et bien trop léger pour être de l'acier – métal très en vogue dans la mode sorcière des années 70, il se contorsionnait en d'étranges volutes. Lorsqu'il sortit de sa contemplation, Harry put enfin répondre: « Bien, très bien... mais, comment sais-tu que j'ai été le voir?

- J'ai mes sources mon cher... » Devant l'air ahuri de son ami, Luna s'empressa d'ajouter: « C'est Hermione qui me l'a dit la semaine dernière.

- Hermione! » L'interessée se retourna, d'un air faussement surpris qui ne trompa personne, à l'exception de notre héros national. « Depuis quand racontes-tu ma vie à tout le monde?

- Et bien... euh, comment dire? Luna voulait te parler l'autre soir, et je lui ai dit que tu étais sorti.

- Et?

- Quoi et? C'est tout!

- Luna?

- Oui?

- Et bien? Comment sais-tu que j'étais chez Blaise alors qu'Hermione n'a même pas mentionné son nom?

- Oh! Mais voyons Harry, c'est logique! Quand tu n'es pas chez toi le soir, c'est que tu es chez Blaise. Tout le monde le sait, ça.

- Tout le monde? » Harry balaya la table du regard. Ron et Ginny semblaient tout d'un coup très intéressés par la forme de leur fourchette; Arthur et Molly avaient décroché de la conversation depuis longtemps déjà; Luna le regardait d'un air confiant, Hermione de cet air moqueur qu'elle avait tendance à utiliser trop souvent ses derniers temps; Théo analysait la situation d'un air tranquille, comme détaché de ce qui se passait dans la pièce. Ce n'était pas possible, tout le monde était ligué contre lui!

« Qui reprendra du poulet? » demanda Molly à la cantonade, pour détendre l'atmosphère. Ses époux, fils et petit-fils furent les seuls à tendre leur assiette. C'est impressionnant ce qu'il mange pour son âge! s'étonnait Théo en observant Tantale.

Lorsque tout le monde eut pris – et repris pour certains – du plat et du dessert, que le café fut servi et consommé autour de discussions diverses et variées, Harry se leva et s'excusa auprès de ses hôtes, déclarant qu'il devait impérativement partir. Hermione eut ce petit sourire entendu – qui décidément semblait lui coller aux lèvres. Ginny étouffa un rire, ce qui lui attira un regard noir de celui-qui-n'avait-jamais-été-son-petit-ami. Molly se contenta de s'écrier un « Oh! Déjà? Tu es sûr que tu ne peux pas rester? »; Arthur le salua gentiment; Théodore lui serra la main en lui jetant un regad inquisiteur; Ron se désola de ne pouvoir partager avec lui un petit digestif; et Tantale lui colla un bisou bien baveux sur la joue avec un « bonne nuit Parrain » qui fit qu'il fut pardonné immédiatement. Sur ce, Harry quitta la douce chaleur du Terrier pour affronter la froidure de cette fin d'automne.

- & -

Les feuilles givrées qui gisaient sur le sol craquaient sous ses pas. Dans le ciel, pas un nuage ne venait voiler les étoiles qui scintillaient par centaines. La nuit alentours était bien silencieuse: de temps à autre, un hulument, ou un miaulement, mais sinon, rien. Harry trouva un endroit calme pour pouvoir transplaner jusqu'à Londres. Malheureusement, il ne pouvait se rendre directement chez Malfoy: depuis quelques années, des mesures de sécurité avaient été prises pour le transplanage dans la capitale, et l'appartement de Draco était assez éloignée de toutes les zones sécurisées.

Dans un 'plop' caractéristique, Harry apparut dans une impasse complètement délabrée, où seuls se battaient quelques chats de gouttière au milieu d'ordures. Ils pourraient quand faire des efforts pour nettoyer les zones de transplanage quand même! Sortant prudemment du cul-de-sac dans une avenue bien éclairée, notre héros s'en alla d'un bon pas vers ce qui semblait être une ruelle assez miteuse. Après quelques minutes de marche assidue dans cet entrelacs de coupe-gorges, on pouvait l'entendre pester contre les rues trop petites, trop nombreuses et pas assez droites. S'il avait un point commun avec l'homme qu'il devait retrouver, c'était sans aucun doute le sens de l'orientation.

Au bout d'une heure dans le froid et le silence, il parvint enfin devant un immeuble qui lui semblait familier. Il n'avait qu'une heure et demi de retard, il pouvait encore s'en sortir indemne. Ou alors, il avait toujours la possibilité de se mettre à courir et rentrer chez lui pour éviter l'orage qui allait s'abattre sur lui dans quelques minutes... jusqu'à leur prochaine rencontre. Non, mieux valait affronter la tempête dans les plus brefs délais.

C'est la démarche assurée qu'il entra dans le bâtiment, appela l'assenceur et s'avança vers la porte. Tout d'un coup, il fut pris d'un gros doute: et s'il s'était trompé? Il était minuit passé: il ne pouvait pas se permettre de sonner chez n'importe qui à une heure pareille! D'un autre côté, si Draco n'habitait pas là, il ne savait pas où il demeurait. Finalement, rassemblant tout son courage d'ancien Gryffondor, Harry appuya sur la sonnette. Silence. Pas un bruit. Il tenta sa chance une seconde fois. Cette fois-ci, des jurons se firent clairement entendre. Des bruits de pas précipités.

Il est encore temps de fuir, songeait notre vaillant héros. Puis la porte s'ouvrit sur un Draco passablement débraillé: il avait dû s'endormir en attendant son invité. Dire qu'il n'avait pas l'air de très bonne humeur était un doux euphémisme. « Toi! » articula-t-il d'un ton qui aurait glacé quiconque se serait trouvé là. Avant que Harry ait pu s'enfuir, ou même marmonner un vague désolé, il attrapa son invité nocturne par le collet, l'attira brusquement à l'intérieur de l'appartement et referma la porte sur eux.