La vérité, toute la vérité, rien que la vérité
Note aux lecteurs: Il n'y a pas de spoilers dans ce chapitre. Bonne lecture!
- Mystère hermionesque et ire malfoyenne -
Notre valeureux héros n'en menait pas large. Il faut dire pour sa défense que l'ire malfoyenne est particulièrement impressionnante – l'iracibilité étant un autre point commun entre les deux hommes face à face dans l'étroit couloir d'un appartement londonien.
« Toi! » répéta le jeune homme blond d'un ton coupant. « Ça fait plus d'une heure et demie que je t'attends! » Sa voix soudainement montée dans les aigus et les plis que l'oreiller avaient laissé sur sa joue lui ôtèrent d'un coup toute crédibilité. Harry, qui s'était tenu coi jusque-là éclata d'un rire peu discret. Des bruits de pas à l'étage du dessus leur rappelèrent que l'heure n'était pas à la dispute, mais à la discussion – et plus si affinités.
Draco s'avoua vaincu et guida son hôte nocturne vers le salon. Il réarrangea un tant soit peu les coussins qui étaient sans dessus dessous – il ne faisait aucun doute qu'il s'était endormi sur son canapé en attendant Harry. Ce dernier s'y assit sans attendre d'invitation et leva les yeux vers le maître de maison, qui semblait avoir bien du mal à sortir de sa léthargie.
« Alors? Pourquoi m'as-tu fait venir ici en pleine nuit? » La voix un peu enroué de son invité le sortit de son mutisme; mais au lieu de répondre à la question, il se dirigea vers sa chambre. Comme Harry ne comprenait pas très bien où il voulait en venir, il le suivit. Arrivé dans la pièce, il vit Draco saisir quelque chose qui ressemblait à un livre sur sa table de chevet, ce qui, somme toute, n'avait rien d'anormal. C'est alors qu'il remarqua la paire de lunettes qui trônait sur La Gazette du jour.
« Tu as des lunettes Malfoy? » Il ne put réprimer la surprise et le rire un brin ironique dans sa voix. Son ancien rival s'était moqué tant de fois de ses binocles, l'avait tant de fois affublé de surnoms tous plus ridicules les uns que les autres.
« Et alors?
- Non, rien. Je suis justé étonné que quelqu'un d'aussi parfait que toi puisse avoir besoin de ''binocles''.
- Oh ça va! » Le reste de sa diatribe ne fut plus marmonnements incompréhensibles à l'oreille d'êtres humains normalement constitués. Finalement, il se planta devant Harry, brandissant devant lui un épais volume à la couverture cartonnée. Harry Potter and the Goblet of Fire. Tiens, ce titre lui disait quelque chose. Harry Potter... mais c'est bien sûr!
« Où as-tu trouvé ça Malfoy?
- Disons que j'ai erré dans Varsovie cet été...
- Et alors? Ne me dis pas que tu as trouvé ça au milieu des grimoires que vendent les librairies sorcières!
- Non, bien sûr que non. Si tu me laissais finir mes phrases, tu n'aurais pas besoin de t'énerver. Alors maintenant, tu t'assois et tu m'écoutes. » Harry n'eut d'autre choix que de prendre place sur le lit défait et d'observer avec attention – et appréhension – son interlocuteur. « Je disais donc, j'étais à Varsovie cet été. Je me suis perdu – ne te moque pas! – et ai fini par me retrouver du côté moldu. J'ai découvert le tome sept de cette... ''saga'' et en voyant tout ce monde qui se précipitait pour en avoir un exemplaire, je suis entré dans la boutique. Pour résumer, j'ai acheté les sept tomes et les ai lus.
- Et?
- Comment ça « Et? »? Non mais ne me dis pas que je dois tout te réexpliquer!
- J'ai bien compris ce que tu m'as dit Malfoy, pas la peine d'user ta salive.
- Mais ça ne te fait rien de savoir que les moldus savent tout de ton existence, et par conséquent de celle des sorciers? Réfléchis donc deux minutes! C'est extrêmement grave! Le monde sorcier est en danger immédiat! Si nous sommes découverts, nous sommes tous morts!
- Calme-toi Draco!
- Que je me calme! Tu en as de bonnes toi! Je suis sûr que tu n'étais même pas au courant de tout ça.
- Bien sûr que j'étais au courant, puisque j'ai participé au projet. » D'un coup, Malfoy se tut. Nom d'un scroutt à pétard! Il avait osé mettre la vie de tous les sorciers en jeu! Bon, il exagérait peut-être un peu, mais il était certain que les êtres dotés de pouvoirs magiques pouvaient désormais dire adieu à leur tranquillité, tranquillité qu'un certain Malfoy affectionnait tout particulièrement. À ce moment-là, ledit Malfoy devait afficher une moue particulièrement amusante puisque notre héros à lunettes éclata de rire pour la deuxième fois en une heure. Horriblement vexé, Draco commença à l'invectiver, jusqu'à ce que des coups provenant de l'étage du dessous leur parvinrent. Ils se turent aussitôt.
« J'exige des explications. » Draco était fièrement campé devant Harry: il suait la fierté et l'orgueil blessés par tous les pores de sa peau. Son regard était méprisant et montrait clairement qu'il n'admettrait aucune discussion. Harry esquissa un sourire devant le ridicule de la situation, mais commença néanmoins les explications demandées. Au bout de quelques minutes, Draco s'assit sur le lit, à ses côtés. Il n'écoutait déjà plus. Il avait tourné légèrement la tête et observait ces lèvres qui se mouvaient. Il remonta le long du nez, avant de fixer les iris verts qui lui faisaient face. Harry avait baissé la voix avant de se taire complètement. Il poussa un soupir, comprenant que la tête de mule qui l'observait n'avait rien écouté.
Puis sans préavis, Draco le poussa en arrière et l'embrassa à pleine bouche, voracement, presque violemment, comme s'il essayait de lui faire comprendre, par ce geste somme toute désespéré, qu'il lui en voulait et qu'il le voulait tout à la fois.
- & -
« Hermione!
- Oui?
- Tu as pensé à inviter Mrs Rowling à dîner pour la semaine prochaine?
- Non, je pensais que tu l'avais fait!
- Mais tu sais parfaitement que je n'utilise jamais le téléphone! » Ron n'eut pas d'écho. Son épouse était en train d'essayer d'installer internet sur le vieil ordinateur qu'avait récupéré Arthur Weasley on ne sait trop où. Cela faisait deux heures qu'elle pestait contre la machine: c'est dans ces moments-là qu'Hermione regrettait de ne pas s'être tenue informée régulièrement des nouveautés moldues. Devant le mutisme de sa femme, Ron décida d'aller voir si son fils était réveillé de sa sieste.
« Eurêka! Ça fonctionne! » Hermione sautillait de joie devant l'écran. Elle trifouilla dans son sac à main et en sortit un papier tout chiffonné sur lequel avait été griffonné à la va-vite 'www. google. co. uk' Elle se pencha sur le clavier, tirant la langue pour plus de concentration et tapa l'adresse à l'endroit prévu à cet effet. Se trouvant devant la page de recherche, elle s'arrêta, fière d'elle.
« Ron! Donne-moi un mot à chercher!
- Ben je sais pas moi... t'as qu'à essayer Harry Potter!
- Oui, bonne idée! » Et surexcitée, elle tapa fébrilement Garru Ootter et cliqua sur rechercher. Ne reconnaissant rien, elle douta du bien-fondé d'internet, avant de se rendre compte de son erreur. Tout en soliloquant sous le regard ébahi de Ron, qui revenait de la chambre de Tantale, elle rectifia et, toute contente, frappa la touche Enter de son index. « Voilà qui est beaucoup mieux! Regarde tout ce qu'il y a, c'est énorme! » Au bout de quelques temps, Ron annonça qu'il allait faire un tour. Hermione répondit à peine tant elle était absorbée par sa découverte.
Quand il rentra, Weasley junior vit que son épouse n'avait pas bougé d'un pouce. Alors il décida de s'occuper de son fils, qui décidément avait plus de conversation, même pour un gamin de cinq ans. Hermione ne bougea pas de l'après-midi: elle se contentait de pousser des petits cris d'excitation ou d'énervement, selon qu'elle avait trouvé quelque chose d'intéressant ou qu'elle s'était trompée. Elle avait commencé par visiter les sites officiels: ceux des éditeurs, des producteurs des films, celui de l'auteur, puis une sorte d'encyclopédie qui recensait tout ce qu'il y avait dans les livres. Ses yeux s'étaient rapidement habitués à la luminosité de l'écran et elle parcourait les pages internet de plus en plus rapidement.
À l'extérieur, le soleil commençait à disparaître derrière l'horizon, et l'estomac de Ron émettait ses premiers gémissements. Fatigué d'attendre qu'Hermione se décide à préparer le dîner et lassé par les pleurs de son fils affamé – mère indigne qui laissait sa famille mourir de faim! – il se dirigea lentement vers la cuisine. Lui qui n'avait jamais touché la moindre casserole! Non que son épouse fût un véritable cordon bleu, mais elle se débrouillait généralement mieux que lui et ne mettait pas le feu à la cuisinière. Finalement, il s'en sortit avec un paquet de nouilles: le mode d'emploi était écrit sur la boîte et il n'avait pas oublié le sel. Il était presque fier de lui. Mais quand même: la santé d'Hermione commençait à l'inquiéter sérieusement.
Soucieux, il lui apporta son assiette qu'elle remarqua à peine. Elle avait commencé à fureter sur les sites non officiels, et trouvait cela bien plus amusant. C'était fou, l'intérêt que les gens trouvaient à cette histoire! Les heures passaient. Tantale était couché depuis longtemps et la lune brillait haut dans le ciel. Elle commençait à fatiguer et Ron ne dissimulait plus ses bâillements. Il s'extirpa difficilement du fauteuil où il s'était installé et s'apprêtait à rejoindre son lit quand Hermione l'appela doucement.
« Ron, viens voir ça... »
- & -
Le soleil commençait à poindre son nez derrière les immeubles londoniens. Malgré les quelques nuages, le ciel était pur et l'air froid. Le givre couvrait arbres et pelouses et les flaques d'eau s'étaient revêtues d'une fine pellicule de glace. Un hibou voletait seul au milieu de ce quartier, un journal accorché à la patte. Il tentait tant bien que mal de se rappeler l'adresse où il devait livrer La Gazette – il n'était qu'un remplaçant: la chouette qui faisait cette livraison d'habitude avait attrapé une vilaine grippe et ne pouvait plus assurer le service. Il repéra le bâtiment. Cinquième étage, troisième fenêtre en partant de la gauche. Soudain, un rayon de soleil se refléta dans la vitre et l'éblouit: le pauvre oiseau ne put calculer les distances correctement et... PONG ! s'assomma dans la baie vitrée.
PONG ! Pong? Qu'est-ce que c'était encore que ce raffut qui osait le tirer de son sommeil de si bon matin? Draco ouvrit un œil vitreux et évalua la situation: des draps sans dessus-dessous, deux paires de lunettes sur la table de chevet, trois pieds qui dépassaient de la couette, un caleçon qui appartenait certainement à une personne aux goûts douteux en matière de coloris... attendez quelques secondes! Il avait dit trois pieds? Nom de d... il observa mieux son lit: son regard remonta le long du tas qui occupait la moitié de son espace vital et s'arrêta sur une touffe de cheveux bruns qui émergeait sur l'oreiller. D'un coup, il fut réveillé: il se souvenait maintenant parfaitement de la situation. Mais qu'est-ce qui l'avait sorti du sommeil déjà? Ah oui, un pong. Il fallait qu'il aille voir ça de plus près.
Doucement, pour ne pas réveiller celui qui dormait encore – le veinard! – il repoussa les draps et s'approcha de la fenêtre. Il vit alors un hibou un peu ébouriffé qui voletait d'une drôle de façon, tenant dans ses serres un journal. Il récupéra La Gazette, paya l'animal et retourna se coucher. Il soupira de bien-être en se collant un peu plus contre un Harry qui n'avait pas bougé le moindre cil et se rendormit comme un bébé.
« Merd... lin! » jura un blond tout échevelé se préciptant vers la salle de bain en attrapant quelques vêtements au hasard. Deux paupières, jusque là closes, s'ouvrirent péniblement sur deux yeux verts, encore gonflés de sommeil.
« Mmm... keskicepasse Dra'o?
- J'suis en retard! Je ne sais pas si tu es au courant, mais je travaille moi, Môssieur!
- Mais tu es rentré il y a une semaine! Tu as trouvé un travail en si peu de temps?
- J'ai n'ai jamais quitté mon poste du Ministère. J'ai juste posé tous les congés que j'avais accumulés... » La voix de Draco fut couverte par le bruit de la douche. Harry, encore sous la couette, se gratta le haut du crâne et fronça les sourcils. Il y avait quelque chose qui clochait. Il réfléchit quelque secondes avant de sourire. Il se leva et rejoignit son ''amant occasionnel'' dans la salle de bain. Voyant cela, ce dernier grogna un vague « Si tu crois que j'ai le temps pour ce genre de choses... ne t'ai-je pas dit que j'étais en retard? » auquel Harry répondit, dissimulant mal son sourire: « Depuis quand le Ministère est-il ouvert le dimanche? » Le dernier des Malfoy cessa tout mouvement. Puis, comme au ralenti, il tourna son regard vers cette espèce d'individu au regard un peu vague.
« Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt sombre abruti?
- Parce que je viens d'y penser.
- Puisque je suis levé, habille-toi, on sort!
- Hey! Tu ne veux pas te recouch...
- J'ai dit: on sort!
- OK, mais c'est moi qui choisit l'endroit. »
À peine une heure plus tard, ils étaient assis bien au chaud dans un café lumineux, juste à côté d'une baie vitrée qui surplombait la rue. Draco sirotait son Breakfast Tea, observant attentivement la façon dont Harry préparait son café. Cette sorte de rituel l'avait toujours fasciné: le café, bien noir et corsé, puis un sucre, deux sucres. Trois tours de cuiller dans le sens des aiguilles d'une montre. À croire qu'il préparait une potion. Apparemment, Harry aurait pu être moins mauvais dans cette discipline, s'il y avait mis un peu de bonne volonté.
Derrière ses lunettes, le héros de notre histoire cligna des yeux, ébloui par un rayon de soleil. Draco, lui, était dans l'ombre d'un pilier. Non loin de là, une petite femme blonde les observait derrière sa tasse. Elle avait bien sûr reconnu Harry. Mais qui était cet individu dissimulé dans l'ombre? À n'en pas douter, il s'agissait d'une personne proche. Oui, très proche même: le baiser qu'ils venaient d'échanger n'avait rien de fraternel! Qui pouvait bien être cette femme?
La voix de l'inconnue s'éleva, grave et... indéniablement masculine! Un éclat de lucidité brilla dans les yeux bruns de la femme: ainsi elle venait de découvrir le secret de Harry Potter, et lui n'en savait rien...
