La vérité, toute la vérité, rien que la vérité

Note aux lecteurs: ce chapitre contient quelques légers spoilers du tome 7 (concernant l'épilogue) mais rien de bien méchant. Bonne lecture!


- Concile et conciliabules -

Harry était en retard, très en retard. Il rentrait à peine du travail et devait encore se préparer, retrouver ce qu'il avait acheté un mois auparavant pour Tantale, passer chez le fleuriste puis chez Blaise avant de transplaner au Terrier. Et il n'avait qu'un quart d'heure. Autant dire que c'était mission impossible.

Le téléphone sonna. Il sortit encore dégoulinant de la douche, s'ébroua, piétinant au passage une cravate que Draco avait oubliée là la semaine précédente, et décrocha le combiné... qui sonnait dans le vide. Tout en jurant, il attrapa au hasard quelques vêtements, chercha sa deuxième chaussette, boutonna le lundi avec le dimanche et se rendit compte qu'une chemise verte n'allait pas avec une veste jaune (il avait beau être un sorcier, il ne portait de robe que lorsque que les circonstances l'y obligeaient). Durant une seconde, il s'arrêta devant le miroir, inspirant longuement. Du calme, réfléchis deux minutes! Il rectifia le boutonnage de sa chemise, dégotta une veste grise pas trop froissée dans sa penderie et – miracle! – trouva sa deuxième chaussette. Manteau, écharpe, gants, portefeuille: tout était en ordre. Il sortit de chez lui et ferma à clef: il n'avait qu'un petit quart d'heure de retard.

Il parvint à la boutique du fleuriste juste avant qu'elle ne ferme et ressortit quelques minutes plus tard, un bouquet de roses de Noël sous le bras. Le mois de décembre était déjà bien entamé et un vent froid soufflait sans relâche depuis plusieurs jours. À l'abris des regards, il transplana jusque chez Blaise. Heureusement, Chattam n'était pas soumise aux mêmes règles de sécurité que la capitale, ce qui permit à Harry de minimiser son retard.

Lorsqu'il sonna, Blaise était prêt et semblait l'attendre depuis quelques temps déjà, mais ne fit pas de commentaire. Comme il n'avait jamais mis les pieds au Terrier, Harry lui prit la main avant de transplaner. Ce n'est qu'en arrivant dans la cour qu'il se frappa le front d'une main tout en s'écriant « Merde! J'ai oublié le cadeau pour Tantale!

- Ce n'est pas grave, tu n'auras qu'à lui offrir une autre fois. Noël approche, ça ne fera qu'un paquet supplémentaire au pied du sapin.

- Mouais... si tu le dis. Au moins, j'ai pensé aux fleurs... » Il tendit fièrement le bouquet devant lui et étouffa un soupir de dépit. « Oh non... » Les roses étaient dans un triste état: notre héros avait apparemment oublié que ces petites choses sont plutôt fragiles en général.

« Ce n'est rien Harry. Donne-moi ça, je vais les arranger, tes fleurs. » En un coup de baguette, Blaise leur avait redonné un apparence présentable. Harry lui sourit et lui murmura un merci à peine audible. Durant la scène, quelques paires d'yeux les avaient observés de la fenêtre du salon, mais ils ne s'étaient aperçus de rien.

Soudain, la porte s'ouvrit et Ginny se précipita au dehors pour saluer les arrivants: elle étreignit Harry avant de serrer la main de Blaise. Son enthousiasme n'était pas sans rappeler celui de Molly dans ses grandes heures.

« Mais entrez donc, vous allez geler! On n'attendait plus que vous. Oh! Merci Harry, c'est tellement gentil, il ne fallait pas! Ces fleurs sont merveilleuses, elles iront à ravir sur la table. Harry, il faut que je te présente Oscar, mon nouveau petit copain. Et toi Blaise – je peux t'appeler Blaise? – tu vas pouvoir faire la connaissance de la famille Weasley au complet. Tu verras, c'est une réunion de famille, alors tout le monde est là.

- Ginny, laisse-nous souffler s'il-te-plaît. » Harry était déjà fatigué des babillages de la rouquine. Il s'assura d'un regard que Blaise était toujours là et la suivit dans la maison. En entrant dans le salon, pas moins de cinq têtes rousses les saluèrent, ainsi qu'un inconnu que Ginny présenta comme son petit ami. Blaise, qui découvrait cette société pour la première fois, ne fut pas le moins du monde effrayé, et jugea que cet Oscar ne devait pas être une lumière.

Les jumeaux s'étaient précipités vers Harry, lui donnant l'acolade comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des siècles, et maintenant observaient Blaise comme s'il dissimulait quelque mécanisme secret et allait se mettre à danser la salsa d'une minute à l'autre. Puis notre valeureux héros serra chaleureusement la main de Bill, puis celle de Charlie, et leur présenta son ami. Il gratouilla Titus – le chien du second – derrière les oreilles, obtenant un japement enthousiaste en guise de salut. Percy s'approcha à son tour; depuis le temps, il avait perdu son aspect cérémonieux et guindé; il était désormais beaucoup moins froid et plus sympathique. Ils échangèrent quelques mots; Percy jaugea Blaise quelques instants du regard, avant d'estimer qu'il pouvait lui adresser la parole sans trop de risques.

« Harry, salut! » C'était Ron qui descendait de l'étage, Tantale sous un bras et Victoire accrochée à l'autre main. Le petit garçon se précipita dans les bras de son parrain sitôt qu'il fut posé à terre, Victoire lui donna une bise sur la joue droite et Ron s'empressa de lui raconter les dernières frasques de son fils. Enfin, il sembla remarquer la présence de Blaise. « Bonsoir Zabini, » dit-il en lui serrant la main.

« Où sont les filles? » demanda Harry, notant l'absence d'Hermione.

« Elles tiennent un concile dans la cuisine, je crois.

- Je vais les saluer, je reviens tout de suite. Tu viens Blaise? »

Lorsque les deux jeunes hommes pénétrèrent dans la cuisine, les bavardages cessèrent aussitôt.

« Harry! Te voilà enfin! » Hermione montra son soulagement de le voir enfin arrivé, avant de le laisser échanger quelques mots avec Fleur, enceinte de plusieurs mois, et Pénélope.

« Les triplés ne sont pas là? demanda-t-il.

- Non, nous avons jugé plus sage de les laisser sous la garde d'une baby-sitter. Percy ne voulait avoir à faire le gendarme et je ne me sentais pas le courage d'assurer la tâche toute seule.

- Il faudra que vous veniez chez moi un jour, ça fait une éternité que je ne les ai pas vus! Au fait, je te présente Blaise, un très bon ami à moi. Blaise, voici Pénélope, la femme de Percy. Ils ont trois adorables triplés – Esther, Esteban et Ethan – mais je dois dire qu'ils sont un peu turbulents. » Blaise écouta, enregistra les données et les mit dans un coin de sa mémoire, au cas où elles devraient resservir. Peu de temps après, Ginny vint les chercher pour passer à table.

Tous s'installèrent. Tantale voulut absolument se mettre à côté de son parrain; Victoire, qui semblait prendre très au sérieux son rôle de grande et le transformer légèrement en rôle de gouvernante, s'installa de l'autre côté du petit garçon. Lorsqu'enfin tous furent attablés, les conversations reprirent de plus belle.

Le dessert était fini depuis longtemps, mais personne n'avait songé à aller s'asseoir au salon. Blaise était aux prises avec Oscar, jeune homme d'une vingtaine d'années, tout-à-fait insipide. Ses yeux délavés et ses cheveux ternes ne rehaussaient même pas le vide de sa conversation; il racontait ses mésaventures dans les cachots de Poudlard et comment il s'était perdu plus d'une fois en cherchant à atteindre la Salle commune des Serpentards – parce que oui, comble de malheur, c'était un ancien Serpentard. Comme quoi, songea Blaise qui n'écoutait que d'une oreille distraite ce vain personnage, même la meilleure maison ne donne pas que des êtres exceptionnels.

Tantale avait disparu sous la table pour jouer avec Titus, et ainsi échapper à la garde de sa cousine. Celle-ci, d'ailleurs, avait disparu avec sa mère dans la cuisine, sans doute pour préparer la tisane. Ron était allé chercher les digestifs, et Hermione s'était lancée dans le récit de sa découverte.

« Vous ne devinerez jamais ce que j'ai trouvé sur le web!

- Vas-y, raconte! » Les jumeaux étaient plus qu'intéressés par l'invention moldue qu'était internet et étaient tout ouïe.

« Je suis tombée sur un site de fanfictions.

- Un quoi?

- Percy, ne me dis pas que tu ne sais pas ce qu'est une fanfiction! s'exclama Charlie.

- C'est une histoire que l'on écrit sur nos héros de fiction favoris, expliqua Fleur gentiment.

- Oh Charlie, tu te souviens du club que Terence avait fondé? » Bill était enthousiasmé par la tournure que prenait la discussion; les plus jeunes écoutaient avec une attention grandissante.

« Oui! On changeait de salle à chaque réunion et Rusard en devenait fou!

- Excusez-moi, mais de quoi parlez-vous tous les deux exactement? s'informa Blaise.

- Terence était un Serpentard de génie qui a fondé un club de fanfictions non officiel.

- Oui, c'est par le bouche-à-oreille qu'on a appris son existence. Quand j'y suis allé pour la première, je me suis rendu compte que Bill y était depuis plusieurs mois déjà. Il y avait surtout des filles dans ce club d'ailleurs...

- On se réunissait pour échanger nos idées, nos écrits. Il y avait des défis ou des trucs du genre.

- Et à la fin de l'année, on faisait un concours. Celui qui remportait la victoire faisait gagner cinquante points à sa maison – il y avait une préfète en chef parmi nous! Et il avait droit à un kilo de confiseries de chez Honeydukes! » Charlie avait des étoiles plein les yeux à l'évocation de ces souvenirs.

« Mais vous écriviez sur qui? Sur quoi? » Harry n'était pas sûr de bien comprendre ce qui se passait, d'autant plus qu'Hermione ne tenait plus en place: on aurait dit qu'elle venait de découvrir le trésor du roi Porsenna. Qu'y avait-il de si excitant à apprendre qu'un club d'écriture avait existé?

« Comme cela a déjà été expliqué, nous choisissions nos personnages de roman préférés et nous racontions leurs aventures selon notre fantaisie. Je me souviens encore du jour où Tobias avait écrit sur la princesse Aurore. Il en avait fait une femme guerrière, complètement déjantée et qui sautait sur tous les princes qu'elle trouvait.

- D'ailleurs, Sarah et Judith ont menacé de l'expulser du groupe tant elles avaient été choquées! C'est à partir de ce jour que des règles ont été imposées.

- Et certains ont commencé à former un groupe à part, qui continuait à écriture des trucs plus...

- ... érotiques! Ils écrivaient carrément des trucs érotiques! Et ils ont été de moins en moins discrets.

- Rusard a fini par les découvrir...

- ... et notre club a été dissous. » Un silence suivit cette déclaration. Puis les jumeaux éclatèrent de rire.

« Je m'étais toujours demandé ce que vous faisiez le mercredi après-midi, quand vous quittiez la salle commune. D'ailleurs, il me semble qu'Alicia et Angelina disparaissaient également...

- Oui! Je me souviens. Un jour on leur a demandé où elles partaient...

- ... et elles nous ont envoyés sur les roses.

- Le mystère est résolu. »

Ils avaient quitté la table et s'étaient installés dans le salon depuis quelques temps déjà; les tisanes étaient bues et les enfants couchés, la lune brillait, ronde dans la nuit solitaire, et veillait sur la fratrie réunie. Un feu ronflait dans la cheminée, dispensant chaleur et lumière à tout ce petit monde qui s'était lancé dans des discussions hautement philosophique. Au moment où Ginny lui demanda en claironnant « Alors Harry, les amours? », celui-ci aurait tout donné pour disparaître. Tout le monde ou presque – Oscar ne comprenait pas exactement ce qui se passait et semblait plus intéressé par les mouvements de la rousse chevelure de sa chère et tendre que par la discussion – dirigea plus ou moins discrètement son regard vers Blaise. Celui-ci avait bien remarqué cette soudaine attention, mais n'avait rien dit et s'était contenté d'écouter un Harry bredouillant et ne comprenant absolument pas ce que sous-entendaient les Weasley.

Après de longues minutes où les allusions fusèrent – Harry ne voyait toujours rien, à croire qu'il le faisait exprès – Blaise eut pitié de lui et déclara se sentir fatigué, devoir se lever tôt le lendemain, donc désirer partir sous peu. Son ami, soulagé de trouver une excuse pour échapper aux questions de la dernière des Weasley, s'empressa d'accepter. Ils saluèrent et partir, pas main dans la main mais presque. Une fois dans la cour du Terrier, il disparurent sous les regards inquisiteurs de la bande Weasley.

- & -

Harry avait fini par passer la nuit chez lui, avant de partir tôt le matin: il voulait rentrer chez lui avant d'aller travailler. D'un air absent, Blaise observait la tasse vide de son ami, au fond de laquelle se dessinait un rond noir. La cuiller reposait sur la soucoupe, entre les deux papiers de sucre. Depuis qu'il connaissait Harry, il l'avait toujours vu boire son café de cette manière si calculée. Il avala une gorgée de son chocolat chaud. En y pensant bien chacun avait ses habitudes: lui, par exemple, avait toujours bu son chocolat matinal de la même façon: une cuillerée de caco et trois de sucre roux, le tout dilué dans de lait chaud. Depuis sa plus tendre enfance, aucun petit-déjeuner n'avait échappé à la règle.

C'est la sonnette de l'entrée qui le tira de sa rêverie. Il se leva en réajustant son peignoir – on ne pouvait pas décemment lui demander d'être habillé à huit heures du matin! – et se rendit d'un pas traînant à la porte. Il se passa une main sur le visage et ouvrit.

« Bonjour Zabini... »